24-De l'Incarnation

II-12. De la Naissance du Christ

{55} Parmi toutes les créatures que Dieu a faites au commencement du monde, toutes étaient mer-veilleuses et très excellentes selon leur espèce, mais l'Écriture témoigne qu'aucune n'était comparable à l'homme, presque sur aucun point, car aussi bien en son corps qu'en son âme, il surpassait toutes les autres, comme le soleil surpasse en brillance et en lumière toutes les petites étoiles du firmament. Il fut créé selon l'image et à la similitude de Dieu ; il fut comblé de toutes sortes de dons célestes, il n'avait en lui aucune tache de saleté, il était sain et parfait en tous ses éléments, aussi bien intérieurement qu'extérieurement ; sa raison était saine ; son intelligence était pure et bonne ; sa volonté était pieuse et soumise, il a été entièrement fait comme Dieu en droiture, en sainteté, en sagesse, en vérité, bref, en toute sorte de perfection. Quand il fut ainsi créé, Dieu Tout-Puissant, en gage de Son grand amour pour lui, a choisi pour lui un lieu spécial sur la terre, à savoir le paradis, où il vivait en toute tranquillité et agréablement, disposant d'une grande abondance de biens terrestres et ne manquant de rien de ce dont il pourrait avoir besoin ou désirer avoir. Car comme il est dit : « Dieu l'a fait seigneur et gouverneur de toutes les œuvres de Ses mains, afin qu'il ait à ses pieds touts les moutons et les bœufs, toutes les bêtes des champs, tous les oiseaux du ciel, tous les poissons de la mer », et en use toujours selon son bon plaisir, selon ses besoins. N'est-ce pas une image de la perfection ? N'était-ce pas un état totalement béni et parfait ? Pouvait-on y ajouter quoi que ce soit de bon ? Pouvait-on désirer une plus grande félicité dans ce monde ?

Mais comme en temps de prospérité et de richesse, la nature commune à tous les hommes est d'oublier non seulement eux-mêmes mais Dieu aussi, tel fut Adam qui n'ayant reçu de Dieu qu'un seul Commandement, à savoir de ne pas manger du fruit de la connaissance du bien et du mal, l'a cependant et très sottement, ou plutôt très délibérément enfreint, oubliant la stricte obligation de son Créateur et prêtant l'oreille à la suggestion rusée de ce méchant serpent, le diable. Et il arriva de ce fait qu'autant il a été béni jusque-là, autant il était maintenant maudit ; autant il était aimé, autant il était maintenant détesté ; autant il était beau et valeureux, autant il était maintenant misérable et vil aux yeux de son Seigneur et Créateur. Au lieu de l'image de Dieu, il était maintenant devenu l'esclave de l'enfer, n'ayant plus rien en lui-même de son ancienne netteté et pureté, mais étant tout ensemble taché et souillé, tant et si bien qu'il semblait maintenant n'être rien d'autre qu'une montagne de péché, et c'est pourquoi Dieu, par un juste jugement, l'a condamné à la mort éternelle.

Cette grande et misérable peine, si elle n'avait atteint qu'Adam qui l'a encourue le premier, aurait été plus facile à supporter. Mais elle est retombée non seulement sur lui, mais aussi sur ses enfants et sur sa postérité pour toujours, de telle sorte que tous ceux qui sont engendrés de sa chair subissent la même chute et la même punition que leur [premier] ancêtre a très justement méritée par son offense. St Paul dit dans le chapitre 5 de l'épître aux Romains : « Par la faute du seul Adam, la faute est venue sur tous les hommes pour leur condamnation, et par la désobéissance d'un seul homme beaucoup ont été rendus pécheurs ». Par ces mots, nous apprenons que comme en Adam tous les hommes ont universellement péché, de même en Adam tous les hommes ont reçu la sanction du péché, c'est à dire qu'ils sont devenus mortels et sujets à la mort, n'ayant en eux-mêmes rien d'autre qu'une éternelle damnation du corps et de l'âme. « Ils sont devenus », comme David l'a dit, « corrompus et abominables ; ils ont tous dévié du chemin ; il n'y en avait aucun qui fît le bien, non, pas un seul ». Oh à quelle condition triste et misérable le péché d'un seul homme a-t-il condamné tous les hommes : à la destruction, rien ne subsistant dans monde que les douleurs de la mort et les peines de l'enfer ! Faut-il s'étonner que l'humanité ait été entièrement amenée au désespoir, étant ainsi tombée de la vie dans la mort, du Salut à la destruction, du ciel en enfer ?

Mais voyez la grande bonté et la tendre miséricorde de Dieu à ce sujet. Bien que la méchanceté et le comportement peccamineux de l'homme étaient tels qu'il ne méritait en aucune façon d'être pardonné, cependant, dans l'intention qu'il ne soit pas complètement privé de tout espoir et réconfort dans les temps à venir, Dieu a établi une nouvelle alliance assortie d'une sûre promesse, à savoir qu'Il enverrait un Messie ou médiateur dans le monde, qui intercéderait et se placerait comme intermédiaire entre les deux parties, pour apaiser la colère et l'indignation conçues contre le péché et pour délivrer l'homme de la misérable malédiction et de la maudite misère dans lesquelles il était tombé la tête la première en désobéissant à la volonté et au Commandement de son seul Seigneur et Créateur. Cette alliance et cette promesse ont d'abord été faites à Adam lui-même, immédiatement après sa chute, comme nous le lisons dans le chapitre 3 de la Genèse où Dieu parle ainsi au serpent : « Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta semence et sa semence [qui] te brisera la tête et tu lui feras un bleu au talon ». Après quoi la même alliance fut plus amplement et complètement renouvelée à Abraham, Dieu lui promettant que « dans sa semence toutes les nations et familles de la terre seraient bénies ». De nouveau, elle fut prorogée et confirmée à Isaac dans les mêmes termes qu'à son père avant lui. Et, dans l'intention que toute l'humanité ne désespère pas mais qu'elle vive toujours dans l'espérance, Dieu Tout-Puissant ne cesse pas de publier, répéter, confirmer et prolonger cette alliance par maints et divers témoignages de Ses prophètes, pour mieux persuader de la chose prophétisée : l'époque, le lieu, la manière et les circonstances de Sa naissance, les afflictions de Sa vie, le genre de Sa mort, la gloire de Sa résurrection, la réception de Sa royauté, la délivrance de Son peuple avec toutes les circonstances qui s'y rattachent. Ésaïe a prophétisé qu'Il naîtrait d'une vierge et serait appelé Emmanuel. Michée a prophétisé qu'Il naîtrait à Bethlehem, une ville Juive. Ézéchiel a prophétisé qu'Il viendrait dans le lignage de David. Daniel a prophétisé que toutes les nations et toutes les langues le serviront. Zacharie a prophétisé qu'Il viendrait dans la pauvreté, chevauchant un âne. Malachie a prophétisé qu'Il enverrait Élie avant Lui, lequel était Jean-Baptiste. Jérémie a prophétisé qu'Il serait vendu pour 30 pièces d'argent, etc. Et tout cela fut fait afin que la promesse et l'alliance de Dieu avec Abraham et sa postérité concernant la rédemption du monde soit accréditée et entièrement crue.

Maintenant, comme l'Apôtre Paul l'a dit, « quand la plénitude des temps fut venue », c'est à dire, la perfection du cours des ans désignés depuis le commencement, alors Dieu, selon Son alliance et Sa promesse ancienne, a envoyé dans le monde un Messie, aussi appelé un médiateur, non comme était Moïse, mais tel qu'Il pouvait délivrer l'humanité de l'amère malédiction de la Loi et accomplir par Sa mort une satisfaction complète pour les péchés de tous les peuples ; à savoir, « Il a envoyé Son cher Fils unique engendré Jésus-Christ », comme le dit l'Apôtre, « [né] d'une femme et placé sous la Loi, afin qu'Il puisse racheter ceux qui étaient sous les liens de la Loi, et en faire les enfants de Dieu par adoption ». Ceci n'était-il pas un grand et merveilleux amour envers nous qui étions Ses ennemis déclarés ? Envers nous qui étions « par nature les enfants de la colère » et des brandons du feu de l'enfer ? « En ceci », dit St Jean, « apparaît le grand amour de Dieu : qu'Il a envoyé Son Fils unique engendré dans le monde pour nous sauver » quand nous étions Ses pires ennemis. « Là est l'amour, non en ce que nous L'avons aimé mais en ce qu'Il nous a aimés et nous a envoyé Son Fils pour qu'Il soit une réconciliation pour nos péchés ». St Paul aussi a dit : « Christ, quand nous étions encore sans force, est mort pour nous qui étions impies. Nul doute qu'il est rare qu'un homme meure pour un homme juste. Il arrive parfois que quelqu'un meure pour quelqu’un qui lui a fait du bien. Mais Dieu a manifesté Son amour envers nous en ce qu'Il a envoyé Christ pour mourir pour nous alors que nous étions cependant dénués de toute bonté ». L'Apôtre se sert de cette comparaison et d'autres pour amplifier et mettre en avant la tendre miséricorde et la grande bonté de Dieu, déclarée envers l'humanité, en envoyant du ciel un Sauveur, et même Christ le Seigneur. Et cette bénédiction est si grande et merveilleuse entre toutes qu'aucune langue ne peut bien l'exprimer, ni aucun cœur la concevoir, et qu'il est impossible de remercier Dieu assez pour cela.

Mais il y a une grande controverse entre nous et les Juifs au sujet de ce même Jésus né de la vierge Marie, s'Il est le vrai Messie et le vrai Sauveur du monde, promis et prophétisé si longtemps auparavant. Eux, étant des orgueilleux et des nuques raides comme ils l'ont toujours été, n'ont jamais voulu Le reconnaître jusqu'à ce jour, mais ils en cherchent un autre ailleurs, à venir. Ils ont cette imagination ancrée dans leur tête que le Messie viendra, non comme Christ l'a fait, comme un pauvre pèlerin et une âme simple, chevauchant un âne, mais comme un roi puissant, en grand honneur royal ; non comme Christ l'a fait, avec quelques pêcheurs et des gens de peu d'estime dans le monde, mais avec une grande armée d'hommes forts, menant grand train avec des hommes nobles et sages, tels des chevaliers, des seigneurs, des comtes, des ducs, des princes et ainsi de suite. Ils ne pensent pas non plus que leur Messie subira une mort scandaleuse, comme Christ, mais qu'il vaincra vigoureusement et soumettra virilement tous ses ennemis et obtiendra finalement un royaume sur terre tel qu'il n'en a jamais été vu depuis le commencement. Pendant qu'ils imaginent dans leurs propres cervelles un Messie de ce genre, ils se trompent eux-mêmes et comptent Christ comme une abjection et un idiot mondial. C'est pourquoi « Christ crucifié », comme le dit St Paul, « est pour les Juifs une pierre d'achoppement et une idiotie pour les Gentils », parce qu'ils pensent qu'il est absurde qu'un rédempteur et Sauveur du monde entier soit traité comme il l'a été, à savoir méprisé, insulté, flagellé, condamné et pendu, à la fin de tout. Ceci, dis-je, semblait étrange à leurs yeux et très absurde, et pour cette raison ils n'ont jamais voulu, ni plus ni moins que maintenant, reconnaître Christ comme leur Messie et Sauveur. Mais, bien-aimés, nous qui espérons et cherchons à être sauvés, nous devons croire fermement et confesser avec audace que le même Jésus, né le la vierge Marie, était le vrai Messie et médiateur entre Dieu et l'homme, promis et prophétisé si longtemps en avance. Car l'Apôtre a écrit : « Avec le cœur l'homme croit, et avec la bouche une confession est faite à Salut ». Et encore, au même endroit, « Quiconque croit en Lui ne sera jamais confondu et n'aura pas honte ». Le témoignage de St Jean, écrit au chapitre 4 de sa première épître générale, s'accorde avec cela de cette manière : « Quiconque confesse que Jésus est le Fils de Dieu, demeure en Dieu et Dieu en lui ».

Il n'y a aucun doute que tous les Chrétiens soient pleinement et parfaitement persuadés sur ce point. Cependant, ce ne sera pas un travail inutile que de vous instruire et de vous munir de quelques passages concernant ce sujet, afin que vous soyez rendus capables de fermer les bouches de blasphème de tous ceux qui de façon très Juive, ou plutôt démoniaque, se répandent en tout temps et en tous lieux pour enseigner ou soutenir le contraire. Premièrement, vous avez le témoignage de l'Ange Gabriel devant Zacharie le grand prêtre et la vierge bénie aussi. Deuxièmement, vous avez le témoignage de Jean-Baptiste, désignant Christ et disant : « Voyez l'Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde ». Troisièmement, vous avez le témoignage de Dieu le Père qui a tonné du ciel en disant : « Voici Mon cher Fils bien-aimé qui fait tout Mon plaisir ; écoutez-Le ». Quatrièmement, vous avez le témoignage du Saint-Esprit qui est descendu du ciel à la manière d'une blanche colombe et S'est posé sur Lui au moment de Son baptême. On peut encore en ajouter beaucoup d'autres à ceux-ci, à savoir le témoignage de Siméon et d'Anne, les témoignages d'André et Philippe, Nathanaël et Pierre, Nicodème et Marthe, avec divers autres ; mais il serait trop long de les citer tous et quelques passages suffisent pour un sujet aussi clair, spécialement à ceux qui sont déjà persuadés. C'est pourquoi, si les petits soldats de l'Antichrist et les instruments rusés du diable tentent de vous faire renoncer à ce vrai Messie, et de vous persuader d'en chercher un autre qui ne serait pas encore venu, ne les laissez en aucun cas vous séduire, mais assurez-vous avec ces témoignages et d'autres des Saintes Écritures, qui sont si sûrs et certains que tous les démons de l'enfer ne seront jamais capables d'y résister. Car aussi vrai que Dieu vit, Jésus-Christ est le vrai Messie Sauveur du monde, ce même Jésus qui est né de la vierge Marie sans aide humaine, uniquement par l'opération et la puissance du Saint-Esprit.

Au sujet de Sa nature et de Sa substance, et parce que maintes hérésies diverses sont apparues de nos jours de par la suggestion et l'agitation de Satan, il sera nécessaire et profitable à votre instruction de dire un mot ou deux sur ce point aussi. L'Écriture nous enseigne de manière évidente que Christ notre Seigneur et Sauveur consiste en deux natures différentes : Son humanité pour ce qui est de Sa chair extérieure, et donc un homme parfait ; et parfaitement Dieu pour ce qui est de Son esprit intérieur et de Sa divinité. Il est écrit : « La Parole », c'est à dire la seconde personne de la Trinité, « devint chair ». « Dieu, en envoyant Son Fils unique dans la similitude d'une chair de péché, a accompli tout ce que la Loi ne pouvait pas [faire] ». « Christ étant en forme de Dieu, a pris sur Lui la forme d'un serviteur et a été fait comme un homme, étant trouvé en forme d'homme ». « Dieu s'est manifesté dans la chair, a justifié en esprit, a été vu par les Anges, a prêché aux Gentils, a été cru dans le monde et a été reçu dans la gloire ». Et dans un autre passage : « Il y a un Dieu et un médiateur entre Dieu et l'homme, Jésus-Christ homme ». Ces passages sont clairs, ils affirment et prouvent les deux natures unies et imbriquées ensemble dans un seul Christ. Considérons attentivement et soupesons les œuvres qu'Il a faites pendant qu'Il vivait sur terre, et nous percevrons également par là que tout cela est très vrai. En ce qu'Il a eu faim et soif, mangé et bu, a dormi et S'est réveillé ; en ce qu'Il a prêché Son Évangile au peuple ; en ce qu'Il a pleuré et S'est attristé pour Jérusalem ; en ce qu'Il a payé l'impôt pour Pierre et Lui-même ; en ce qu'Il est mort d'une mort subie ; qu'a-t-Il déclaré d'autre que ceci: qu'Il était parfaitement homme comme nous le sommes ? Et pour cette raison Il est appelé dans l'Écriture Sainte tantôt le fils de David, tantôt le Fils de l'homme, tantôt le fils de Marie, tantôt le fils de Joseph et ainsi de suite. Maintenant, en ce qu'Il a pardonné les péchés, opéré des miracles, chassé les démons, guéri des hommes par Sa seule Parole, en ce qu'Il connaissait les pensées des cœurs des hommes, commandait à la mer, marchait sur l'eau, en ce qu'Il est ressuscité des morts, en ce qu'Il est monté au ciel et ainsi de suite, qu'a-t-Il montré d'autre par là sinon qu'Il était parfaitement Dieu, l'égal de Son Père pour ce qui est de Sa divinité ? C'est pour cette raison qu'Il a dit « Le Père et Moi sommes tout un », ce qui doit être compris de Sa divinité, car en ce qui concerne Son humanité, Il a dit : « Le Père est plus grand que Moi ».

Où sont-ils maintenant, ces Marcionites qui nient que Christ soit né dans la chair ou qu'Il ait été parfaitement homme ? Où sont-ils maintenant, ces Ariens qui nient que Christ ait été parfaitement Dieu, ou de substance égale au Père ? S'il s'en trouvait, vous pourriez facilement leur répliquer avec ces témoignages de la Parole de Dieu et d'autres semblables, auxquels je suis très sûr qu'ils ne seront jamais capables de répondre. Car la nécessité de notre Salut exige un tel médiateur et Sauveur : une seule personne partageant les deux natures. Il fallait qu'Il soit un homme, il fallait aussi qu'Il soit Dieu. Car comme la transgression est venue par un homme, il convenait que la satisfaction soit faite par un homme. Et parce que la mort, selon St Paul, est la juste sanction et la récompense du péché, il était donc expédient pour apaiser la colère de Dieu et pour satisfaire Sa justice, que notre médiateur soit tel qu'Il puisse prendre sur Lui les péchés de l'humanité et en subisse la punition qui était due, à savoir la mort. De plus, Il est venu dans la chair et dans la même chair Il est monté au ciel pour affirmer et nous attester que tous les fidèles qui croient fermement en Lui iront de même dans la même demeure où Lui, étant notre chef universel, est allé avant [nous]. En dernier lieu, Il est devenu homme afin que nous puissions en recevoir un plus grand réconfort, aussi bien dans nos prières que dans l'adversité, considérant en nous-mêmes que nous avons un médiateur qui est un vrai homme comme nous, qui aussi « est touché par nos infirmités et a été tenté comme nous ». Pour ces raisons et de nombreuses autres, il était très nécessaire qu'Il soit venu comme Il l'a fait, dans la chair. Mais parce qu'aucune créature, en tant que créature, n'a ni ne peut avoir le pouvoir de détruire la mort et de redonner vie, de vaincre l'enfer et d'acquérir le ciel, de remettre les péchés et de rendre juste, il était donc nécessaire que notre Messie, dont c'était le propre devoir et l'office, ne soit pas seulement pleinement et parfaitement homme, mais aussi pleinement et parfaitement Dieu, dans le but qu'Il puisse plus pleinement et plus parfaitement opérer la satisfaction pour le genre humain. Dieu a dit : « Voici Mon Fils-Bien-aimé, en qui Je Me complais ». Par ce passage, nous apprenons que Christ a apaisé et éteint la colère de Son Père, non pas en tant que Fils de l'homme seulement, mais bien plus en ce qu'Il était le Fils de Dieu.

Nous avons ainsi déclaré à partir des Écritures que Jésus-Christ est le vrai Messie et Sauveur du monde, qu'Il est par nature et en substance parfaitement Dieu et parfaitement homme, et pour quelles raisons il fallait qu'Il le soit.

Maintenant, afin d'être d'autant plus conscients et reconnaissants à Dieu pour cela, considérons brièvement et rappelons à notre mémoire les multiples et grands profits que nous avons reçus de par la nativité et la naissance de notre Messie et Sauveur. Avant la venue de Christ dans le monde, tous les hommes n'étaient universellement qu'une génération méchante et corrompue, des arbres pourris et corrompus, un terrain caillouteux, plein de ronces et d'orties, des brebis perdues, des fils prodigues, des serviteurs méchants et inutiles, des régisseurs malhonnêtes, ouvriers d'iniquité, une engeance de vipères, des guides aveugles, assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort, bref, rien d'autre que des enfants de perdition et des héritiers du feu de l'enfer. St Paul porte témoignage de ceci en divers passages de ses épîtres, et Christ Lui-même aussi, en maints passages de Son Évangile. Mais après être descendu du ciel et avoir pris notre fragile nature sur Lui, Il a fait de tous ceux qui Le reçoivent vraiment et croient Sa Parole de bons arbres et de bons terrains, des branches fécondes et agréables [à regarder], des enfants de lumière, citoyens des cieux, des brebis de Son enclos, des membres de Son corps, des héritiers de Son royaume, Ses vrais amis et frères, des pains vivants et doux, les élus et le peuple choisi de Dieu. Car comme St Pierre l'a dit dans sa 1ère épître, au chapitre 2nd : « Il a porté nos péchés en Son corps sur la croix ; Il nous a guéris et nous a rétablis par Ses souffrances, et tandis que nous étions auparavant des brebis égarées, Lui, par Sa venue, nous a ramenés à la maison, chez le vrai berger et évêque [protecteur] de nos âmes » ; faisant de nous « une génération choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple spécial » de Dieu en ce que « Il est mort pour nos offenses et ressuscité pour notre justification ». Et St Paul à Tite, au chapitre 3 : « Nous étions », dit-il, « dans les temps passés, imprudents, désobéissants, trompés, au service de la luxure et des plaisirs, vivant dans la haine, l'envie, la malice (et ainsi de suite). Mais après que l'aimante bonté de Dieu notre Sauveur envers l'humanité est apparue, non selon notre [propre] justice mais selon Sa grande miséricorde, Il nous a sauvés par la fontaine de la nouvelle naissance et par le renouvellement du Saint-Esprit qu'Il a déversé abondamment sur nous, par Jésus-Christ notre Sauveur, afin qu'étant une fois justifiés par Sa grâce, nous soyons héritiers de la vie éternelle, en espérance » et par la foi en Son sang. Dans ces passages et d'autres, l'abondante grâce de Dieu, reçue en Jésus-Christ, est dévoilée sous nos yeux comme si elle était dans un verre, et elle est d'autant plus merveilleuse qu'elle n'est pas venue d'un de nos déserts mais de Sa simple et tendre miséricorde, alors que nous étions Ses pires ennemis.

Mais pour mieux comprendre et considérer cela, voyons le but de Sa venue, afin de percevoir quels grands avantages et profits Sa nativité nous a apportés, à nous misérables créatures pécheresses. Le but de Sa venue était de sauver et délivrer Son peuple, d'accomplir la Loi pour nous, et de porter témoignage à la vérité, d'enseigner et de prêcher les Paroles de Son Père, de donner la lumière au monde, d'appeler les pécheurs à la repentance, de soulager ceux qui travaillent et sont lourdement chargés, de jeter dehors le prince de ce monde, de nous réconcilier dans Son corps de chair, de dissoudre les œuvres du diable, et enfin de devenir une propitiation pour nos péchés, et pas seulement pour les nôtres, mais aussi pour les péchés du monde entier. Tels étaient les principaux buts pour lesquels Christ s'est fait homme, non pour un quelconque avantage ou bénéfice qu'il aurait pu en retirer, mais seulement par amour pour nous, afin que nous comprenions la volonté de Dieu, que nous ayons part à Sa lumière céleste, que nous soyons arrachés aux griffes du diable, libérés du fardeau du péché, justifiés par la foi en Son sang et finalement élevés dans la gloire éternelle, pour régner toujours avec Lui. N'est-ce pas un singulier et grand amour de Christ envers l'humanité, qu'étant l'image exacte et vivante de Dieu, Il Se soit nonobstant humilié lui-même et qu'Il ait pris la forme d'un serviteur, et cela uniquement pour nous racheter ? Oh, comme nous sommes tenus par la bonté de Dieu, en Son Nom ! Quels remerciements et louanges ne Lui devons-nous pas pour notre Salut, l'œuvre de Son cher Fils unique Christ, qui est devenu un pèlerin sur la terre pour faire de nous des citoyens des cieux ; Lui qui est devenu le Fils de l'homme pour faire de nous des fils de Dieu ; Lui qui s'est fait obéissant à la Loi, pour nous délivrer de la malédiction de la Loi ; Lui qui est devenu pauvre pour nous rendre riches ; vil pour nous rendre précieux ; mortel pour que nous vivions éternellement. Quel plus grand amour pouvons-nous désirer ou souhaiter obtenir des mains de Dieu, nous stupides créatures ?

C'est pourquoi, bien-aimés, n'oublions pas cet amour excessif de notre Seigneur et Sauveur, ne nous montrons pas indifférents ni ingrats envers Lui, mais aimons-Le, craignons-Le, obéissons-Lui et servons-Le. Confessons-Le de notre bouche, louons-Le de notre langue, croyons-Le de tout notre cœur et glorifions-Le par toutes nos œuvres. Christ est la lumière, accueillons cette lumière. Christ est la vérité, adhérons à cette vérité. Christ est le chemin, suivons ce chemin. Et parce qu'Il est notre seul Maître, notre seul professeur, notre seul berger et chef suprême, devenons donc Ses serviteurs, Ses élèves, Ses brebis et Ses soldats. Quant au péché, à la chair, au monde et au diable, dont nous étions les serviteurs et les esclaves avant la venue de Christ, rejetons-les totalement et défions-nous d'eux en tant qu'ils sont les suprêmes et seuls ennemis de notre âme. Et, voyant que nous sommes délivrés par Christ de leur cruelle tyrannie, ne retombons jamais dans leurs mains, afin de ne pas nous retrouver dans un état peut-être pire qu'avant. « Heureux », dit l'Écriture, « ceux qui persévèrent jusqu'à la fin ». « Soyez fidèles », dit Dieu, « jusqu'à la mort et Je vous donnerai une couronne de vie ». Il dit encore dans un autre passage : « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas apte au royaume de Dieu ». Pour toutes ces raisons, soyons forts, « fermes et inébranlables, toujours abondants en œuvres du Seigneur ». Recevons Christ, non pour un moment, mais pour toujours ; croyons Sa Parole, non pour un moment, mais pour toujours ; devenons Ses serviteurs, non pour un moment, mais pour toujours ; en considération de ce qu'Il nous a rachetés et sauvés, non pour un moment, mais pour toujours ; et Il nous recevra dans son royaume céleste, pour y régner avec Lui, non pour un moment, mais pour toujours. À Lui donc, avec le Père et le Saint-Esprit, soient tout honneur, louange et gloire, pour les siècles des siècles. Amen.

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