22-De la Parole de Dieu

II-10. De l'Estime et du respect que l'on doit avoir pour la Parole de Dieu.

{50} 1. La grande utilité et le grand bénéfice que les Chrétiens peuvent obtenir s'ils le veulent en écoutant et en lisant les Saintes Écritures, bien-aimés, aucun cœur ne peut assez le concevoir, et aucune langue n'est capable de l'exprimer avec des mots. C'est pourquoi Satan, notre vieil ennemi, voyant que les Écritures sont le véritable moyen et le chemin direct pour amener les gens à la vraie connaissance de Dieu, et que la religion chrétienne est grandement avancée par leur écoute attentive et par leur lecture, et percevant quel obstacle elles représentent pour lui et pour son royaume [infernal, il] fait tout ce qu'il peut pour en éviter la lecture dans l'Église de Dieu. Et dans ce but, il a toujours suscité, ici et là, des tyrans cruels, des persécuteurs pointus, et des ennemis extrêmes de Dieu et de Son infaillible vérité, pour arracher violemment les Saintes Bibles des mains des gens et pour les détruire méchamment, les consumer par le feu et les réduire en cendres, prétendant très faussement que l'écoute et la lecture de la Parole de Dieu est une cause d'hérésie, de libertinage charnel et le renversement de tout bon ordre dans les communautés bien ordonnées.

Si connaître Dieu droitement est un mal, alors il nous faut admettre que l'écoute et la lecture des Saintes Écritures est la cause des hérésies, du libertinage charnel et de la subversion de tout bon ordre. Mais la connaissance de Dieu et de soi-même est si loin d'être un mal que c'est le plus sûr, oui, le seul moyen de brider le libertinage charnel et de tuer toutes nos affections charnelles. Et la façon ordinaire de parvenir à cette connaissance est d'écouter et de lire les Saintes Écritures. Car toute l'Écriture, dit St Paul, fut donnée sous l'inspiration de Dieu ; et allons-nous imaginer, nous les Chrétiens, parvenir plus rapidement à une meilleure connaissance de Dieu et de nous-mêmes dans n'importe quelle œuvre ou écrit humain [plutôt] que dans les Saintes Écritures, écrites sous l'inspiration du Saint-Esprit ? « Les Écritures ne nous sont pas parvenues par une volonté humaine, mais par les saints hommes de Dieu », comme en témoigne St Pierre, « ils ont parlé, poussés par le Saint-Esprit de Dieu ». Le Saint-Esprit est le maître d'école de la vérité, qui dirige Ses élèves, comme Christ notre Sauveur l’a dit de Lui, en toute vérité. Et qui n'est pas enseigné ni conduit par ce maître d'école ne peut que tomber profondément dans l'erreur, malgré ses bonne intentions, quelle que soit la connaissance qu'il ait par d'autres ouvrages et écrits, ou quelle que soit la justesse de son estime et de son jugement sur le monde.

Si on vous dit : « Je voudrais un vrai modèle et une description parfaite d'une vie droite, approuvée aux yeux de Dieu » ; pensez vous qu'on puisse trouver mieux ou un équivalent à Jésus-Christ et à Sa doctrine dont la conversation vertueuse et la vie pieuse est décrite et brossée de façon si animée devant nos yeux, que, voyant ce modèle, nous pouvons y conformer notre vie d'aussi près que possible, ce qui Lui est parfaitement agréable ? « Imitez-moi », dit St Paul, « comme j'imite Christ ». Et St Jean dit dans son épître : «Quiconque demeure en Christ doit marcher comme s'il marchait devant Lui ». Et où apprendrons-nous le déroulement de la vie de Christ si ce n'est dans l'Écriture ?

Un autre voudrait un médicament pour guérir toutes les maladies de l'esprit. Cela peut-il se trouver ou s'obtenir ailleurs que dans le propre livre de Dieu, qui disait aux Juifs obstinés : « Vous cherchez dans les Écritures, car vous pensez que vous y trouverez la vie éternelle ». Si les Écritures contiennent la vie éternelle en elles, il s'ensuit nécessairement qu'elles sont un remède contre tout obstacle et qu'elles conduisent à la vie éternelle.

Si nous désirons connaître la sagesse céleste, pourquoi l'apprendre d'un homme plutôt que de Dieu Lui-même, qui, comme St Jacques l'a dit, est Celui qui donne la sagesse ? Oui, pourquoi ne pas l'apprendre de la propre bouche de Christ, Lui qui promet d'être présent à Son église jusqu'à la fin du monde, qui accomplit Sa promesse en ce qu'Il n'est pas seulement avec nous par Sa grâce et Sa tendre pitié, mais également en ceci qu'Il nous parle maintenant dans les Saintes Écritures, pour le grand et perpétuel réconfort de tous ceux qui ont quelque idée de Dieu par elles ? Oui, Il nous parle maintenant dans les Écritures plus profitablement qu'Il ne l'a fait de vive voix avec les Juifs charnels, quand Il vivait avec eux ici sur la terre. Car ils, je veux dire les Juifs, ne pouvaient ni entendre ni voir les choses que nous pouvons maintenant voir et entendre, si nous avons avec nous les oreilles et les yeux avec lesquels ont peut entendre et voir Christ, c'est à dire, l'application à écouter et lire Ses Saintes Écritures, et la vraie foi pour croire à Ses plus réconfortantes promesses.

Si on pouvait montrer ne serait-ce que les empreintes des pieds de Christ, un grand nombre de gens, je pense, se prosterneraient pour les adorer, mais pour les Saintes Écritures, où nous pouvons voir quotidiennement, si nous le voulons, je ne dis pas l'empreinte de Ses pieds seulement, mais toute Sa silhouette et une description vivante de Lui, hélas, nous ne manifestons que peu de révérence, voire point du tout. Si on pouvait nous montrer la robe de Christ, une partie d'entre nous feraient un grand détour pour venir la regarder, oui, et pour l'embrasser ; et cependant tous les vêtements qu'il ait jamais portés ne peuvent pas nous Le représenter si exactement ni si vivement que ne le font les Écritures. L'image de Christ, réalisée en bois, en pierre ou en métal, est parfois enrichie par quelques hommes, pour l'amour qu'ils portent à Christ, et magnifiquement ornée avec des perles, de l'or et des pierres précieuses, et ne devrions-nous pas plutôt, frères, révérer et embrasser les saints livres de Dieu, la Bible sacrée, qui nous représente Christ avec plus de vérité qu'aucune image ? L'image ne peut exprimer que la forme ou la silhouette de Son corps, et encore, mais l'Écriture nous présente Christ de telle manière que nous pouvons Le voir à la fois comme Dieu et comme homme, nous pouvons Le voir, dis-je, nous parler, guérir nos infirmités, mourir pour nos péchés, ressusciter des morts pour notre justification. Bref, nous pouvons plus parfaitement voir Christ tout entier dans les Écritures avec les yeux de la foi que si, manquant de foi, nous Le voyions avec les yeux du corps, s'Il était présent, là devant nous.

Que chaque homme, femme et enfant, ait donc soif et désire de tout son cœur les Saintes Écritures de Dieu, les aime, les embrasse, trouve son plaisir et ses délices à les écouter et à les lire, de sorte qu'à la longue nous soyons transformés et changés par elles. Car les Saintes Écritures sont le trésor de la maison de Dieu où se trouve tout ce que nous avons besoin de voir, d'entendre, d'apprendre et de croire, et qui est nécessaire pour parvenir à la vie éternelle.

Ceci est dit uniquement pour vous donner un avant-goût de quelques-uns des avantages qu'il y a à écouter et lire les Saintes Écritures, car comme je l'ai dit au début, aucune langue n'est capable de tout dire et de tout proclamer. Et bien qu'il soit plus clair que [la lumière de] midi qu'ignorer les Écritures est la cause de l'erreur, comme Christ l'a dit aux Sadducéens : « Vous errez, ne connaissant pas les Écritures », et que l'erreur retient les hommes et les éloigne de la connaissance de Dieu, comme St Jérôme l'a dit : « Ne pas connaître les Écritures, c'est ignorer Christ », cependant, et nonobstant cela, certains pourraient penser qu'il n'est pas convenable que tous les hommes lisent les Écritures parce qu'elle sont selon eux en maints passages des pierres d'achoppement pour les ignorants ; premièrement, parce que les phrases de l'Écriture sont parfois si simples, directes et claires qu'elles offensent les esprits fins et délicats de quelques courtisans, et que de plus pour ce que les Écritures rapportent, même de ceux qui sont présentés comme des enfants de Dieu, car ils ont fait diverses actions dont certaines sont contraires à la loi de la nature, quelques-uns répugnant à la Loi écrite et d'autres semblant lutter manifestement contre l'honnêteté publique, toutes choses, disent-ils, qui sont pour les simples des occasions de grands offenses et en poussent beaucoup à penser du mal des Écritures et à discréditer leur autorité. Certains sont offensés en écoutant et en lisant la diversité des rites et cérémonies des sacrifices et oblations de la Loi. Et d'autres, à l'esprit mondain, pensent que c'est une grande décadence pour des gouverneurs calmes et prudents de prêter l'oreille aux simples règles et préceptes de Christ notre Sauveur dans Son Évangile, comme s'ils étaient offensés qu'un homme soit prêt à prêter sa joue droite à celui qui l'a frappé sur la gauche et que celui qui se dessaisit de son manteau, offre aussi sa cape, et d'autres expressions de la perfection dans la pensée de Christ ; car la raison charnelle, étant toujours l'ennemie de Dieu et ne percevant pas les choses de l'esprit de Dieu, abhorre de tels préceptes ; qui cependant, [quand ils sont] bien compris, n'enfreignent aucune politique judiciaire et aucun gouvernement chrétien. Et il y en a qui, entendant les Écritures nous supplier de vivre sans se faire de souci, sans étudier ni faire de provision, raillent leur simplicité. C'est pourquoi, pour ôter et mettre de côté toute ces occasions d'offenses autant qu'il y en a, je répondrai dans l'ordre à ces objections.

D'abord, je rappellerai quelques-uns de ces passages où des hommes sont offensés par le caractère simple et direct du discours et en montrerai la signification.

Dans le livre du Deutéronome, il est écrit que Dieu Tout-Puissant a fait une Loi, selon la-quelle si un homme meurt sans descendance, son frère ou son pus proche parent doit épouser sa veuve, et le premier enfant qui naît d'eux doit être appelé l'enfant de celui qui est mort, afin qu'il ne soit pas exclu d'Israël et si le frère ou le plus proche parent ne veut pas épouser la veuve, alors elle peut ôter son soulier devant les magistrats de la ville et lui cracher à la figure, en disant : « Qu'il en soit fait ainsi à cet homme qui ne veut pas construire la maison de son frère ». Ici, bien-aimés, [ces gestes d']ôter son soulier et de cracher à la figure étaient des cérémonies pour justifier à tout le peuple de cette ville que ce n'était pas sa faute si la Loi n'était pas respectée sur ce point, mais que toute la honte et le blâme en retombaient sur l'homme qui refusait devant les magistrats de l'épouser, et ce reproche ne le visait pas seul, mais toute sa postérité avec lui, car ils étaient appelés pour toujours « la maison de celui dont le soulier est ôté ».

Autre passage tiré des psaumes : « Je briserai les cornes des impies », dit David, « et les cornes des justes seront exaltées ». Par « corne », dans l'Écriture, on entend le pouvoir, la puissance, la force et parfois le gouvernement et la règle. Quand le prophète dit: « Je briserai les cornes des impies », il signifie que tout le pouvoir, la force et la puissance des ennemis de Dieu ne seront pas seulement réduits et affaiblis, mais que d'une façon générale ils seront brisés et détruits, même si pour un temps, et pour un meilleur jugement de son peuple, Dieu tolère que les ennemis dominent en ayant la haute main. Dans le psaume 132, il est dit : « Je ferai fleurir la corne de David ». Ici, la corne de David signifie sa royauté. Dieu Tout-Puissant, par cette façon de parler, promet de donner à David la victoire sur tous ses ennemis et de l'établir en son royaume en dépit de tous ses ennemis.

Et dans le psaume 60 il est écrit : « Moab est mon évier et je jetterai mon soulier sur Édom, etc. ». Dans ce passage, le prophète montre combien Dieu se montre gracieux envers Son peuple, les enfants d'Israël, en leur donnant de grandes victoires sur leurs ennemis, de tous côtés. Car Dieu a abaissé les Moabites et les Iduméens, qui étaient deux grandes nations, des peuples fiers, forts et puissants, et en a fait des serviteurs des Israélites, des esclaves, dis-je, pour qu'ils se penchent et ôtent leurs souliers et leur lavent les pieds. Alors « Moab est mon évier et je jetterai mon soulier sur Édom », revient à dire : Les Moabites et les Iduméens, malgré leur force contre nous dans le désert, sont maintenant nos sujets, nos esclaves, oui, des subalternes pour ôter nos souliers et nous laver les pieds. Maintenant, je vous prie, quelle façon laide de parler est celle-ci, qui est d'un usage commun parmi les Hébreux ? C'est une honte que des Chrétiens soient si légers, au point de jouer comme des abrutis sur une telle manière de parler, proférée par le Saint-Esprit avec une signification aussi grave. Il serait plus raisonnable de la part des hommes vains d'apprendre à révérer la Parole de Dieu, plutôt que de s'en gausser pour leur damnation.

D’autres encore sont offensés d'entendre que les pieux Pères avaient de nombreuses femmes et concubines, bien que selon une phrase de l'Écriture une concubine soit une appellation honnête, car toute concubine est une épouse légitime, mais toute épouse n'est pas une concubine. Et, afin que vous compreniez mieux la vérité de ceci, vous remarquerez qu'il était permis aux Pères de l'Ancien Testament d'avoir en ce temps là plus d'une femme, dans le but que vous entendrez plus loin. De ces femmes, certaines étaient nées libres, d'autres esclaves. Celle qui était née libre avait une prérogative au-dessus de celles qui étaient esclaves. La femme libre, étant mariée, devenait la gouvernante de la maison sous [les ordres de] son mari, et on l'appelait la mère de la maisonnée, la maîtresse de maison selon notre façon de parler, et elle avait de par son mariage un intérêt, un droit et la propriété des biens de celui à qui elle était mariée. Les autres, servantes et esclaves étaient données à leur fille par leur propriétaire, selon l'usage de l'époque, je ne dis pas toujours, mais pour la plupart, le jour de son mariage, pour qu'elles soient à leur service. De cette manière Pharaon, le roi d'Égypte, donna à Sarah, la femme d'Abraham, l'Égyptienne Agar pour qu'elle soit sa servante. Ainsi fit Laban qui donna à sa fille Léa, le jour de son mariage, Zilpa pour qu'elle soit sa servante, et à son autre fille Rachel il donna une autre esclave, nommée Bila. Et les femmes qui étaient les propriétaires de leurs servantes les donnaient en mariage à leur mari à diverses occasions. Sarah donna sa servante Agar à Abraham. Léa donna de même sa servante Zilpa à Jacob, son mari. Et Rachel, son autre épouse, lui donna sa servante Bila, en lui disant: « Va avec elle et elle accouchera sur mes genoux », ce qui est comme si elle avait dit : « Prends-la pour femme et fais avec eux comme s'ils étaient mes propres [enfants] ». Ces servantes ou esclaves, bien qu'épouses par mariage, n'avaient pas la prérogative de régenter la maison, mais restaient des subalternes, sujettes de leur maîtresse, et n'étaient jamais appelées maîtresses de maison, mais parfois épouses, parfois concubines. La pluralité des épouses était un privilège spécial toléré aux Pères de l'Ancien Testament, non pour satisfaire leur luxure charnelle, mais pour avoir de nombreux enfants, parce que chacune espérait et souvent elle suppliait Dieu dans ses prières, que le Messie que Dieu avait promis arriverait dans le monde en naissant d'elle et de sa lignée, pour écraser la tête du serpent.

Parlons maintenant de ceux qui prennent motif pour la chair et une vie mauvaise d'écouter et de lire dans le livre de Dieu ce qu’Il a toléré, même chez ceux qui sont recommandés et loués dans l'Écriture. Comme ce Noé, que St Pierre appelait le huitième prédicateur de justice, qui était telle-ment ivre de vin qu'il découvrit ses parties intimes dans son sommeil. Lot, qui était un homme juste, fut ivre de la même manière, et dans son ivresse il a couché avec ses propres filles, ce qui est contraire à la loi de la nature. Abraham, dont la foi était si grande qu'elle lui a mérité d'être appelé de la propre bouche de Dieu « père de nombreuses nations, père de tous les croyants », a eu également une compagne charnelle en a personne de Agar, la servante de sa femme Sarah. Le patriarche Jacob avait deux sœurs pour épouses en même temps. Le prophète David et le roi Salomon son fils, ont eu de nombreuses épouses et concubines, etc. Nous voyons clairement que ces choses nous sont interdites par la Loi de Dieu et sont maintenant répugnantes à toute honnêteté publique. Ces choses et d'autres ne sont pas écrites dans le livre de Dieu, bonnes gens, pour que nous les imitions en suivant leurs exemples, ni pour que nous pensions que Dieu a permis toutes ces choses à chacun d'eux, mais nous devrions penser et juger plutôt que Noé a grandement offensé Dieu par son ivresse, que Lot a commis un horrible inceste en couchant avec ses deux filles. Nous devrions apprendre par là cette profitable leçon : que si des hommes si pieux qu'eux, qui ressentaient le Saint-Esprit de Dieu enflammer leur cœur avec la crainte et l'amour de Dieu, ne pouvaient pas se garder d'horribles péché par leurs propres forces, mais qu'ils sont si gravement tombés que sans la grande miséricorde de Dieu ils auraient péri pour l'éternité, combien plus devrions-nous, misérables épaves qui n'avons aucun sentiment du tout pour Dieu en nous, craindre continuellement non seulement de tomber comme eux, mais aussi d'être dominés et noyés dans le péché, ce qui n'était pas leur cas, et en considérant ainsi leur chute, en saisir l'occasion de reconnaître notre propre infirmité et fragilité, et d'en appeler donc d'autant plus sérieusement à Dieu Tout-Puissant par une prière incessante du fond du cœur, en Lui demandant Sa grâce pour nous  renforcer et nous protéger de tout mal. Et bien qu'à cause de notre infirmité nous risquions de tomber à tout moment, nous pouvons cependant, par une repentance sincère et une vraie foi, nous relever aussitôt et ne pas nous assoupir ni continuer dans le péché comme les méchants le font.

Ainsi, bonnes gens, devons-nous comprendre de tels sujets, qui sont exposés dans les divines Écritures, afin que ces saintes tables de la Parole de Dieu ne deviennent pas un piège pour nous, ni une pierre d'achoppement, au point de s'en trouver blessés par un abus de notre compréhension, mais estimons-les avec une humilité révérencieuse, afin que nous y trouvions notre indispensable nourriture [spirituelle] pour nous renforcer, pour nous réconforter, pour nous instruire, ainsi que Dieu l'a décidé dans sa grande miséricorde, en vue de toutes nos œuvres nécessaires, de telle sorte que nous soyons parfaits devant Lui dans tout le cours de notre vie. Qu'Il nous l'accorde, Lui qui nous a rachetés, notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, à Qui, avec le Père et le Saint-Esprit, soient tout honneur et toute gloire pour l'éternité. Amen.

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{51} 2. Vous avez entendu, bonnes gens, dans la dernière homélie qui vous a été lue, le côté très pratique des Saintes Écritures, vous avez entendu comment des ignorants, dénués de pieuse intelligence, cherchent des querelles pour les discréditer, et qu'il a déjà été répondu à certains de leurs arguments. Avançons maintenant pour parler d'une politique qui offense les hommes sages, car les préceptes de Christ devraient sembler détruire tout ordre de gouvernement qui les cite en exemple. « Si un homme te frappe sur la joue droite, tends-lui l'autre aussi. Si on te demande ton manteau, donne ta cape et tout [le reste avec] ». « Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite ». « Si ton œil, ta main, ton pied t'offensent, arrache ton œil, ampute ta main, ton pied et jette-les loin de toi». « Si ton ennemi », dit St Paul, « est affamé, donne-lui à manger, s'il a soif, donne-lui à boire, et ce faisant, tu amasseras des charbons brûlants sur sa tête ». Ces phrases, bonnes gens, semblent de pures absurdités à un homme naturel, et contraires à toute raison. « Car un homme naturel », comme St Paul le dit, « ne comprend pas les choses qui relèvent de Dieu, et il ne le peut pas » tant que le vieil Adam demeure en lui. Christ voulait donc signifier qu'Il voulait que Ses fidèles serviteurs soient si loin de vouloir se venger et de résister qu'Il aurait préféré les voir prêts à subir un tort de plus que de résister à la charité et de manquer de patience. Il voulait que nos désirs soient si loin des soucis charnels qu'Il ne voulait pas que notre ami le plus proche sache ce que nous faisons de bien, pour en tirer une vaine gloire. Et bien que nos amis et notre parenté nous soient aussi chers que notre œil droit ou que notre main droite, nous devrions renoncer à eux et les oublier s'ils voulaient nous séparer de Dieu.

Ainsi, si vous écoutez et lisez avec profit les Saintes Écritures, vous devez d'abord renoncer à vous-mêmes et rabaisser vos sens charnels, ce qui est tiré de la lettre même, et [en] rechercher la signification spirituelle ; la raison doit laisser la place au Saint-Esprit de Dieu ; vous devez sou-mettre votre sagesse et vos opinions mondaines à Sa sagesse et à Son jugement divins. Considérez que l'Écriture, quelque étrange que soit la forme de son expression, est la Parole du Dieu vivant. Que cela soit toujours présent à votre esprit, comme le prophète Ésaïe le dit si souvent : « La bouche du Seigneur », dit-il, « l'a exprimé ». Le Dieu Tout-Puissant et éternel, qui a créé les cieux et la terre par Sa seule Parole, l'a décrété. « Le Seigneur dont les voies sont dans les mers, dont les chemins sont les eaux profondes », le Seigneur et Dieu par la Parole de Qui toutes choses sont créées au ciel et sur la terre, les gouverne et les maintient tels qu'Il les a faits. « Le Dieu des dieux et Seigneur de tous les seigneurs », oui, Dieu qui est le seul Dieu, incompréhensible, Tout-Puissant et éternel, a parlé ; c'est Sa Parole. Elle ne peut donc qu'être la vérité qui vient du Dieu de toute vérité ; on ne peut que recommander sagement et prudemment ce que Dieu Tout-Puissant a conçu, et il est donc parfaitement vain, même en recherchant la grâce, que nous misérables épaves imaginions [pouvoir] juger Sa très sainte Parole.

Le prophète David, décrivant un homme heureux, a dit : « Il est béni, l'homme qui n'a pas marché selon le conseil des impies, ni dans la voie des pécheurs, et qui ne s'est pas assis sur le siège des médisants ». Il y a trois sortes de gens dont le prophète recommande à celui qui veut être heureux et avoir part à la bénédiction de Dieu de fuir la compagnie et d'éviter. Premièrement, il ne doit pas suivre le conseil des impies. Deuxièmement, il ne doit pas suivre la voie des pécheurs. Troisièmement, il ne doit pas s'asseoir sur le banc des médisants. Par ces trois sortes de gens, les impies, les pécheurs et les médisants, toute l'impiété est signifiée et pleinement exprimée. Par impies, nous comprenons ceux qui n'ont aucun respect pour Dieu Tout-Puissant, étant dénués de toute foi, et dont le cœur et l'esprit sont si mondains qu'ils ne s'étudient qu'à accomplir leurs pratiques mondaines, leur imagination charnelle, leurs sales désirs de lucre, sans aucune crainte de Dieu. Il appelle la seconde sorte les pécheurs, non pas tant ceux qui chutent par ignorance ou faiblesse, car alors qui serait trouvé innocent ? Qui a jamais vécu sur la terre sans avoir péché, excepté Christ seul ? « Le juste tombe sept fois et se relève ». Bien que les hommes pieux chutent, ils ne pèchent pas à dessein; ils ne pèchent pas volontairement ; ils ne s'arrêtent pas pour continuer à s'attarder dans le péché ; ils ne s'assoient pas comme des indolents, dépourvus de toute crainte de Dieu qui punit le péché, mais ils luttent contre le péché avec la grâce de Dieu et avec Son infinie miséricorde ils se relèvent et se battent contre le péché. Le prophète appelle alors pécheurs ceux dont le cœur est clairement opposé à Dieu et dont toute la vie n'est que péché ; ils s'y complaisent tellement qu'ils choisissent continuellement de demeurer dans le péché. La troisième sorte, il les nomme médisants, c'est une sorte de gens dont le cœur est si farci de malice qu'ils ne se contentent pas de demeurer dans le péché, et de mener leur vie dans toute espèce de méchanceté, mais qu'ils médisent et méprisent chez les autres toute piété, toute vraie religion, toute honnêteté et toute vertu.

De ces deux [premières] sortes de gens, je ne dirai qu'une chose : Qu'ils se repentent et se convertissent à Dieu. Quant à [ceux de] la troisième sorte, je pense que je peux affirmer, sans risquer un jugement de Dieu, que pas un seul ne s'est jamais converti à Dieu par la repentance, mais qu'ils ont toujours continué dans leur abominable faiblesse, accumulant sur eux la damnation, en vue du jour du jugement inévitable de Dieu. Nous lisons des exemples de tels médisants dans le second livre des Chroniques. Quand le bon roi Ezéchias, au début de son règne, a détruit l'idolâtrie, purgé le Temple et réformé la religion en son royaume, il a envoyé des messagers dans chaque ville pour rassembler le peuple à Jérusalem, afin de célébrer solennellement la fête de la Pâque de la façon indiquée par Dieu. « Les postiers allèrent de ville en ville à travers le pays d'Éphraïm et de Manassé, et même jusqu'à Zabulon ». Et que fit le peuple, pensez-vous ? Ont-ils loué et magnifié le Nom du Seigneur, qui leur avait donné un si bon roi, un prince si zélé à abolir l'idolâtrie et à restaurer la vraie religion de Dieu ? Non, non. L'Écriture dit que le peuple « les a méprisés en riant et s'est moqué des messagers du roi». Et dans le dernier chapitre du même livre il est écrit que Dieu Tout-Puissant « ayant compassion pour Son peuple, leur a envoyé Ses messagers les prophètes », pour les appeler à revenir de leur abominable idolâtrie et de leur méchante manière de vivre. « Mais ils se sont moqués de Ses messagers, ils ont méprisé Ses Paroles, et maltraité Ses prophètes, jusqu'à ce que la colère du Seigneur monte contre Son peuple et qu'il n'y ait plus de remède », car Il les a livrés aux mains de leurs ennemis, à Nebucadnetsar, roi de Babylone, qui les a dépouillés de leurs biens, a incendié leurs villes et les a emmenés captifs, eux, leurs femmes et leurs enfants, à Babylone. Le méchant peuple du temps de Noé ne faisait que se moquer de la Parole de Dieu, quand Noé leur dit que Dieu Se vengerait sur eux de leurs péchés. Le Déluge est donc arrivé subitement sur eux et les a noyés, et le monde entier avec. Lot a prêché aux Sodomites que s'ils ne se repentaient pas, eux et leur ville seraient détruits. Ils pensaient qu'il était impossible que cela fût vrai, ils se sont moqués et ont méprisé Son admonition et Lui ont fait une réputation de vieux radoteur stupide. Mais quand Dieu, par Ses saints Anges, eut emmené Lot, sa femme et deux de leurs filles, Il a fait pleuvoir du feu et du soufre du haut ciel, et Il a brûlé ces médisants moqueurs de Sa sainte Parole. Et en quelle estime était la doctrine de Christ parmi les scribes et les Pharisiens ? Comment a-t-Il été reçu par eux ? L'Évangile rapporte ceci : « Les Pharisiens, qui étaient cupides, l'ont méprisé pour sa doctrine ». Oh, vous voyez alors les riches du monde mépriser la doctrine de leur Salut. Les sages selon le monde méprisent la doctrine de Christ, car elle est pour eux une folie. Il y aura toujours de ces médisants et il y en aura toujours, jusqu'à la fin du monde. Car St Pierre a prophétisé qu'il y aura de tels médisants dans le monde jusqu'au dernier jour. Prenez donc garde, mes frères, prenez garde. Ne soyez pas vous-mêmes méprisants envers la très sainte Parole de Dieu. Ne L'incitez pas à déverser maintenant Sa colère sur vous, comme Il l'a fait sur ces moqueurs médisants. Ne soyez pas des meurtriers volontaires de votre propre âme. Revenez à Dieu pendant que c'est encore le temps de la miséricorde ; sans quoi vous vous repentiriez dans le monde à venir où il sera trop tard, car le jugement sera sans pitié.

Ceci pourrait suffire à nous admonester et nous forcer à révérer les saintes Écritures de Dieu, mais tous les hommes n'ont pas la foi. Ceci ne contentera donc pas et ne satisfera pas l'esprit de chacun, mais parce que certains sont charnels, ils continueront ainsi, et abuseront charnellement de l'Écriture, pour leur plus grande damnation. « Les ignorants et les instables », dit St Pierre, « pervertissent les saintes Écritures, pour leur propre destruction ». Jésus-Christ, comme St Paul l'a dit, est « pour les Juifs une offense, pour les Gentils une folie, mais pour les enfants de Dieu, aussi bien Juifs que Gentils, Il est la puissance et la sagesse de Dieu ». Le saint homme Siméon a dit qu'Il est venu pour la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Comme Christ Jésus est une [occasion de] chute pour les réprouvés qui périssent par leur propre faute, telle est Sa Parole, oui, tout le livre de Dieu est une cause de damnation pour eux à cause de leur incrédulité. Et comme Il n’est un relèvement pour personne d'autre que ceux qui sont les enfants de Dieu par adoption, telle est Sa Parole, oui, l'Écriture entière, la puissance de Dieu, seulement pour ceux qui la croient. Christ Lui-même, les prophètes avant Lui, les Apôtres après Lui, tous les vrais ministres de la sainte Parole de Dieu, oui, de chaque Parole du livre de Dieu, qui est pour les réprouvés un avant-goût de la seconde mort. Christ Jésus, les prophètes, les Apôtres et tous les vrais ministres de Sa Parole, oui, de chaque iota dans l'Écriture Sainte, ont été, sont et seront éternellement l'avant-goût de la vie éternelle pour ceux dont Dieu a purifié le cœur par la vraie foi. Prenons sérieusement garde à ne pas faire des livres des Saintes Écritures un cahier de brouillon. Plus les passages sont obscurs et durs à comprendre, plus nous devons penser qu'ils viennent de Dieu et de Son Saint-Esprit, qui en est l'auteur. Engageons-nous avec d'autant plus de révérence à rechercher en eux la sagesse cachée dans l'écorce extérieure de l'Écriture. Si nous ne pouvons pas en comprendre le sens ni la raison, au moins ne soyons pas méprisants, plaisantins, railleurs, car c'est le gage le plus sûr d'un réprouvé, d'un parfait ennemi de Dieu et de Sa sagesse. Ce ne sont pas des fables dont on pourrait plaisanter que Dieu a sérieusement proférées, alors estimons-les comme des choses sérieuses.

Et bien qu'en maints passages des Écritures il soit fait mention de divers rites et cérémonies, oblations et sacrifices, ne pensons pas qu'ils soient étranges, mais replaçons-les à l'époque et dans le peuple à qui ils étaient utiles, bien qu'ils soient considérés comme profitables par les gens instruits, mais [pensons] qu'ils sont exposés comme des figures et l'ombre des choses et des personnes pleinement révélées ensuite dans le Nouveau Testament. Bien que la répétition des généalogies et des origines des Pères ne soit pas trop une édification pour les gens complètement ignorants, rien n'est cependant hors de propos dans toute la Bible, et peut servir par certains aspects à tous ceux qui consacreront leur travail à en rechercher la signification. On ne peut les condamner sous prétexte qu'on ne les comprend pas, ou qu'elles ne servent pas à notre édification. Mais appliquons-nous à comprendre et à retenir de telles phrases et histoires comme fort à propos pour [développer] notre aptitude et notre instruction.

Et tandis que nous lisons dans divers psaumes comment David a parfois souhaité aux adversaires de Dieu honte, réprimande et confusion, ou la destruction de leurs enfants et de leur descendance, ou qu'ils périssent et soient soudainement détruits (ainsi qu'il l'a souhaité au capitaine des Philistins : « Envoie tes éclairs et déchire-les », dit-il, « tire tes flèches et consume-les. »), ou d'autres styles d'imprécations ; cependant, nous ne devrions pas être offensés par de telles prières de David, car il était un prophète singulièrement aimé de Dieu et ravi en esprit, avec un zèle ardent pour la gloire de Dieu. Il les a prononcées non pas par une haine privée viscérale contre les personnes, mais il souhaitait en esprit la destruction de ces très putrides erreurs et vices qui règnent en toute personne démoniaque s'opposant à Dieu. Il était de l'avis de St Paul, quand il a livré Hyménée et Alexandre à Satan, le fornicateur notoire, pour leur confusion temporelle, « afin que leur esprit soit sauvé au jour du Seigneur ». Et quand David a professé en certains passages qu'il détestait les méchants, dans d'autres passages de ses psaumes, il professait qu'il les détestait d'une haine parfaite, non pas d'une haine maligne, pour blesser l'âme. Et cette perfection de l'esprit, parce qu'elle est irréalisable en nous, tant nous sommes corrompus dans nos affections, nous ne devons pas l'utiliser mot pour mot dans nos affaires privées, car nous ne pouvons pas accomplir de tels mots avec toute leur signification. Ne soyons donc pas offensés, mais recherchons la raison de tels mots avant de nous offenser, afin que nous puissions en juger plus posément, aussi étranges qu'ils paraissent à notre intelligence charnelle, car à ceux qui sont spirituels, ils apparaissent [comme] une marque de zèle pieux.

À cause de Sa miséricorde, Dieu nous a donc accordé de purifier notre esprit par la foi en Son Fils Jésus-Christ, et d'instiller les gouttes célestes de Sa grâce dans notre dur cœur de pierre, pour l'assouplir afin que nous ne soyons pas méprisants ni railleurs envers Sa Parole infaillible, mais qu'en toute humilité d'esprit et révérence chrétienne nous nous engagions à écouter et à lire Ses Écritures sacrées, et à les méditer intérieurement, ce qui sera un réconfort pour notre âme et une sanctification de Son saint Nom. À qui, avec le Fils et le Saint-Esprit, trois personnes et un Dieu vivant, soient toute louange et tout honneur, pour les siècles des siècles. Amen.

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