Le Pardon

SERMON pour le 22° DIMANCHE APRÈS LA TRINITÉ.


Traduction d'une méditation biblique originale de Jerry L. Ogles, Docteur en Théologie et évêque métropolite de l'Anglican Orthodox Church.


COLLECTE : « Seigneur, nous te supplions d'entretenir ta famille, l'Église, dans l'exercice d'une piété continuelle, afin qu'elle soit, par ta protection, exempte de toute adversité, et qu'elle se consacre à ton service et à la pratique des bonnes œuvres, à la gloire de ton Nom; par Jésus-Christ, notre Seigneur. Amen ».

ÉVANGILE : « Alors Pierre s’approcha de lui, et dit: Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu’il péchera contre moi? Sera-ce jusqu’à sept fois? Jésus lui dit: Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois. C’est pourquoi, le royaume des cieux est semblable à un roi qui voulut faire rendre compte à ses serviteurs. Quand il se mit à compter, on lui en amena un qui devait dix mille talents. Comme il n’avait pas de quoi payer, son maître ordonna qu’il fût vendu, lui, sa femme, ses enfants, et tout ce qu’il avait, et que la dette fût acquittée. Le serviteur, se jetant à terre, se prosterna devant lui, et dit: Seigneur, aie patience envers moi, et je te paierai tout. Ému de compassion, le maître de ce serviteur le laissa aller, et lui remit la dette. Après qu’il fut sorti, ce serviteur rencontra un de ses compagnons qui lui devait cent deniers. Il le saisit et l’étranglait, en disant: Paie ce que tu me dois. Son compagnon, se jetant à terre, le suppliait, disant: Aie patience envers moi, et je te paierai. Mais l’autre ne voulut pas, et il alla le jeter en prison, jusqu’à ce qu’il eût payé ce qu’il devait. Ses compagnons, ayant vu ce qui était arrivé, furent profondément attristés, et ils allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé. Alors le maître fit appeler ce serviteur, et lui dit: Méchant serviteur, je t’avais remis en entier ta dette, parce que tu m’en avais supplié; ne devais-tu pas aussi avoir pitié de ton compagnon, comme j’ai eu pitié de toi? Et son maître, irrité, le livra aux bourreaux, jusqu’à ce qu’il eût payé tout ce qu’il devait. C’est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère de tout son cœur » (Matthieu 18/21-35).

La paix de l’esprit est un des fruits du pardon. Même si nous sommes persuadés qu’un tort irréparable nous a été fait, il y un point douloureux dans notre cœur qui nous dit : PARDONNE !

Le tort subi n’est pas la perte d’un bras, ni la vie de quelqu’un. Allez voir cette personne qui vous a fait du tort. Il en souffre encore plus que vous. Pardonnez-lui franchement, de la même manière que Christ vous pardonne.

Un arbre pousse et produit du fruit grâce au profit fourni par les feuilles au cœur de l’arbre, à travers la photosynthèse, de la même façon que le cœur de l’arbre fait croître les feuilles. Si nous ôtons les feuilles, le cœur de l’arbre meurt. Les feuilles représentent le pardon, et l’arbre notre cœur.

Pierre semble être ici le porte-parole des disciples. Il ne craint pas d’être franc et direct. Il est possible qu’un autre disciple lui ai suggéré cette question – peut-être Judas, celui qui pardonnait le moins de tous. Pierre formule donc la question en cohérence avec la Loi de Moïse. Il sent que sept fois est un grand nombre, mais Christ lui donne une réponse qui indique que l’amour ne compte pas, et que notre faculté de pardonner devrait être illimitée.

Il y a trois étapes du pardon qui correspondent à la manière dont Dieu pardonne :

1. Quand un frère chrétien m’offense, je dois lui pardonner dans le silence de mon cœur, mais pas ouvertement déjà. « Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant réciproquement, comme Dieu vous a pardonné en Christ » (Éphésiens 4/32). La rancune produit l’amertume, et le pardon ôte cette amertume du cœur.

2. Je ne l’informe pas de mon pardon pour lui, car ce ne serait pas cohérent avec la manière dont Dieu pardonne. Je dois aller le voir, avec amour, et le morigéner pour le tort qu’il m’a fait. « Prenez garde à vous-mêmes. Si ton frère a péché, reprends-le; et, s’il se repent, pardonne-lui » (Luc 17/3).

3. Immédiatement après qu’il s’est repenti, vous devez l’informer qu’il est pardonné. « Et s’il a péché contre toi sept fois dans un jour et que sept fois il revienne à toi, disant: Je me repens, tu lui pardonneras » (Luc 17/4).

« Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère mérite d’être puni par les juges; que celui qui dira à son frère: Raca! Mérite d’être puni par le sanhédrin; et que celui qui lui dira: Insensé! Mérite d’être puni par le feu de la géhenne. Si donc tu présentes ton offrande à l’autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère; puis, viens présenter ton offrande » (Matthieu 5/22-24).

Il peut y avoir de bonnes raisons à la colère et à l’indignation. Elles nous poussent à agir pour remédier à des circonstances malencontreuses telles qu’un viol, un meurtre, l’abus de petits enfants, etc.

Aujourd’hui, nous avons une parabole du royaume, qui implique un Roi, sous couvert de Maître. Ce Maître n’est autre que Dieu le Père.

« Comme il n’avait pas de quoi payer, son maître ordonna qu’il fût vendu, lui, sa femme, ses enfants, et tout ce qu’il avait, et que la dette fût acquittée. Le serviteur, se jetant à terre, se prosterna devant lui, et dit: Seigneur, aie patience envers moi, et je te paierai tout. Ému de compassion, le maître de ce serviteur le laissa aller, et lui remit la dette (Matthieu 18/24-27).

À l’époque, dix mille talents était une somme énorme – plus de vingt millions d’euros. Le Maître représente Dieu ; le débiteur : vous et moi. Si notre dette (notre péché) n’est pas remise, nous serons vendus comme esclaves et mis aux fers par Satan. En fait, nous vendons nous-mêmes notre âme à ce gardien de prison sans pitié.

Nous pourrions penser que c’est peu de chose pour un grand Roi de pardonner même une dette énorme, et que nous avons raison d’exiger jusqu’au dernier centime qui nous est dû par plus pauvre que nous ; mais bien que Dieu soit un grand Roi, Il a un grand cœur, ouvert au pardon. Mais nous pardonner n’était pas une petite affaire : Cela Lui a coûté le sang et la vie de Son Fils unique engendré !

Un Pasteur parlait du pardon avec quelques écoliers. Un des garçons était en colère parce qu’un de ses amis l’avait frappé sur le terrain de sport. Le Pasteur demanda : « Jimmy, au vu du passage de l’Écriture sur le pardon que nous venons de lire, ne penses-tu pas que tu pourrais trouver dans ton cœur la ressource de pardonner à un autre garçon qui t’aurait frappé sur le terrain de sport ? » Jimmy répondit « Oui, Monsieur, je pense que je le pourrais », et il a alors ajouté : « Je le pourrais s’il était plus grand que moi ! ». Eh bien Dieu est plus grand que nous tous. Mais Il désire que nous aimions les autres avec la même mesure que nous aimons Dieu.

Le débiteur de la parabole plaide la patience. Apparemment, le Roi a déjà usé de beaucoup de patience avec cet homme, et elle est maintenant à bout. L’Esprit de Dieu ne sera pas éternellement patient avec l’homme. «Alors l’Éternel dit: Mon esprit ne restera pas à toujours dans l’homme, car l’homme n’est que chair » (Genèse 6/3). Dieu ne renouvelle pas un esprit réticent à se réconcilier avec Son Esprit de Justice. Ceux dont le cœur n’est pas rempli d’amour et de pardon ne sont pas de Dieu.

« Après qu’il fut sorti, ce serviteur rencontra un de ses compagnons qui lui devait cent deniers. Il le saisit et l’étranglait, en disant: Paie ce que tu me dois. Son compagnon, se jetant à terre, le suppliait, disant: Aie patience envers moi, et je te paierai. Mais l’autre ne voulut pas, et il alla le jeter en prison, jusqu’à ce qu’il eût payé ce qu’il devait. Ses compagnons, ayant vu ce qui était arrivé, furent profondément attristés, et ils allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé. Alors le maître fit appeler ce serviteur, et lui dit: Méchant serviteur, je t’avais remis en entier ta dette, parce que tu m’en avais supplié; ne devais-tu pas aussi avoir pitié de ton compagnon, comme j’ai eu pitié de toi? Et son maître, irrité, le livra aux bourreaux, jusqu’à ce qu’il eût payé tout ce qu’il devait » (Matthieu 18/28-34).

Voyez comment ce serviteur a accueilli un si généreux pardon. Et il ne sait pas remettre même une petite dette (environ trois mois de salaire pour l’époque) à un collègue plus démuni que lui. Il le fait mettre en prison ! Dieu n’agit pas ainsi. Christ n’agit pas ainsi ! Cela ressemble plutôt à la façon d’agir du diable quand il trompa Ève.

Il se peut que vous ayez un ami qui vous est cher, et qui vous ait fait du tort ; le ressentiment s’est installé dans votre cœur – il a grandi au-delà des proportions d’un grain de sénevé devenu un grand arbre, et il a envahi tout votre cœur. Vous en êtes fatigué et vous évitez même de croiser son regard. Il est blessé par votre comportement, mais lequel des deux souffre le plus : celui qui a offensé, ou sa victime ? Les graines de la colère semées dans le cœur produisent les arbres de la haine et de la misère.

Nous sommes tous tombés à court de la Justice de Dieu qui est complètement hors de notre vue, mais Christ nous donne le moyen de bénéficier de Sa propre Justice. Il pardonne nos péchés, nous rend propres et nets, et Il est toujours prêt à renouveler notre cœur quand nous nous repentons de chaque offense. Il a souffert intensément pour vous et pour moi. Ne pouvons-nous pas fermer les yeux sur la petite offense d’un ami ?

Un criminel n’a aucun repos dans sa conscience, car il craint constamment d’être découvert. Il y a plus de joie à confesser sa faute et à payer sa dette que de vivre constamment dans la peur. Le pécheur ne supporte pas ce dilemme. Le Roi se tient prêt à pardonner rapidement et complètement tout péché confessé, et même les péchés dont nous n’avons pas conscience et que nous ne pouvons pas confesser, de ce fait. Il nous faut seulement rejeter le fardeau de l’orgueil et de l’amertume, et vider notre cœur de la haine qui s’y trouve, pour venir à Lui en recherchant la repentance et le pardon. Cela ne coûte rien au pécheur car le prix en a déjà été payé par le Fils du Roi. Si vous laissez de la rancune et de la haine grandir dans votre cœur, faute d’avoir pardonné aux autres leurs offenses envers vous, lavez votre cœur à la source de l’amour, entre les mains de Dieu, et pardonnez tout. Alors vous connaîtrez la paix de votre âme. Amen.