10-De  la Société

10. Du bon ordre dans la société

{23} 1. Dieu Tout-Puissant a créé et ordonné toutes choses au ciel, sur la terre et dans les eaux, dans un ordre excellent et parfait. Au ciel, Il a déterminé plusieurs ordres et compagnies d'Archanges et d'Anges. Sur terre, Il a désigné des rois et des princes, avec d'autres gouvernants comme aides, tout cela dans un ordre à la fois bon et nécessaire. Les eaux du dessus sont gardées et distribuées en pluie en temps opportun, selon la saison. Le soleil, la lune, les étoiles, les arcs-en-ciel, le tonnerre, les éclairs, les nuages et tous les oiseaux qui volent dans l'air sont en bon ordre. La terre, les arbres, les semences, les plantes, les herbes, les blés, l'herbe et toutes les espèces de bêtes sont en bon ordre. Toutes les parties de l'année, comme l'hiver, l'été, les mois, les nuits et les jours, continuent leur course en bon ordre. Toutes les espèces de poissons dans la mer, les rivières et les lacs, avec toutes les sources et les fontaines, oui, les océans eux-mêmes, restent en bon ordre. Et l'homme lui-même a lui aussi ses éléments intérieurs et extérieurs, comme l'âme, le cœur, l'esprit, la mémoire, l'intelligence, la raison, la parole, avec chaque membre particulier de son corps, tout est dans un ordre agréable, bénéfique et nécessaire. Chaque classe de gens avec leur vocation, leur appel et leur emploi désigné, a sa fonction, en bon ordre. Quelques-uns sont d'un niveau élevé, d'autres plus modestes ; quelques-uns sont des rois et des princes, d'autres sont inférieurs et leurs sujets ; les prêtres et les laïcs, les maîtres et les serviteurs, les parents et les enfants, les maris et les femmes, les riches et les pauvres ; et tous ont besoin d'ordre. De telle sorte qu'en toute chose, Dieu doit être loué pour le bon ordre sans lequel aucune maison, ni aucune ville, ni communauté ne peut continuer ni durer ; car là où il n'y a pas d'ordre, les abus règnent, la liberté charnelle, les énormités, le péché et la confusion, comme à Babel. Ôtez les rois, les princes, les dirigeants, les magistrats, les juges et les autres ordres établis selon Dieu, et personne ne pourrait se déplacer ni voyager par les chemins sans se faire dévaliser ; personne ne pourrait dormir dans sa maison ou dans son lit sans se faire tuer ; personne ne pourrait garder sa femme, ses enfants ni ses biens dans la tranquillité ; tout ces biens seraient en commun, et s'en suivrait la sottise et l'extrême destruction du corps, de l'âme, des biens et des communautés.

Mais béni soit Dieu dans ce royaume d'Angleterre, car nous ne subissons pas les horribles calamités ni les misères dont souffrent ceux qui manquent de ce bon ordre divin. Et Dieu soit loué pour le grand et excellent profit qu'Il nous a démontré en nous en faisant bénéficier. Dieu nous a envoyé en don suprême, notre très cher et souverain seigneur le Roi Édouard VI, et son honorable, pieux et sage Conseil, avec d'autres supérieurs et inférieurs, dans un ordre magnifique et bon. Et pour ces raisons, nous autres sujets devons-nous accomplir notre devoir, en remerciant sincèrement Dieu et en Le priant pour la préservation de cet ordonnancement divin. Obéissons de tout cœur à tous leurs pieux protocoles, lois, déclarations, proclamations et injonctions, et à tous leurs pieux ordres. Considérons les Écritures du Saint-Esprit qui nous persuadent et nous commandent à tous d'être d'obéissants sujets, d'abord et surtout à Sa Majesté le Roi, suprême chef de tous, et ensuite, à son honorable Conseil et à tous les autres nobles seigneurs, magistrats et officiers, qui ont été placés là et ordonnancés par la bonté de Dieu.

Car Dieu Tout-Puissant est le seul auteur et pourvoyeur de cet état de choses et de ce bon ordre, comme Dieu l'a écrit dans le livres des Proverbes : « Par Moi les rois règnent, par Moi les conseillers font des lois justes ; par Moi les princes édictent des règles et tous les juges de la terre rendent la justice ; J'aime ceux qui M'aiment ». Ici, notons et souvenons-nous bien que le haut pouvoir et la haute autorité des rois, avec leurs lois, leurs tribunaux et leurs officiers, ne sont pas ordonnancés par l'homme, mais par Dieu ; et c'est pourquoi ces mots « par Moi » sont si souvent répétés. Ici, on doit bien considérer et se rappeler que ce bon ordre est défini par la sagesse de Dieu, Sa faveur et Son amour, spécialement envers ceux qui aiment Dieu, et c'est pour cela qu'il dit : « J'aime ceux qui M'aiment ».

Dans le livre de la Sagesse également, nous apprenons que le pouvoir d'un Roi, son autorité et sa force sont d'un grand profit, et que Dieu nous les a donnés dans sa grande miséricorde pour la consolation de notre profonde misère. Car ainsi est-il écrit-là pour les rois : « Écoutez et comprenez, ô vous les rois ; apprenez que vous êtes juges des confins de la terre ; oui, prêtez l'oreille, vous qui dirigez les multitudes, car le pouvoir vous est donné par le Seigneur, et la force par le très-haut ». Ici, apprenons aussi de l'infaillible et inerrante Parole de Dieu, que les rois et leurs grands officiers sont ordonnés de Dieu, qui est le plus élevé, et par conséquent il leur est diligemment enseigné de s'adonner et de s'appliquer à la connaissance et à la sagesse, ce qui est nécessaire au commandement du peuple de Dieu qu'ils sont chargés de gouverner. Et ici il leur est aussi enseigné par Dieu Tout-Puissant à reconnaître qu'ils reçoivent tout leur pouvoir et leur autorité, non pas de Rome, mais directement du Dieu très-haut.

Nous lisons dans le livre du Deutéronome que toute punition relève de Dieu, en cette phrase: « La vengeance M'appartient, et Je sanctionnerai ». Mais nous devons comprendre que cette phrase s'applique également aux magistrats qui exercent le jugement au tribunal de Dieu en punissant ici-bas selon des lois pieuses et bonnes. Et les passages de l'Écriture qui semblent ôter aux Chrétiens le pouvoir de juger, de punir, ou de tuer doivent être compris dans le sens que nul homme ne peut de sa propre autorité juger un autre, le punir ou le tuer, mais que nous devons reporter tout jugement à Dieu, aux rois aux gouverneurs et aux juges qui leur sont soumis, en tant qu'ils sont les officiers de Dieu pour rendre la justice, et qu'ils reçoivent clairement de l'Écriture leur autorité et que l'usage de l'épée leur est donné par Dieu ; comme St Paul nous l'enseigne, lui le cher Apôtre choisi par Christ notre Sauveur, à qui nous devons exactement obéir comme nous devons obéir à Christ notre Sauveur, en sa présence. Ainsi Paul écrit-il aux Romains : « Que chaque âme se soumette à l'autorité des pouvoirs supérieurs. Car il n'est de pouvoir que de Dieu ; lesquels pouvoirs sont ordonnés par Dieu. Ainsi, quiconque résiste au pouvoir résiste à l'ordre de Dieu, mais ceux qui résistent recevront la damnation pour eux-mêmes. Car les dirigeants ne font pas peur à ceux qui font le bien mais à ceux qui font le mal. Veux-tu ne pas avoir peur du pouvoir ? Alors fais le bien, et tu seras loué par lui, car il est le serviteur de Dieu pour ton bien. Mais si tu fais ce qui est mal, alors crains, car il ne porte pas l'épée pour rien ; car il est le serviteur de Dieu pour opérer la vengeance sur celui qui fait le mal. Pour cette raison, il faut que tu obéisses, pas seulement par peur de la vengeance, mais aussi par motif de conscience. Et tu paies même un impôt pour cela car ils sont les serviteurs de Dieu, servant dans le même but ».

Ici, apprenons tous de St Paul, le messager choisi par Dieu, que tous ceux qui ont une âme (il n'en excepte ni n'en exempte personne, ni prêtre, ni Apôtre ni prophète, dit St Chrysostome) sont liés par le devoir et même en conscience, à l'obéissance, à la soumission et à la sujétion aux hauts pouvoirs dont l'autorité vient de Dieu ; car ils sont pour autant les lieutenants de Dieu, les présidents de Dieu, les officiers de Dieu, les commis de Dieu, les juges de Dieu, ordonnés par Dieu Lui-même, dont ils reçoivent tout leur pouvoir et toute leur autorité. Et le même St Paul a menacé de pas moins que de la damnation éternelle tous ceux qui désobéissent, qui résistent à cette autorité commune et générale, car ce n'est pas à des hommes qu'ils résistent, mais à Dieu ; non pas à un dispositif inventé par l'homme, mais à la sagesse de Dieu, à l'ordre de Dieu, au pouvoir et à l'autorité de Dieu.

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{24} 2. Pour autant que Dieu a créé et disposé toutes choses en bon ordre, il nous a été enseigné dans la première partie de ce sermon sur le bon ordre et l'obéissance, que nous devons, dans toutes les communautés, observer et garder un bon ordre, obéir aux pouvoirs, à leurs ordonnances et à leurs lois ; et que tous les dirigeants sont établis par Dieu, pour que l'ordre divin soit respecté dans le monde ; et aussi comment les magistrats doivent apprendre à gouverner et à commander selon les Lois de Dieu; et que tous les sujets doivent leur obéir comme à des serviteurs de Dieu, même s'ils sont mauvais, pas seulement par peur, mais aussi en conscience.

Et ici, très chers frères, remarquons tous attentivement qu'il n'est pas légal que dans tous les cas, des inférieurs et des sujets résistent au pouvoir supérieur, car les paroles de St Paul sont claires: « Quiconque résiste attire la damnation sur lui ». Christ notre Sauveur Lui-même et Ses Apôtres ont reçu des injures nombreuses et variées de la part d'autorités infidèles et méchantes, cependant nous ne lisons nulle part qu'aucun d'entre eux ait été à l'origine d'une rébellion ou sédition contre l'autorité. Nous lisons souvent qu'ils ont patiemment souffert tous les tourments, les vexations, les scandales, les angoisses et les peines et la mort elle-même dans l'obéissance, sans tumulte ni résistance. Ils ont « remis leur cause entre les mains de Celui qui juge droitement » et prié pour leurs ennemis, sincèrement et de tout leur cœur. Ils savaient que l'autorité des puissants leur venait de Dieu, et ils ont enseigné en paroles et en actes à y obéir, et ils n'ont jamais enseigné ni fait le contraire. Le méchant juge Pilate a dit à Christ : « Ne sais-Tu pas que j'ai le pouvoir de Te crucifier, et que j'ai le pouvoir de Te relâcher ? Jésus répondit, Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi excepté si cela ne t'était donné d'en-haut ». Par là, Christ, nous a clairement enseigné que même les dirigeants méchants reçoivent leur pouvoir et leur autorité de Dieu. En conséquence, il n'est pas légal que les sujets leur résistent, même en cas d'abus de pouvoir ; il est donc encore moins légal que les sujets résistent à leurs princes chrétiens et pieux, lesquels n'abusent pas de leur autorité, mais en usent à la gloire de Dieu et au bénéfice et pour le bien du peuple de Dieu.

Le St Apôtre St Pierre a commandé aux serviteurs d'obéir à leurs maîtres « pas seulement s'ils sont gentils et bons, mais aussi s’ils sont mauvais et méchants », affirmant que la vocation et l'appel du peuple de Dieu est d’être du côté de ceux qui souffrent patiemment. Et il introduit ici la patience de Christ notre Sauveur, pour convaincre d'obéir aux dirigeants, oui, même s'ils sont méchants et mauvais. Mais écoutons maintenant St Pierre lui-même, car ses propres paroles en attestent mieux à notre conscience. Il les a prononcées dans sa première épître : « Serviteurs, obéissez à vos maîtres avec crainte, pas seulement s'ils sont bons et doux, mais aussi quand ils sont mauvais. Car c'est un motif de reconnaissance si un homme, par motif de conscience, supporte la douleur et des torts immérités. Car quelle louange y a-t-il à être battus pour vos fautes, si vous le supportez patiemment ? Mais quand vous faites bien, si vous subissez des torts et prenez cela avec patience, alors c'est un motif d'en remercier Dieu. Car en vérité vous étiez appelés à cela, car Christ a souffert ainsi pour nous, nous laissant un exemple afin que nous marchions sur Ses pas ». Ce sont là les propres paroles de St Pierre.

St David également nous a enseigné une bonne leçon à ce sujet, lui qui a été souvent très cruellement persécuté à tort par le Roi Saül, et souvent sa vie fut mise en péril et en danger par le Roi Saül et ses hommes ; cependant, il n'a jamais résisté ni usé de force ni de violence contre le Roi Saül, son ennemi mortel, mais il a toujours rendu à son seigneur-lige et maître le Roi Saül les services les plus véritables, les plus diligents et les plus fidèles. À tel point que quand le Seigneur Dieu a mis le Roi Saül entre les mains de David, dans sa propre grotte, il n'a pas voulu le blesser alors qu'il aurait but facilement le tuer sans danger pour lui-même ; non, il n'aurait pas supporté qu'un de ses serviteurs mette la main sur le Roi Saül, ne serait-ce qu'une fois, mais il a prié Dieu ainsi : « Seigneur, garde-moi de faire une telle chose à mon maître, l'oint du Seigneur ; garde-moi afin que je ne mette pas la main sur lui, vu qu'il est l'oint du Seigneur. Car aussi vrai que le Seigneur vit, sauf si le Seigneur le frappe ou si son jour vient, ou qu'il aille à la guerre et qu'il périsse à la bataille, le Seigneur est miséricordieux pour moi, et je ne mettrai pas la main sur l'oint du Seigneur ». Et que David aurait pu tuer son ennemi le roi Saül, c'est prouvé à l'évidence dans le premier livre de Samuel, aussi bien par le découpage d'un pan du vêtement de Saül, que par la confession claire du Roi Saül. Une autre fois, aussi, comme il est mentionné dans le même livre, quand le très peu miséricordieux et peu gentil Roi Saül persécutait le pauvre David, Dieu a de nouveau mis le Roi Saül dans les mains de David, en plongeant le Roi Saül et toute son armée dans un sommeil de mort ; de telle sorte que David et Abichaï seul avec lui vinrent dans la tente de Saül, où « Saül dormait allongé et sa lance était plantée en terre près de sa tête. Alors Abichaï dit à David : Cette fois, Dieu a livré ton ennemi entre tes mains ; maintenant, laisse-moi le transpercer une fois de ma lance, et je ne le frapperai pas une seconde fois », voulant dire par là qu'il l'aurait tué d'un coup, et l'aurait expédié pour toujours. « Et David » répondit et « dit à Abichaï : Ne le détruis pas, car qui peut mettre la main sur l'oint du Seigneur sans pécher ? » Et David dit en outre : « Aussi sûr que le Seigneur vit, le Seigneur le frappera ou bien son heure viendra, ou bien il descendra à la bataille et y périra. Que le Seigneur me garde de lever mes mains sur l'oint du Seigneur, mais prends sa lance qui est à sa tête et la cruche d'eau, et partons » et ils firent ainsi. Ici est prouvé à l'évidence que nous ne devons pas résister ni blesser en aucune façon un Roi consacré, qui est le lieutenant de Dieu, son vice-régent et son serviteur de plus haut rang dans le pays dont il est le roi.

Mais d'aventure quelques-uns parmi vous pourraient dire que David étant en légitime défense aurait pu tuer légalement le Roi Saül et garder bonne conscience. Mais St David savait qu'il ne pouvait en aucune manière résister, blesser ou tuer son souverain seigneur et roi; il savait qu'il n'était rien de plus que le sujet du Roi Saül, bien qu'il fût en grande faveur auprès de Dieu. C'est pourquoi, bien que largement provoqué, il refusait totalement de blesser l'oint du Seigneur. Il n'osait pas offenser Dieu et sa propre conscience (bien qu'il en ait eu l'occasion et l'opportunité), lever la main ne serait-ce qu'une fois sur le Roi, le grand officier de Dieu, dont il savait qu'il était un homme mis à part et gardé pour sa fonction, en vue d'être jugé et puni par Dieu seul. C'est pourquoi il priait si souvent et si sérieusement de ne pas lever la main sur l'oint du Seigneur. Et par ces deux exemples, St David, qui est appelé dans l'Écriture « un homme selon le cœur de Dieu », donne à tous les sujets du monde une leçon et une règle générale de ne pas résister à son seigneur-lige et roi, de ne pas prendre les armes de sa propre autorité contre son roi, oint par Dieu ; lui qui n'a porté l'épée que sous l'autorité de Dieu, pour défendre le bien et pour punir le mal ; lui qui ne s'est servi de l'épée que selon la Loi de Dieu, à Son commandement, et qui avait aussi tout pouvoir pour ordonner, juger, régler, obliger et punir en tant que gouverneur suprême de tous ses domaines et roy-aumes, et ceci même par l'autorité de Dieu et en exécution de Ses Commandements.

Une autre doctrine issue d'une histoire notable se trouve dans le deuxième livre de Samuel, en rapport avec ce propos. Quand un Amalécite, selon le propre consentement du Roi Saül, a ache-vé le Roi Saül, il est allé voir David en supposant qu'il serait grandement remercié de lui annoncer qu'il avait tué l'ennemi mortel de David, et il se dépêcha d'aller lui raconter la chance qu'il avait, apportant avec lui la couronne qui était sur la tête du Roi Saül et le bracelet qu'il avait à son bras, pour le persuader de la véracité de ses dires. Mais le pieux David était si loin de se réjouir à cette nouvelle qu'il a immédiatement déchiré ses vêtements, a pleuré et dit au messager: « Comment n'as-tu pas eu peur de lever la main sur l'oint du Seigneur et de le détruire ? » et David ordonna aussitôt à un de ses serviteurs de tuer le messager, en disant : « Que ton sang retombe sur ta tête, car de ta propre bouche tu as attesté et témoigné contre toi, que tu as tué l'oint du Seigneur ».

Ces exemples sont si évidents et si manifestes que c'est une intolérable ignorance, une folie, une méchanceté de la part d'un sujet que de récriminer, de se rebeller, de résister, de susciter une émeute ou une insurrection contre son très cher et très craint souverain seigneur et roi, établi et ordonné par Dieu pour le bien, la paix et la tranquillité de sa communauté.

Et croyons sans aucun doute, très chers frères, que nous ne devons pas obéir aux rois, aux magistrats ou autres, même si ce sont nos propres pères, s'ils nous ordonnent de faire quoi que ce soit de contraire aux Commandements de Dieu. Dans un tel cas, nous devons dire avec les Apôtres : « Nous devons obéir à Dieu plutôt qu'à un homme ». Mais néanmoins, même dans ce cas nous ne devons en aucune manière résister violemment, nous rebeller contre les dirigeants, ou provoquer une insurrection, une sédition ou des émeutes, que ce soit par la force des armes ou autrement, contre l'oint du Seigneur ou contre tel de ses officiers, mais nous devons alors souffrir patiemment tous les torts et les injures, en déférant le jugement de notre cause à Dieu seul. Craignons la terrible punition de Dieu Tout-Puissant contre les traitres ou les rebelles comme Coré, Dathan et Abiram, qui ont bronché et gardé rancune contre les officiers et magistrats de Dieu et à cause de cela la terre s'est fendue et les a engloutis vivants. D'autres, à cause de leurs méchantes récriminations et rébellion, ont été soudain dévorés par un feu envoyé par Dieu. D'autres encore, à cause de leur comportement hostile à leurs dirigeants et gouverneurs, qui sont des serviteurs de Dieu, ont été soudainement frappés d'une mauvaise lèpre. D'autres aussi ont été piqués à mort par d'étranges serpents brulants. D'autres enfin ont été cruellement frappés d'une épidémie, de telle sorte qu'en un seul jour, 14.700 hommes ont été tués, pour rébellion contre ceux que Dieu avait placés en situation d'autorité. Absalon aussi, parce qu'il s'était rebellé contre le Roi David son père, fut puni d'une mort notable et étrange.

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{25} 3. Vous avez entendu parler, dans ce sermon, du bon ordre et de l'obédience, manifestement établis par les Écritures et par des exemples, et que tous les sujets sont obligés d'obéir à leurs magistrats et à ne leur résister, à ne se rebeller ou de ne susciter une rébellion contre eux sous aucun prétexte, oui, même si ce sont des gens méchants. Ne laissez personne penser qu'on peut échapper à la punition après avoir commis une trahison, une conspiration ou une rébellion contre son souverain seigneur le Roi, même secrètement, que ce soit en pensée, en parole ou par action, même tout seul dans l'intimité d'une chambre privée, ou conversant ouvertement et se concertant avec d'autres. Car la trahison ne restera pas cachée, elle sera dévoilée à la fin. Dieu dévoilera et punira ce très détestable vice car il est dirigé très directement contre Ses ordonnances et contre Son juge, principal oint sur la terre. Les violences et blessures commises contre l'autorité sont commises contre Dieu, contre le bien commun, et contre le royaume tout entier ; car il est notablement écrit par le sage dans l'Écriture, dans le livre de l'Ecclésiaste : « Ne souhaite pas de mal au roi dans tes pensées, ni de parler d'attenter à sa personne dans l'intimité de ta chambre ; car un oiseau volant par là entendra ta voix et trahira tes paroles avec sa plume ».

Ces leçons et ces exemples sont écrits pour notre instruction. Craignons donc le détestable vice de la rébellion, sachant toujours et nous souvenant que celui qui résiste à l'autorité commune résiste à Dieu et à Ses ordonnances, comme on peut le prouver par de nombreux autres passages de l'Écriture Sainte.

Et ici, prenons garde de ne pas comprendre ces passages qui commandent une obéissance aux supérieurs si étroite et punissent la rébellion et la désobéissance si étroitement qu’elle concerne dans tous les cas le prétendu pouvoir de l'évêque de Rome. Car l'Écriture de Dieu ne le permet vraiment pas à un tel pouvoir usurpé, rempli d'énormités, d'abus et de blasphèmes ; mais le véritable sens de tels passages est d'exalter et magnifier l'ordonnancement de Dieu et l'autorité des rois oints par Lui, ainsi que des officiers placés sous leurs ordres. Et au sujet du pouvoir usurpé de l'évêque de Rome qui prétend à tort être le successeur de Christ et de Pierre, nous pouvons facilement percevoir combien cela est faux, feint et contrefait, non seulement en ce qu'il n'a pas de fondement suffisant dans la Sainte Écriture, mais aussi par les fruits de cette doctrine. Car Christ notre Sauveur, et St Pierre enseignent une très sérieuse et acceptable obéissance aux rois, en tant que chefs et dirigeants suprêmes dans ce monde, juste après Dieu, mais l'évêque de Rome enseigne des indulgences, des privilèges, des exemptions et la désobéissance, prétendant que ceux qui relèvent de lui sont libres de tout fardeau et charges envers le bien commun et dispensés d'obéir à leur prince, ce qui est clairement contraire à la doctrine de Christ et de St Pierre. Il devrait donc être appelé l'Antichrist et le successeur des scribes et des Pharisiens plutôt que le vicaire de Christ ou le successeur de St Pierre, voyant que non seulement sur ce point mais aussi en d'autres matières importantes de la religion chrétienne, en matière de rémission et de pardon des péchés et de Salut, il nous enseigne très directement à l'encontre de St Pierre et de Christ notre Sauveur ; lesquels n'ont pas seulement enseigné l'obéissance aux rois, mais aussi pratiqué l'obédience dans leur conversation et dans leur vie, car nous lisons qu'ils ont tous deux payé l'impôt à leur roi.

Et nous lisons aussi que la sainte vierge Marie, mère de Christ notre Sauveur, et Joseph, qui lui a été donné pour père, sont allés sur l'ordre de l'empereur à la cité de David, Bethlehem, pour être taxés parmi les autres et pour déclarer leur obéissance aux magistrats par respect des ordonnances de Dieu. Et n'oublions pas ici l'obéissance de la vierge bénie Marie, car bien qu'elle ait été en très haute estime de Dieu et la génitrice de Christ, alors qu’elle était enceinte à cette même époque, et donc près d'accoucher pendant le voyage, a cependant joyeusement entrepris ce voyage dans le froid hivernal, sans récrimination ni excuse et par motif de conscience, étant à cette époque si pauvre qu'elle a accouché dans une étable et c'est là qu'elle fut délivrée de sa grossesse, donnant le jour à Christ.

Et St Pierre, en accord avec cela, écrit expressément dans sa première épître : « Soumettez-vous (ou soyez sujets) » dit-il, « aux rois et aux princes, ou aux dirigeants, comme à ceux qui sont envoyés par Dieu pour punir les malfaisants et pour louer les bienfaisants ; car telle est la volonté de Dieu ». Point n'est besoin d'expliquer ces mots, qui sont très clairs en soi. St Pierre ne dit pas : « Soumettez-vous» à moi en tant que chef suprême de l'Église, ni « Soumettes-vous » de temps à autre à mes successeurs de Rome, mais il a dit « Soumettez-vous à votre roi, votre chef suprême » et à ses subordonnés à qui il a délégué une part de son autorité ; car c’est la volonté de Dieu que vous obéissiez ; Dieu veut que vous soyez soumis à votre roi et chef. Tel est l'ordonnancement de Dieu, le Commandement de Dieu, et la sainte volonté de Dieu, que chaque royaume tout entier et toutes ses parties soient soumis à leur chef, leur roi ; et ceci, comme St Pierre l'écrit, « pour l'amour de Dieu », et comme St Paul l'a écrit, « par motif de conscience », et pas seulement par crainte.

Nous apprenons ainsi par la Parole de Dieu à rendre à notre roi ce qui est dû à notre roi, c'est à dire l'honneur, l'obéissance, le payement des taxes dues, des droits de douanes, des impôts, des aides, l'amour et la crainte.

Sachant ainsi quels sont nos obligations et nos devoirs envers l'autorité commune, apprenons maintenant à nous en acquitter. Et prions Dieu de tout cœur et de la manière la plus insistante, Lui le seul auteur de toute autorité, pour tous ceux qui sont en situation d'autorité, selon la volonté de St Paul, écrivant ainsi à Timothée dans sa première épître : « J'exhorte donc au-dessus de toute chose à ce que des prières, des supplications, des intercessions et des actions de grâces soient faites pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont en situation d'autorité, afin que nous puissions vivre une vie calme et paisible en toute sincérité et piété, car c'est ce qui est bon et accepté aux yeux de Dieu notre Sauveur ». Ici, St Paul fait une exhortation spécialement sérieuse au sujet de l'action de grâces et la prière pour les rois et les dirigeants, en disant « au-dessus de toutes choses », comme s'il disait, « en toute sagesse, principalement et avant tout, que des prières soient faites pour les rois ». Remercions Dieu de tout cœur pour Ses grands et excellents avantages et pour Sa providence concernant l'institution monarchique. Prions pour eux afin qu'ils aient toujours Dieu présent à leur esprit. Prions pour qu'ils aient la sagesse, la force, la justice, la clémence, le zèle pour la gloire de Dieu, pour la vérité de Dieu, pour les âmes chrétiennes et pour le bien commun. Prions pour qu'ils se servent droitement de leur épée et de leur autorité pour le maintien et la défense de la foi catholique [réformée] contenue dans la Sainte Écriture et de leurs bons et honnêtes sujets, et pour punir les gens mauvais et vicieux.

Prions pour qu'ils suivent fidèlement les plus fidèles des rois et capitaines de la Bible, David, Ézéchias, Josué, Moïse, et d'autres qui leur sont comparables. Et prions pour nous-mêmes afin que nous vivions pieusement, ayant une conversation pieuse et sainte ; nous aurons ainsi Dieu à nos côtés, et alors ne craignons pas ce que les hommes peuvent nous faire, et nous vivrons ainsi dans la véritable obéissance, aussi bien à notre très miséricordieux Roi dans le ciel qu'à notre roi très chrétien sur terre ; ainsi, nous plairons à Dieu et nous en aurons les avantages excessifs : la paix de la conscience, le repos et la tranquillité dans ce monde, et après cette vie nous jouirons d'une vie meilleure, du repos, de la paix et de la félicité éternelle du Ciel. C'est ce qu'Il nous offre à tous, Lui qui a obéi pour nous tous, « même à la mort de la croix », Jésus-Christ ; à qui, avec le Père et le Saint-Esprit, soient tout honneur et toute gloire, maintenant et toujours. Amen.

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