1-De la Bible

I-1. De la connaissance de l'Écriture Sainte

{1} 1. Rien n'est plus nécessaire et profitable au chrétien que la connaissance de l'Écriture Sainte, car elle contient la véritable Parole de Dieu, révèle Sa gloire aussi bien que le devoir de l'homme. Et il n'y a aucune vérité ni doctrine, nécessaire à notre justification et à notre éternel Salut, que ce qui est ou peut être tiré de cette fontaine et source de vérité. Ainsi, tous ceux qui désirent entrer dans la voie droite et parfaite menant à Dieu, doivent appliquer leur pensée à connaitre l'Écriture Sainte, sans laquelle ils ne pourront jamais connaître suffisamment Dieu et Sa volonté, ni leur service et leur devoir. Et aussi agréable que soit pour eux la boisson quand ils ont soif, et la viande quand ils ont faim, il en est de même de la lecture, de l'écoute, de la recherche et de l'étude de l'Écriture Sainte pour qui désire connaître Dieu, ou bien se connaître soi-même, et faire Sa volonté. Et leur estomac déteste et abhorre la connaissance céleste et la nourriture de la Parole de Dieu tant qu'ils sont plongés dans les vanités mondaines et qu'ils n'ont goût ni pour Dieu ni pour la sainteté ; car c'est à cause de cela qu'ils recherchent de telles vanités plutôt que la véritable connaissance de Dieu. Quand ils sont malades de la fièvre, quoiqu'ils mangent et boivent, ils n'en tirent alors aucun plaisir, c'est aussi amer pour eux que l'armoise, non pas à cause de l'amertume de la viande mais en raison de l'humeur corrompue et amère de leur langue et de leur bouche ; même la douceur de la Parole de Dieu leur est amère, pas en elle-même, mais seulement à ceux dont l'esprit est corrompu par une longue habitude du péché et de l'amour pour ce monde.

Ainsi, laissant de côté le jugement corrompu d'hommes charnels, qui ne prennent pas soin d'eux-mêmes, écoutons avec révérence et lisons l'Écriture Sainte, qui est la nourriture de l'âme. Recherchons avec diligence la source de la vie dans les livres de l'Ancien et du Nouveau Testaments pour notre justification et pour notre Salut, sans nous précipiter dans les ornières puantes des traditions humaines, conçues par l'imagination des hommes. Car dans l'Écriture Sainte est pleinement contenu ce que nous avons à faire ou à éviter, à croire, à aimer, à rechercher des mains de Dieu, en toutes choses. Dans ces livres, nous trouvons le Père de qui vient tout ce qui existe et est maintenu en existence, le Fils par qui cela vient, et le Saint-Esprit en qui cela vient, et ces trois personnes ne sont qu'un Dieu et une seule substance. Dans ces livres nous apprenons à nous connaître, comme vils et misérables pécheurs, et nous apprenons à connaître Dieu, comme Il est bon en soi, et comment Il a communiqué sa bonté, à nous et à toute créature, nous faisant prendre part à Sa bonté, à nous et à toute créature. Nous apprenons aussi dans ces livres à connaître la volonté de Dieu et ce qui Lui est agréable, autant qu'il nous est utile pour le temps présent. Et comme le grand clerc et saint prédicateur St Jean Chrysostome le disait : « Tout ce qui est requis en vue du Salut de l'homme est pleinement contenu dans l'Écriture de Dieu. Celui qui est ignorant peut apprendre dedans et avoir la connaissance. Celui qui a le cœur dur et est un pécheur obstiné y trouvera les tourments éternels, préparés par la justice de Dieu, pour lui faire peur et pour l'amollir et l'adoucir. Celui qui est oppressé par la misère dans ce monde y trouvera un soulagement dans la promesse de la vie éternelle, pour sa grande consolation et son réconfort. Celui qui est blessé à mort par le diable y trouvera la médecine par laquelle il peut recouvrer la santé. Si tout ce qui est requis pour enseigner la vérité ou réprouver la fausse doctrine, pour chasser le vice, pour ordonner à la vertu, pour donner de bons conseils, pour réconforter et exhorter, ou pour faire tout autre chose requise pour notre Salut ; toutes ces choses », dit St Chrysostome, « nous pouvons les apprendre en totalité de l'Écriture ». « Il y a », dit Fulgence, « une abondance suffisante pour nourrir les hommes et faire téter les enfants ». Il y a toute la nourriture convenable pour tout âge et toutes classes et sortes de gens. Ces livres devraient donc se trouver souvent dans nos mains, sous nos yeux, dans nos oreilles, dans notre bouche, mais surtout dans notre cœur. Car l'Écriture divine est la nourriture céleste de nos âmes. Son écoute et sa mémorisation font de nous des hommes bénis, sanctifiés, saints. Elle convertit nos âmes, elle est une lanterne à nos pieds, un sûr instrument de Salut, constant, perpétuel et éternel, elle donne la sagesse aux cœurs humbles, elle réconforte, réjouit, éveille notre conscience, elle est plus excellente qu'un joyau ou un trésor, que l'or ou les pierres précieuses, elle est plus douce que le miel ou que le rayon de ruche, elle est appelée la meilleure part choisie par Marie, car elle contient un réconfort éternel. Les paroles de l'Écriture Sainte peuvent être appelées les paroles de la vie éternelle car elles sont l'instrument de Dieu, ordonné dans ce but. Elles ont le pouvoir de convertir à travers la promesse de Dieu, elles sont efficaces par Son assistance, et quand elles sont reçues dans un cœur fidèle elles y opèrent spirituellement et à toujours. Elles sont vivantes, rapides et puissantes pour agir, plus aiguisées qu'une épée à deux tranchants, et pénètrent jusqu'à diviser l'âme et l'esprit, séparer les articulations et la moelle. Christ a appelé ‘sage bâtisseur’, celui qui bâtit sur Sa Parole, sur Sa fondation sûre et solide. Par cette Parole de Dieu, nous serons jugés, car « la parole que je prononce » dit Christ, « est celle qui jugera au dernier jour ». À celui qui garde la Parole de Christ, l'amour et la faveur de Dieu sont promis, et qu'il sera la demeure ou le temple de la Sainte Trinité. Cette Parole, pour qui est assez diligent pour la lire, et imprimer ce qu'il lit dans son cœur, diminue en lui la grande affection pour les choses transitoires de ce monde, et augmente le grand désir pour les choses du Ciel qui sont promises par Dieu. Et il n'y a rien qui renforce autant notre foi et notre confiance en Dieu, qui nous maintienne dans l'innocence et la pureté de cœur, ainsi que dans des mœurs et un langage pieux, que la lecture, la méditation et la mémorisation continuelles de la Parole de Dieu. Car l'usage continuel de l'Écriture Sainte, et la recherche de son message, est profondément gravé et imprimé dans le cœur, et avec le temps devient presque une seconde nature. Et de plus, l'effet et la vertu de la Parole de Dieu est d’éclairer l'ignorant et de donner plus de lumière à qui la lit avec foi et attention, pour réconforter son cœur et l'encourager à faire ce que Dieu lui commande. Elle enseigne la patience dans l'adversité, l'humilité dans la prospérité, l'honneur dû à Dieu, la pitié et la charité due à notre prochain.

Elle donne de bons conseils dans toutes les affaires douteuses. Elle montre à qui nous devrions demander de l'aide dans les périls, et que Dieu seul donne la victoire dans toutes les luttes et tentations de l'ennemi, corporellement et spirituellement. Et lire la Parole de Dieu n'est pas toujours aussi profitable à qui se dépêche de reposer le livre, ou à en parler sans le lire, mais celui qui y est le plus versé, qui est le plus inspiré du Saint-Esprit, voit la majeure partie de son cœur et de sa vie transformés par ce qu'il lit, devient de moins en moins orgueilleux, moins colérique, moins envieux et moins désireux des vains plaisirs mondains; celui qui rejette quotidiennement son ancienne vie vicieuse, grandit de plus en plus dans la vertu. Bref, il n'y a rien qui maintienne mieux la pureté de l'âme, tout en réduisant l'impiété, que la lecture ou l'écoute continuelle de la Parole de Dieu, si elle est accompagnée d'un esprit pieux et d’une bonne implication à connaître et à suivre la volonté de Dieu. Car sans un œil sincère, une intention pure, rien de bien ne vient de Dieu. D'autre part, rien n’assombrit plus Christ et la gloire de Dieu ni n'induit plus dans l'aveuglement et toutes sortes de vices, que l'ignorance de la Parole de Dieu.

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{2} 2. Dans la première partie de ce sermon, qui exhortait à la connaissance de l'Écriture Sainte, on déclarait : « Parce que sa connaissance est nécessaire et profitable à tout homme », et que par une vraie connaissance et une juste compréhension de l'Écriture, les points les plus nécessaires de nos devoirs envers Dieu et envers notre prochain sont également connus. Écoutez maintenant ce qui suit, sur le même sujet.

Si nous confessons Christ, comment ne pas avoir honte d'être ignorant de Sa doctrine, sa-chant que tout homme a honte d'ignorer ce qu'il professe ? Tel homme a honte d'être appelé philosophe alors qu'il n'a pas lu de livre de philosophie, ou d'être appelé juriste, astronome ou médecin alors qu'il ignore les livres de Droit, d'astronomie ou de médecine. Comment peut-on dire qu'on professe Christ et Sa religion si on ne s'applique pas autant que possible à lire et à écouter, et donc à connaître les livres de l'Évangile de Christ et Sa doctrine ? Bien que d'autres sciences soient bonnes à étudier, nul ne peut dénier que l'Évangile soit la connaissance majeure qui surpasse toutes les autres, incomparablement. Quelle excuse trouverons-nous au dernier jour, devant Christ, pour expliquer que les délices d'inventions humaines sont supérieures à Son très Saint Évangile ? Et que nous ne trouvons pas le temps de faire ce que nous devrions faire par dessus-tout, tout en lisant d'autres choses que celles pour lesquelles nous devrions plutôt tout laisser ? Appliquons-nous donc autant que nous en avons le temps et le loisir, à connaître la Parole de Dieu par l'écoute et la lecture attentives, autant que nous sommes à confesser Dieu et à avoir foi en Lui.

Mais ils n'ont pas d'affection véritable pour la Parole de Dieu, ceux qui enjolivent leur faute et invoquent ces deux vaines et contrefaites excuses : Certains s'excusent par leur propre faiblesse et leur timidité, disant qu'ils n'osent pas lire l'Écriture Sainte, de peur que par ignorance ils ne tombent dans une compréhension erronée. D'autres prétendent que la difficulté à la comprendre est si grande qu'elle ne peut être lue que par des gens instruits ou des membres du clergé.

En ce qui regarde la première, l'ignorance de la Parole de Dieu est la cause de toute erreur, comme Christ lui-même l'a dit aux Sadducéens, disant qu'ils étaient dans l'erreur parce qu'ils ne connaissaient pas l'Écriture. Comment pourraient-ils dès lors éviter l'erreur, ceux qui persistent dans l'ignorance ? Et comment sortiront-ils de l'ignorance s'ils ne lisent ni n'écoutent ce qui leur donnerait le savoir ? Celui qui a désormais le plus grand savoir a commencé par être ignorant, cependant, il ne s'est pas interdit de lire, de peur de tomber dans l'erreur ; mais il a lu attentivement afin de ne pas rester dans l'ignorance et par suite dans l'erreur. Et si vous ne connaissez pas la vérité de Dieu - une chose des plus nécessaires pour vous - pour ne pas tomber dans l'erreur, pour la même raison vous ne devriez pas vous lever le matin, de peur de glisser dans la boue ; ni manger de la bonne nourriture, de peur d'en prendre en excès ; ni semer votre blé, ni travailler dans votre métier, ni utiliser vos produits de peur de perdre votre semence, votre travail, votre stock. Et pour cette raison il serait mieux pour vous de vivre dans l'oisiveté et de ne jamais rien faire de bien, de peur que d'aventure un mal en ressorte, par hasard. Et si vous avez peur de tomber dans l'erreur en lisant la Sainte Écriture, je vais vous montrer comment vous pouvez la lire sans risque d'erreur. Lisez-la humblement, avec un cœur humble et doux, avec l'intention de glorifier Dieu et non vous-même, en Le connaissant ; et ne la lisez pas sans prier Dieu chaque jour de vous diriger dans votre lecture pour qu'elle produise un effet salutaire, en prenant sur vous de ne pas en dire plus que ce que vous ne pouvez en comprendre clairement. Car, comme St Augustin l'a dit, la connaissance de l'Écriture Sainte est un très grand palais, mais sa porte est très basse, de telle sorte que les grands et les arrogants ne peuvent y entrer en courant, mais doivent se baisser bien bas et s'humilier pour y entrer. La présomption et l'arrogance sont la mère de toute erreur, et l'humilité ne craint pas de se tromper. Car l'humilité ne cherche que la vérité ; elle recherche et compare un passage avec un autre, et quand elle ne trouve pas sa signification, elle prie ; elle demande à ceux qui savent et ne définit pas présomptueusement ni imprudemment ce qu'elle ne sait pas. C'est pourquoi l'homme humble peut rechercher résolument toute vérité dans l'Écriture, sans danger de tomber dans l'erreur. Et s'il est ignorant, c'est une raison de plus pour lire et scruter l'Écriture Sainte, afin de sortir de l'ignorance. Je ne dis pas non à ce qu'un homme tire profit de l'écoute seule, mais il en tirera bien plus de profit s'il l'écoute et s'il la lit.

J'ai dit, au sujet de la peur de lire par ignorance. Et au sujet de la difficulté de l'Écriture, celui qui est trop faible pour la nourriture solide, peut déjà téter le lait doux et tendre, reportant le reste jusqu'à devenir plus fort et acquérir plus de connaissance. Car Dieu a reçu les gens instruits et les non-instruits et n'a repoussé aucun d'eux, mais Il ne fait pas de différence entre les personnes. Et l'Écriture est pleine, comme les basses vallées, de voies droites et faciles à tous ceux qui les empruntent, aussi bien que de hautes montagnes que peu d'hommes peuvent gravir. Et « Quiconque se consacre à l'étude l'Écriture Sainte avec application et un désir fervent, ne peut pas » dit St Jean Chrysostome, « être laissé sans aide ». Car soit Dieu Tout-Puissant lui enverra un pieux docteur pour l'instruire - comme il l'a fait pour instruire l'eunuque, un noble d'Éthiopie, trésorier de la Reine de Candace, lequel ayant une grande affection à lire l'Écriture, bien qu'il ne la comprît pas, cependant, à cause de son désir pour la Parole de Dieu, Dieu lui a envoyé son Apôtre Philippe pour lui expliquer le véritable sens de l'Écriture qu'il lisait - ou sinon, si nous ne trouvons pas un homme instruit pour nous enseigner, Dieu lui-même nous donnera la lumière dans notre esprit et nous enseignera les choses qui nous sont nécessaires, et que nous ignorons. Et dans un autre passage, Chrysostome dit que la sagesse ou la science humaine et mondaine n'est pas nécessaire pour comprendre l'Écriture, mais la révélation du Saint-Esprit qui l'a inspirée, sur ceux qui en recherchent le sens avec humilité et conséquence. Celui qui demande reçoit, et celui qui cherche trouve, et à celui qui frappe on ouvre la porte. Si nous lisons une fois, deux fois, trois fois et ne comprenons toujours pas, ne cessons pas de le faire, mais continuons à lire, à prier, à demander à d'autres, et ainsi, à force de frapper, la porte s'ouvrira enfin, comme St Augustin l'a dit. Bien que de nombreux éléments de la Bible soient écrits de manière obscure et mystérieuse, il n'y a cependant rien de mystérieux dans un passage, qui ne soit exposé plus clairement et familièrement dans d'autres passages, à la portée aussi bien des gens instruits que de ceux qui ne le sont pas. Et ces choses qui sont claires dans l'Écriture, faciles à comprendre et nécessaires au Salut, il est du devoir de chaque homme de les apprendre, de les imprimer dans sa mémoire et de les mettre en pratique, et quant aux choses mystérieuses ou obscures, de se contenter de ne pas les comprendre jusqu'au moment où il plaira à Dieu de lui en ouvrir le sens. Alors, soit qu'il manque d'aptitude ou de l'opportunité, Dieu ne l'imputera pas à sa folie, cependant il n’épargnera pas ceux qui auront cessé de lire, sous prétexte que d'autres en son inaptes ; néanmoins, malgré la difficulté de tels passages, la lecture ne devrait pas du tout être abandonnée. Et pour conclure brièvement, comme St Augustin l'a dit: « Par l'Écriture tous les hommes sont amendés; les faibles sont renforcés et les forts sont réconfortés ». De telle sorte que nul ne soit ennemi de la lecture de la Parole de Dieu, soit qu'on soit si ignorant qu'on ne sache pas à quel point cette lecture est saine, soit qu'on soit si malade qu'on en vienne à haïr la plus réconfortante médication qui pourrait guérir, ou si loin de Dieu qu'on souhaite que les gens continuent dans l'aveuglement et l'ignorance de Dieu.

Ainsi, nous avons brièvement traité de quelques parties des avantages de la Sainte Parole de Dieu, qui est le principal profit qui soit donné et déclaré à l'humanité, sur cette terre. Rendons grâces à Dieu du fond de notre cœur pour ce grand et spécial cadeau, cette faveur profitable et cette providence paternelle. Soyons heureux de raviver ce précieux cadeau de notre Père céleste. Écoutons, lisons et connaissons ces saintes règles, injonctions et statuts de notre religion chrétienne, sur lesquelles nous avons professé la foi en Dieu, à notre baptême. Avec crainte et respect, gravons dans notre cœur ces leçons fructueuses. Méditons-les et contemplons-les jour et nuit, ruminons-les et mâchons-les comme si c'était faisable, afin d'en obtenir le doux nectar, la substantifique moelle, le miel, le noyau, la saveur, le réconfort et la consolation. Gardons le silence et rassurons notre conscience avec la certitude la plus infaillible, sa véracité et son assurance perpétuelle. Prions Dieu, l'unique auteur de ces études célestes, pour que nous parlions, pensions, croyions vivions et mourions en conséquence, selon la saine doctrine et les vérités qu'elle contient. Et par ce moyen, nous aurons la protection de Dieu, Sa faveur et Sa grâce, avec l'indicible réconfort d'une conscience apaisée et tranquille, et après cette misérable vie, nous jouirons de l'éternelle félicité et de la gloire du Ciel que nous donne Celui qui est mort pour nous tous, Jésus-Christ, à qui, avec le Père et le Saint-Esprit, soient tout honneur et toute gloire, maintenant et éternellement. Amen.