LA RAISON D’AIMER

SERMON pour le 13ème dimanche après la Trinité.

Traduction d’une méditation biblique éditée par le Révérendissime Jerry Levon OGLES,

Docteur en Théologie et Évêque Métropolite de l’Anglican Orthodox Church.

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COLLECTE : « Dieu tout-puissant et miséricordieux, qui seul donnes à ton peuple fidèle de te rendre un juste et louable service ; accorde-nous la grâce, nous t’en supplions, de te servir si fidèlement en cette vie, que nous ne manquions point d’obtenir enfin l’effet de tes promesses célestes : par les mérites de Jésus-Christ, notre Seigneur. Amen. ».

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ÉVANGILE : « Et comme Jésus était à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, il vint à lui une femme qui avait un vase d'albâtre plein d'un parfum de grand prix, et qui le répandit sur sa tête, lorsqu'il était à table. Mais ses Disciples voyant cela, en furent indignés, et dirent : À quoi sert cette perte ? Car ce parfum pouvait être vendu beaucoup, et être donné aux pauvres. Mais Jésus connaissant cela, leur dit : Pourquoi donnez-vous du déplaisir à cette femme ? Car elle a fait une bonne action envers moi. Parce que vous aurez toujours des pauvres avec vous ; mais vous ne m'aurez pas toujours. Car ce qu'elle a répandu ce parfum sur mon corps, elle l'a fait pour [l'appareil de] ma sépulture. En vérité je vous dis, que dans tous les endroits du monde où cet Évangile sera prêché, ce qu'elle a fait sera aussi récité en mémoire d'elle. Alors l'un des douze, appelé Judas Iscariot, s'en alla vers les principaux Sacrificateurs, et leur dit : Que me voulez-vous donner, et je vous le livrerai ? Et ils lui comptèrent trente pièces d'argent. Et dès lors il cherchait une occasion pour le livrer. » (Matthieu 26.6-16).

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Je crois qu’il nous sera profitable d’examiner la Collecte d’aujourd’hui à la lumière particulière du texte évangélique dont elle donne le ton et l’atmosphère. Le plus grand impact de cette Collecte est sa toute première phrase de supplication : « Dieu tout-puissant et miséricordieux, qui seul donnes à ton peuple fidèle de te rendre un juste et louable service. ». Contrairement à la pensée orgueilleuse des hommes, notre faveur auprès de Dieu ne découle d’aucune bonne œuvre accomplie de notre part ? par la force et la main ; mais, plutôt, de l’inspiration et de la force que nous a données Dieu notre Père pour, d’abord, savoir faire de bonnes œuvres ; et, ensuite, d’avoir la capacité d’aller jusqu’au bout de leur exécution. Nos bonnes œuvres, de cette façon, ne sont pas les nôtres ; mais rejaillissent à la gloire du Seigneur qui nous inspire, nous donne le pouvoir et la capacité physique et spirituelle de mener l’affaire jusqu’à sa conclusion. Les œuvres de ceux qui agissent avec la justice imputée de Christ sont des œuvres qui n’appartiennent qu’à Lui, sinon elles ne sont pas BONNES. Elles sont, par tous les moyens, accomplis « par les mérites de Jésus-Christ notre Seigneur ».

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Dans la société ordinaire, et même en droit criminel, les pensées d’une personne dans l’accomplissement d’un acte (bon ou mauvais) sont primordiales pour attribuer une récompense ou une punition. En droit, on l’appelle MOTIF. Si le motif dans l’exécution de tout acte est l’amour, il ne peut vraiment y avoir de culpabilité de péché ni de crime.

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Il y a plusieurs années, j’ai écrit une étude sur les Dix Commandements, et sur les deux tables sur lesquelles ces commandements sont écrits – les cinq premiers font référence à notre devoir envers Dieu. Le cinquième est un commandement de transition qui se rapporte à la fois à notre Père céleste et à nos pères sur terre. Les cinq derniers se rapportent uniquement à notre devoir les uns envers les autres. C’est pour cette raison que notre Seigneur a résumé les Commandements ainsi : « Jésus lui dit : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et de toute ton âme, et de toute ta pensée. Celui-ci est le premier et le grand commandement. Et le second semblable à celui-là, est : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la Loi et les Prophètes » (Matthieu 22.37-40).

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Le Résumé de la Loi donné ici par notre Seigneur n’était pas un concept nouveau dans la Parole de Dieu. Ce résumé vient de l’Ancien Testament. De cette façon [en citant la Bible], notre Seigneur a résumé les deux Tables de la Loi. Si nous observons le premier commandement, nous ne pouvons manquer d’observer le second. C’est l’AMOUR DE DIEU qui nous permet d’être considérés comme justes – et non nos simples actions sous le soleil. Bien sûr, les bonnes œuvres sont le fruit de la grâce souveraine de Dieu dans la vie des saints, « Car vous êtes sauvés par la grâce, par la foi ; et cela ne vient point de vous, c'est le don de Dieu. Non point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. » (Ephésiens 2.8-9).

Il y a trois récits évangéliques (Matthieu, Marc et Jean) du texte d’aujourd’hui, chacun offrant la même signification avec différentes ombres de détails pour notre illumination. J’utiliserai principalement l’Évangile de saint Jean aujourd’hui comme texte parallèle, car il donne une distinction plus nette de l’amour – Jean étant l’apôtre de l’amour.

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Jésus, quelques jours avant le texte d’aujourd’hui, avait appelé Lazare mort dans son froid tombeau de pierre à Béthanie. Lazare était le frère de Marthe et de Marie, une famille pour laquelle Jésus avait un amour particulier. Il n’y a eu que quelques jours depuis que la résurrection de Lazare s’est produite, quelques jours seulement avant la Pâque.

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Maintenant, notre Seigneur est invité à la maison de Simon le Lépreux pour le souper selon l’Évangile de Matthieu. Jean ajoute que Marthe, comme d’habitude, les servait. Marthe était toujours occupée à faire des tâches importantes, et c’est bien. Mais souvent, on peut devenir tellement absorbé par une tâche que la raison de le faire est oubliée. Marie, d’autre part, était plus réfléchie et préférait la joie plus profonde d’être toujours aux pieds de notre Seigneur pour saisir chaque parole et vérité qui tombait de ses lèvres (Cf. Luc 10.39-40 : « Et elle avait une sœur nommée Marie, qui se tenant assise aux pieds de Jésus, écoutait sa parole. Mais Marthe était distraite par divers soins ; et étant venue à Jésus, elle dit : Seigneur, ne te soucies-tu point que ma sœur me laisse servir toute seule, dis-lui donc qu'elle m'aide de son côté »). Même quand Jésus tarda quatre jours à venir ressusciter Lazare, Marthe était occupée à se demander pourquoi il n’était pas venu plus tôt, mais Marie vint et tomba, à nouveau, aux pieds de Jésus. « Quand donc Marie fut venue où était Jésus, l'ayant vu, elle se jeta à ses pieds, en lui disant : Seigneur, si tu eusses été ici, mon frère ne fût pas mort » (Jean 11.32).

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Ni Marthe ni Marie n’avaient une compréhension ferme de la puissance et de la plénitude de la Divinité que notre Seigneur possédait. D’ailleurs, aucun des disciples ne l’a eue non plus avant la résurrection du Seigneur Christ. Nous qualifions le plus souvent notre foi en Sa puissance comme l’a fait Marie – avec le mot SI. C’était presque comme s’ils croyaient que Christ pouvait guérir, en effet, mais restaurer la vie d’un cadavre était au-delà de leur imagination.

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Maintenant, notre Seigneur est assis à la table de Simon, à côté de Lazare, Marthe préparant le repas. Marie, debout derrière, voit Jésus assis là avec son frère, Lazare, qui était mort quelques heures plus tôt. Soudain, la coupe de son cœur déborda d’amour pour son frère et pour Celui qui l’avait ressuscité d’entre les morts. Elle ne pouvait plus se contenir. « Mais que puis-je lui donner de quelque valeur que ce soit ? ». Son esprit a été torturé par le désir de démontrer sa profonde gratitude et son amour pour le Seigneur, mais QUE pouvait-elle lui donner ? Submergée par un désir désespéré de lui donner le meilleur d’elle-même, elle courut immédiatement chercher la ressource la plus précieuse en sa possession – un flacon en albâtre, rempli d’un onguent très précieux. Je pourrais ajouter que c’était la coutume en Israël de laver les pieds de tous les dignitaires qui entrent dans la maison en tant qu’invités. Personne n’avait lavé les pieds de Jésus ; mais Marie Lui lavait les pieds avec un onguent coûteux et elle oignit Sa tête. Jean ajoute qu’elle a également lavé les pieds du Seigneur avec l’onguent et les a séchés avec ses propres cheveux. Cela démontre une grande humilité et un amour durable. Que pouvez-VOUS donner au Seigneur, ami ? Vous pouvez lui donner le meilleur de vous-même. Votre meilleur n’est pas les pierres précieuses, l’or ou l’argent. Votre meilleur est une ressource que le Seigneur chérira le plus et fera même de son temple – c’est-à-dire votre cœur !

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Comme beaucoup de ministres qui prêchent pour le profit, Judas n’était pas heureux de cette expression d’amour et de service juste. Il était jaloux du service dont son cœur était incapable, mais aussi de l’argent qu’il considérait comme gaspillé dans l’onction. Il a peut-être aussi convoité cet argent puisque c’est lui qui gardait le sac d’argent pour la bande de disciples. Judas fit connaître son mécontentement en déposant une plainte. D’autres semblent convenir que l’utilisation de l’huile par Marie était un gaspillage. Un murmure grincheux et envieux peut spolier beaucoup de gens alentour. « Pourquoi ce parfum n'a-t-il pas été vendu trois cents deniers, et [cet argent] donné aux pauvres ? Or il dit cela, non point qu'il se souciât des pauvres, mais parce qu'il était larron, et qu'il avait la bourse, et portait ce qu'on y mettait. » (Jean 12.5-6).

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Peut-être même Marie n’a-t-elle pas bien compris pourquoi elle a fait cette onction. Je ne crois pas que d’autres non plus – sauf notre Seigneur. Il savait que dans la semaine à venir, Il serait arrêté, soumis à un simulacre de procès, humilié publiquement, battu, couronné d’une couronne d’épines et cloué, nu, sur une croix. Personne d’autre ne pouvait sembler comprendre cet événement bien que notre Seigneur leur en avait parlé auparavant. « Pourquoi donnez-vous du déplaisir à cette femme ? Car elle a fait une bonne action envers moi. Parce que vous aurez toujours des pauvres avec vous ; mais vous ne m'aurez pas toujours. Car ce qu'elle a répandu ce parfum sur mon corps, elle l'a fait pour [l'appareil de] ma sépulture ».

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J’ai entendu dire que nous ne devrions pas honorer les morts en Christ – qu’ils ont déjà leur récompense. Eh bien, c’est probablement vrai ; cependant, il faut se souvenir de ceux qui ont vécu vaillamment pour Christ pour l’exemple qu’ils nous ont donné. « Alors j'entendis une voix du ciel me disant : Écris : Bienheureux sont les morts qui dorénavant meurent au Seigneur ; oui pour certain, dit l'Esprit ; car ils se reposent de leurs travaux, et leurs œuvres les suivent. » (Apocalypse 14.13). Si le Seigneur se souvient d’eux, ne devrions-nous pas faire de même ?

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Voyez les paroles finales du Christ dans notre texte de Marc 14.9 : « En vérité je vous dis, qu'en quelque lieu du monde que cet Évangile sera prêché, ceci aussi qu'elle a fait sera récité en mémoire d'elle » (Marc 14.9) Vous voyez ? Nous nous souvenons de Marie, de Marthe et de Lazare aujourd’hui dans notre texte – et de beaucoup d’autres dans mille textes différents. Mais Celui sur qui nous devons continuellement reposer nos cœurs est le même qui a si complètement désarmé notre Marie : le Seigneur Jésus-Christ.