13-De la tenue à l'église

II-1. Du bon usage de l'église

{32} 1. Il apparaît de nos jours qu'une foule de gens recourent à l'église pour servir Dieu leur Père céleste selon leur plus saint devoir, mais avec une négligence et une mollesse coupables ; beaucoup y ont une attitude inconvenante et irrévérencieuse lorsqu'ils y sont assemblés ; et ils peuvent craindre en effet de susciter ainsi la colère de Dieu et Ses terribles plaies, lesquelles sont suspendues au-dessus de nos têtes du fait de cette grave offense de notre part, parmi de nombreux et graves autres péchés que nous commettons devant le Seigneur, chaque jour et à chaque heure ; c'est pourquoi, afin de soulager nos consciences et d'éviter les plaies suspendues au-dessus de nos têtes, voyons ce que le saint livre de Dieu nous dit à ce sujet ; soyons attentifs, car nous sommes tous visés.

Bien que l'incompréhensible et éternelle majesté de Dieu, le Seigneur du ciel et de la terre, dont le trône est au ciel et dont la terre est le marchepied, ne puisse pas tenir dans des temples ou des maisons faits de main d'homme, comme le seraient des demeures capables de recevoir ou de contenir Sa majesté, selon ce que le prophète Ésaïe, ainsi que St Étienne et St Paul déclarent à l'évidence dans les Actes des Apôtres, et même le Roi Salomon, lui qui a construit pour le Seigneur le Temple le plus glorieux qui ait jamais été bâti, a dit : « Qui sera capable de bâtir un lieu de rencontre ou une maison digne de Lui ? Si le ciel et les cieux au-dessus des cieux ne peuvent pas Le contenir, combien moins ce que j'ai construit ! » ; et il confesse plus loin : « Qui suis-je pour que je sois capable de Te bâtir une maison, Ô Seigneur ? Mais cependant, c'est uniquement dans le but que Tu puisse prêter attention à la prière de Ton humble serviteur et à son humble supplication », et que nos églises soient encore moins des lieux de rencontre suffisants pour accueillir l'incomparable majesté de Dieu ; les temples principaux et spéciaux de Dieu où Il aime à demeurer continuellement sont les corps et les esprits des vrais Chrétiens et des élus de Dieu, selon la doctrine de la Sainte Écriture telle qu'elle est déclarée dans la première épître aux Corinthiens : « Ne savez-vous pas », dit St Paul, « que vous êtes le temple de Dieu et que le Saint-Esprit demeure en vous ? Si un homme souille le temple de Dieu, Dieu le détruira, car le temple de Dieu est saint, et c'est ce que vous êtes »; et dans la même épître encore : « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit habitant en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez pas ? Car vous avez été achetés à grand prix ; glorifiez donc Dieu maintenant dans votre corps et dans votre esprit, car ils sont à Dieu » ; et comme Christ notre Sauveur l'a enseigné dans l'Évangile de St Jean, ceux qui louent Dieu le Père en esprit et en vérité, quel que soit l'endroit où ils le font, Le louent bien, car ce sont de tels louangeurs que Dieu recherche, car « Dieu est un esprit, et ceux qui Le louent doivent Le louer en esprit et en vérité » dit Christ notre Sauveur ; nonobstant tout ceci, l'église matérielle ou le temple est un endroit approprié, aussi bien par l'usage et les exemples continuels exprimés dans l'Ancien Testament comme dans le Nouveau, afin que le peuple de Dieu s'y réunisse pour entendre la sainte Parole de Dieu, pour invoquer Son saint Nom, pour Lui rendre grâce pour les innombrables et indicibles bienfaits dont Il nous gratifie, et pour y célébrer Ses saints sacrements en vérité, comme il se doit ; et ce faisant nous louons Dieu en vérité et droitement.

Et cette église ou temple est appelée la maison ou le temple du Seigneur, aussi bien dans l'Ancien Testament que dans le Nouveau, en raison du service spécial qui y est rendu à Sa majesté par Son peuple, et à cause de la présence effective de Sa grâce céleste, où, selon Sa sainte Parole, Il a enjoint à Son peuple de se rassembler. Et aux jours fixés par Son ordre, tout le peuple est obligé de se rendre à la cette maison ou temple de Dieu, avec force diligence, à moins que par la maladie ou une autre cause urgente ils n'en soient dispensés. Là, tous rassemblés, ils se tiennent dans le silence et le respect en accomplissant le service de Dieu Tout-Puissant auquel ils sont tenus par devoir, dans la congrégation des saints. Toutes ces choses sont prouvées à l'évidence par la sainte parole de Dieu, comme il apparaîtra clairement maintenant.

Avant tout, les Écritures déclarent que ce lieu est appelé, comme il l'est en effet, la maison de Dieu et le temple du Seigneur. « Celui qui jure par le temple », dit Christ notre Sauveur, « jure par lui et par Celui qui l'habite », c'est à dire Dieu le Père, ce qui est également exprimé dans l'Évangile de St Jean, lorsqu'il dit: « Ne faites pas de la maison de Mon Père une maison de commerce ». Et dans le livre des Psaumes, le prophète David dit : « J'entrerai dans Ta maison, je Te louerai dans Ton saint Temple avec crainte ». Et il est appelé dans presque une infinité de passages de l'Écriture, spécialement dans les prophètes et les psaumes, la maison de Dieu, ou la maison du Seigneur. Quelques fois, il est appelé la tente du Seigneur ou le tabernacle, et quelquefois le sanctuaire, c'est à dire la maison sainte ou le lieu saint du Seigneur.

Et il est également appelé la maison de prière. Ainsi Salomon, qui a construit le temple du Seigneur à Jérusalem, l'appelle souvent la maison du Seigneur, dans laquelle le Nom du Seigneur doit être invoqué. Et Ésaïe, dans le chapitre 56: « Ma maison sera appelée la maison de prière parmi toutes les nations », lequel texte Christ notre Sauveur cite dans le Nouveau Testament, ainsi qu'il apparaît chez trois des évangélistes. Et dans la parabole du Pharisien et du publicain en prière, dans laquelle Christ notre Sauveur a dit qu'ils sont montés au Temple pour prier. Et la sainte veuve et prophétesse Anne « servait le Seigneur en jeûnant et en priant nuit et jour dans le Temple ». Et dans les Actes des Apôtres, il est mentionné que Pierre et Jean sont montés au Temple à l'heure de la prière. Et St Paul, priant dans le Temple de Jérusalem, fut enlevé dans le sein de Dieu, et il est donc très certain que l'église ou le temple est le lieu approprié où l'on doit faire la prière commune publique.

Maintenant, qu'il soit le lieu approprié pour remercier le Seigneur pour Ses innombrables et indi-cibles bienfaits à notre égard, cela apparaît notablement dans la dernière partie de l'Évangile de St Luc et au début du livre des Actes des Apôtres, où il est écrit que les Apôtres et les disciples, après l'Ascension du Seigneur, « continuaient quotidiennement et d'un seul accord, toujours à louer et à bénir Dieu ».

Et il est ainsi déclaré dans la première épître aux Corinthiens que l'église est le lieu approprié pour y délivrer les sacrements avec révérence.

Il reste à dire que l'église ou le temple est le lieu où la Parole vivante de Dieu doit être lue et enseignée, et que le peuple est obligé de s'y assembler ; la preuve en est dans les Écritures, comme nous allons le voir.

Dans les Actes des Apôtres, nous lisons que Paul et Barnabas prêchaient la Parole de Dieu dans les temples des Juifs à Salamine. Et quand ils sont arrivés à Antioche, ils sont entrés dans la synagogue le jour du sabbat et se sont assis, et après la lecture de la Loi et des prophètes, le recteur du temple les a envoyés chercher, disant : « Vous, frères hommes, si l'un de vous a une exhortation à faire au peuple, dites-la ». Et donc Paul, se levant et demandant le silence de la main, dit : « Vous, hommes qui êtes Israélites et qui craignez Dieu, prêtez l'oreille » et il continua ainsi, leur prêchant un sermon à partir des Écritures comme il le faisait généralement. Et dans le même livre des Actes, au chapitre 17, il est attesté que Paul a prêché Christ à partir des Écritures à Thessalonique [Salonique]. Et dans le chapitre 15, l'Apôtre Jacques, dans le saint Conseil de ses collègues Apôtres assemblés, a dit : « Le Moïse de l'ancien temps s'était assuré qu'il serait prêché dans les synagogues ou temples, où il est lu chaque sabbat ». De ces passages, nous pouvons relever l'habitude des Juifs de lire les Écritures de l'Ancien Testament chaque sabbat, et que des sermons y étaient délivrés en même temps. Combien plus convient-il que les Écritures de Dieu, et spécialement l'Évangile de Christ notre Sauveur, nous soient lus et exposés à nous Chrétiens dans nos églises ; sachant surtout que Christ et Ses Apôtres ont permis cet usage divin très nécessaire, le confirmant par leur exemple.

Il est écrit dans les Évangiles, dans divers passages, que « Jésus a parcouru toute la Galilée, en enseignant dans leurs synagogues et en prêchant l'Évangile du Royaume », ces passages mettant en avant de façon évidente Sa grande implication à prêcher et à enseigner continuellement au peuple. Dans Luc, nous lisons que Jésus « selon son habitude, vint dans le Temple », et que « le livre du prophète Ésaïe Lui fut présenté », qu'Il en a lu un passage et qu'Il a prêché un sermon des-sus. Et dans le chapitre 19, il est dit qu'Il enseignait chaque jour dans le Temple. Et il est écrit dans le chapitre 8 de Jean : « Jésus revenait au temple tôt le matin et tout le peuple venait à Lui ; Il s'asseyait et les enseignait ». Et dans le chapitre 18 de Jean, notre Sauveur atteste devant Pilate qu'Il s'exprimait ouvertement devant tout le monde, et qu'Il avait toujours enseigné dans les synagogues et dans le Temple, où tous les Juifs se réunissaient, et qu'Il n'a rien dit secrètement. Et dans St Luc : « Jésus enseignait dans le Temple, et tout le peuple venait à lui tôt le matin, afin de l'écouter dans le Temple ». Nous voyons ici aussi l'implication de notre Sauveur à enseigner quotidiennement la Parole de Dieu dans le Temple, et spécialement les jours de sabbat, et aussi la promptitude du peuple à s'assembler dans le Temple, tôt le matin, pour L'écouter.

On trouve le même exemple d'implication dans la prédication de la Parole de Dieu au Temple chez les Apôtres et ceux qui les écoutaient (en Actes 5) ; on voit les Apôtres, bien qu'ils aient été fouettés et flagellés la veille et que le grand prêtre leur ait intimé l'ordre de ne plus prêcher au nom de Jésus, revenir dans le Temple tôt le lendemain matin, ne cessant pas d'enseigner et d'annoncer Jésus-Christ. Et dans divers autres passages du livre des Actes des Apôtres, vous trouverez la même implication, tant chez les Apôtres à enseigner que chez le peuple à venir au Temple écouter la Parole de Dieu.

Et l'Évangile de Luc atteste au premier chapitre, que quand Zacharie, le saint prêtre et père de Jean Baptiste, sacrifiait dans le Temple, la foule se mettait en prière sans attendre longtemps, tels étaient leur zèle et leur ferveur, à l'époque. Et dans le 2ème chapitre de Luc, nous voyons les longs voyages que des hommes, des femmes, oui et des enfants, entreprenaient pour venir au Temple le jour de la fête pour y servir le Seigneur, et spécialement l'exemple de Joseph, de la vierge bénie Marie, mère de Christ notre Sauveur, et de notre Sauveur lui-même, alors qu'Il était encore un enfant ; ce sont pour nous des exemples à suivre.

Si bien que si nous comparons notre négligence à investir la maison du Seigneur, et de L'y servir, avec l'implication des Juifs à venir au Temple chaque jour, très tôt, parfois au terme de longs voyages, alors que le Temple ne pouvait contenir toute cette foule, et avec le zèle fervent qu'ils déployaient en restant longtemps debout en prière, nous pouvons justement condamner notre négligence et notre paresse, oui, notre désintérêt pour la maison du Seigneur (qui est si près de chez nous), en y venant si rarement, même à midi, et encore moins tôt le matin, ou en y faisant acte de présence sans autre, nous qui dédaignons d'entrer dans le temple. Et cependant, nous abhorrons jusqu'au nom de Juif quand nous l'entendons, ce qui est la marque d'un peuple méchant et impie. Mais nous devons craindre que sur ce point nous ne soyons bien pires que les Juifs, et qu'ils se lèveront au jour du Jugement pour nous condamner, nous qui, comparés à eux, faisons preuve de tant de mollesse et dédaignons de venir à la maison du Seigneur pour L'y servir, ce qui est notre devoir le plus sacré.

Et outre cette horrible menace du juste Jugement de Dieu, Son Grand Jour venu, nous n'échapperons pas dans cette vie à Sa main pesante ni à Sa vengeance à cause de notre mépris pour la maison du Seigneur et le service que nous Lui devons, ainsi que le Seigneur Lui-même menaçait de cette manière dans le 1er chapitre de Son prophète Aggée : « Parce que vous avez déserté Ma maison en Me laissant seul, dit le Seigneur, et que vous avez tous hâte de rentrer chez vous, à cause de cela le ciel au-dessus de vous ne donnera plus de rosée, et la terre aura interdiction de produire son fruit ; et J'ai appelé la sécheresse à venir sur la terre et sur les montagnes, sur le blé, sur le vin, sur l'huile, et sur toutes les choses que produit la terre, et sur les hommes, sur les bêtes, et sur toutes les choses pour lesquelles les hommes travaillent de leurs mains ». Vous voyez, si nous sommes tellement du monde que nous ne nous soucions pas des jugements éternels de Dieu, qui sont si terribles et horribles pour d'autres, nous n'échapperons pas à la punition de Dieu dans ce monde, à la sécheresse, à la famine et à la suppression de toutes les commodités mondaines auxquelles nous autres mondains semblons porter beaucoup d'attention et de soin.

Tandis qu'en revanche, si nous nous amendons de cette faute de négligence, de mollesse et de mépris pour la maison du Seigneur et le service que nous Lui devons là, et que nous nous impliquons à nous y assembler, pour servir le Seigneur d'un même accord et consentement, en toute sainteté et droiture devant Lui, nous avons les promesses de bienfaits aussi bien au ciel que dans ce monde. « Partout où deux ou trois sont réunis en Mon nom », dit Christ notre Sauveur, « Je suis là au milieu d'eux ». Et peut-t-il y avoir une bénédiction plus grande que d'avoir Christ notre Sauveur parmi nous? Ou bien encore une fois, peut-il y avoir un malheur ou une méchanceté plus grande que de renvoyer Christ notre Sauveur et de faire place à notre et Son plus ancien et plus mortel ennemi, l'ancien serpent et dragon, le diable Satan, au milieu de nous ? Dans le deuxième chapitre de Luc, il est écrit comment Joseph et la mère de Christ, après avoir longtemps cherché Jésus qu'ils avaient perdu sans Le trouver nulle part, L'ont finalement trouvé dans le Temple, assis au milieu des docteurs. Si donc nous manquons à Jésus-Christ, c'est à dire au Sauveur de nos corps et de nos âmes, nous ne Le trouverons pas sur la place du marché ni à la salle des fêtes, encore moins à la brasserie ou à la taverne avec de bons copains (comme ils se désignent eux-mêmes), alors que nous le trouvons immédiatement dans le Temple, dans la maison du Seigneur, parmi les enseignants et les prédicateurs de Sa Parole, là où on doit le chercher. Et pour ce qui est des commodités mondaines, nous avons une sûre promesse de Christ notre Sauveur : « Recherchez d'abord le royaume de Dieu, et toutes ces choses vous seront données avec».

Et ainsi, dans la première partie de cette homélie, nous avons déclaré par la Parole de Dieu que le temple ou église est la maison du Seigneur, car c'est là que nous servons le Seigneur en enseignant et écoutant Sa sainte Parole, en invoquant Son saint Nom, en Le remerciant pour Ses grandes et innombrables bénédictions, et en administrant comme il faut Ses sacrements. Et il est également déclaré par les Écritures que tous les Chrétiens pieux, hommes et femmes, doivent, aux jours fixés, se réunir ponctuellement dans la maison du Seigneur, L'y servir et Le glorifier, car Il en est très digne et que nous y sommes fort obligés. À qui soient toute gloire et tout honneur, éternellement. Amen.

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{33} 2. Dans la première partie de cette homélie, il vous a été déclaré par la Parole de Dieu que le temple ou église est la maison du Seigneur, car c'est là que nous servons le Seigneur en enseignant et écoutant Sa sainte Parole, en en appelant à Son saint Nom, en Le Remerciant pour Ses grandes et innombrables bénédictions, et en administrant Ses sacrements comme il se doit. Et il vous a également été déclaré par les Écritures que tous les Chrétiens pieux, hommes et femmes, doivent, aux jours fixés, se réunir ponctuellement dans la maison du Seigneur, L'y servir et Le glorifier, car Il en est très digne et que nous y sommes fort obligés. Il reste maintenant à déclarer par la Parole de Dieu, dans cette deuxième partie de l'homélie sur le bon usage du temple de Dieu, avec quelle tranquillité, silence et révérence ceux qui viennent à la maison du Seigneur doivent eux-mêmes se tenir et se comporter.

La grande révérence et la vénération dont les Juifs témoignaient dans leur Temple devrait être suffisante pour nous apprendre comment nous comporter dans l'église et notre sainte maison de prières ; cette révérence apparaît en de nombreux passages, et nous en noterons quelques-uns. Dans le chapitre 26 de Matthieu, il a été compté à charge de Christ notre Sauveur, méritant la peine de mort, sur les dires de deux faux témoins, qu'Il a dit pouvoir détruire le Temple de Dieu et le rebâtir en trois jours ; écartant le doute, ils ont pris cette affirmation pour une atteinte à l'honneur et à la majesté du Temple, en pensant que pour la foule Il méritait la mort. Et dans le chapitre 21 des Actes des Apôtres, quand les Juifs ont trouvé Paul dans le Temple, ils « ont mis la main sur lui, en criant : 'Vous, hommes Israélites, au secours ! Voici l'homme qui enseignait à tous et partout contre la Loi, contre la nation, et contre ce lieu ; en outre, il a amené des Gentils dans le Temple, et il a profané ce saint lieu' ». Voyez s'ils ont pris pour un délit aussi grave de parler contre le Temple de Dieu que de parler contre la Loi de Dieu, et comment ils ont estimé que seules les personnes saintes et les vrais adorateurs de Dieu pouvaient entrer dans le Temple de Dieu. Et la même faute est mise à charge de Paul par Tertullien, un homme éloquent, et par les Juifs, dans le chapitre 24 des Actes, par-devant un juge temporel comme méritant la mort : Il avait pollué le Temple de Dieu par ses agissements. Et dans la chapitre 27 de Matthieu, quand le grand prêtre eut reçu les pièces d'argent de la main de Juda, ils ont dit : « Il est illicite de les déclarer Corban (ce qui était le trésor du Temple), parce que c'est le prix du sang ». De telle sorte qu'ils ne pouvaient pas tolérer que non seulement une personne impure, mais aussi un objet mort jugé impur, entre dans le Temple ou dans une de ses dépendances.

Et à la fin, ils déclarent à St Paul, dans la 2ème épître aux Corinthiens, au chapitre 6 : « Quel lien y a-t-il entre le juste et l'injuste ? Ou quelle communion entre la lumière et les ténèbres ? Ou quel accord entre Christ et Bélial ? Ou quelle part les fidèles ont-ils avec les infidèles ? Ou quel accord peut-il y avoir entre le Temple de Dieu et les idoles ? ». Cette phrase, bien qu'elle vise principalement le temple de l'esprit des gens pieux, l'assimile cependant comme la pointe de l'argument au bâtiment du Temple, édictant qu'aucune impiété, spécialement aucune image ou idole, ne peut être tolérée dans le Temple de Dieu, et elles ne peuvent donc pas plus être tolérées que la lumière ne tolère les ténèbres, ou que Christ ne tolère Bélial, car la vraie adoration de Dieu et l'adoration des images sont diamétralement opposées, et leur installation dans le lieu de culte est susceptible de conduire à l'idolâtrie.

Mais revenons à la révérence des Juifs pour leur Temple. Vous me direz qu'ils l'honoraient de façon superstitieuse, et beaucoup trop, en criant : « Le Temple du Seigneur, le Temple du Seigneur ! », tout en menant la plus méchante des vies, et se trouvant par là justement réprouvés par Jérémie, le prophète du Seigneur. Il est vrai qu'ils étaient adonnés à l'adoration superstitieuse de leur Temple. Mais ne sommes-nous pas aussi éloignés de la révérence due à la maison du Seigneur qu'ils étaient partis loin dans le sens opposé ? Et si le prophète les réprimande justement, écoutez aussi ce que le Seigneur requiert de nous, afin que nous sachions si nous sommes blâmables ou non.

Il est écrit dans le livre de l'Ecclésiaste, au chapitre 4 : « Quand vous entrez dans la maison de Dieu », dit-il, « prenez garde à vos pieds ; approchez-vous pour entendre, car l'obéissance vaut beaucoup plus que le sacrifice d'idiots qui ne savent pas le mal qu'ils font. N'y parlez pas imprudemment, et ne laissez pas votre cœur s'exprimer spontanément en paroles devant Dieu, car Dieu est dans le ciel et vous êtes sur la terre ; que vos paroles soient donc brèves ». Remarquez, bien-aimés, quel calme dans les gestes et le comportement, quel silence et quelle concision sont requis dans la maison de Dieu, ainsi qu'il l'a appelée. Voyez s'ils veillent sur leurs pas (comme ils en ont été avertis), ne cessant pas d'aller et venir en tout sens dans l'église, montrant à l'évidence un notable mépris tant de Dieu que des hommes de bien qui y sont présents ; et gardent-ils leur langue et veillent-ils sur leur langage, ceux qui non seulement ne parlent pas de manière concise et prudente devant le Seigneur (alors que c'est interdit), mais profèrent souvent des paroles sales, cupides et impies, parlant de sujets peu honnêtes, convenant mieux à la brasserie ou à la taverne qu'à la maison du Seigneur, ne faisant pas attention à ce qu'ils disent devant Dieu, qui habite au ciel (ainsi qu'il est déclaré dans ce même lieu) alors qu'ils ne sont que vermines rampant sur la terre en comparaison de Sa majesté éternelle, et ne se souciant pas de ce qu'ils devront « rendre compte au Jugement dernier de chaque parole oisive » où qu'elle soit dite, et combien plus des mots sales, orduriers, méchants, prononcés dans la maison du Seigneur, au grand déshonneur de Sa majesté et au scandale de ceux qui les entendent.

Et de fait, au sujet de la foule et de la multitude, le temple est conçu plus pour l'écoute que pour la conversation, sachant qu'aussi bien la Parole de Dieu y est lue et enseignée, et qu'ils sont tenus d'y prêter une oreille attentive en toute révérence et en silence, et que la prière commune et les actions de grâces y sont dites et répétées par l'officiant au nom du peuple et de toute la multitude présente, qu'ils doivent écouter attentivement pour y consentir et dire « Amen », comme St Paul l'enseigne dans la 1ère épître aux Corinthiens ; et dans un autre passage : « Glorifiant Dieu d'un même esprit et d'une même bouche », ce qui ne peut pas être si chaque homme ou femme, sous le prétexte de dévotion séparée, prie en privé, l'un demandant, l'autre remerciant, un autre lisant la doctrine, et à force n'écoutant pas la prière commune dite par l'officiant. Et en particulier, quelle révérence n'est-elle pas due dans l'administration des sacrements dans le temple, la même que St Paul enseignait aux Corinthiens dans son épître, réprimandant ceux qui ne se comportaient pas avec révérence dans ces occasions ? « N'avez-vous pas des maisons pour y manger et boire ? » dit-il. « Méprisez-vous l'église (ou la congrégation) de Dieu ? Que vous dire ? Faut-il vous féliciter ? En cela je ne vous félicite pas ».

Et Dieu ne requiert pas seulement une révérence extérieure de comportement et de silence dans Sa maison, mais une révérence toute intérieure par la purification des pensées de notre cœur, avec la menace de Son prophète Osée, au chapitre 9, disant que « à cause de la malignité des inventions et des dispositifs des gens, Il les jettera dehors » de Sa maison, signifiant par là leur rejet éternel de Sa maison du ciel et de Son royaume, ce qui est particulièrement horrible. Et c'est pourquoi Dieu dit, au chapitre 19 du Lévitique : « Craignez mon sanctuaire avec révérence, car Je Suis le Seigneur ». Et d'accord avec ceci, le prophète David a dit : « J'entrerai dans Ta maison, je louerai dans Ton saint Temple, dans Ta crainte », montrant quelle révérence et humilité intérieure les hommes de bien doivent avoir à l'esprit dans la maison du Seigneur.

Et disons quelque chose sur ce sujet qui soit conforme au Nouveau Testament, sur la façon dont Dieu voudrait voir Sa maison ou Son temple honoré, à partir de l'exemple de Christ notre Sauveur, dont l'autorité doit être raisonnablement tenue par tous les vrais Chrétiens comme ayant le plus de poids et d'estime. Il est écrit dans les quatre Évangiles, comment un acte notable et méritant d'être attesté par de nombreux et importants témoins que notre Sauveur Jésus-Christ, le Seigneur doux et miséricordieux, est comparé pour sa douceur à un mouton souffrant en silence qu'on le dépouille de sa toison, et à un agneau conduit sans résister au massacre, Lui qui a livré Son corps à ceux qui le frappaient, ne répondait pas à ceux qui L'injuriaient, ne détournait pas sa face de ceux qui Le réprouvaient et Lui crachaient dessus, et en cohérence avec Son propre exemple, Il a donné des préceptes de douceur et de souffrance à Ses disciples ; mais qui, lorsqu'Il a vu le Temple, la maison de Son Père céleste, en désordre, pollué et profané, a fait usage d'une grande sévérité, a renversé les tables des changeurs et des vendeurs de colombes, a fait un fouet avec des cordes et fouetté ces profiteurs abusifs et méchants profanateurs du Temple de Dieu, en disant : « Ma maison sera appelée la maison de la prière, mais vous en avez fait un repaire de voleurs » et dans le chapitre 2 de Jean : « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce ». Car c'est bien la maison de Dieu quand le service de Dieu s'y déroule comme il se doit, mais quand nous en abusons méchamment par des mauvaises paroles ou des marchandages cupides, nous en faisons un repaire de voleurs ou une maison de commerce. Oui, et Christ veut qu'une telle révérence y soit démontrée, qu'Il ne supportait pas même qu'un objet soit transporté à travers le Temple. Et tandis que Christ notre Sauveur (comme il l'a été déjà mentionné dans St Luc) restait introuvable quand Il était recherché, sauf dans le Temple, parmi les docteurs, où Il exerce maintenant son autorité et sa juridiction, non pas dans des châteaux et des palais princiers entouré de soldats, mais dans le Temple, vous pouvez comprendre par là dans quel lieu Son royaume spirituel, dont Il disait qu'il n'était pas de ce monde, est le mieux situé et le mieux connu de tous les lieux de ce monde.

Et selon cet exemple de Christ notre Sauveur, dans l'église primitive (qui était très pieuse et sainte, et dans laquelle une discipline sévère était employée contre les méchants) les pécheurs publics n'étaient pas autorisés à entrer dans la maison du Seigneur, ni admis à la prière commune et aux saints sacrements avec les vrais Chrétiens, jusqu'à ce qu'ils aient fait une repentance publique devant toute l'Eglise. Et ceci n'était pas appliqué seulement aux pauvres, mais aussi aux riches, aux nobles et aux puissants, oui, à Théodose, ce puissant empereur, qui, pour avoir volontairement commis un grave meurtre, s'est vu réprouver sévèrement et excommunier par St Ambroise, l'évêque de Milan, et amener à une repentance publique. Et ceux qui étaient ainsi justement exclus et bannis (le cas échéant) de la maison du Seigneur étaient pris (pour ce qu'ils étaient, en fait) pour des hommes séparés et coupés de l'Eglise de Christ, et mis dans la plus dangereuse des situations, oui, comme St Paul l'a dit, livrés au diable, Satan, pour un temps ; et leur compagnie était évitée par tous les gens pieux jusqu'au moment où ils étaient réconciliés par une repentance et une pénitence publiques. Tels étaient l'honneur et la révérence extérieure de la maison du Seigneur dans le cœur des hommes à cette époque aussi ; et c'était en ce temps-là une chose horrible que d'être enfermé dehors de l'église et maison du Seigneur, quand la religion était très pure et nullement aussi corrompue qu'elle l'est devenue dernièrement. Et soit que nous nous absentions volontairement de la maison du Seigneur, en faisant comme si nous nous excommunions nous-mêmes de l'Eglise et de la communauté des saints de Dieu ; ou soit que nous y venions, mais avec un comportement inconvenant et inapproprié, avec des pensées et des paroles précipitées, brusques, oui, sales et méchantes devant le Seigneur notre Dieu, déshonorant horriblement Sa sainte maison, l'église de Dieu et Son saint Nom et Sa majesté, exposant notre âme à un grand péril, oui, et à une damnation certaine aussi, si nous ne nous dépêchons pas de nous repentir sérieusement de cette méchanceté.

Nous avons ainsi entendu, chers bien-aimés, venant de la Parole de Dieu, quelle révérence est due à la sainte maison du Seigneur, comment toutes les personnes pieuses doivent s'appliquer à la réparer aux moments fixés, comment elles doivent s'y comporter avec révérence et crainte du Seigneur, de quelles plaies et punitions, aussi bien temporelles qu'éternelles, le Seigneur menace dans Sa sainte Parole, aussi bien ceux qui négligent de venir à Sa sainte maison que ceux qui y viennent et s'y comportent de manière irrévérencieuse, par le geste ou par la parole. C'est pourquoi, si nous désirons avoir un temps de saison et jouir par là des fruits de la terre, si nous voulons éviter la sécheresse et la stérilité, la faim et la soif, lesquelles sont les plaies menaçant ceux qui se pressent d'aller chez eux, dans les brasseries ou les tavernes, laissant la maison du Seigneur vide et désolée ; si nous détestons être fouettés non seulement avec des fouets faits avec les cordes du Temple matériel (comme Christ notre Sauveur a traité ceux qui souillaient la maison de Dieu à Jérusalem), mais aussi d'être battus et jetés dehors du temple de la maison éternelle du Seigneur (qui est Son royaume céleste) avec une verge de fer et la damnation éternelle, et rejetés dans les ténèbres extérieures où sont les pleurs et les grincements de dents ; si nous craignons, si nous avons peur et détestons cela, je vous le dis, ainsi que nous en avons toutes les raisons, alors amendons-nous de notre négligence et de notre mépris à venir à la maison du Seigneur, ce qui est un comportement irrévérencieux vis à vis de la maison du Seigneur, et appliquons-nous à nous y assembler, rendons maintenant grâces à Dieu, après avoir attentivement écouté la sainte Parole du Seigneur, invoqué le saint Nom du Seigneur, remercié de tout cœur le Seigneur pour Ses multiples et inestimables bienfaits qui nous sont octroyés chaque jour et à chaque heure, célébré révérencieusement les saints sacrements du Seigneur, servi le Seigneur dans Sa sainte maison comme des serviteurs du Seigneur, « saintement et droitement devant Lui tous les jours de notre vie » ; alors nous serons assurés de nous reposer après cette vie sur sa sainte montagne, et de demeurer dans son tabernacle, et d'y louer et magnifier Son saint Nom dans la congrégation de Ses saints, dans la sainte demeure de Son royaume du ciel éternel, qu'Il a acquis pour nous par la mort et l'effusion du précieux sang de Son Fils Jésus-Christ notre Sauveur. À qui, avec le Père et le Saint-Esprit, soient tout honneur, toute gloire, louange et action de grâce, éternellement. Amen.