23-De l'aumône

II-11. De l'Aumône

{52} 1. Parmi les multiples devoirs que Dieu Tout-Puissant requiert des vrais Chrétiens Ses serviteurs fidèles, par lequel Il veut que Son Nom soit glorifié et que leur vocation soit manifestée, aucun ne Lui est plus acceptable ni profitable pour eux que les œuvres de miséricorde et de pitié envers les pauvres qui sont affligés par quelque sorte de misère. Et cependant, nonobstant ceci, la lenteur et l'indolence de notre mauvaise nature envers ce qui est pieux et bon est telle que nous sommes rarement plus négligents et moins appliqués qu'en elles. Il est donc très nécessaire que le peuple de Dieu réveille son esprit endormi et considère son devoir en la matière. Et il convient que tous les vrais Chrétiens recherchent activement et apprennent ce que Dieu, par Sa sainte Parole, requiert d'eux, sachant d'abord leur devoir que dans leur mollesse ils semblent ignorer complètement, afin qu'ils puissent ensuite s'engager et s'impliquer à l'accomplir. Et que par là, les personnes pieusement charitables soient encouragées à aller de l'avant et à continuer leurs actions miséricordieuses de dons d'aumônes aux pauvres, et que ceux qui l'ont jusqu'ici oublié ou négligé le sachent précisément en entendant à quel point il leur revient de le considérer délibérément et de s'y appliquer vertueusement.

Et dans l'intention que chacun de vous comprenne mieux ce qui est enseigné et en prenne plus facilement de la graine, et tire plus de fruit de ce qui sera dit, plusieurs sujets seront traités séparément ; je veux parler particulièrement, et dans cet ordre, de ces trois points:

Premièrement, je vous montrerai avec quel sérieux Dieu Tout-Puissant, dans Sa sainte Parole, considère nos dons d'aumônes et combien Il les agrée.

Deuxièmement, combien il est profitable pour nous d'en faire, et quels fruits et avantages cela nous procure.

Troisièmement enfin, je vous montrerai à partir de la Parole de Dieu que quiconque donne libéralement aux pauvres et les soulage généreusement, aura nonobstant assez pour lui de reste, et sera pour toujours hors du danger du manque et de la pénurie.

Sur le premier point, qui est l'agrément et la dignité ou le prix des aumônes devant Dieu, sachez ceci, qu'aider et secourir les pauvres dans le besoin et dans la misère plaît tellement à Dieu, ainsi que l'Écriture Sainte le rapporte en maints passages, que rien n'est pris et accepté avec plus de reconnaissance par Dieu. Car nous lisons d'abord que Dieu Tout-Puissant compte pour Lui-même ce qui est donné et octroyé aux pauvres. Car le Saint-Esprit l’atteste à l'homme sage, en disant : « Celui qui a pitié des pauvres prête au Seigneur Lui-même ». Et Christ, dans l'Évangile, reconnaît et scelle par un vœu comme une vérité très certaine, que les aumônes données aux pauvres Lui sont octroyées, et elles seront rappelées au dernier jour. Car ainsi parle-t-Il aux charitables donneurs d'aumônes quand Il siège en tant que Juge, obligé de sanctionner tout homme selon ses actes : « En vérité Je vous le dis, toute » action bonne et miséricordieuse « que vous avez faite au plus petit de mes frères, vous l'avez faite à Moi ». En soulageant leur faim, vous avez soulagé la Mienne ; en les habillant, vous M'avez habillé ; et quand vous les avez logés, vous M'avez logé aussi ; quand vous les avez visités, malades ou en prison, vous M'avez visité. Car celui qui reçoit les ambassadeurs d'un prince et les traite bien honore le prince qui les a envoyés, de même celui qui reçoit les pauvres et les indigents et les aide dans leur affliction et leur détresse reçoit par là et honore Christ son Maître, qui, quand Il était Lui-même pauvre et dans le besoin pendant qu'Il vivait ici parmi nous en vue de réaliser le mystère de notre Salut, promettait par conséquent lors de Son départ de nous envoyer des pauvres, suppléant ainsi à Son absence, et que ce que nous aurions fait pour Lui nous devons le faire à eux. Et c'est pour cela que Dieu Tout-Puissant a dit à Moïse : « Le pays où vous habitez ne manquera jamais de pauvres », parce qu'Il éprouve continuellement Son peuple pour savoir si on L'aime ou pas ; afin qu'en se montrant obéissant à Sa volonté, on puisse s'assurer de Son amour et de Sa faveur, il n'y a aucun doute que, si Sa Loi et Ses ordonnances par lesquelles Il leur commande d'ouvrir leurs mains à leurs frères pauvres du pays dans le besoin étaient acceptées et accomplies avec bonne volonté, de Son côté Il les accepterait dans Son amour et réaliserait vraiment les promesses qu'Il leur a faites.

Les saints Apôtres et disciples de Christ, qui du fait de leur conversation quotidienne [avec Lui], L'ont vu à l'œuvre et ont écouté Sa doctrine de tendresse envers les pauvres, les pères pieux aussi, à la fois ceux d'avant et ceux d'après Christ, inspirés sans aucun doute par le Saint-Esprit attestent très certainement de la sainte volonté de Dieu ; ils nous exhortent sérieusement dans tous leurs écrits en nous admonestant presque continuellement à nous souvenir des pauvres en leur donnant nos charitables aumônes. St Paul a ainsi crié sur nous : « Réconfortez les faibles d'esprit, relevez les faibles, et soyez charitables envers tous les hommes ». Et encore : « N'oubliez pas de faire du bien aux pauvres et de distribuer joyeusement des aumônes, car ce sont de tels sacrifices qui plaisent à Dieu ». Le prophète Ésaïe enseigne ceci : « Donne ton pain à ce lui qui a faim et amène le pauvre vagabond chez toi. Quand tu en vois un qui est nu, habille-le et ne te voile pas la face devant ton prochain pauvre, et ne méprise pas [celui qui est] ta propre chair ». Et le saint Père Tobie donne ce conseil : « Donne des aumônes », dit-il, « de tes propres biens et ne détourne jamais ta face des pauvres. Partage ton pain avec celui qui a faim et tes vêtements avec celui qui est nu ». Et le pieux et très savant docteur Chrysostome donne cette admonition : « Que des aumônes miséricordieuses soient toujours notre ornement », c'est à dire, que nous prenions autant de soin à nous vêtir, pour couvrir notre nudité, pour nous préserver du froid et pour nous montrer beaux, en toutes saisons, que pour donner des aumônes aux pauvres et pour nous montrer miséricordieux envers eux. Mais que signifient ces fréquentes admonitions et sérieuses exhortations des prophètes, des Apôtres, des Pères et des saints docteurs ? Sûrement, comme ils étaient fidèles à Dieu et accomplissaient donc vraiment leur devoir en nous disant ce qu'est la volonté de Dieu, tant leur amour pour nous est singulier, ils ont travaillé non seulement à nous informer mais aussi à nous persuader que donner des aumônes et secourir les pauvres et les nécessiteux est un sacrifice très acceptable à Dieu, qui Lui procure un plaisir singulier et c’est une chose qui Le ravit. Car ainsi nous enseigne le sage Ben Sirac : « Quiconque est miséricordieux et donne des aumônes offre une juste offrande d'action de grâce ». Et il a joute : « Une juste offrande d'action de grâce nourrit l'autel et elle est une douce odeur devant le Très-Haut ; elle est agréable à Dieu et ne sera jamais oubliée ».

Et la véracité de cette doctrine est vérifiée par les exemples des saints et charitables Pères dont nous lisons dans les Écritures qu'ils se livraient à une compassion miséricordieuse envers les pauvres et au soulagement charitable de leurs besoins. Tel était Abraham, en qui Dieu avait un si grand plaisir, qu'Il condescendit à venir à lui sous la forme d'un Ange, et à être reçu chez lui. Tel était son neveu Lot, que Dieu a tellement favorisé pour avoir reçu Ses messagers dans sa maison, qui sinon auraient dormi dans la rue, qu'Il l'a sauvé avec toute sa famille de la destruction de Sodome et de Gomorrhe. Tels étaient les saint Pères Job et Tobie, parmi de nombreux autres, qui ont ressenti des preuves très sensibles de l'amour spécial de Dieu envers eux. Et tous, en raison de la miséricorde et de la tendre compassion qu'ils montraient envers les misérables membres affligés de Christ en les soulageant, en les aidant et les secourant de leurs biens temporels dans cette vie, ont obtenu la faveur de Dieu, étant chers, acceptables et agréables à Ses yeux, de telle sorte qu'ils prenaient eux-mêmes plaisir à l'œuvre de Dieu, aux agréables joies du ciel, et qu'ils sont également exposés devant nous dans la Parole éternelle de Dieu comme de parfaits exemples pour nous, aussi bien de la manière de plaire à Dieu dans cette vie mortelle, que de la manière dont nous pourrons vivre avec eux dans la joie et une félicité et un bonheur éternels. Car ce que St Augustin a dit est très vrai, que le don d'aumônes et le soulagement des pauvres est la voie directe menant au ciel. « Via caeli pauper est - Le pauvre est la voie du ciel », dit-il. Dans les temps passés, on avait l'habitude de mettre au bord des routes l'image de Mercure pointant du doigt la bonne route vers la ville. Et nous plaçons aux carrefours des croix de bois ou de pierre, pour indiquer au voyageur quel chemin il doit prendre quand il arrive là, afin de bien orienter son voyage. Mais la Parole de Dieu, comme St Augustin l'a dit, a mis le pauvre et sa maisonnée dans le chemin du ciel, de telle sorte que quiconque suit ce chemin sans en dévier, doit y marcher en pauvre. Le pauvre est ce Mercure qui nous met sur la bonne voie, et si nous faisons attention à cet indicateur, nous ne dévierons pas du bon chemin.

La façon [de faire] des sages mondains autour de nous est que s'ils savent qu'un homme qui leur est inférieur est plus en faveur [qu’eux] auprès du prince ou de quelque autre noble qu'ils ai-ment ou qu'ils craignent, comme un homme dont ils seront heureux de profiter à plaisir en tant que de besoin, ils en font leur porte-parole, soit pour ses conseils soit pour obtenir quelque chose ou échapper à une punition. C'est surement une honte pour nous que des hommes mondains soient plus avisés pour des choses temporelles qui durent le temps d'une saison et habiles à se les procurer, que nous pour les choses célestes. Christ notre Sauveur atteste que les pauvres Lui sont chers et qu'Il les aime tout spécialement, car Il les appelle affectueusement Ses petits ; Il dit qu'ils sont Ses frères. Et St Jacques dit que Dieu les a choisis comme héritiers de son royaume. « Dieu n'a-t-il pas », dit-il, « choisi les pauvres de ce monde pour Lui-même, pour en faire ensuite les riches héritiers de ce royaume qu'Il a promis à ceux qui L'aiment ? ». Et nous savons que leurs prières pour nous sont acceptables et estimées de Dieu. Leur complainte aussi est entendue. C'est pourquoi Jésus fils de Sirac nous l'assure avec certitude, en disant : « Si le pauvre se plaint de toi dans l'amertume de son âme, sa prière sera écoutée ; Celui qui l'a créé l'écoutera. Sois donc courtois avec les pauvres ». Nous savons aussi que Celui qui Se reconnaît comme leur Maître et patron et ne refuse pas de les prendre comme Ses serviteurs, est capable de nous faire plaisir comme de nous déplaire, et que nous avons besoin de Son aide à chaque heure. Pourquoi dès lors être négligents ou refuser leur amitié et leur faveur, par lesquelles nous pouvons être assurés d'obtenir la faveur de Celui qui peut et veut nous procurer des biens et des richesses, et tout ce qui nous est agréable ? Christ déclare combien il accepte notre affection charitable envers les pauvres, en ceci qu'Il a promis une récompense à ceux qui donnent ne serait-ce qu'un verre d'eau fraîche en Son Nom à ceux qui en ont besoin, et cette récompense est le royaume des cieux. Il n'y a donc aucun doute que Dieu estime hautement ceux qu'Il récompense si généreusement. Car Celui qui a promis une récompense princière pour un bienfait envers un mendiant déclare qu'Il prend plus de plaisir dans le geste que dans le don en tant que tel, et qu'Il estime autant le geste que son effet et son résultat.

Quiconque a donc négligé jusqu'ici de donner des aumônes, qu'il sache que Dieu en attend maintenant de lui, et celui qui a été généreux avec les pauvres, qu'il sache que ses actes pieux sont acceptés et pris avec reconnaissance dans les mains de Dieu, et qu'Il les récompensera au double et au triple. Car ainsi parle le sage : « Celui qui montre de la miséricorde envers les pauvres fait un dépôt d'argent à la banque du Seigneur en vue d'un intérêt et d'un gain important », ce gain étant principalement la possession de la vie éternelle par les mérites de notre Sauveur Jésus-Christ. À qui, avec le Père et le Saint-Esprit, soient tout honneur et toute gloire, éternellement. Amen.

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{53} 2. Vous avez entendu auparavant, bien-aimés, que donner des aumônes aux pauvres est telle-ment acceptable par Christ notre Sauveur qu'Il compte ce que nous faisons pour eux pour l'amour de Lui comme donné à Lui-même. Vous avez entendu aussi avec quel sérieux les Apôtres, les prophètes, les Pères et les docteurs nous exhortent à faire de même. Et vous voyez combien sont appréciés et chers à Dieu sont ceux dont les Écritures nous rapportent qu'ils ont été de bons donneurs d'aumônes. C'est pourquoi, si leurs bons exemples ou bien le conseil des Pères au complet, ou l'amour de Christ, dont nous sommes assurés d'obtenir une faveur spéciale par ce moyen, nous poussent ou nous transforment, soyons transformés et montrons-nous désormais à Dieu comme de bons serviteurs, soucieux et prêts à aider ceux qui sont pauvres et dans la misère.

Maintenant, dans cette seconde partie sur les aumônes, je vais vous montrer combien il nous est bénéfique d'en faire, et quels sont les fruits nous en recevrons si nous les faisons fidèlement. Christ notre Sauveur, dans l'Évangile, nous enseigne qu'il ne sert à rien de posséder toutes les richesses et la gloire du monde, si en même temps on perd son âme ou on fait ce qu'il faut pour devenir captif de la mort, du péché et du feu de l'enfer. Par Ses Paroles, non seulement Il nous enseigne combien la santé de l'âme doit être préférée aux biens de ce monde, mais elles servent aussi à réveiller notre esprit et à nous aiguillonner en avant, à chercher méticuleusement et à apprendre les moyens par lesquels nous pouvons préserver et garder notre âme toujours en sécurité, c'est à dire, comment nous pouvons récupérer la santé [de l'âme] si elle est perdue ou altérée, ou comment on peut la défendre et la garder une fois qu’on l'a. Oui, Il nous enseigne aussi par là à les estimer comme un médicament précieux et un joyau inestimable qui a une telle force et vertu en soi qu'il peut soit procurer soit préserver un trésor aussi incomparable. Car si nous estimons hautement un médicament ou un baume, lequel est capable de guérir maintes maladies graves du corps, combien plus nous estimerons ce qui a un tel pouvoir sur l'âme. Et parce que nous pouvons être [encore] mieux rassurés aussi bien de le savoir que de l'avoir prêt à nous servir de remède, Lui, comme un professeur très aimant et fidèle, Il nous montre à la fois ce qu'Il est et où nous pouvons Le trouver, et comment nous pouvons nous L'appliquer et nous en servir. Car quand Ses disciples et Lui furent gravement accusés par les Pharisiens d'avoir souillé leur âme en enfreignant les traditions des Anciens parce qu'ils se sont mis à table sans s'être lavé les mains avant, selon la coutume des Juifs, Christ, répliquant à leur plainte superstitieuse, leur a enseigné un remède spécial pour garder leur âme propre, malgré l'infraction contre des ordres aussi superstitieux : « Donnez des aumônes », dit-Il, « et voyez, tout est propre en vous ». Il leur a enseigné qu’être miséricordieux et charitable en aidant les pauvres est le moyen de garder l'âme pure et propre aux yeux de Dieu. Ceci nous apprend donc que faire l'aumône avec miséricorde est bénéfique pour purger l'âme de l'infection et des taches dégoûtantes du péché. Le Saint-Esprit enseigne la même leçon en maints passages de l'Écriture, quand Il dit : « La miséricorde et l'aumône nettoient de tous les péchés et délivre de la mort, et empêche l'âme de venir dans les ténèbres. On peut avoir une grande confiance devant le grand Dieu si on montre de la compassion à ceux qui sont affligés ». Le sage prédicateur Ben Sirac confirme cela quand il dit que « Comme l'eau éteint le feu, la miséricorde et les aumônes évitent et effacent les péchés ». Et il est sûr que la miséricorde apaise si bien le feu du péché qu'elle ne prendra pas le contrôle de l'homme pour lui faire du mal, ou si nous avons été touchés par quelque infirmité ou faiblesse et sommes ennuyés en cela, la miséricorde l'effacera et la lavera immédiatement, comme les baumes et les remèdes guérissent leurs douleurs et leurs maladies graves. Et à ce propos, le saint Père Cyprien saisit l'occasion pour appeler sérieusement au travail miséricordieux de donner des aumônes et d'aider les pauvres, et il sermonne [les gens] pour qu'ils considèrent combien il est sain et profitable de soulager les nécessiteux et d'aider les affligés, ce par quoi nous pouvons nous purger de nos péchés et guérir notre âme blessée.

Mais ici certains me diront : « Si l'aumône et nos actions charitables envers les pauvres sont capables de laver des péchés, de nous réconcilier avec Dieu, de nous délivrer du péril de la damnation et de nous faire fils héritiers du royaume de Dieu, alors le mérite de Christ est rabaissé et Son sang fut versé en vain, et nous sommes alors justifiés par les œuvres, et nous pouvons mériter le ciel par nos actes, et c'est en vain que nous croyons que "Christ est mort pour enlever nos péchés et qu'il est ressuscité pour notre justification", comme St Paul l'enseigne ». Mais vous comprenez, bien-aimés, que ni les passages de l'Écriture déjà cités, ni la doctrine de Cyprien le martyr béni, ni aucun homme pieux et instruit, quand, en exposant la dignité le bénéfice, le fruit et l'effet de généreuses aumônes, ils disent qu'elle lavent les péchés et nous font entrer dans la faveur de Dieu, ils ne signifient pas que nos œuvres et actions charitables soient la cause originelle de notre acceptation par Dieu, ni que nos péchés soient lavés par leur dignité et leur mérite, ni que nous sommes purgés et nettoyés de toutes les taches de notre iniquité, car ce serait rabaisser Christ en effet et lui voler Sa gloire. Mais ils signifient ceci et c'est une mauvaise interprétation de leurs dires et d'autres semblables, que Dieu, dans Sa miséricorde et Sa faveur spéciale envers ceux qu'Il a désignés pour un Salut éternel, a offert Sa grâce de cette façon effective, et qu'ils l'ont reçue avec fruit, et que bien qu'à cause de leur manière de vivre extérieure ils paraissaient auparavant être des fils de la colère et de la perdition, le Saint-Esprit travaille maintenant puissamment en eux pour les faire obéir à la volonté de Dieu et à Ses Commandements, et ils manifestent par leur vie extérieure et leurs actes, en montrant de la miséricorde et de la charité, qui ne peut venir que de l'Esprit de Dieu et de Sa grâce spéciale, qu'ils sont indubitablement des enfants de Dieu, désignés pour la vie éternelle ; et ainsi, tout comme par leur méchanceté et leur manière extérieure de vivre impie ils se montraient selon le jugement des hommes (d'après l'apparence extérieure) être réprouvés et rejetés ; du fait de leur obéissance à la sainte volonté de Dieu et de leur miséricorde et de leur tendre pitié (où ils se montrent être de Dieu, qui est la source et la fontaine de toute miséricorde), ils manifestent maintenant ouvertement et clairement aux yeux des hommes qu'ils sont les enfants de Dieu et Ses élus, en vue du Salut.

Car comme le fruit n'est pas la cause de ce que l'arbre est bon, mais que l'arbre doit être bon pour produire de bons fruits, ainsi les œuvres bonnes d'un homme ne sont pas la cause de ce que l'homme est bon, mais il doit d'abord être bonifié par l'Esprit et la grâce de Dieu qui œuvre efficacement en lui, et ensuite [seulement] il produit de bons fruits. Et  comme de bons fruits attestent que l'arbre est bon, ainsi les œuvres bonnes et miséricordieuses de l'homme attestent et prouvent avec certitude la bonté de celui qui les fait, selon les dires de Christ : « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits ». Et si quelqu'un objecte que des hommes méchants et mauvais font parfois des actions qui apparaissent très pieuses et vertueuses, je répondrai que les pommes sauvages et les poires semblent parfois aussi rouges et moelleuses que de bons fruits, mais celui qui mord dedans pour y goûter jugera facilement entre l'amertume astringente des unes et la douce saveur des autres. Et ainsi du vrai Chrétien qui, par sincère reconnaissance pour la rédemption de son âme rachetée par la mort de Christ, montre son obéissance à Dieu par les aimables fruits de sa foi, tandis que l'autre marchande avec Dieu, fait tout pour son propre avantage, pensant gagner le ciel par les mérites de ses [bonnes] œuvres, et dégrade et obscurcit ainsi le prix du sang de Christ, qui seul opère notre rédemption.

La signification de ces affirmations des Écritures et d'autres textes saints : « Les aumônes effacent nos péchés », et « La miséricorde envers les pauvres efface nos offenses » est qu'en faisant ces choses selon la volonté de Dieu et notre devoir, nos péchés sont effectivement effacés, non par leurs mérites, mais par la grâce de Dieu qui opère tout en tous, et par la promesse que Dieu a faite à ceux qui obéissent à Son Commandement et qui sont dans la vérité soient justifiés en accomplissant la vérité selon Sa vraie promesse. Les aumônes effacent nos péchés, parce que Dieu accorde de nous réputer propres et purs, quand nous les faisons pour l'amour de Lui, et non parce qu'elles mériteraient notre rédemption, ou parce qu'elles auraient quelque vertu et force en soi.

Je sais que quelques-uns, trop attachés à progresser par leurs bonnes œuvres, ne seront pas satisfaits de cette réponse, et ce n'est pas étonnant, car aucune réponse ne peut suffire à les contenter. C'est pourquoi, laissons-les à leur propre interprétation délibérée, et portons notre attention sur les gens pieux et raisonnables qui, comme ils savent pertinemment que toute bonté, toute miséricorde, toute bénédiction, tout pardon des péchés, et tout ce qu'on pourrait citer de bon et profitable, soit pour le corps soit pour l'âme, cherchent uniquement la miséricorde de Dieu et simplement Sa faveur, et non pour eux-mêmes, bien qu'ils ne fassent jamais autant d'œuvres bonnes et excellentes [que les autres], ils ne s'enflent jamais d'une vaine confiance en elles. Et même s'ils écoutent et lisent dans la Parole de Dieu et ailleurs dans les œuvres d'hommes pieux que les aumônes, la miséricorde et la charité effacent le péché et l'iniquité, ils ne sont pas assez arrogants pour y attacher une telle confiance ou pour s'en vanter comme le fier Pharisien l'a fait, afin de ne pas se retrouver condamnés avec le Pharisien ; mais ils confessent plutôt avec le pauvre et humble publicain qu'ils sont de misérables pécheurs indignes de lever les yeux au ciel, appelant et suppliant miséricorde, afin d'être déclarés justifiés par Christ. Les gens pieux apprennent que quand les Écritures disent que nous sommes réconciliés avec Dieu par des œuvres bonnes et miséricordieuses, elles nous enseignent [aussi] ce que Christ nous obtient de Son Père par Son intercession et Sa médiation quand nous obéissons à Sa volonté ; oui, ils apprennent pour ainsi dire un argument réconfortant selon lequel Dieu, de par Son amour et Sa faveur singulière, nous l'attribue à nous et à nos œuvres qu'Il réalise en nous par Son Esprit et par la grâce qu'Il nous faite. Et nonobstant cela, ils crient avec St Paul : « Oh, que nous sommes misérables », et reconnaissent, comme Christ l'a enseigné, que « même s'ils avaient tout accompli, ils ne sont que des serviteurs inutiles », et avec le roi béni David, au sujet de justes jugements de Dieu, ils tremblent en disant : « Qui sera capable de demeurer [au ciel], Seigneur, si tu nous juges selon nos mérites ? ». Ils s'humilient ainsi et sont exaltés par Dieu ; ils se comptent comme vils et Dieu les compte propres et purs ; ils se croient indignes de la terre, alors que Dieu les estime dignes du ciel. Ainsi, de par la Parole de Dieu, ils sont enseignés dans la vérité à réfléchir droitement à propos des aumônes miséricordieuses et ils prennent part à la miséricorde spéciale et à la bonté de Dieu, avec les fruits que Sa Parole a promis.

Suivons donc leur exemple et manifestons dans notre vie les œuvres de miséricorde qui nous sont commandées en obéissant, et ayons une opinion et un jugement justes de ce qui nous est enseigné et, d'une certaine façon, comme eux, nous aurons part et ressentirons les fruits et les récompenses, qui sont la conséquence d'une pieuse manière de vivre. Nous aurons ainsi la preuve qu'une bénédiction et une aide nous arrivent quand nous donnons des aumônes et nous secourons les pauvres.

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{54} 3. Vous avez déjà entendu deux parties de ce traité sur les aumônes ; la première, sur le plaisir et l'agrément que Dieu en retire ; la seconde, sur l'avantage et le profit qu'il y a à s'y impliquer. Maintenant, dans cette troisième partie, j'ôterai les obstacles qui retiennent beaucoup d'en donner.

Il y en a beaucoup qui, quand ils entendent qu'une chose comme de donner des aumônes est particulièrement acceptable aux yeux de Dieu, et combien Dieu étend Sa faveur vers ceux qui sont miséricordieux, et quels fruits et avantages s'ensuivent, souhaitent très joyeusement en eux-mêmes obtenir aussi ces avantages et être comptés par Dieu comme ceux qu'Il aime et qu'Il bénit. Cependant, ces gens sont retenus par la cupidité et par la convoitise, au point de ne pas pouvoir donner un centime ou un quignon de pain, ne serait-ce que pour se montrer dignes des bénédictions de Dieu, et entrer ainsi dans Sa faveur. Car ils craignent et doutent toujours plus qu'en donnant souvent, même un petit peu à la fois, ils mangent leur bien et s'appauvrissent, et qu'à la longue ils ne soient plus capables de se subvenir à eux-mêmes et soient conduits à mendier et à vire des aumônes des autres. Et ils cherchent ainsi des excuses pour s’exclure de la faveur de Dieu et choisissent avec une convoitise gênée de s'appuyer sur le diable, plutôt que de venir à Christ par une miséricorde charitable ou de souffrir que Christ vienne à eux. Oh, si nous avions quelque médecin rusé et habile, capable de les purger de cette humeur pestilentielle qui infecte si douloureusement non seulement leur corps, mais aussi leur esprit, et qui, en corrompant ainsi leur âme, met leur corps et leur âme en danger d’aboutir en enfer !

Maintenant, afin qu'il ne se trouve pas de telles personnes parmi nous, bien-aimés, cherchons ce médecin avec diligence, lequel est Jésus-Christ, et travaillons sérieusement à ce qu'Il nous instruise par Sa miséricorde et nous donne un médicament instantané contre une si périlleuse maladie.

Écoutez donc, vous qui craignez de vous réduire à la mendicité en donnant aux pauvres. Ce que vous prélevez sur vos biens pour le donner à Christ ne peut jamais être un gaspillage. Vous pouvez ne pas me croire, mais si vous avez la foi et que vous êtes un vrai Chrétien, croyez le Saint-Esprit, faites confiance à l'autorité de la Parole de Dieu, qui nous l'enseigne. Car voici ce que le Saint-Esprit a dit par Salomon : « Celui qui donne aux pauvres ne sera jamais dans le besoin ». Les hommes supposent qu'en s'isolant pour économiser ils deviendront riches à la longue, et qu'en distribuant et en donnant, même pour un usage très pieux et nécessaire, ils seront conduits à la pauvreté. Mais le Saint-Esprit qui sait toute vérité, nous enseigne une leçon contraire à celle-ci. Il nous enseigne qu'il y a une sorte de dépense qui ne diminue jamais le capital, et une sorte d'épargne qui conduit son homme à l'extrême pauvreté. Car quand Il dit que celui qui est généreux en aumônes ne manquera jamais de rien, Il ajoute : « Mais celui qui détourne le regard des nécessiteux subira lui-même une grande pauvreté ». Quelle grande différence entre le jugement de l'homme et celui du Saint-Esprit !

Le saint Apôtre Paul, un homme rempli du Saint-Esprit, et connaissant même la volonté secrète de Dieu, enseigne que celui qui donne des aumônes généreusement n'en sera pas appauvri pour autant. « Celui qui fournit la semence au semeur », dit-il, « vous fournira aussi la nourriture ; oui, Il multipliera votre semence et augmentera les fruits de votre justice ». Non content de les avertir qu'ils ne manqueront de rien, il leur montre aussi ce que Dieu leur fournira. Et comme Il fournit la semence au semeur en la multipliant et en l'augmentant beaucoup, Il multipliera de même leurs biens et les augmentera, et ils seront dans une grande abondance.

Et afin que nous ne pension pas que ce ne sont que des mots et pas la vérité, nous en avons un exemple dans le 1er livre des Rois, qui confirme cela et le scelle comme une vérité très certaine. La pauvre veuve qui a accueilli le prophète Élie quand il était banni, alors qu'elle n'avait qu'une poignée de farine dans un plat et un peu d'huile dans une cruche, dont elle voulait faire un gâteau pour elle et son fils, et qu'après l'avoir mangé ils n'auraient plus qu'à mourir, parce qu'il y avait une grande famine et qu'on ne trouvait plus rien à manger ; elle en donna cependant une partie à Élie en privant son propre ventre affamé, et elle était si miséricordieuse pour le restaurer que Dieu l'a bénie et que ni la farine ni l'huile ne diminuèrent tout le temps que dura cette famine, mais le prophète Élie, elle et son fils s'en nourrirent et avaient à manger en suffisance.

Oh, considérez cet exemple, vous les incrédules et les personnes sans foi et cupides qui dis-créditent la Parole de Dieu et pensent que son pouvoir est minime ! Cette pauvre femme, à l'époque d'une longue et extrême sécheresse, n'avait qu'une poignée de farine et une petite cruche d'huile ; son fils unique était prêt à mourir de faim devant elle et elle-même aussi, et cependant quand le pauvre prophète arriva en demandant une portion, elle avait la miséricorde tant à cœur qu'elle oublia sa propre misère, et plutôt que de rater une occasion de donner une aumône et de faire une œuvre de justice, elle fut contente de mettre sa propre vie et celle de son fils en jeu. Et vous qui avez plein de nourriture et de boissons et de grandes réserves de vêtements mangés par les mites, oui, nombreux sont ceux qui parmi vous possèdent de grands amas d'or et d'argent, et celui [d'entre vous] qui en a le moins a plus qu'il ne [lui] suffit, et à notre époque, grâces soient rendues à Dieu, vous n'êtes oppressés par aucune grande famine, vos enfants sont bien habillés et bien nourris et aucun danger de mort par la faim n'est à craindre, on peut douter du péril d'une pénurie comme invraisemblable, au point de ne pouvoir partager une part de votre superflu pour aider et secourir les pauvres, les affamés, et ceux qui sont nus qui viennent mendier à votre porte. Cette pauvre et stupide veuve ne s'est jamais posé la question de la misère et du manque qu'elle allait elle-même subir ; elle n'a jamais douté de la promesse que Dieu lui a faite par le prophète, mais elle a tout de suite restauré le prophète de Dieu affamé, oui, faisant passer ses besoins [à lui] avant les siens propres. Mais, comme de misérables incroyants, avant de donner une miette, nous sommes pris par les doutes, la peur du danger de manquer de ce que nous donnerions aux pauvres, ou que nous en aurions nous-mêmes besoin plus tard, ou qu'il serait plus profitable de le donner à d'autres. De telle sorte qu'il n'est pas plus difficile d'arracher un gros clou d'un poteau, comme dit le proverbe, que de se détordre les doigts pour en laisser échapper un sou. Il n'y a ni crainte ni amour de Dieu devant vos yeux ; nous avons plus d'estime pour un centime que de désir pour le royaume de Dieu et de crainte de la salle des tortures du diable. Écoutez donc, vous misérables sans pitié, ce qui arrivera au terme de votre comportement sans miséricorde. Aussi certainement que Dieu a nourri cette pauvre veuve au temps de la famine en augmentant sa petite réserve de telle sorte qu'elle avait assez et ne ressentait pas la pénurie alors que d'autres mouraient, aussi certainement Dieu vous châtiera avec la pauvreté qui surgira sur vous, en pleine abondance. Alors, tandis que d'autres seront dans l'abondance et seront nourris à satiété, vous vous consumerez en gaspillant tout, vos réserves seront détruites, vos biens vous seront enlevés, et toute votre gloire et votre richesse périront, et ce dont vous vous seriez réjoui de profiter en paix et que vous auriez pu très pieusement donner à d'autres, vous le chercherez dans la tristesse et les soupirs et ne le trouverez nulle part. Car à cause de votre manque de miséricorde envers les autres, vous ne trouverez personne pour manifester de la miséricorde envers vous. Vous qui avez un cœur de pierre pour les autres, vous trouverez toutes les créatures de Dieu aussi dures envers vous que le cuivre et le fer.

Hélas, de quelle furie et de quelle folie notre esprit n'est-il pas possédé pour que sur un sujet aussi vrai et certain nous ne donnions pas créance à la vérité, qui témoigne de ce qui est très certain. Christ a dit que si nous recherchons d'abord le royaume de Dieu et faisons les œuvres de Sa justice, nous ne serons pas laissés sans rien ; toutes les autres choses nous seront données à foison. Non, disons-nous, je vais d'abord voir ce qu'il me faut pour vivre et m'assurer que j'ai assez pour moi et les miens, et si j'ai quelque chose de trop, je le donnerai pour obtenir la faveur de Dieu et j'aurai ainsi partagé avec les pauvres. Voyez, je vous prie, le jugement pervers des hommes. Nous avons plus de soin pour nourrir notre carcasse que de crainte de voir notre âme périr. Et comme Cyprien l'a dit : « Pendant que nous doutons de ne pas manquer de biens en étant trop généreux, nous mettons hors de doute que notre vie et notre santé courre un risque en n'étant pas généreux du tout. Pendant que nous veillons à ce que nos réserves ne baissent pas, nous ne nous soucions pas de nous rabaisser nous-mêmes. Nous aimons Mammon et nous perdons notre âme. Nous craignons la perte de notre patrimoine, mais nous ne craignons pas de nous perdre nous-mêmes ». Ainsi, nous aimons d'une manière perverse ce que nous devrions détester, et nous détestons ce que nous devrions aimer; nous sommes négligents pour ce dont nous devrions prendre soin et soigneux pour ce qui n'en a pas besoin.

Cette vaine peur de manquer si nous donnons aux pauvres ressemble beaucoup à la peur des enfants et des idiots, qui, quand ils voient un verre étinceler, imaginent aussitôt que c'est un éclair, alors qu'un verre qui brille n'a jamais été un éclair. Et même, quand nous imaginons qu'un homme devient pauvre en dépensant pour les pauvres, nous sommes plongés dans une vaine peur, car on n'a jamais entendu ni vu qu'un homme soit tombé dans la misère par ce moyen, et se serait retrouvé démuni et déconsidéré de Dieu. Non, nous lisons au contraire dans l'Écriture, comme je l'ai déjà montré, et cela peut être prouvé par d'infinis témoignages et exemples, que quiconque sert Dieu fidèlement et sans feinte, quelle que soit sa vocation, Dieu ne tolèrera pas qu'il tombe, et encore moins qu'il périsse. Le Saint-Esprit nous enseigne par Salomon, que « Le Seigneur ne tolèrera pas que l'âme des justes périsse par la faim ». Et pour cette raison David dit à tous ceux qui sont miséricordieux : « Oh, craignez le Seigneur, vous qui êtes Ses saints, car ceux qui Le craignent ne manquent de rien. Les lions manquent [de nourriture] et ont faim, mais ceux qui recherchent le Seigneur ne manqueront en aucune façon de ce qui est bon ». Quand Élie était dans le désert, Dieu l'a nourri par le ministère d'un corbeau qui lui apportait matin et soir des victuailles [en quantités] suffisantes. Quand Daniel était enfermé dans la fosse aux lions, Dieu lui préparait de la nourriture et la lui a envoyée là. Et ici s'accomplit la parole de David : « Les lions manquent [de nourriture] et ont faim, mais ceux qui recherchent le Seigneur ne manqueront d'aucune bonne chose ». Car pendant que les lions qui auraient dû se nourrir de sa chair rugissaient de faim et voulaient leur proie, ils n'avaient aucune force, bien qu'il fût là devant eux ; il était de la nourriture fraîche de Dieu, laquelle aurait dû remplir les lions de sa chair. Autant Dieu œuvre puissamment à préserver et garder ceux qu'Il aime, autant Il prend soin de nourrir ceux qui Le servent sans feinte, quelle que soit leur vocation ou état. Et allons-nous penser qu'Il nous montrerait de l'indifférence si nous obéissons à Sa Parole et que selon Sa volonté nous avons pitié des pauvres ? Il nous donne toute richesse avant [même] que nous Le servions, et Il nous laisserait manquer du nécessaire quand nous Le servons véritablement ? Un homme peut-il penser que celui qui a nourri Christ peut être oublié de Christ et laissé sans pain ? Ou Christ refusera-t-Il des biens terrestres à ceux à qui Il a promis des biens célestes pour L'avoir vraiment servi ?

Il n'est donc pas possible, chers frères, qu'en donnant des aumônes, nous puissions être dans le besoin, à aucun moment, ou que nous qui soulageons les autres dans leurs besoins nous soyons oppressés par la pénurie. C'est contraire à la Parole de Dieu, cela annule Sa promesse, c'est contre la nature et le caractère de Christ de le tolérer, c'est une conjecture rusée du diable pour nous en persuader. C'est pourquoi ne cessez pas de donner librement des aumônes et ayez confiance que la bonté de Dieu nous procurera pleinement et en suffisance [ce dont nous avons besoin], aussi longtemps que nous vivrons dans cette vie transitoire, et après avoir bien occupé nos jours ici-bas à Son service et à l'amour de nos frères, nous serons couronnés d'une éternelle gloire, pour régner avec Christ notre Sauveur, dans les cieux. À qui, avec le Père et le Saint-Esprit, soient tout honneur et toute gloire, éternellement. Amen.