27-De la Communion

II-15. De la digne participation au Sacrement du Corps et du Sang de Jésus-Christ

{59} 1. Le grand amour de Christ notre Sauveur envers l'humanité, chers Chrétiens, n'apparaît pas seulement dans le profitable rachat de notre rédemption et de notre Salut par Sa mort et Sa passion, mais aussi en ce qu'Il a si aimablement accompli cette opération très miséricordieuse qui doit être gardée continuellement en mémoire, pour qu’elle prenne quelque place en nous et que nous ne soyons pas frustrés de Son but et de Son propos. Car comme des parents tendres ne se contentent pas de procurer à leurs enfants des biens de prix et la subsistance, mais veillent à ce qu'ils soient conservés et utilisables, de même notre Seigneur et Sauveur a pensé qu'il ne suffisait pas de racheter pour nous la faveur de Son Père (qui est la profonde source de toute bonté) et la vie éternelle, mais Il a également inventé les sages dispositions grâce auxquelles nous nous en souviendrons, pour notre commodité et notre profit. Parmi ces dispositions, il y a la célébration publique de la mémoire de Sa précieuse mort, à la table du Seigneur, qui, bien qu'elle semble peu de chose à certains, et si elle est faite droitement par les fidèles, ne vient pas seulement en aide à leur faiblesse, eux qui du fait de leur nature empoisonnée seraient plutôt prêts à se souvenir des injures que des bénédictions, mais renforce et console leur homme intérieur avec la paix et la joie, et les rend reconnaissants à leur rédempteur, appliqués et soigneux dans leurs pieuses conversations. Et comme Dieu a décrété depuis longtemps que Ses merveilleuses interventions lors de la délivrance de Son peuple devaient être gardées en mémoire en mangeant la Pâque avec ses rites et cérémonies, de même notre Sauveur aimant a ordonné et établi le souvenir de Sa grande miséricorde, exprimée dans Sa passion et l'institution de Son repas céleste ; où nous devons tous être des invités et pas des observateurs, des consommateurs et pas des curieux, nous nourrissant et ne payant pas quelqu'un à se nourrir à notre place, afin que nous puissions vivre de notre propre nourriture et ne pas périr de faim pendant que d'autres dévorent tout. Son commandement nous y force, disant : « Faites cela ; buvez-en tous ». Sa promesse nous y incite : « Ceci est Mon corps qui est livré pour vous, ceci est Mon sang qui est répandu pour vous ».

Nous devons alors nécessairement prendre part à cette table et ne pas [seulement] regarder les autres ; nous devons ainsi nous obliger à la fréquenter de due manière et avec révérence, afin que la nourriture physique fournie pour le corps, étant mal employée, ne nous fasse pas plus de mal que de bien, de sorte que cette réconfortante médecine de l'âme, si elle est reçue de façon indécente, ne tende pas à notre plus grande douleur et tristesse. Comme St Paul l'a dit : « Celui qui mange et boit indignement mange et boit sa propre damnation ». C'est pourquoi, afin que cela ne soit pas dit de nous, comme cela a été dit à un invité à ce grand dîner : « Ami, pourquoi es-tu venu sans habit de noce ? » et que nous tirions un bon profit du conseil de St Paul : « Que [chaque] homme s'éprouve et mange ainsi de ce pain et boive de cette coupe », nous devons savoir avec certitude que trois choses sont requises de celui qui veut participer de cette façon à la table du Seigneur, comme il convient à de si grands mystères ; c'est à dire, [premièrement] une évaluation et une compréhension juste et digne de ce mystère ; deuxièmement, s'approcher avec une foi assurée ; et troisièmement, avoir une vie nouvelle ou purifiée, pour le recevoir [dignement].

Mais avant tout, nous devons êtres spécialement sûrs d'une chose : que cette Sainte Cène soit administrée de la même manière que notre Seigneur et Sauveur l'a faite et nous a com-mandé de la faire, comme Ses saints Apôtres l'ont employée et comme les bons Pères de l'église primitive l'ont pratiquée. Car comme St Ambroise, un homme digne, l'a dit : « Il est indigne du Seigneur, celui qui célèbre ce mystère autrement qu'Il l'a institué ; et il ne peut pas être dévot, celui qui présume de faire autrement que ce que l'Auteur a établi ». Nous devons alors prendre garde, afin de ne pas faire d'un mémorial un sacrifice, de ne pas faire d'une communion un repas solitaire, de ne pas réduire les deux espèces à une seule, de ne pas en perdre le fruit pour les vivants en l'appliquant aux morts. En cette matière, suivons plutôt l'avis de Cyprien en l'espèce, c'est-à-dire : revenir à l'origine, tenir ferme la tradition du Seigneur, faire cela en mémoire du Seigneur, ce qu'Il a Lui-même fait, commandé, et que Ses Apôtres ont confirmé.

Si nous usons de cette précaution ou prévoyance, alors nous pouvons voir deux choses qui sont requises du digne participant, la première étant que nous ayons une juste compréhension de la chose elle-même. Et à ce sujet, nous pouvons assurément nous persuader nous-mêmes que l'ignorant ne peut jamais évaluer dignement ni recevoir effectivement les grâces merveilleuses et les bénédictions offertes et exposées dans cette Sainte Cène, mais il peut soit les regarder avec légèreté ce qui n'est pas une petite offense, soit les mépriser à l'extrême ce qui équivaut à la sentence de sa propre destruction ; de telle sorte que par sa négligence, il mérite que les plaies de Dieu fondent sur lui, et que pour son mépris il mérite la perdition éternelle. Pour éviter ces maux, retenons l'avis du sage qui te veut : « Quand tu es assis à la table d'un roi terrestre, prends bien garde à ce qui est mis devant toi ». Et encore plus, à la table du Roi des rois, tu dois chercher attentivement à connaître les délicatesses qui sont présentées pour ton âme, car tu es venu, non pour nourrir tes sens et la corruption de ton ventre, mais ton homme intérieur en vue de l'immortalité et de la vie, non pour considérer les créatures que tu vois, mais les grâces célestes qui se voient par la foi. « Car cette table », dit Chrysostome, « n'est pas pour des pies bavardes, mais pour les aigles », qui fuient « là où est le corps ». Et si cet avertissement humain ne nous persuade pas de recourir à la table du Seigneur en connaissance de cause, voyez le conseil de Dieu en la matière, qui a chargé Son peuple d'enseigner à sa postérité, non seulement les rites et cérémonies de Sa Pâque, mais [aussi] leur cause et leur but; d'où nous apprenons qu'à la fois la plus parfaite connaissance est requise de nous à ce moment-là, et que l'ignorant ne peut pas s'approcher des sacrements du Seigneur avec fruit et profit. Mais pour revenir au sujet, St Paul, blâmant les Corinthiens pour leur profanation de la Cène du Seigneur conclut que l'ignorance aussi bien de la chose elle-même que de sa signification était la cause de leur abus, car ils s'en approchaient de manière irrévérencieuse, ne discernant pas le corps du Seigneur. Ne devrions nous pas dès lors, à l'instigation du sage, de par la sagesse de Dieu et l'exemple effrayant des Corinthiens, prendre bien garde à ne pas nous précipiter à cette table avec une ignorance irrévérencieuse et grossière, ce dont l'Église de Christ se désole et se lamente depuis quelque temps? Car qu'est-ce qui a été la cause de la ruine de la religion de Dieu sinon l'ignorance de ces choses ? Qu'est-ce qui a causé cette pétrification, sinon l'ignorance de ces choses ? Oui, qu'est-ce qui a été et qui est encore à ce jour la cause de ce manque d'amour et de charité, sinon l'ignorance de ces choses? Travaillons donc à comprendre la Cène du Seigneur afin de ne pas être la cause de la décadence du culte de Dieu, d'une idolâtrie, de messes [basses] muettes, de la haine et de la malice ; et ainsi nous oserons y accéder pour notre consolation.

Nous n'avons pas besoin de penser qu'une connaissance aussi exacte est requise de chacun, qu'il soit capable de discuter tous les points de la doctrine qui s'y rattache. Mais il doit être sûr de ce que dans la Cène du Seigneur il n'y a pas de vaine cérémonie, pas de geste insignifiant, pas de fausse figuration d'une chose absente, mais comme l'Écriture le dit : « La table du Seigneur, le pain et la coupe du Seigneur, la mémoire de Christ, la proclamation de Sa mort », oui, « la communion au corps et au sang du Seigneur » en une incorporation merveilleuse, qui, par l'opération du Saint-Esprit, notre lien même avec Christ, opère par la foi dans l'âme des fidèles, ce par quoi non seulement leur âme vit en vie éternelle, mais ils ont une confiance assurée qu'ils gagnent la résurrection et l'immortalité de leur corps. La véritable compréhension de cette réalisation et de cette union, qui est entre le corps et la tête, entre les vrais croyants et Christ, ce que les anciens Pères catholiques percevaient eux-mêmes et commandaient à leurs gens, est que certains n'avaient pas peur d'appeler cette Sainte Cène : « Le Salut et l’immortalité, une protection souveraine contre la mort » ; d'autres, « une communion divinisante », d'autres encore « les douces délicatesses de notre Sauveur, le gage de la santé éternelle, la défense de la foi, l'espérance de la résurrection », d'autres enfin « la nourriture de l'immortalité », « la grâce de la santé », et « le conservateur de la vie éternelle ». Toutes ces citations, tirées de l'Écriture Sainte et des saints auteurs, concernant précisément ce banquet et festin céleste, si nous nous les rappelons souvent à notre esprit, oh, comme elles enflammeraient notre cœur à désirer de participer à ces mystères, et à convoiter souvent ce pain, à avoir continuellement soif de cette nourriture ; non pour ce qui est des éléments qui restent terrestres, mais tenant toujours fermement et se raccrochant par la foi au Rocher d'où nous aspirons la douceur du Salut éternel. Bref, le fidèle voit mieux, il entend et il connaît les miséricordes et les faveurs de Dieu ainsi scellées, la satisfaction que Christ a opérée pour nous ainsi confirmée, la rémission du péché ainsi établie. Là, il peut sentir la tranquillité de la conscience qui s'opère, l’accroissement de la foi, le renforcement de l'espérance, la large diffusion de la douceur fraternelle, et maintes autres grâces de Dieu ; et ceux qui sont noyés dans le lac putride de l'aveuglement et de l'ignorance ne peuvent en ressentir le goût. Et de cela, ô bien-aimés, lavez-vous avec l'eau vive de la Parole de Dieu, à partir de laquelle vous pouvez percevoir et connaître la nourriture spirituelle de ce repas précieux et les heureux effets et la confiance qui en sont la conséquence.

Il s'ensuit que cette connaissance implique une foi constante, non seulement en ce que la mort de Christ est là pour la rédemption du monde entier, pour la rémission des péchés, et pour la réconciliation avec Dieu le Père, mais aussi parce qu'Il a fait sur la croix un sacrifice complet et suffisant pour toi, un nettoyage parfait de tes péchés, afin que tu reconnaisses qu'il n'y a pas d'autre Sauveur, rédempteur, médiateur, avocat, intercesseur, sinon Christ seul, et que tu puisses dire avec l'Apôtre qu'Il t'a aimé et qu'Il s'est livré pour toi. Car il faut t'attacher fermement à la promesse que Christ a faite lors de cette institution, faire de Christ ton propre bien et appliquer Ses mérites à toi-même. Là, tu n'as besoin d'aucune autre aide humaine, ni d'autre sacrifice ou oblation, ni d'un prêtre sacrificateur, ni de messe, ni de procédés établis par une invention humaine. Cette foi est l'instrument nécessaire à toutes ces saintes cérémonies qui nous assurent, comme St Paul le dit, que « sans la foi il est impossible de paire à Dieu ». Quand un grand nombre d'Israélites furent vaincus dans le désert, « Moïse, Aaron et Pinée ont mangé de la manne et plu à Dieu, car ils comprenaient spirituellement », dit St Augustin, « la nourriture visible ; ils en avaient une faim spirituelle, ils la goûtaient spirituellement, afin d'être spirituellement comblés ». Et véritablement, comme la nourriture corporelle ne peut pas nourrir l'homme extérieur à moins qu'elle ne se retrouve dans un estomac où elle est digérée, ce qui est sain et bon, l'homme intérieur ne peut pas plus être nourri, sauf si sa nourriture est reçue dans son âme et dans son cœur, avec une foi saine et entière. C'est pourquoi Cyprien a dit : « Quand nous faisons cela, nous n'avons pas besoin de d'aiguiser nos dents, mais de briser et diviser ce saint pain avec une foi sincère ». Il est bien connu que la nourriture que nous recherchons dans ce repas est une nourriture spirituelle, la nourriture de notre âme, une restauration céleste et non terrestre, une nourriture invisible et non corporelle, une sustentation spirituelle et non charnelle, de sorte qu'imaginer que nous puissions jouir d'en manger et d'en boire sans la foi, ou que c'en est la réalisation, n'est rien d'autre que de rêver d'une nourriture charnelle grossière, nous abaissant à une abjection et nous liant aux éléments et aux créatures, tandis que de l'avis du Concile de Nicée, nous devons « élever nos cœurs par la foi », laisser ces choses terrestres et inférieures, et rechercher ce qui est illuminé par le Soleil de justice. Retiens donc, toi qui désire cette table, cette leçon d'Eusèbe d'Emesa, un Père pieux : « Quand tu t'avances à la révérende communion pour satisfaire ton besoin de nourriture spirituelle, regarde avec foi le saint corps et le saint sang de ton Dieu, émerveille-toi avec révérence, touche-les par la pensée, reçois-les avec la main de ton cœur, et saisis-les pleinement dans ton homme intérieur ».

Nous voyons ainsi, bien-aimés, qu'en recourant à cette table, nous devons arracher toute racine d'infidélité, toute méfiance à l'égard des promesses de Dieu, nous devons nous faire les membres vivants du corps de Christ. Car les incroyants et les athées ne peuvent pas se nourrir de ce précieux corps, tandis que les fidèles ont avec lui une vie, une demeure, une union, comme s'ils y étaient incorporés. C'est pour cela que St Augustin a dit : « Que celui qui est en désaccord avec Christ ne mange pas Sa chair et ne boive pas Son sang, car alors il reçoit le jugement de sa destruction, qui est le sacrement extérieur d'une chose si grande ». C'est pourquoi, éprouvons-nous et évaluons-nous, afin de savoir si nous sommes des plants d'olivier féconds, des « branches vivantes de la vraie vigne », effectivement « membres du corps mystique de Christ », si Dieu a purifié notre cœur par la foi pour y accueillir sincèrement son Évangile et embrasser Ses miséricordes en Christ Jésus, afin qu'à cette table nous recevions non seulement le sacrement extérieur mais aussi la chose spirituelle, non pas une figure de la vérité, ni seulement son ombre, mais le corps, non pour la mort mais pour la vie, non pour la destruction mais pour le Salut. Ce que Dieu nous donne de faire par les mérites de notre Seigneur et Sauveur, à Qui soient tout honneur et toute gloire, éternellement. Amen.

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{60} 2. Dans la dernière homélie qui vous a été dite, vous avez entendu, bonnes gens, pourquoi il plaît à Christ notre Sauveur d'instituer ce mémorial céleste de Sa mort et de Sa passion, que chacun de nous doit célébrer en personne à Sa table, et non par [le truchement d'] un autre. Vous avez aussi entendu avec quelle estime et quel savoir nous devons recourir à des mystères si élevés, vous avez entendu de quelle foi constante nous devons nous couvrir, afin de prendre part décemment et de façon appropriée à cette nourriture céleste. Et maintenant, venons-en à la troisième chose qui est nécessaire à celui qui ne veut pas manger de ce pain ni boire à cette coupe indignement : la nouveauté de vie et une conversation pieuse.

Car la nouveauté de vie, qui est un des fruits de la foi, est requise de ceux qui prennent part à cette table. Nous pouvons apprendre en mangeant l'agneau de la Pâque [juive], où nul n'est admis s'il n'est pas Juif, s'il n'est pas circoncis, s'il ne s'est pas d'abord sanctifié. Oui, St Paul atteste que bien que tout le peuple prenait part au sacrement sous Moïse, quelques-uns continuaient cependant à rendre un culte aux images : des prostituées, des tentateurs de Christ, des gens qui murmuraient, des gens qui convoitaient des choses mauvaises ; Dieu les a culbutés dans le désert et cela, pour nous servir d'exemple, c'est à dire, pour que nous les Chrétiens [nous] prenions garde à recourir à nos sacrements dans une vie sainte, ne nous fiant pas à les recevoir tout extérieurement, infectés [que nous sommes] par des manières corrompues et peu charitables. Car cette sentence de Dieu doit toujours être justifiée : « Je prendrai la miséricorde, et pas le sacrifice ». « C'est pourquoi », dit Basile, « il convient à celui qui s'avance pour [consommer] le corps et le sang de Christ, en mémoire de Celui qui est mort et ressuscité, non seulement d'être pur de toute saleté la chair et de l'esprit afin qu'il ne mange ni ne boive pour sa condamnation, mais aussi de manifester de manière évidente la mémoire de Celui qui est mort et ressuscité pour nous, et sur ce point, qu'il soit mortifié par le péché et par le monde, et vive maintenant pour Dieu en Christ Jésus notre Seigneur». Nous devons donc manifester par un témoignage extérieur que nous suivons la signification de la mort de Christ, et ce n'est pas une petite chose, en rendant grâces à Dieu Tout-Puissant pour tous Ses bienfaits compris dans la mort, la passion et la résurrection de Son cher Fils bien-aimé.

Et cette chose, que nous devons solenniser principalement à cette table, les Pères pieux l'ont appelée « Eucharistie », c'est à dire «action de grâces », comme s'ils avait dit : Maintenant particulièrement, c'est le moment où vous devez louer Dieu, maintenant vous pouvez voir la matière, la cause, le commencement et la fin de toute action de grâces, mais si vous vous amollissez, si vous vous montrez très ingrats, aucune autre bénédiction ne pourra jamais vous pousser à remercier Dieu, vous qui avez si peu d'égards pour des bienfaits si nombreux, si merveilleux et si profitables. Voyant alors que le nom même de la chose nous incite à rendre grâces, « Offrons toujours à Dieu », comme St Paul le dit, « un sacrifice de louange par Christ, c'est à dire, le produit de lèvres qui confessent Son Nom ». Car, comme David l'a chanté : « Celui qui offre à Dieu l'action de grâces et la louange L'honore ». Mais ils sont si peu nombreux, ceux qui sont reconnaissants, en comparaison de ceux qui sont ingrats ! Voyez dans l'Évangile : dix lépreux ont été guéris mais un seul est revenu rendre grâce pour sa santé [recouvrée]. Oui, on serait heureux si parmi 40 communiants on pouvait en voir deux rendre grâces sans en avoir honte. Nous sommes si méchants, si oublieux, de si fiers mendiants que, d’une part nous ne nous soucions pas de notre propre avantage, et d’autre part nous ne savons pas nos devoirs envers Dieu, et surtout nous ne voulons pas confesser tout ce que nous recevons [de Lui]. Oui, et si nous sommes forcés de le faire par la puissance de Dieu, nous le faisons si froidement, si sèchement, que nos lèvres Le louent mais que notre cœur Lui déplaît, que notre langue Le bénit, mais que notre vie Le maudit, que nos paroles Le louent mais que nos œuvres Le déshonorent. Oh, apprenons donc à rendre ici grâces à Dieu comme il faut, et à reconnaître les grâces excessives qu’Il a versées sur nous, afin que, enfermées dans le trésor de notre cœur, elles apparaissent au bon moment et à la bonne période dans notre vie et dans notre conversation, pour la glorification de Son saint Nom.

De plus, pour ce qui est de la nouveauté de vie, il faut noter que St Paul a écrit que « Nous qui sommes nombreux, nous sommes un seul pain et un seul corps, car nous partageons tous le même pain », affirmant par là non seulement notre communion avec Christ, mais que l'unité de ceux qui mangent à cette table devrait les lier ensemble. Car ils ne devraient pas être desservis par les dissensions, la vaine gloire, l'ambition, les conflits, l'envie, le mépris, la haine ou la malice, mais unis par les liens de l'amour en un seul corps mystique, comme les grains de blé dans un seul pain. En foi de quoi les vrais Chrétiens de l'âge tendre de l'Église de Christ, liés ensemble par le nœud resserré de la charité ont appelé « amour » ce repas, comme s'ils voulaient dire que nul ne devait rester assis là, manquant d'amour et de charité, portant dans son cœur de la rancune et de la vengeance, et ne professant pas une tendre affection par quelque soulagement charitable envers quelque membre de la congrégation. Telle était leur pratique. Ô banquet céleste, ainsi partagé ! Ô pieux participants, qui avaient tant d'estime pour ce festin ! Mais ô méchantes créatures que nous sommes ces jours-ci, qui, sans nous réconcilier avec les frères que nous avons offensés, sans nous excuser auprès de ceux dont nous avons occasionné la chute, sans aucune sorte de pensée ou de compassion envers ceux que nous pourrions facilement soulager, sans aucune conscience du scandale, du dédain, de la calomnie, des divisions, de la rancœur ou de l'amertume intérieure, oui, accumulant la haine masquée de Caïn, et la malice longtemps cachée d'Esaü, et la fausseté sournoise de Joab, nous osons présumer venir à ces mystères sacrés et terrifiants. Ô homme, où cours-tu sans savoir ? C'est une table de paix et tu es prêt à te battre. C'est une table singulière et tu imagines des sottises. C'est une table de tranquillité et tu veux te disputer. C'est une table de pitié et tu es ingrat. Ne crains-tu pas Dieu, qui fait ce festin, et ne respectes-tu pas Son épouse, son hôtesse bien-aimée, et n'examines-tu pas ta conscience qui est parfois ton accusateur intérieur ? C'est pourquoi ô homme, vise à ton propre Salut, examine et éprouve ta bonne volonté et ton amour envers les enfants de Dieu, les membres de Christ, les héritiers de l'héritage céleste ; oui, envers l'image de Dieu, l'excellent Créateur de ta propre âme. Si tu as offensé [quelqu'un], réconcilie-toi maintenant. Si tu as fait trébucher [quelqu'un] dans la voie de Dieu, relève-le maintenant. Si tu as troublé ton frère, apaise-le maintenant. Si tu lui as fait du tort, répare-le maintenant. Si tu l'as trompé par fraude, redresse la vérité maintenant. Si tu as entretenu le dépit, embrasse maintenant l'amitié. Si tu as couvé la haine et la malice, montre maintenant ton amour et ta charité, oui, sois prêt à procurer à ton prochain la santé de l'âme, la richesse, le confort et le plaisir comme à toi-même. Ne vas pas mériter le lourd fardeau du déplaisir de Dieu à cause du mal que tu fais à ton prochain, en t'approchant aussi irrévérencieusement de la table du Seigneur.

Et enfin, comme il y a ici le « mystère de paix », et le sacrement de la société des Chrétiens, par lequel nous comprenons quel amour sincère devrait régner entre les vrais communiants, tel le gage d'une vie pure et innocente, nous percevons par là que nous devons vider notre âme de toute saleté, iniquité et méchanceté, « afin que quand nous recevons le pain mystique », comme le dit Origène, « nous ne le mangions pas dans un lieu sale, c'est à dire dans une âme souillée et polluée par le péché ». Dans la Loi de Moïse, l'homme qui mangeait du sacrifice d'action de grâces en étant impur devait être retranché de son peuple, et nous penserions qu'une personne méchante et pleine de péchés est excusable à la table du Seigneur ? Nous lisons dans St Paul que l'Église de Corinthe fut châtiée par le Seigneur pour s'être mal comportée au repas du Seigneur, et nous pouvons voir clairement ces années-ci l'Église de Christ misérablement fâchée et oppressée pour l'avoir horriblement profané. C'est pourquoi examinons tous, à la fois en commun et individuellement, nos propres façons de vivre, afin de les corriger. Oui, au moins rendons-nous compte et affligeons-nous du mal que nous font nos mauvaises conversations anciennes, afin que nous détestions le péché, et que nous soyons attristés et chagrinés par nos offenses, afin que nous les déversions avec larmes devant le Seigneur et que nous ayons une confiance totale à désirer le Salut de Sa miséricorde à en mourir d'envie, lequel [Salut] a été acquis par le sang de Son cher Fils bien-aimé Jésus-Christ, pour en guérir nos blessures mortelles. Car sûrement, si nous ne nettoyons pas, par une sérieuse repentance, l'estomac de notre âme des saletés [qui s'y trouvent], il arrivera inévitablement que « comme une nourriture saine reçue dans un estomac brut, corrompt et contamine tout, et cause des maladies », de même nous mangerions ce pain de santé et boirions cette coupe pour notre destruction éternelle. Ainsi, nous, et personne d'autre, nous devons nous examiner entièrement, et pas à la légère, pas les autres, mais notre propre conscience, pas la vie des autres ; ce que nous devons faire droitement, en vérité et en nous corrigeant comme il se doit. « Oh », dit Chrysostome, « ne laissons pas Judas s'approcher de cette table, qu'aucune personne envieuse n'y vienne. [Mais] si quelqu'un est un disciple, qu'il soit présent. Car Christ a dit : 'Je ferai Ma Pâque avec Mes disciples' ». Pourquoi le diacre criait-il dans l'église primitive : « Si quelqu'un est saint, qu'il s'approche » ? Pourquoi célébraient-ils ces mystères les portes du chœur étant fermées ? Pourquoi commandait-on aux pécheurs publics et aux catéchumènes de s'en abstenir ? N'était-ce pas parce que cette table n'accueillait aucun hôte sale, impie ou pécheur ? C'est pourquoi si des serviteurs n'osent pas présumer de venir à la table terrestre de leur maître après l'avoir offensé, prenons garde à ne pas venir dans la présence de notre Seigneur et juge avec des péchés non examinés. Si ceux qui baisent la main du prince avec une bouche malpropre et sale sont à blâmer, ne méritez-vous pas d'être blâmés si vous prenez le pain et la coupe du Seigneur avec une âme sale et puante, pleine de convoitise, de fornication, d'ivrognerie, d'orgueil, de méchantes pensées et cogitations, respirant l'iniquité et l'impureté ?

Ainsi, vous avez entendu comment vous devez décemment et révérencieusement venir à la table du Seigneur, sachant cela de par Sa Parole ainsi que les fruits qui en découlent : une foi vraie et constante, le début d'une vie nouvelle, aussi bien dans notre culte à Dieu et l'amour de notre prochain, que dans la purification de toute saleté dans notre conscience. De sorte que ni l'ignorance de la chose ne nous conduise à la mépriser, ni le manque de foi ne nous rende sans fruit, ni que le péché et l'iniquité nous procurent des plaies [venant] de Dieu, mais que par une foi instruite et l'amendement de notre vie de foi, nous soyons ici si unis à Christ notre chef dans Ses mystères et pour notre réconfort, que nous obtenions ensuite de Lui la pleine réalisation [de Ses promesses] et notre vie éternelle pour la [plus grande] joie de Celui qui nous l'apporte en étant mort pour nous, et en nous rachetant, Jésus-Christ le juste ; à qui, avec le Père et le Saint-Esprit, un seul Dieu éternel et vrai, soient toute louange, honneur et domination, éternellement. Amen.