Le retour d'Egypte

SERMON pour le 2ème Dimanche après Noël.

Le retour d’Égypte.

Traduction d’une méditation biblique éditée par le Très Révérend Jerry L. OGLES, Docteur en Théologie et évêque métropolite de l’Anglican Orthodox Church.

COLLECTE : « Dieu tout-puissant, qui as répandu sur nous la lumière nouvelle du Verbe fait chair ; fais que cette lumière, enflammant nos cœurs, resplendisse dans notre vie ; par Jésus-Christ, notre Seigneur. Amen. ».

Comme la prière de Collecte l’atteste, Dieu, à Noël, nous illumine de la Lumière de Sa Parole incarnée, à tel point que nous en sommes inondés. Cette Lumière est la même Lumière éternelle et immuable de Christ, qui existait avant que les mondes et les cieux fussent formés ; cependant, Il est descendu chez nous pour partager nos peines et nos douleurs – et plus encore. Nous connaissons Dieu le Père parce que nous avons vu et entendu Dieu le Fils.

« Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons ouï, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché concernant la parole de vie, (car la vie a été manifestée et nous l’avons vue et nous en rendons témoignage et nous vous annonçons la vie éternelle qui était avec le Père et qui s’est manifestée à nous), ce que nous avons vu, dis-je, et ce que nous avons ouï, c’est ce que nous vous annonçons, afin que vous ayez communion avec nous et que nous ayons tous communion avec le Père et avec Jésus- Christ son fils. » (1 Jean 1/1-3).

C’est un mystère connu seulement de Dieu que seuls les doux et les humbles de cœur entendent et comprennent la Voix de l’Esprit dont l’Évangile dit qu’elle nous guérit, nous libère, nous console, et nous extrait de notre prison de péché dans laquelle nous nous sommes enfermés nous-mêmes. Comme l’Épître aux Romains le proclame, nous devons, nous aussi, proclamer une année de grâce de notre Seigneur. Cette année est publiée dans nos calendriers depuis Sa naissance, qui s’est passée il y a 2021 ans environ. En dépit de tous les efforts pour effacer cette datation à partir de l’irruption du Verbe de Dieu dans notre monde et sa signification, elle est admise et reconnue dans le monde, malgré les oppositions récurrentes, comme l’axe du temps pour nos calculs en années. Ceux qui voudraient éteindre la flamme de la Vérité en renommant le calendrier avec des étiquettes aussi ridicules que ‘Ère Commune’ à la place de ‘Après Jésus-Christ’ et ‘Avant l’Ère Commune’ pour déformer la distinction ‘Avant Jésus-Christ’ ne laissent pas d’utiliser l’an Un (la naissance de Jésus-Christ) comme point de départ, et se révèlent incapables d’en expliquer la raison et de se justifier. Pourquoi ne pas tout simplement admettre la vérité historique et reconnaître que la venue de Christ était un événement si culminant dans l’histoire qu’il a marqué la division de notre échelle de temps en deux : de l’éternité passée à l’éternité future ?

ÉPÎTRE : « L’esprit a du Seigneur l’Éternel est sur moi, c’est pourquoi l’Éternel m’a oint pour évangéliser aux débonnaires, il m’a envoyé pour publier aux captifs la liberté et aux prisonniers l’ouverture de la prison, pour publier l’année de la bienveillance de l’Éternel et le jour de la vengeance de notre Dieu, pour consoler tous ceux qui sont dans le deuil, pour proposer à ceux de Sion qui pleurent que la magnificence leur sera donnée au lieu de la cendre, l’huile de joie au lieu du deuil, un manteau de louange au lieu d’un esprit affligé, tellement qu’on les appellera les chênes de justice et le plant de l’Éternel pour le glorifier. » (Ésaïe 61/1-3).

ÉVANGILE : « Mais après qu’Hérode fut mort, l’ange du Seigneur apparut en Égypte à Joseph en songe, et il lui dit : Lève-toi et prends le petit enfant et sa mère et retourne au pays d’Israël, car ceux qui cherchaient la vie du petit enfant sont morts. Joseph donc étant réveillé prit le petit enfant et sa mère et s’en vint au pays d’Israël. Mais ayant appris qu’Archélaüs régnait en Judée en la place d’Hérode son père, il craignit d’y aller et étant averti divinement en songe, il se retira dans les quartiers de la Galilée. Et y étant venu, il habita dans la ville qui est appelée Nazareth, de sorte que fut accompli ce qui avait été dit par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen. » (Matthieu 2/19-23).

Notez l’unité qui existe entre la Collecte ; l’Épitre et l’Evangile du jour. Le lectionnaire traditionnel a été le meilleur outil pour enseigner dans notre Église la totalité de l’histoire de Christ et de Son Église.

Hérode, le méchant roi qui a fait massacrer les enfants de Bethléem jusqu’à l’âge de deux ans dans sa folle tentative de détruire Christ, est mort. Selon l’historien Juif Josèphe, sa mort survit au terme d’une terrible agonie, marquée par une souffrance extrême. Mais ce n’est pas le but de l’Évangile de le dire. Tous les hommes meurent un jour, même les rois et les dirigeants ; Hérode a donc subi une mort éternelle et paye le salaire de ses péchés.

Joseph avait fui en Égypte avec l’enfant Jésus et Marie, Sa mère. Il avait été averti du danger représenté par Hérode par l’Ange du Seigneur, après la visite des Mages. « Or après qu’ils furent partis, voici un ange du Seigneur qui apparut en songe à Joseph et lui dit : Lève-toi et prends le petit enfant et sa mère et t’enfuis en Égypte et te tiens là jusqu’à ce que je te le dise, car Hérode cherchera le petit enfant pour le faire périr. » (Matthieu 2/13). Les rois, les dirigeants et les gouvernements ont toujours essayé de détruire la personne de Jésus, jusqu’à effacer le souvenir de son Nom. Il n’y avait pas de logement approprié pour Lui à Bethléem, et pas de place pour Lui en Juda non plus. L’épée est tapie dans les collines et les déserts de cette contrée, à la recherche d’un petit enfant pour le tuer. « Mais après qu’Hérode fut mort, l’ange du Seigneur apparut en Égypte à Joseph en songe ». Pendant de longues années (peut-être six), Joseph et la mère de Jésus se sont cachés en Égypte, attendant le conseil du Seigneur pour rentrer chez eux. Ils ne sont pas plaints, ni n’ont mis la pression sur Dieu, mais ils ont attendu patiemment que la Parole du Seigneur leur indique la direction à prendre. Juste comme les Mages ont patiemment suivi l’étoile, nous devons nous aussi supporter notre exil et ses dangers, jusqu’à ce que le Seigneur nous indique Sa Volonté et Sa Parole.

« Lève-toi et prends le petit enfant et sa mère et retourne au pays d’Israël, car ceux qui cherchaient la vie du petit enfant sont morts ». La formulation précise de ce verset est assez éclairante. Notez que l’Ange n’a pas dit ‘prends ton fils’ et sa mère. La raison en est que Joseph n’était pas le père de Jésus. Le Père de Jésus était Dieu le Père. Certaines versions modernes de la Bible déforment le texte original en parlant des ‘parents de Jésus’, du ‘père et de la mère de l’enfant’, ce qui prête à confusion, et ce n’est pas fortuit. Jésus n’avait pas de père terrestre !

Joseph et Marie ont donc attendu un signal du Seigneur, pendant ces longues années en Égypte. Souvent, nous voulons précipiter les événements selon notre propre chronologie, en méprisant la patience que Dieu veut nous voir démontrer. « Attends-toi à l’Éternel et demeure ferme et il fortifiera ton cœur, attends-toi, dis-je, à l’Éternel » (Psaume 27/14). « Voici, comme les yeux des serviteurs regardent à la main de leurs maîtres, comme les yeux de la servante à la main de sa maîtresse, ainsi nos yeux regardent à l’Éternel notre Dieu jusqu’à ce qu’il ait pitié de nous » (Psaume 123/2). « Mais ceux qui s’attendent à l’Éternel reprennent de nouvelles forces, les ailes leur reviennent comme aux aigles, ils courront et ils ne se fatigueront point, ils marcheront et ils ne se lasseront point » (Ésaïe 40/31). Ce sage conseil est répété à foison dans d’autres versets de l’Écriture. Le temps du Seigneur est toujours le temps adéquat.

Une fois que le Seigneur a parlé, il n’y a pas à traîner ni à procrastiner. Nous devons nous lever et obéir sans plus attendre. « Joseph donc étant réveillé prit le petit enfant et sa mère et s’en vint au pays d’Israël ». Il n’était pas question de se demander ce qui l’attendait en Israël. Joseph a obéi simplement et promptement. Un homme pieux suit TOUJOURS la direction spirituelle des hommes pieux. J’attribue la faute de presque tout mariage brisé à l’homme qui ne suit pas la volonté de Dieu en aimant sa femme et en la dirigeant sur le plan spirituel. Marie est partie immédiatement avec Joseph, bien que l’Ange ne se soit pas adressé directement à elle.

Les dangers et les épreuves n’épargnent pas les Chrétiens. Hérode mort, son fils Archélaüs lui succède. Nous ne bénéficions jamais d’une totale sécurité physique dans un monde dirigé par les ennemis de Dieu. Nous sommes des combattants de la croix : des Chrétiens, hommes, femmes, enfants. Nous portons ouvertement l’uniforme et nous marchons derrière la bannière de Christ. Mais le méchant tireur d’élite caché (le diable) est toujours vigilant pour nous détruire si nous nous lui prêtons bêtement le flanc. Nous devons être doux comme des agneaux envers les autres, mais rusés comme des serpents en nous opposant à la menace de l’ennemi. « Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups, soyez donc prudents comme des serpents et simples comme des colombes » (Matthieu 10/16).

Une fois que nous sommes en Christ, nous devons quitter nos manières de vivre habituelles pour n’y jamais revenir. Joseph ne se sentait pas en sécurité en retournant en Juda, mais Dieu ne fait jamais les choses à moitié quand Il nous guide. « Mais ayant appris qu’Archélaüs régnait en Judée en la place d’Hérode son père, il craignit d’y aller et étant averti divinement en songe, il se retira dans les quartiers de la Galilée ». Je suis toujours étonné de voir à quel point chaque pas de Joseph lui fut indiqué avec précision par Dieu, de Nazareth à Bethléem, de Bethléem en Égypte, et d’Égypte en Galilée. Joseph avait des oreilles ouvertes à la voix du Seigneur, et il a entendu Sa voix. Nous aussi, nous devons éviter de nous mettre en colère comme les gens mondains et nous rendre dans un endroit calme où nous pouvons avoir une oreille attentive à la voix de Dieu.

Quelle était l’importance de ce petit village appelé Nazareth, où Jésus fut emmené ? La racine hébraïque du nom dérive d’Esaïe 11/1 : « Mais a il sortira un rejeton du tronc d’Isaï [Jessé] et un surgeon de ses racines ». Le mot hébreu pour rejeton donné ici est ‘netser’, séparé. Jésus est le rejeton issu de la racine de Jessé et, en définitive, du Roi David. Mais Il porte aussi le titre d’Oint du Seigneur. Dans la Bible grecque des Septante, le mot est ‘Nazoraios’ – séparé. Nazareth était un village si petit qu’il était insignifiant. Il était situé entre la Méditerranée et la mer de Galilée ; à peu près à égale distance des deux. La bourgade de Bethléem n’était pas très grande non plus, jusqu’au jour où elle est devenue le lieu de naissance de Christ. Maintenant, elle est à jamais célèbre. La mangeoire rustique n’avait aucune importance jusqu’à ce que l’enfant Jésus y fût couché – et aujourd’hui, tout le monde se souvient de cette mangeoire bénie. Mais Nazareth, village alors parfaitement inconnu, est devenu célèbre pour l’éternité du fait que le Seigneur béni y a vécu. Dans l’esprit des hommes, rien de bon ni d’important ne pouvait venir d’un petit hameau aussi reculé ; mais par la Providence de Dieu, une chose d’une importance suprême est venue de Nazareth. « Et Nathanaël lui dit : Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth? Philippe lui dit : Viens et vois » (Jean 1/46). La voix du Seigneur peut nous paraître insignifiante, jusqu’à ce que nous nous arrêtions pour l’écouter et pour y prêter attention. Elle devient alors la Voix la plus importante que nous ayons jamais entendue. Avez-vous entendu cette Voix ? « Viens et vois ».