18-Du vêtement

II-6. Contre le luxe des habits

{43} Vous avez été jusqu'ici invités à user de tempérance dans la nourriture et la boisson, et à éviter leur excès, dommageable de multiples façons à l'état de la communauté, et odieux devant Dieu Tout-Puissant, Lui qui est l'auteur et le donateur de telles créations, afin de réconforter et stabiliser notre frêle nature avec reconnaissance, et en n'en abusant pas afin de ne pas Le provoquer à punir sévèrement ce désordre ; de la même façon vous allez entendre une admonition contre un autre excès immonde et condamnable, je veux dire le vêtement, de nos jours si outrageux que ni Dieu Tout-Puissant, dans Sa Parole, ne peut supporter notre curiosité orgueilleuse à ce sujet, ni les lois pieuses et nécessaires, faites par nos princes et souvent rappelées avec les peines [encourues], ne peuvent tenir en bride ce détestable abus, par lequel aussi bien Dieu est ouvertement contredit que les lois des princes sont manifestement désobéies, pour le plus grand péril du royaume. Pour cette raison, la sobriété dans ces excès pouvant être questionnée parmi nous aussi, je vais vous déclarer quel est l'usage modéré du vêtement tel que Dieu l'approuve dans Sa Parole sainte, et aussi quels sont les abus en ce domaine qu'Il interdit et ne permet pas, comme il apparaît de par le juste jugement de Dieu quand cette mesure qu'Il a Lui-même définie n'est pas observée.

Si nous considérons le but et le propos pour lesquels Dieu Tout-Puissant a ordonnancé Ses créatures, nous verrons aisément qu'Il nous a permis le vêtement non seulement par nécessité, mais aussi pour une beauté honnête. Même des herbes, des arbres et des divers fruits, nous n'avons pas seulement des usages divers et nécessaires, mais nous avons également une vision et une odeur agréables pour nous en délecter, par quoi nous pouvons voir l'amour singulier de Dieu envers l'humanité en ce qu'Il a pourvu à la fois au soulagement de nos besoins et au renouvellement de nos sens avec une recréation honnête et modérée. C'est pourquoi David, au psaume 104, confessant la providence prévenante de Dieu, a montré que Dieu ne fournit pas seulement les choses nécessaires aux hommes, comme les plantes et d'autres nourritures, mais aussi des choses qui peuvent nous réjouir et nous réconforter, comme « le vin pour réjouir le cœur, les huiles et les onctions pour faire briller la face ». De telle sorte qu'Il dépasse les limites humaines qui, ne tenant qu'à la nécessité, interdisent de profiter licitement des bénédictions de Dieu. Et nous ne somme pas tenus par leurs traditions, si nous prêtons l'oreille à St Paul qui, écrivant aux Colossiens, ne veut pas qu'ils écoutent de tels hommes et disent : « Ne touche pas, ne goûte pas, ne manipule pas », les privant par superstition de profiter des créations de Dieu.

Et il n'est pas moins vrai que nous devons faire attention, sous le prétexte de la liberté Chrétienne, à ne pas faire [tout] ce que nous voulons, pour nous pavaner en somptueux équipage et en méprisant les autres, en nous préparant à nous dévergonder par une vie bravade et un comportement peu chaste et obscène. Pour éviter cela, il nous incombe de nous rappeler les quatre leçons enseignées dans l'Écriture Sainte, par lesquelles nous apprenons à nous tempérer et à réfréner nos affections immodérées, selon la mesure fixée par Dieu.

La première est que « nous ne prenions aucune disposition pour la chair, pour en accomplir les désirs » avec des vêtements coûteux ; comme le fit cette prostituée dont Salomon a parlé en Proverbes chapitre 7, qui « parfumait son lit et l'agrémentait avec des ornements d'Égypte coûteux » pour accomplir ses désirs obscènes ; mais nous devons plutôt couper court à toutes les occasions d'où la chair pourrait ressortir victorieuse, par la tempérance et la modération. La seconde est écrite par St Paul au chapitre 7 de sa première épître aux Corinthiens, où il nous enseigne à « user de ce monde comme n'en usant pas », par quoi il coupe court non seulement à toute ambition, à tout orgueil et à toute vaine pompe dans le vêtement, mais aussi à tout soin et application inappropriés, lesquels nous éloignent de la contemplation des choses célestes et de nos devoirs envers Dieu. Ceux qui sont très occupés par le soin des choses du corps sont très ordinairement négligents et sans soin dans les sujets qui concernent l'âme. C'est pourquoi Christ notre Sauveur veut que nous « ne pensions pas à ce que nous mangerons ou à ce que nous boirons ou comment nous serons habillés, mais plutôt à chercher le royaume de Dieu et Sa justice ». Par là, nous pouvons apprendre à bien nous comporter, afin que nous n'usions pas de ces choses comme d'un obstacle, alors que Dieu les a ordonnées pour notre confort et notre avancement vers Son royaume. La troisième est que nous soyons conscients de notre état et de notre condition et que nous nous contentions de ce que Dieu nous donne, que ce soit beaucoup ou peu. Celui qui a honte des vêtements basiques et simples sera fier de porter des habits magnifiques, s'il en a les moyens. Nous devons donc apprendre de l'Apôtre St Paul aussi bien « à vivre dans l'abondance et à supporter la pénurie », nous souvenant que nous devrons rendre des comptes pour les choses que nous avons reçues à Celui qui déteste tout excès, tout orgueil, ostentation et vanité, qui a condamné et totalement interdit tout ce qui peut nous éloigner de nos devoirs envers Dieu ou diminuer notre charité envers notre prochain et nos frères que nous devons aimer comme nous-mêmes. La quatrième et dernière est que chaque homme voie et considère sa vocation, dans la mesure où Dieu a fixé à chaque homme son office et son grade, dans des limites qu'il lui incombe de respecter. C'est pourquoi tous ne doivent pas rechercher à porter les mêmes vêtements, mais chacun selon son grade, selon que Dieu l'a placé. Car si nous y regardons, beaucoup sont sans doute obligés de porter un manteau brun [les roturiers], lequel ils ébouriffent de velours et de soieries, dépensant plus dans une année en vêtements somptueux que leurs pères ne recevaient de revenu total de leurs terres. Mais hélas, combien en voyons-nous maintenant entièrement occupés à dorloter leur chair, ne mettant de soin qu'à se parer, et s'appliquant uniquement à la parade mondaine, abusant de la bonté de Dieu (qu’Il donne en abondance), pour satisfaire leurs désirs obscènes, sans aucun égard pour l'état où Dieu les a placés !

Les Israélites se contentaient des vêtements que Dieu leur donnait, même s'ils étaient basiques et simples, et Dieu les a tellement bénis que leurs souliers et leurs vêtements leur ont duré 40 ans ; oui, et ces vêtements que leurs pères avaient portés, leurs enfants étaient contents de les porter après eux. Mais nous ne sommes jamais satisfaits et nous ne prospérons donc pas, de telle sorte que très ordinairement, celui qui ébouriffe sa zibeline, dans son beau manteau fourré, ses chaussons fermés, ses basques bien coupées et ses chaudes mitaines est plus près de frissonner de froid que le pauvre ouvrier qui peut demeurer aux champs toute la journée, alors que le vent du Nord souffle, avec quelques haillons sur lui. Nous répugnons à porter ce que nos pères nous ont laissé, nous pensons que ce n'est pas assez bien ni bon pour nous. Nous voulons avoir un manteau pour le jour, un autre pour le soir ; un long, un court ; un pour l'hiver, un autre pour l'été ; un entièrement fourré, un autre d'apparat ; un pour les jours de semaine, un autre pour le dimanche ; un de cette couleur, un autre de cette autre couleur ; un de drap, un autre de soie ou de damas ; nous voulons avoir des vêtements de rechange, ceux d'avant le dîner, ceux pour après ; ceux à la mode espagnole, et ceux à la turque ; bref, nous ne sommes jamais contents et nous n'en avons jamais assez. Christ notre Sauveur a ordonné à Ses disciples de ne pas avoir deux manteaux ; mais la plupart des hommes, très loin de Ses disciples, ont des armoires si pleines de vêtements que beaucoup ne savent plus de combien de sortes ils en ont. Ceci a poussé St Jacques à prononcer sa terrible malédiction contre de telles mondanités de riches : « Allez, vous les riches, pleurez et criez sur la misère qui va tomber sur vous ; vous les riches, vos richesses sont pourries et vos vêtements sont mités ; vous avez vécu dans le plaisir sur la terre et dans la dépravation ; vous avez nourri votre cœur comme au jour du massacre ». Remarquez, je vous prie, que St Jacques les appelle misérables, nonobstant leurs richesses et l'abondance de leurs vêtements, car ils parent leurs corps pour leur propre destruction. Le riche glouton était-il meilleur pour avoir de beaux vêtements de prix ? Ne s'est-il pas nourri pour être tourmenté dans le feu de l'enfer ? Apprenons donc à « nous contenter d'avoir de quoi manger et nous vêtir », comme St Paul l'enseigne ; afin que « désirant nous enrichir » abondamment, nous « ne tombions dans les tentations, les pièges et les nombreux désirs de lucre qui plongent les hommes dans la perdition et la destruction ».

Il y a certainement des délices à se pavaner en brillant équipage, communément gonflé d'orgueil et plein de diverses vanités. Telles étaient les filles de Sion et les gens de Jérusalem, que le prophète Ésaïe a menacés parce qu'ils « marchaient le cou dressé en promenant leurs regards, d'un pas saccadé et faisant de jolis pas avec leurs pieds »; Dieu Tout-Puissant « devrait les rendre chauves et laisser à découvert leur honte secrète. Ce jour-là », dit-il, « le Seigneur ôtera les ornements des pantoufles, les coiffes et les ceintures, les broches et les bracelets, les diadèmes et les culottes, les bandeaux et les tablettes, et les pendants d'oreille, les bagues et les étoles, les vêtements coûteux, les voiles et les voilettes, les épingles, les lunettes et le linge délicat, les chaperons et les sacs à main » car Dieu Tout-Puissant ne supporte pas qu'on abuse vainement et sans scrupule de Ses bénédictions, non, pas par le peuple qu'Il aime très tendrement et qu'Il s'est choisi devant tout autre.

La vanité qui est en usage parmi nous en nos jours n'est pas moins vraie. Car les estomacs fiers et hautains des filles d'Angleterre sont si serrés par diverses sortes de vêtements coûteux (comme Tertullien, un ancien Père, le disait) qu'« il n'y a pas de différence de vêtement entre une honnête matrone et une catin ordinaire ». Oui, de nombreux hommes sont devenus si efféminés qu'ils ne regardent pas à la dépense pour se déguiser, désirant toujours de nouveaux jouets et inventant de nouvelles modes. Et pour cette raison un peintre qui voulait dépeindre chaque paysan dans sa tenue habituelle, après avoir dépeint toutes les autres nations, a figuré l'Anglais tout nu et lui a mis un drap sous le bras en le priant de l'utiliser à son gré, car il changeait de mode si souvent qu'il ne savait pas comment le représenter. Ainsi, avec nos dispositifs fantasmagoriques, nous faisons de nous-mêmes des sujets de moquerie pour les autres nations, pendant que l'un dépense son patrimoine en coupons et en tailleurs, et que d'autres donnent plus pour une chemise de bal que ce qu'il suffirait pour lui acheter de quoi bien habiller tout son corps avec une honnête simplicité. Quelques-uns accrochent leurs revenus autour de leur cou, dans leur collerette ébouriffée ; et plus d'un jette aux orties la meilleure part [de son bien] pour se maintenir en somptueux équipage. Et chaque homme, considérant pour rien son état et sa condition, cherche à surpasser les autres en vêtements précieux. Il arrive ainsi qu'étant dans l'abondance et la plénitude de toutes choses, nous ne laissons pas de nous plaindre d'être dans le besoin et la pénurie, alors qu'un seul homme dépense ce qui pourrait servir une multitude, et que personne ne distribue une part de l'abondance qu'il a reçue, et que tous gaspillent excessivement ce qui devrait servir à suppléer aux besoins des autres.

De très bonnes dispositions ont été prises contre de tels abus par diverses bonnes et saines lois, lesquelles, si elles étaient mises en pratique comme elles le devraient par tous les vrais sujets, pourraient servir en quelque façon à diminuer dette rage subversive pour l'excès vestimentaire. Mais hélas, on ne voit parmi nous qu'une fort légère crainte de Dieu et obéissance d'homme. C'est pourquoi nous devons nous attendre à une terrible vengeance de Dieu depuis le ciel, afin de renverser notre présomption et notre orgueil, comme Il a renversé Hérode, qui, en habit royal, oubliant Dieu, fut frappé par un Ange et dévoré par les vers. Par cet exemple, Dieu nous a enseigné que nous sommes de la viande pour les vers, même si nous nous pavanons dans des vêtements jamais assez magnifiques. Ici, nous pouvons apprendre que celui à qui Jésus Ben Sirac enseignait « de ne pas être fier de ses vêtements, ni de s'exalter le jour où on est honoré, parce que les œuvres du Seigneur sont merveilleuses et glorieuses, secrètes et inconnues », nous enseignant avec l'humilité du cœur que chacun se souvienne de la vocation à laquelle Dieu l'a appelé.

Que les Chrétiens s'efforcent donc de réfréner leur souci de complaire à la chair. Profitons des bienfaits de Dieu dans ce monde de telle façon que nous ne soyons pas trop préoccupés de pourvoir des choses à notre corps. Contentons-nous calmement de ce que Dieu nous donne, même si c'est peu. Et s'il Lui plaît de beaucoup nous donner, n'en devenons pas orgueilleux pour autant, mais utilisons cela modérément, tant pour notre propre confort que pour le soulagement de ceux qui sont dans le besoin. Celui qui est dans l'abondance et possède beaucoup de vêtements se cache de celui qui est nu, « méprisant sa propre chair » comme l'a dit le prophète Ésaïe. Apprenons à bien nous connaître et à ne pas mépriser les autres. Souvenons-nous que nous nous tenons tous devant la majesté de Dieu Tout-Puissant, qui nous jugera par la sainte Parole, dans laquelle Il interdit les excès, non seulement aux hommes mais aussi aux femmes, de telle sorte que nul ne puisse se trouver d'excuse, à quelque état ou condition ils appartiennent. Présentons-nous donc devant Son trône, comme Tertullien [nous] y exhorte, avec les ornements dont parle l'Apôtre, en Éphésiens chapitre 6 : « ayant nos reins ceints avec la vérité, avec la cuirasse de la droiture, et chaussés avec les chaussures préparées par l'Évangile de la paix ». Revêtons-nous de simplicité, de chasteté et de prévenance, baissant la tête sous le joug de Christ. Que les femmes soient soumises à leur mari et elles seront assez attirantes, dit Tertullien. La femme de Philo, un philosophe païen, à qui l'on demandait pourquoi elle ne portait pas d'or, répondit qu'elle pensait que les vertus de son mari étaient suffisantes comme ornements. Combien plus les femmes Chrétiennes, instruites par la Parole de Dieu, devrait-elles se contenter de leur mari ! Oui, combien plus chaque Chrétien devrait-il se contenter de Christ notre Sauveur, se trouvant suffisamment paré de Ses vertus célestes !

Mais certaines femmes jolies et vaines objecteront ici que : Tout ce que nous faisons en nous maquillant le visage, en teignant nos cheveux, en pommadant nos corps, en nous ornant de gais vêtements, c'est pour plaire à notre mari, pour réjouir ses yeux et pour faire durer son amour pour nous. Ô vaine excuse et réponse honteuse, réprouvée par ton mari. Qu'est-ce que tu pourrais dire de plus pour étaler sa sottise que de l'accuser d'apprécier et de trouver du plaisir à l'attirail du diable ? Qui peut se peindre le visage, friser ses cheveux et leur donner une couleur artificielle, sans en faire un reproche à son créateur, comme si on pouvait se faire plus belle que la mesure de beauté que Dieu nous a assignée ? Qu'est-ce que ces femmes ont, à réformer ce que Dieu a fait, ne sachant pas que tout ce qui est naturel est l'ouvrage de Dieu, et que les choses maquillées et artificielles sont les œuvres du diable, comme si un mari Chrétien et sage trouvait plaisant de voir sa femme dans diverses versions ainsi peintes et fleuries, comme font les prostituées ordinaires pour attirer leurs amants dans le péché, ou comme si une femme honnête pouvait trouver agréable de ressembler à une catin pour le plaisir de son mari ?

Non, non, ce ne sont là que de vaines excuses de la part de celles qui cherchent à plaire à d'autres plutôt qu'à leur mari. Et de telles tenues ne font que la provoquer à se montrer pour attirer les autres - comme c'est digne ! Elle doit discuter avec son mari si elle veut maintenir une telle tenue qui en fait la pire des épouses, rarement à la maison de peur de s'y voir accusée, et négligeant ainsi ses économies en provoquant lourdement sa maisonnée au gaspillage et à la débauche, pendant qu'elle flâne à l'extérieur pour exhiber sa propre vanité et la sottise de son mari. Et par son orgueil, elle suscite beaucoup d'envie chez les autres, qui sont si vainement réjouies de voir comment elle est arrangée. Elle ne mérite que des moqueries et des médisances lui recommandant des vêtements juifs et ethniques, et pendant ce temps elle se vante de son christianisme. Elle ne fait que gaspiller les fonds de son mari en superfluités somptueuses et elle est parfois la cause de corruption, d'extorsions et de tromperie dans la profession de son mari afin d'être plus glorieusement arrangée à la vue du vain monde, pour plaire aux yeux du diable et pas à ceux de Dieu, qui a donné à chaque créature une beauté suffisante et modeste, dont nous devrions être contents, si nous étions Dieu. Qu'est-ce que tu fais d'autre, par ces moyens, que de provoquer les autres à te tenter, de tromper leur âme avec l'appât de ta pompe et de ta fierté ? Qu'est-ce que tu montres d'autre que ton orgueil en faisant de la tenue indécente de ton corps le filet du diable, pour attraper l'âme des hommes qui te voient ? Ô toi, femme, tu n'es pas une Chrétienne, mais pire qu'une païenne, une servante du diable, pourquoi choyer autant cette chair de charogne, qui un jour puera et pourrira sous la terre, quand tu t'en iras ? Comment oses-tu te parfumer, alors que ta bestialité ne peut être cachée ni dominée et [pourquoi] te déformes-tu plutôt que t'embellir. Que voulait dire Salomon de tels apprêts chez les femmes vaines, quand il disait : « Une belle femme sans bonnes manières est comme une truie qui a un anneau d'or à son museau », sinon que plus tu t'arranges avec ces atours flamboyants, moins tu te soucies de développer ton esprit intérieur, et ainsi tu ne fais que te souiller avec un tel tableau, sans t'embellir ?

Écoutez, écoutez ce que les saints Apôtres de Christ ont écrit : « Que l'aspect extérieur de la femme », dit St Pierre, « ne soit pas arrangé avec le tressage des cheveux, avec beaucoup d'or, ou de beaux vêtements ; mais que l'esprit et la conscience qui ne se voient pas soient tournés vers Dieu, ce qui est une chose excellente. Car ainsi s'arrangeaient les anciennes saintes femmes de l’Antiquité, et elles étaient obéissantes à leur mari ». Et St Paul dit que « les femmes doivent s'habiller avec discrétion et modestie et pas avec des tresses dans les cheveux, ni de l'or, ni des perles, ni des vêtements précieux, mais comme les femmes devraient faire pour exprimer la piété par leurs bonnes œuvres extérieures ».

Si nous n'observons pas les préceptes des Apôtres, écoutons au moins ce que les païens, qui ignoraient Christ, ont dit sur ce sujet. Démocrite a dit : « L'ornement d'une femme est dans la rareté de son discours et [pas] dans son vêtement ». Sophocle dit ceci d'une telle tenue : « Ce n'est pas un ornement, ô toi stupide, mais une honte et une exhibition manifeste de ta folie ». Socrate a dit que « c'est un ornement pour une femme qui montre son honnêteté ». Les Grecs en ont fait un proverbe : « Ce ne sont pas l'or ni les perles qui font la beauté d'une femme, mais sa bonne condition ». Et Aristote demandait qu'« une femme se serve de moins de vêtements que la loi ne tolère, car ce ne sont pas la beauté de l'habillement, l'excellence de la beauté, ni l'abondance d'or qui font qu'une femme est estimée, mais sa modestie et son application à vivre honnêtement en toutes choses ». Cette vanité outrageuse est montée si haut maintenant qu'on n'en a même plus honte. Nous lisons dans l'Histoire que quand le Roi Dionysos a envoyé aux femmes de Lacédémone de riches robes, elles ont répondu en disant qu’« elles nous feront plus de honte que d'honneur », et elles les ont donc refusées. Les femmes de la Rome de l'ancien temps détestaient ce joyeux équipement que le Roi Pyrrhus leur a envoyé, et aucune ne fut assez avide et vaine pour l'accepter. Et une loi fut édictée par le Sénat, longtemps observée, « Que nulle femme ne porte plus qu'une demi-once d'or, ni des vêtements de couleurs variées ».

Mais peut-être que quelque dame délicate me répondra en disant qu'elles doivent bien faire quelque chose pour montrer leur naissance et leur sang, pour montrer la richesse de leur mari ; comme si la noblesse se voyait à ces choses qui sont communes aux plus viles, comme si les richesses de leur mari ne pouvaient être mieux employées que dans de telles superfluités, comme si, quand tu as été baptisée, tu n'avais pas renoncé à l'orgueil du monde et à la pompe de la chair. Je ne parle pas contre le fait qu'un vêtement convenable à chaque état soit agréable, mais contre le superflu, contre le vain plaisir de convoiter de telles vanités, de concevoir de nouvelles modes pour en nourrir la fierté, pour tant dépenser pour ta carcasse que ton mari et toi êtes contraints de voler les pauvres pour maintenir ton niveau de vie élevé. Écoute maintenant comment cette noble et sainte femme, la Reine Esther, appelait ces beaux ornements, quand pour sauver le peuple de Dieu elle fut obligée de mettre de tels vêtements glorieux, sachant que c'étaient des atours pourris pour aveugler les yeux des idiots charnels. Elle pria ainsi : « Tu sais, ô Seigneur, l'obligation où je me trouve de mettre ce vêtement et que je déteste, ce signe d'orgueil et de gloire que je porte sur ma tête, que je définis comme un linge sale, et que je ne porte pas quand je suis seule ». Encore une fois, par quels moyens Holopherne fut-il trompé sinon par le spectacle de vêtements étincelants ? Ceux que cette sainte femme Judith a endossés, non pour son plaisir, ni pour y chercher une vaine volupté, elle les a portés par pure nécessité, avec une dispense de Dieu, se servant de la vanité pour vaincre l'ennemi de Dieu par la vue. Un tel désir se trouvait chez ces nobles et saintes femmes, qui étaient très modestes et peu désireuses de porter un vêtement aussi somptueux, par lequel les autres en venaient à s'oublier. Ces choses sont commandées dans l'Écriture pour nous faire détester de telles vanités, qui, par contrainte et dans la nécessité absolue, et contre le souhait de leur cœur, furent obligées de les porter un moment. Et de telles femmes sont dignes d'être recommandées, et ne sont en rien comparables aux femmes susdites en noblesse, ni comparables en bon zèle envers Dieu et envers Son peuple, à celles dont le plaisir quotidien est de chercher à s'épanouir en joyeux changements de tenue et échanges, jamais satisfaites, et soucieuses de qui remarque leur vêtement en passant. Ô hommes vains qui êtes soumis à votre femme dans ces affections désordonnées. Ô femmes vaines, qui vous faites tant de mal, par quoi vous arrivez d'autant plus vite à la misère dans ce monde, et êtes entre-temps détestées de Dieu, haïes et méprisées par les hommes sages, et qui aimez rejoindre à la fin ceux qui sont en enfer, vous repentant trop tard, et qui vous plaindront ouvertement avec ces mots : « En quoi notre orgueil nous a-t-il profité ? Ou quel profit nous a apporté la pompe des richesses ? Toutes ces choses sont passées comme une ombre. Quant à la vertu, nous n'en avons jamais donné le moindre signe, et nous sommes donc consumées dans notre méchanceté ».

Si tu dis qu'il faut suivre la coutume et que l'usage du monde t'oblige à une telle curiosité, alors je te demande quelle coutume faut-il suivre ? Celle des sages ou celle des idiots ? Si tu dis celle des sages, alors je dis, suis-les, car qui suivrait les coutumes des idiots sinon des idiots ? Considère que l'assentiment des sages devrait être érigé en coutume. Maintenant, si une coutume obscène doit être suivie, sois la première à l'enfreindre, travaille à la diminuer et à la laisser tomber [en désuétude], et tu gagneras d'autant plus de louange devant Dieu et de recommandation [des hommes] en cela que par toute la gloire de telles superfluités.

Vous avez ainsi entendu vous déclarer ce que Dieu requiert par Sa Parole concernant l'usage modéré de Sa création. Apprenons à en user modérément, comme Il l'a dit. Dieu Tout-Puissant nous a enseigné dans quel but nous devons utiliser nos vêtements. Apprenons donc à nous bien comporter en nous en servant, comme il incombe à des Chrétiens, nous montrant toujours reconnaissants à notre Père céleste de Ses multiples et grandes bénédictions, Lui qui nous donne notre pain quotidien, c'est à dire, toutes les choses nécessaires à nos besoins dans cette vie, à qui nous rendrons compte de toutes Ses bénédictions lors de l'apparition de Christ notre Sauveur. À qui, avec le Père et le Saint-Esprit, soient tout honneur, louange et gloire pour les siècles des siècles. Amen.