Une voix plus forte que la mort

SERMON pour le 24ème Dimanche après la Trinité.

Traduction d'une méditation biblique originale du Très Révérend Jerry L. Ogles,

Docteur en Théologie et évêque métropolite de l'Anglican Orthodox Church.

ÉVANGILE : « Comme il leur disait ces choses, voici venir un Seigneur qui se prosterna devant lui, en lui disant : ma fille est déjà morte, mais viens, et pose ta main sur elle, et elle vivra. Et Jésus s'étant levé le suivit avec ses Disciples. Et voici, une femme travaillée d'une perte de sang depuis douze ans, vint par derrière, et toucha le bord de son vêtement. Car elle disait en elle-même : si seulement je touche son vêtement, je serai guérie. Et Jésus s'étant retourné, et la regardant, lui dit : aie bon courage, ma fille ! Ta foi t'a sauvée ; et dans ce moment la femme fut guérie. Or, quand Jésus fut arrivé à la maison de ce Seigneur, et qu'il eut vu les joueurs d'instruments, et une troupe de gens qui faisait un grand bruit, Il leur dit : retirez-vous, car la jeune fille n'est pas morte, mais elle dort ; et ils se moquaient de lui. Après donc qu'on eut fait sortir [toute cette] troupe, il entra, et prit la main de la jeune fille, et elle se leva. Et le bruit s'en répandit par tout ce pays-là » (Matthieu 9/18-26 & Marc 5/21-43 – Toutes les citations bibliques sont extraites de la version David Martin de 1744).

Nous n’avons peut-être pas prêté attention à la façon dont nous avons connu Dieu au moment de notre nouvelle naissance dans la famille royale du Ciel. La plupart d’entre nous croit probablement que, par nos propres dispositions méritoires, nous avons décidé de nous-mêmes de nous tourner vers Dieu et de Le recevoir comme notre Seigneur. Nous pouvons même imaginer que Dieu attendait anxieusement notre décision, en Le croyant impuissant à nous influencer. Est-ce que ceci correspond à notre lecture d’aujourd’hui ? Le texte parle de deux personnes qui sont venues à Christ poussées par un besoin urgent, et d’une autre qui ne savait ni Son nom, ni situer qui Il était. Aucun ne confessait Christ ni le suivait quand ils sont venus à Lui, étant dans un besoin urgent et immédiat. Voyez Jaïre, la femme hémorroïsse, et la petite fille de douze ans qui est morte pendant que son père demandait à Jésus de venir à son secours ; mais d’abord, examinons la Collecte d’aujourd’hui :

COLLECTE : « Nous te supplions, ô Seigneur, d’absoudre ton peuple de ses offenses, afin que, par ta grande bonté, nous soyons affranchis des liens de ces péchés que notre faiblesse nous a fait commettre. Accorde-nous cette grâce, ô Père céleste, pour l’amour de Jésus-Christ, notre bien-aimé Seigneur et Sauveur. Amen ».

D’après cette Collecte, fondée sur l’Écriture Sainte, qui est le seul à pardonner le péché, et qui prend l’initiative de l’œuvre de Salut dont notre âme a besoin ? Dieu seul pardonne le péché en nous mettant au bénéfice de la Rédemption obtenue par Son Fils unique engendré, Jésus-Christ. Et qui est le pécheur ? Chaque homme et chaque femme né sur cette terre. Tant que nous sommes encore dans notre péché, nous sommes spirituellement morts – et les morts ne savent rien du tout (Cf. Éphésiens 2/1-6 : « Et lorsque vous étiez morts en vos fautes et en vos péchés, Dans lesquels vous avez marché autrefois, suivant le train de ce monde, selon le Prince de la puissance de l'air, qui est l'esprit qui agit maintenant avec efficace dans les enfants rebelles [à Dieu]. Entre lesquels aussi nous avons tous conversé autrefois dans les convoitises de notre chair, accomplissant les désirs de la chair et de [nos] pensées ; et nous étions de [notre] nature des enfants de colère, comme les autres. (Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, par sa grande charité de laquelle il nous a aimés ;) Lors, dis-je, que nous étions morts en [nos] fautes, il nous a vivifiés ensemble avec Christ, par la grâce [duquel] vous êtes sauvés. Et il nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les [lieux] célestes en Jésus-Christ ». Nous étions incapables de nous en sortir par nous-mêmes. Mais quand Christ nous a appelés, nous qui étions morts, nous avons entendu Sa voix et nous n’avons pas pu nous retenir d’y répondre, juste comme Lazare sortit de son tombeau. Souvenez-vous que Matthieu ne connaissait nullement le Seigneur quand il était assis à son bureau des douanes ; cependant, quand Jésus l’a appelé en lui disant « Suis-moi », il a immédiatement quitté son comptoir pour suivre Christ « Puis Jésus passant plus avant, vit un homme, nommé Matthieu, assis au lieu du péage, et il lui dit : suis-moi ; et il se leva, et le suivit. » (Matthieu 9/9). La même chose est vraie des autres disciples. Nous faisons parfois trop de cas du manque de familiarité d’un nouveau converti avec la Bible, et nous jugeons que son appel est inférieur au nôtre. Mais s’il est appelé par Christ, c’est Lui qui lui enseignera toutes choses au sujet de Dieu.

ÉPÎTRE : « Mais maintenant que vous êtes affranchis du péché, et asservis à Dieu, vous avez votre fruit dans la sanctification ; et pour fin la vie éternelle. Car les gages du péché, c'est la mort ; mais le don de Dieu, c'est la vie éternelle par Jésus-Christ notre Seigneur. » (Romains 6/22-23). Le pécheur, il faut bien l’admettre, ne peut rien faire de bon aux yeux de Dieu. Mais quand le Saint-Esprit jette une ancre dans son cœur, il ne peut résister et vient suivre Christ. Le pécheur perdu paye déjà le salaire du péché car il est déjà mort spirituellement, en attendant le commandement de vivre venant du Seigneur Jésus-Christ.

Le passage de l’Ancien Testament de Malachie fait écho au texte de l’Évangile : « Alors ceux qui craignent l'Éternel ont parlé l'un à l’autre, et l'Éternel y a été attentif, et l'a ouï, et on a écrit un livre de mémoires, devant lui ; pour ceux qui craignent l'Éternel, et qui pensent à son Nom. Et ils seront miens, a dit l'Éternel des armées, lorsque je mettrai à part mes plus précieux joyaux, et je leur pardonnerai, ainsi que chacun pardonne à son fils qui le sert. Convertissez-vous donc, et vous verrez [la différence qu'il y a] entre le juste et le méchant ; entre celui qui sert Dieu et celui qui ne l'a point servi. Car voici, le jour vient ; ardent comme un four ; tous les orgueilleux, et tous les méchants seront [comme] du chaume, et ce jour qui vient, a dit l'Éternel des armées, les embrasera, et ne leur laissera ni racine, ni rameau. Mais pour vous qui craignez mon Nom, se lèvera le Soleil de justice, et la santé sera dans ses rayons ; vous sortirez, et vous acquerrez de l'embonpoint comme de jeunes bœufs que l'on engraisse. Et vous foulerez les méchants ; car ils seront [comme] de la cendre sous les plantes de vos pieds, au jour que je ferai mon œuvre, a dit l'Éternel des armées. » (Malachie 3/16-4/3).

Il est le même Seigneur qui a guéri l’hémorroïsse et ramené à la vie la fille de Jaïre. Il agit toujours comme « le Soleil de justice, et la santé sera dans ses rayons » ! Il guérit non seulement les infirmités du corps, mais aussi la désastreuse dépravation de l’âme.

SUR L’ÉVANGILE du jour : Le monde peut être divisé en deux groupes : l’immense foule de ceux qui ne croient pas, et le petit groupe de ceux qui croient et sont sauvés. Les incroyants ne font pas cas des miracles de Dieu. Ils se privent eux-mêmes de la grâce de Dieu par leur incroyance. Ceux qui croient agissent avec la Main de Dieu selon Sa volonté, même si elle dépasse la loi naturelle (Dieu est capable de le faire – il est le Créateur de la loi naturelle). Beaucoup de gens sont alors conformés à cette image de Dieu, qu’Il destine à ceux qui sont appelés, même s’ils ignorent tout de Lui.

Considérons d’abord, Jaïre l’homme de notre texte. Il était un homme de bien et un dirigeant de la synagogue locale. Il était loyal envers les scribes, les Pharisiens et les Prêtres du Temple. Il venait apparemment du côté de Capernaüm, au bord de la mer de Galilée. Il ressentait une grande crainte et un grand désespoir du fait que sa fille était gravement malade. Matthieu résume le fait en affirmant que la fille était déjà morte ; mais Marc 5 nous dit que la fille était gravement malade – proche de la mort. Les deux évangélistes ont tous deux raison, car la fille était bel et bien morte quand Christ est arrivé à son chevet. Personne ne peut comprendre la douleur et l’angoisse d’un père dont la fille est sur le point de mourir. Jaïre n’est pas allé vers les scribes et les Pharisiens, car il savait dans son cœur qu’ils ne pourraient rien faire pour sauver sa fille. Il était spirituellement au bout du rouleau. Si sa fille guérissait, ce ne pouvait être que par un miracle dépassant les capacités de tous les chefs religieux qu’il connaissait. Il avait entendu parle de Jésus. La maladie de sa fille lui donna le peu de foi nécessaire à rechercher l’aide de Jésus.

Un besoin urgent et important est souvent nécessaire pour conduire les hommes d’aujourd’hui à l’autel de la Miséricorde : Jésus-Christ ! Jaïre est un dirigeant de la synagogue. Naturellement, Jésus ne fait pas partie de son univers politique et religieux. Bien que Jaïre ait entendu parle de Christ, et semble avoir cru qu’Il faisait les œuvres de Dieu, il rechignait à couper les liens qui le liaient à la politique et à la pression de ses pairs et à venir ouvertement à Christ, tant que tout allait bien. Mais maintenant, la petite fille de Jaïre, malade, était en danger de mort. Un dilemme extraordinaire peut conduire à une foi extraordinaire – et tel était le cas de Jaïre. Quand la mort se présente à lui en la personne de la fille qu’il aimait par-dessus tout, Jaïre est forcé de puiser dans le tréfonds de son cœur le courage de faire ce qu’il faut. Il accourt vers le Seigneur, et accepte de paraître ridicule aux yeux des Pharisiens en le faisant.

Qu’est-ce que Jaïre a fait pour obtenir une bénédiction aussi étonnante que la guérison de sa fille ? Eh bien, tout d’abord, Jaïre est allé à la Source de la Vie, croyant qu’elle pourrait maintenir sa fille en vie. Tel est le premier pas de chaque pécheur : VENIR À CHRIST ! Cette Source de l’Eau de la Vie lui accordera la vie, non seulement dans ce monde, mais éternellement dans le monde à venir. Jaïre trouve donc le courage et la force de venir à Jésus.

Ensuite, Jaïre loue Christ. Marc 5/22 dit que Jaïre s’est jeté aux pieds de Jésus. Bien qu’il soit vrai que tout genou fléchira et que toute langue confessera Christ, la succession des événements est importante quand il est question de Salut. Notre plus grand besoin est d’être là au jour et à l’heure où notre louange à Christ aboutira en Salut – pas quand le rideau sera tombé et qu’il sera trop tard pour Le reconnaître comme Seigneur. Jaïre reconnaissait le pourvoir divin de Christ pour guérir. Ses pensées étaient fixées sur la petite fille à l’agonie, mais Jaïre reconnaissait aussi que ce pouvoir divin pouvait aller jusqu’à guérir l’âme de sa fille.

Troisièmement, Jaïre n’est pas seulement venu à la Source de la Vie, mais il a également exprimé sa foi en priant ! Comme la prière est importante dans la vie d’un saint ! La prière est le carburant qui fait tourner la machine : Sa prière ne comportait pas de doute, mais elle était une prière de la foi : « ma fille est déjà morte, mais viens, et pose ta main sur elle, et elle vivra ». Oui, Jaïre ne se doutait pas à quel point sa prière était empreinte de vérité ! Même si l’enfant était morte, elle pourrait vivre si seulement Jésus posait sa main sur elle ! Christ ne voit pas la mort comme nous la voyons. La mort n’est pas la fin de la vie, mais le vrai commencement de la Vie. Christ appelle la mort un SOMMEIL : « retirez-vous, car la jeune fille n'est pas morte, mais elle dort ».

Les mots vinrent à Jaïre alors qu’il était avec Jésus, et il dit qu’elle était morte. Mais même une petite mesure de foi opère beaucoup avec Christ. Il ne se contente pas de la guérir – Il la réveille du sommeil de la mort ! Et même, Christ n’a pas vaguement posé Sa main sur elle – au lieu de cela, il l’a prise par la main, et avec une voix qui parcourt les siècles et pénètre dans les oreilles de la mort elle-même, il dit « Talitha cumi ! ». Ce mot d’origine chaldéenne signifie « Jeune fille, lève-toi ! ». Que peut faire une personne, même morte, devant un tel ordre venant des portes du Ciel même ? Immédiatement, elle s’est réveillée en présence de Christ, et Il lui tenait la main ! Chaque croyant aura ce privilège, à l’instant de sa mort. En dépit du ridicule et des moqueries des incroyants, elle s’est levée et a marché ; on lui donna à manger sur l’ordre de Christ, car elle avait faim ! (Marc 5/42-43 : « Et d'abord la petite fille se leva, et marcha ; car elle était âgée de douze ans ; et ils en furent dans un grand étonnement. Et il leur commanda fort expressément que personne ne le sût ; puis il dit qu'on lui donnât à manger. »). Les morts n’ont jamais faim, mais ceux qui sont véritablement vivants ont faim du Pain de Vie !

Les miracles touchant le corps sont toujours accompagnés de miracles touchant le cœur. Pendant que Jésus s’en allait vers la chambre de la fille mourante de Jaïre, un autre miracle de foi prit forme dans le cœur d’une pauvre femme désespérée, prise d’une perte de sang qui durait depuis douze ans. La femme avait dépensé tout ce qu’elle avait pour vivre en médecins, qui n’ont rien pu faire pour l’aider, alors que son état empirait plutôt. Elle avait passé des heures, des jours, des mois et des années dans la solitude et la douleur, sachant pertinemment que sa maladie menait à la mort et à la tombe. Elle était dépourvue de moyens d’existence, ayant dépensé tous ses avoirs en prétendus médecins. C’est alors que ses oreilles ont eu la chance d’entendre parler de Jésus ! Entendre ne suffit pas toujours. Nous devons agir en entendant Jésus, et cette femme a entendu, a cru et cherché Christ, en espérant une réponse à ses souffrances corporelles et à la peine de son cœur.

En entendant un mouvement de foule dans la rue, elle est sortie de chez elle et a découvert que cet homme, Jésus, approchait au milieu d’une grande troupe d’hommes. Comment pourrait-elle L’approcher ? Et comment oserait-elle L’approcher, étant ‘impure’ avec son flux de sang, selon la Loi juive ? Je sais sa crainte, car j’y étais – et vous aussi, si vous croyez ! Nous étions tous cette femme, et nous étions Jaïre aussi ! Un jour, nous nous sommes levés de notre lit de douleur, comme cette femme, atteints de la lèpre du péché, et nous avons cherché un soulagement avec le Baume de Gilead. Comme Jaïre, en proie à la misère et au désespoir d’un amour qui s’éteint, nous sommes allés à la Source de la Vie et de l’Amour... Et Il a répondu !

Il y avait tant de monde que Jésus était pressé de toute part et que la femme désespérait de parvenir à Le toucher. Bien souvent, ce sont ceux qui sont le plus près du Seigneur qui masquent Sa présence et empêchent les autres de venir à Lui. Mais la foi de cette femme ne faillit point. Elle avait une foi fervente et persistante qui rejetait toute idée de défaite ! Elle n’osait pas troubler Sa dignité, tant elle révérait Sa Personne, et elle s’est donc résolue à effleurer simplement l’ourlet de son vêtement sans Le déranger, en ayant l’air de ne pas y toucher. Et elle le fit ! Aucune expression de foi, si infime soit-elle, n’est inconnue de notre Sauveur béni ! Il a senti la femme effleurer son vêtement depuis l’éternité passée, jusqu’au moment où elle l’a réalisé dans le temps et l’instant déterminés. « Qui a touché mon vêtement ? » (Marc 5/30). Cette question était pensée par notre Seigneur longtemps avant cette rencontre dans une rue poussiéreuse de Capernaüm. « Qui m’a touché ? » ; avez-vous déjà osé toucher Christ avec une prière du fond du cœur ?

Ami, avez-vous pleuré des larmes amères comme Jaïre pour vos jeunes engagés sur le chemin de la mort, comme tous les pécheurs ? Vous-êtes-vous levé de votre lit de péché pour chercher Christ, lui qui guérit et maintient en vie ? Si non, pourquoi pas ? Il passe dans votre rue en ce moment même ! Il est aujourd’hui en chemin pour aller chez vous afin de restaurer la vie d’un enfant de votre amour. Mais votre foi doit inciter au miracle de la vie ! Le plus grand miracle de Christ n’est pas de ramener quelqu’un temporairement à la vie, mais à la Vie éternelle.

Maintenant, il y avait une troisième petite âme impliquée dans ce récit, que nous avons déjà évoquée – la petite fille de Jaïre. Dans le sommeil de la mort, elle était impuissante et inconsciente, et son petit corps sans vie attendait la Voix de Christ pour se réveiller. L’enfant de la Syro-Phénicienne a entendu cette Voix juste à temps.

Nous voyons que des gens de toutes sortes de classes sont appelés par Christ. L’homme qui était un prédicateur du village, la femme hémorroïsse, et la petite fille sans vie de Jaïre, tous ont entendu le même appel et ont répondu à la Voix de notre Seigneur. Et vous ?