28-Du Saint-Esprit

II-16. Des dons du Saint-Esprit

Sermon pour le jour de la Pentecôte

{61} 1. Avant d'en venir à la déclaration des grands et multiples dons du Saint-Esprit dont l'Église de Dieu a toujours été remplie, il faudra d'abord vous exposer brièvement comment cette fête de la Pentecôte a commencé. Vous comprendrez par là que la fête de la Pentecôte a toujours été observée le 50ème jour après le jour de Pâques, une grande fête solennelle parmi les Juifs, où ils célébraient la mémoire de leur délivrance de l'Égypte, et aussi la mémoire de la publication de la Loi qui leur a été donnée au mont Sinaï ce jour là. Il leur a été ordonné et commandé de le sanctifier, non par un homme mortel, mais de la bouche du Seigneur Lui-même, comme nous le lisons en Lévitique 18 et Deutéronome 16. Le lieu désigné pour cette fête était Jérusalem, où il y avait un grand concours de peuple de toutes les parties du monde, comme cela apparaît dans le chapitre 2 des Actes, où il est fait mention des Parthes, des Mèdes, des Élamites, des habitants de la Mésopotamie, des Juifs [de la diaspora], de la Cappadoce, du Pont, de l'Asie, de la Phrygie, de la Pamphylie et de divers autres endroits, et par là nous pouvons saisir la grande solennité royale habituelle de cette fête.

Maintenant, en tant qu'elle était commandée aux Juifs par l'ancienne Loi, Christ notre Sauveur l'a confirmée au temps de l'Évangile, en ordonnançant une sorte de nouvelle Pentecôte pour Ses disciples, à savoir, en envoyant visiblement le Saint-Esprit en forme de langues divisées ressemblant à du feu, et leur a donné le pouvoir de parler d’une manière telle que chacun pouvait les entendre, les comprendre aussi, dans son propre langage. Et ce miracle, afin qu'il soit en mémoire perpétuelle, l'église a jugé bon de le solenniser et de le sanctifier jusqu'à ce jour communément appelé Pentecôte. Et il faut noter ici que comme la Loi fut donnée aux Juifs sur le mont Sinaï le 50ème jour après la Pâque, ainsi la prédication de l'Évangile par la puissance du Saint-Esprit fut-elle donnée aux Apôtres sur le mont Sion, le 50ème jour après Pâques. Et cette fête tire son nom de là, ainsi appelée la Pentecôte, d'après le nombre de jours. Car comme St Luc l'écrit dans les Actes des Apôtres : « Quand 50 jours furent écoulés », les disciples étant « tous ensemble et d'un commun accord en un même lieu », le Saint-Esprit « vint soudainement » parmi eux « et se posa sur chacun d'eux, comme si cela avait été des langues de feu divisées ». Et cette chose a sans aucun douté été accomplie pour enseigner aux Apôtres et à tous les autres hommes que c'est Lui qui donne l'éloquence et la force de prêcher l'Évangile, que c'est Lui qui génère un zèle brûlant pour la Parole de Dieu et donne à tous les hommes une langue, oui, une langue de feu, de sorte qu'ils puissent professer la vérité courageusement et joyeusement à la face du monde entier, comme Ésaïe fut oint par cet Esprit. « Le Seigneur », dit Ésaïe, « m'a donné une langue instruite » et habile « de sorte que je peux maintenant relever par la parole ceux qui ont chuté ». Le prophète David a pleuré pour avoir ce don, en disant : « Ouvre mes lèvres, ô Seigneur, et ma bouche profèrera Ta louange ». Car Christ notre Seigneur dit aussi à Ses disciples dans l'Évangile : « Ce n'est pas vous qui parlerez, mais l'Esprit de votre Père qui est en vous ». Tous ces témoignages de l'Écriture Sainte affirment suffisamment que le mystère des langues est un gage pour tous ceux qui sont possédés du Saint-Esprit, en vue de la prédication de l'Évangile et de la profession ouverte de la foi Chrétienne. De sorte que si un Chrétien est muet, ne professant pas sa foi ouvertement, mais se camouflant et se cachant par peur du danger à venir, il donne aux hommes une occasion juste et en toute bonne conscience, de douter qu'il ait la grâce du Saint-Esprit en lui, parce que sa langue est liée et ne parle pas.

Vous avez ainsi entendu exposer la première institution de cette fête de la Pentecôte, aussi bien dans l'ancienne Loi des Juifs que parmi les Chrétiens, au temps de l'Évangile. Considérons maintenant ce qu'est le Saint-Esprit et comment Il opère, en conséquence, Ses œuvres miraculeuses à l’égard de l'humanité.

Le Saint-Esprit est une substance spirituelle et divine, la troisième personne de Dieu, distincte du Père et du Fils, et procédant cependant de tous les deux. Et ceci est une vérité, dont témoigne aussi bien le Symbole d'Athanase que les très claires affirmations de la Sainte Parole de Dieu. Quand Christ fut baptisé par Jean dans le Jourdain, nous lisons que le Saint-Esprit est descendu en forme de colombe et que le Père a tonné « du ciel, en disant : Celui-ci est Mon cher Fils bien-aimé, qui fait tout ce qui Me plait ». Remarquez ici les trois personnes diverses et distinctes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, qui ne sont nonobstant pas trois dieux mais un seul Dieu. De même, quand Christ a d'abord institué et ordonné le sacrement du baptême, Il a envoyé Ses disciples dans le monde entier, voulant qu'ils baptisent « toutes les nations au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Et dans un autre passage Il dit aussi : « Je prierai Mon Père et Il vous donnera un autre consolateur ». Et encore : « Quand le consolateur viendra, celui que Je vous enverrai de Mon Père, etc.». Ces passages et d'autres du Nouveau Testament confirment de manière claire et évidente la distinction du Saint-Esprit des autres personnes de la Trinité, ce dont nul ne peut possiblement douter à moins de blasphémer [contre] la vérité éternelle de la Parole de Dieu. Quant à Sa propre nature et substance, elle est une avec Dieu le Père et Dieu le Fils, c'est à dire, spirituelle, éternelle, non-créée, incompréhensible, toute-puissante ; bref, Il est le même Dieu et Seigneur éternel. C'est pourquoi on l'appelle l'Esprit du Père, et pour cette raison on dit qu'Il procède du Père et du Fils, et qu'Il est uni à Eux dans la mission qu’ont les Apôtres de baptiser toutes les nations.

Mais afin que ceci puisse apparaître de manière plus sensible aux yeux de tous, il faut en venir à l'autre aspect, à savoir les œuvres merveilleuses et célestes du Saint-Esprit, lesquelles révèlent clairement au monde Sa toute-puissance divine. D'abord, il est évident qu'Il a merveilleusement gouverné et dirigé le cœur des patriarches et des prophètes de l'ancien temps, illuminant leurs pensées par la connaissance du vrai Messie, et leur donnant de proférer les prophéties des choses qui devaient arriver longtemps après. Car comme St Pierre en témoigne, « la prophétie n'est pas venue autrefois de la volonté humaine, mais les saints hommes de Dieu ont parlé étant poussés intérieurement par le Saint-Esprit ». Et on dit du grand prêtre Zacharie, dans l'Évangile, qu'« étant rempli du Saint-Esprit, il a prophétisé et loué Dieu ». Ainsi firent aussi Siméon, Anne, Marie et divers autres, au grand étonnement et à l'admiration de tous.

De plus, le Saint-Esprit n'était-il pas un opérateur puissant dans la conception et la nativité de Christ notre Sauveur ? St Matthieu dit que la vierge bénie « fut trouvée avec un enfant du Saint-Esprit [dans son sein], avant que Joseph et elle aillent ensemble ». Et l'Ange Gabriel lui a expressément dit ce qui arriverait, en disant : « Le Saint-Esprit viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de Son ombre ». C'est une chose merveilleuse qu'une femme conçoive et porte un enfant sans connaître d'homme. Mais là où le Saint-Esprit est à l'œuvre, rien n'est impossible, ainsi qu'il apparaîtra plus tard dans la régénération intérieure et la sanctification de l'humanité.

Quand Christ a dit à Nicodème : « À moins de naître de nouveau, d'eau et d'Esprit, un homme ne peut entrer dans le royaume de Dieu» ; il en a été fort surpris en pensée et commença à discuter avec Christ, demandant : « Comment un homme qui est-vieux peut-il naître ? Peut-il rentrer », dit-il, « dans le sein de sa mère et naître ainsi de nouveau ? » Vous avez [ici] le modèle vivant de l'homme charnel. Il avait peu ou pas d'intelligence du Saint-Esprit et c'est pourquoi il allait carrément au travail en demandant comment il était possible que cela soit vrai, alors qu'autrement, s'il avait connu la grande puissance du Saint-Esprit à cet égard, que c'est Lui qui opère intérieurement la régénération et la nouvelle naissance de l'homme, il ne se serait jamais étonné des Paroles de Christ mais il en aurait plutôt saisi l'occasion pour louer et glorifier Dieu. Car comme il y a trois personnes diverses dans la Divinité, il y a également trois offices différents propres à chacun d'Eux : le Père crée, le Fils rachète, le Saint-Esprit sanctifie et régénère. Au sujet de ce dernier, plus Il est caché à notre intelligence, plus cela doit pousser tous les hommes à s'émerveiller des œuvres secrètes et puissantes du Saint-Esprit en nous. Car c'est le Saint-Esprit et nulle autre chose qui ranime l'esprit des hommes, suscitant des élans de bonté et de piété dans leur cœur, lesquels sont conformes à la volonté et au commandement de Dieu, car sans cela ils seraient livrés à leur propre nature perverse et tordue et n'en auraient jamais. « Ce qui est né de la chair », dit Christ, « est chair, et ce qui est né de l'Esprit est esprit ». C'est-à-dire que : « L’homme est charnel par nature, corrompu et néant, pécheur désobéissant à Dieu, sans la moindre étincelle de bonté en lui, sans aucun élan pieux ou vertueux, uniquement adonné à des pensées mauvaises, et des actions méchantes ; quant aux œuvres de l'Esprit, les fruits de la foi, les élans pieux et charitables, s'il en a si peu que ce soit, cela ne vient que du Saint-Esprit qui est le seul opérateur de notre sanctification et fait de nous des hommes nouveaux en Christ Jésus. Le Saint-Esprit de Dieu n'a-t-Il pas œuvré miraculeusement en David enfant, quand d'un pauvre berger il est devenu un prophète princier ? Le Saint-Esprit de Dieu n'a-t-Il pas œuvré miraculeusement en Matthieu, « assis au bureau des douanes », quand d'un fier publicain il est devenu un humble évangéliste ? Et qui peut faire autre chose que de s'émerveiller en considérant que Pierre est devenu un chef et puissant Apôtre, lui qui était un simple pêcheur ; ou que Paul est devenu un disciple fidèle de Christ pour prêcher aux Gentils, lui qui était un persécuteur cruel et sanguinaire ?

La puissance du Saint-Esprit pour régénérer les hommes et pour les renouveler est telle qu'ils ne ressemblent en rien à l'homme qu'ils étaient avant. Et ne pensez pas qu'Il se contente d'opérer la nouvelle naissance spirituelle et intérieure de l'homme, sans habiter et demeurer en lui. « Ne savez-vous pas », dit St Paul, « que vous êtes le temple de Dieu et que Son Esprit demeure en vous ? Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous ? » Il dit encore : « Vous n'êtes pas dans la chair mais dans l'esprit, car l'Esprit de Dieu demeure en vous ». La doctrine de St Jean est en accord avec cela, quand il écrit de cette manière : « L'onction que vous avez reçue (il veut dire le Saint-Esprit) demeure en vous ». Et la doctrine de Pierre dit de même, par ces mots : « L'Esprit de gloire et de Dieu repose sur vous ». Oh quel réconfort c'est pour le cœur d'un vrai Chrétien, de penser que le Saint-Esprit demeure en lui ! « Si Dieu est avec nous », comme le dit l'Apôtre, « qui peut être contre nous ? ».

« Oh, mais comment savoir si le Saint-Esprit est en moi ? », diront peut-être quelques-uns. En vérité, comme « on reconnaît l'arbre à son fruit », de même pour le Saint-Esprit. « Les fruits du Saint-Esprit », selon la pensée de St Paul, sont ceux-ci : « amour, joie, paix, patience gentillesse, bonté, fidélité, douceur, tempérance, etc. ». En revanche, les actions de la chair sont celles-ci : « adultère, fornication, impureté, prostitution, idolâtrie, sorcellerie, haine, disputes, émulation, colère, contestation, sédition, hérésie, envie, meurtre, ivrognerie, gloutonnerie et tout ce qui y ressemble ». C'est ici un miroir dans lequel vous devez vous regarder et discerner si vous avez le Saint-Esprit en vous, ou l'esprit de la chair. Si vous voyez que vos œuvres sont vertueuses et bonnes, conformes à la règle prescrite par la Parole de Dieu, goûtant et savourant non la chair mais l'Esprit, alors vous êtes assurés que vous êtes oints du Saint-Esprit ; sinon, en réfléchissant bien sur vous-mêmes, vous ne faites rien d'autre que vous tromper.

Le Saint-Esprit se révèle toujours par Ses fructueux dons de grâce, à savoir par des paroles de sagesse, par des paroles de connaissance qui sont la compréhension de l'Écriture, par une foi à faire des miracles, par le discernement des esprits, par la diversité des langues, l'interprétation des langues et ainsi de suite. Et tous ces dons, en tant qu'ils procèdent d'un seul Esprit, et sont donnés individuellement à l'homme selon que le Saint-Esprit les distribue et les mesure, amènent les hommes, non sans bonne raison, à une merveilleuse admiration de la puissance divine de Dieu. Qui ne s'émerveillerait pas à ce qui est écrit dans les Actes des Apôtres, entendant leur confession audacieuse devant le Conseil de Jérusalem et considérant qu'ils s'en sont allés joyeux et contents, « se réjouissant d'avoir été estimés dignes d'endurer des réprimandes » et d'être fouettés « pour le Nom » et la foi « de Christ Jésus » ? Tel est le travail puissant du Saint-Esprit, qui, parce qu'Il donne la patience et la joie du cœur dans l'épreuve et l'affliction, a donc dignement obtenu dans l'Écriture Sainte, ce nom de « consolateur ». Qui ne s'émerveillerait également de lire les sermons savants et célestes de Pierre et des autres disciples, considérant qu'ils n'ont jamais été à l'école, mais dormaient sur leurs filets en devenant Apôtres ? Ceci était typique des œuvres puissantes du Saint-Esprit qui, parce qu'Il instruit le cœur des simples dans la véritable connaissance de Dieu et de Sa sainte Parole, est très justement appelé de ce Nom et titre : « L'Esprit de vérité ». Eusèbe, dans son Histoire ecclésiastique, raconte l'histoire étrange d'un philosophe savant et subtil qui, étant un adversaire extrémiste de Christ et de Sa doctrine, ne pouvait être converti à la foi [chrétienne] par aucun moyen intellectuel, mais fut capable de résister à tous les arguments qui pouvaient lui être opposés, presque sans effort. À la longue, un pauvre homme simple, de peu d'intelligence et savoir, réputé idiot par les savants, arriva et voulut prendre en main, au Nom de Dieu, la discussion avec ce fier philosophe. Les évêques et d'autres savants se trouvant là se retrouvèrent étonnamment confus en l'espèce, en pensant que par son intervention ils seraient tous confondus et couverts de honte. Nonobstant, il continua, et, commençant par le Nom du Seigneur Jésus, il amena le philosophe à un tel point qu'à la fin, contrairement à tout ce à quoi les autres s'attendaient, il n'avait plus d'autre choix que de reconnaître la puissance de Dieu dans ses paroles, et de céder à la vérité. N'était-ce pas là une œuvre miraculeuse qu'une âme stupide, sans instruction, arrive à faire ce que de nombreux évêques très intelligents et au vaste savoir n'ont jamais été capables de faire advenir ? Elle est vraie cette citation de Bède [le Vénérable] : « Quand le Saint-Esprit instruit et enseigne, l'apprentissage se fait sans délai ». On pourrait parler d'une puissance encore plus grande au sujet des multiples dons et grâces du Saint-Esprit, qui sont très excellents et merveilleux à nos yeux, mais le temps nous manque pour les énumérer tous en un long discours ; et voyant que vous avez entendu le principal, vous pouvez aisément concevoir et juger du reste.

Fallait-il discuter de cette question, [à savoir] si tous ceux qui se vantent d'avoir le Saint-Esprit se fient vraiment à cela, ou pas ? Ce doute, parce qu'il est nécessaire et profitable, sera levé, Dieu voulant, dans la seconde partie de cette homélie. D'ici-là, rendons grâce du fond du cœur comme nous le devons à Dieu le Père et à Son Fils Jésus-Christ, d'avoir envoyé ce consolateur dans le monde, Le suppliant humblement de travailler dans notre cœur par la puissance de ce Saint-Esprit, afin qu'étant régénérés et nés de nouveau à la bonté, à la droiture, à la sobriété et à la vérité, nous puissions à la fin prendre part à la vie éternelle dans Son royaume céleste, par Jésus-Christ notre seul Seigneur et Sauveur. Amen.

_____

{62} 2. Christ notre Sauveur, en quittant ce monde pour [retourner à] Son Père, a promis à Ses disciples de leur envoyer un autre consolateur, qui resterait avec eux pour toujours, et les diriger dans toute la vérité. Laquelle chose s'est fidèlement et vraiment accomplie ; les Écritures en témoignent suffisamment. Nous ne devons pas penser que ce consolateur fut promis et donné seulement aux Apôtres, mais aussi à l'Église universelle de Christ, dispersée à travers le monde entier. Car si le Saint-Esprit n'avait pas été toujours présent, gouvernant et préservant l'Église depuis le début, elle n'aurait jamais pu faire face à de si nombreux et si graves sujets d'affliction et à la persécution, en subissant si peu de dommages et de mal. Et les Paroles de Christ sont très claires à cet égard, disant que « l'Esprit de vérité habitera avec eux pour toujours », qu'Il « serait toujours avec eux (il voulait dire en grâce, vertu et puissance) et même jusqu'à la fin du monde ». Et aussi dans la prière qu'Il fit à Son Père un peu avant Sa mort, Il intercéda non seulement pour Lui-même et Ses Apôtres, mais indistinctement « pour tous ceux qui croiront en Lui selon leurs paroles », c'est à dire pour son église toute entière. Et St Paul dit encore : « Si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Christ, Il n'est pas en Lui ». Et aussi dans les paroles suivantes : « Nous avons reçu l'Esprit d'adoption, par lequel nous crions : 'Abba, Père' ». Par là, il est évident et clair pour tous les hommes que le Saint-Esprit a été donné non seulement aux Apôtres, mais aussi à tout le corps de la congrégation de Christ, bien que pas sous la même forme ni avec la même majesté que quand Il est descendu à la fête de la Pentecôte.

Mais il y a maintenant une controverse : Est-ce que les hommes s'agrègent justement au Saint-Esprit ou non. Les évêques de Rome ont longtemps établi un défi douloureux à ce sujet, raisonnant pour eux-mêmes de la sorte : Le Saint-Esprit, disent-ils, a été promis à l'Église et n'a jamais abandonné l'Église, mais nous sommes les principaux chefs et la partie principale de l'Église, c'est pourquoi nous avons le Saint-Esprit pour toujours, et tout ce que nous décrétons est une vérité indubitable et un oracle du Saint-Esprit. Afin que vous puissiez percevoir la faiblesse de cet argument, il faut d'abord vous enseigner ce qu'est la véritable Église de Christ, et de la comparer ensuite à l'Église de Rome, pour discerner à quel point elles sont d'accord entre elles.

La véritable Église est une congrégation ou une union universelle des élus et du peuple fidèle à Dieu, « édifiée sur le fondement des Apôtres et des prophètes, Jésus-Christ étant Lui-même la pierre d'angle ». Et elle a toujours trois caractéristiques par lesquelles on la reconnaît - une doctrine solide et pure, les sacrements administrés selon la sainte institution de Christ, et l'exercice juste d'une discipline ecclésiastique. Cette description de l'Église est conforme aussi bien aux Écritures de Dieu qu'à la doctrine des anciens Pères, de sorte que nul ne peut y trouver de défaut.

Maintenant, si vous voulez comparer cela à l'église de Rome, pas comme elle était au début, mais comme elle est maintenant et comme elle a été durant 900 ans et quelques, vous percevrez que son état est aussi éloigné de la nature de la véritable Église qu'il est possible. Car elle n'est ni construite sur le fondement des Apôtres et des prophètes, gardant la pure et solide doctrine de Christ Jésus, ni respectueuse des sacrements, ou autrement dit des clefs ecclésiastiques, comme Il les a d'abord institués et ordonnés, mais elle les a si bien mêlés à ses propres traditions et inventions en les hachant et en les modifiant, en y ajoutant et en y enlevant [des éléments], que maintenant elle semble s'être convertie à une nouvelle manière [de faire]. Christ a commandé à Son Église un sacrement de Son corps et de Son sang ; elle l'a changé en un sacrifice pour les vivants et les morts. Christ l'a servi à Ses Apôtres et les Apôtres l'ont servi à d'autres hommes, indistinctement sous les deux espèces ; elle a dérobé la coupe au peuple laïc, en disant qu'une seule espèce était suffisante pour eux. Christ n'a ordonné aucun autre élément à utiliser lors du baptême que l'eau, car quand la Parole y est jointe, cela devient un sacrement parfait et complet, selon les dires de St Augustin ; et, pensant dans sa vanité être plus sage que Christ, elle pense qu'il n'est pas bien réalisé à moins qu'on y ajoute des conjurations, que l'eau soit bénite, qu'il y ait de l'huile, du sel, de la salive, des cierges et autres cérémonies muettes ne servant à rien, contrairement à la règle claire de St Paul, qui voulait que tout soit fait pour l'édification dans l'Église. Christ a ordonnancé le pouvoir des clefs pour excommunier les pécheurs notoires et pour absoudre ceux qui sont vraiment pénitents ; elle abuse de ce pouvoir à plaisir, aussi bien en maudissant les réprouvés qui sont connus comme indignes de toute société de Chrétiens, et si vous voulez en avoir des exemples, cherchez dans son histoire. Bref, voyez ce que Christ notre Sauveur a dit des scribes et des Pharisiens dans l'Évangile, nous pouvons dire ouvertement la même chose des évêques de Rome en gardant bonne conscience, à savoir qu'ils ont abandonné les Commandements de Dieu, pour mettre leurs propres constitutions à la place. Ceci étant vrai, ainsi que tous ceux qui ont ne serait-ce qu'une lueur de lumière de la Parole de Dieu doivent le confesser, nous pouvons en conclure, selon la règle de St Augustin, que les évêques de Rome et leurs suiveurs ne sont pas la véritable Église de Christ, et encore moins ses principaux chefs et dirigeants. « Quiconque », dit-il, « est en désaccord avec les Écritures au sujet de la tête, bien qu'on en trouve partout où l'Église est envoyée, n'est pas dans l'Église ». Un passage clair, qui conclut directement à l'encontre de l'Église de Rome.

Comment savoir si c'est du Saint-Esprit, ce dont ils se réclament si vigoureusement ? Où est maintenant l'Esprit de vérité, qui ne tolère aucune erreur de leur part ? S'il est possible qu'Il soit là où l'Église n'est pas, alors Il est à Rome ; autrement ce n'est qu'une vaine vantardise et rien de plus. St Paul, comme vous l'avez entendu, a dit : « Quiconque n'a pas l'Esprit de Christ, ne Lui appartient pas ». Et en retournant sa phrase on peut tout aussi bien dire : « Quiconque n'est pas de Christ, n'a pas Son Esprit ». Pour distinguer maintenant qui Lui appartient et qui ne Lui appartient pas, nous avons cette règle qui nous a été donnée : « Ses brebis écoutent toujours Sa voix ». Et St jean a dit : « Celui qui est de Dieu écoute la Parole de Dieu ». D'où il s'ensuit que les papes, en n'écoutant pas la voix de Christ comme ils le devraient, mais préférant leurs propres décrets à la Parole de Dieu elle-même, ils déclarent clairement au monde qu'ils ne sont pas de Christ ni possédés de Son Esprit.

Mais ici ils prétendront à leur avantage qu'il y a divers points incontournables qui ne sont pas exprimés dans l'Écriture Sainte, qui ont été laissés à la révélation du Saint-Esprit qui, étant donné à l'Église selon la promesse de Christ, a enseigné beaucoup de choses de temps à autre, que les Apôtres ne pouvaient pas supporter alors. Nous pouvons facilement répondre à cela que le rôle propre du Saint-Esprit n'est pas d'instituer ni d'apporter de nouvelles ordonnances, contraires à la doctrine qu'Il a déjà enseignée, mais d'exposer et de déclarer les choses qui nous ont été enseignées avant, de sorte qu'elles puissent être vraiment bien comprises. « Quand le Saint-Esprit viendra », dit-il, « Il vous conduira dans toute la vérité ». De quelle vérité parle-t-Il ? D'une autre que celle qu'Il a Lui-même exprimée auparavant dans Sa Parole ? Non. Car Il a dit : « Il prendra de ce qui est à Moi et vous le montrera ». Et encore : « Il vous rappellera tout ce que Je vous ai dit ». Ce n'est donc pas le devoir ni le rôle de tout Chrétien, sous le prétexte du Saint-Esprit, d'introduire ses propres rêves et fantaisies dans l'Église, mais de s'appliquer à vérifier que sa doctrine et ses décrets sont conformes au saint Testament de Christ ; autrement, en faisant du Saint-Esprit leur auteur, on blasphème et on s'oppose au Saint-Esprit, pour sa propre condamnation.

Laissons maintenant leur doctrine et venons-en aux autres points. Que penser ou juger de l'intolérance et de l'orgueil du pape ? L'Écriture dit que « Dieu résiste aux orgueilleux et fait grâce aux humbles ». Aussi, il déclare bénis ceux qui sont pauvres en esprit, promettant que « ceux qui s'humilient seront exaltés ». Et Christ notre Sauveur veut que tous les siens « apprennent de Lui parce qu'Il est humble et doux ». Quant à l'orgueil, St Grégoire a dit : « C'est la racine de toutes les sottises ». Et le jugement de St Augustin est celui-ci : qu'il fait des hommes des démons. Un homme peut-il alors, après avoir lu la vie des papes ou avant [de le faire], dire justement qu'ils ont en eux le Saint-Esprit ? D'abord, en ce qu'ils se font appeler les évêques universels et les chefs de toutes les églises chrétiennes à travers le monde, nous avons le jugement exprès de Grégoire à leur encontre, qui, écrivant à l'empereur Maurice, condamnait à cet égard Jean, évêque de Constantinople, l'appelant le prince de l'orgueil, le successeur de Lucifer et le précurseur de l'Antéchrist. St Bernard aussi, d'accord avec cela, a dit : « Quel plus grand orgueil peut-il y a voir qu'un homme préfère son propre jugement à celui de toute la congrégation, comme s'il était le seul à avoir l'Esprit de Dieu ? » Et Chrysostome a prononcé une phrase terrible contre eux, affirmant clairement que « quiconque cherche à être le chef sur la terre trouvera la confusion dans les cieux » et que celui qui s'efforce d'atteindre la suprématie n'aura pas bonne réputation parmi les serviteurs de Christ. Il dit encore : « Il est bon de désirer une œuvre bonne ; mais convoiter le plus haut degré d'honneur, c'est une pure vanité ». Ces passages ne suffisent-ils pas à les convaincre d'orgueil excessif, en usurpant pour eux-mêmes une supériorité sur tous les autres, aussi bien les prêtres et les évêques que les rois et aussi les empereurs ?

Mais comme on reconnaît le lion à ses griffes, apprenons de même à reconnaître ces hommes à leurs actes. Que dire de celui qui a attaché le noble roi Tantale par le cou avec une chaîne devant sa table, pour y ronger des os comme un chien ? Avait-il le Saint-Esprit de Dieu en lui, ou l'esprit du diable ? Clément VI était un tel tyran. Que dire de celui qui a fièrement et avec mépris foulé l'empereur Frédéric aux pieds, appliquant à lui-même ce verset du psaume : « Tu marcheras sur le lion et la vipère, le jeune lion et le dragon marcheront sous tes pieds » ? Dirons-nous qu'il avait le Saint-Esprit en lui, et pas plutôt l'esprit du diable ? Le pape Alexandre III était un tel tyran. Que dire de celui qui a armé et dirigé le fils contre le père, causé sa capture et sa cruelle mort par la faim, contrairement à la Loi de Dieu et à la loi de la nature ? Dirons-nous qu'il avait le Saint-Esprit en lui et pas plutôt l'esprit du diable ? Le pape Pascal II était un tel tyran. Que dire de celui qui est arrivé à la papauté comme un renard, qui a régné comme un lion et qui est mort comme un chien ? Dirons-nous qu'il avait le Saint-Esprit en lui et pas plutôt l'esprit du diable ? Le pape Boniface VIII était un tel tyran. Que dire de celui qui a obligé l'empereur Henri IV, avec sa femme et son jeune enfant, à se tenir à la porte de la ville dans un dur hiver, pieds et jambes nues, vêtus seulement de tuniques de lin, n'ayant rien à manger du matin jusqu'au soir, et cela durant trois jours? Dirons-nous qu'il avait le Saint-Esprit en lui et pas plutôt l'esprit du diable ? Le pape Hildebrand était un tel tyran, et il aurait mérité qu'on l'appelle plutôt brandon du feu [de l'enfer].

De nombreux autres exemples pourraient être cités ici, comme celui de la papesse Jeanne la prostituée, qui mit au monde un enfant dans l'avenue [principale], pendant une procession solennelle, celui du pape Jules II, qui a volontairement jeté les clefs de St Pierre dans le Tibre, celui du pape Urbain VI qui a fait mettre cinq cardinaux dans des sacs et les a cruellement noyés, celui du pape Serge II qui a persécuté le cadavre de son prédécesseur Formose, huit ans après son enterre-ment, celui du pape Jean, quatorzième de ce nom qui, s'étant fait livrer son ennemi, l'a fait déshabiller complètement nu, l'a fait raser et pendre toute une journée par les cheveux, puis l'a fait asseoir sur un âne face à la queue de l'âne, pour le promener à travers la ville avec mépris, le faire battre misérablement avec des bâtons, et enfin le jeter hors de son pays en le bannissant à jamais. Mais pour conclure et en finir, vous retiendrez cette courte leçon ; partout où vous trouvez l'esprit d'arrogance et d'orgueil, l'esprit d'envie, de haine, de dispute, de cruauté, de meurtre, d'extorsion, de sorcellerie, de nécromancie, etc., vous êtes assurés que là est l'esprit du diable, et pas Celui de Dieu, bien qu'ils prétendent extérieurement au monde qu'il n'y ait jamais eu plus de sainteté [que chez eux]. Car comme l'Évangile nous l'enseigne, l'Esprit de Jésus est un Esprit bon, un Esprit saint, un Esprit humble, un Esprit miséricordieux, un Esprit doux, plein de pardon et de pitié, « ne rendant pas le mal pour le mal », mais à l'extrême opposé, « surmontant le mal par le bien », et remettant les offenses, et même « de bon cœur ». Selon cette règle, si un homme vit droitement, on peut dire de lui qu'il a sûrement le Saint-Esprit en lui ; sinon, c'est un gage qu'il usurpe le Nom du Saint-Esprit en vain.

C'est pourquoi, bien-aimés, selon le bon conseil de St Jean, « ne croyez pas tout esprit, mais éprouvez-les pour [savoir] s'ils sont de Dieu ou non ». « Beaucoup viendront en Mon Nom », dit Christ, et seront « transformés en Anges de lumière, trompant, si c'est possible, les élus même ». « Ils viendront à vous dans des habits de moutons, étant intérieurement des loups cruels et voraces ». Ils montreront extérieurement une grande sainteté et une vie innocente. Mais la règle que vous devez suivre est celle-ci : « Jugez-les à leurs fruits ». Car s'ils sont méchants et néant, alors il est impossible que l'arbre d'où ils viennent soit bon. Tels étaient les papes et les prélats de Rome pour la plupart, comme il ressort de l'histoire de leur vie, et ils ont mérité d'être comptés au nombre des « faux prophètes et faux Christs » qui ont longtemps trompé le monde.

Que le « Seigneur du ciel et de la terre » nous protège de leur tyrannie et de leur orgueil, afin qu'ils n'entrent plus jamais dans Sa vigne pour y troubler Son pauvre troupeau stupide, mais qu'ils soient tout à fait confondus et mis en fuite partout dans le monde. Et par Sa grande miséricorde, Il œuvre dans le cœur de tous les hommes par le puissant pouvoir du Saint-Esprit, afin que le rassurant Évangile de Christ Son Fils soit vraiment prêché, vraiment reçu, et vraiment suivi partout, et afin que le péché soit abattu, avec la mort, le pape, le diable, et tout le royaume de l'Antéchrist, et que les brebis dispersées et éparpillées soient enfin rassemblées en « un seul troupeau», et qu'à la fin nous reposions tous ensemble dans le sein d'Abraham, Isaac et Jacob, pour y prendre part à la vie éternelle, par les mérites et la mort de Jésus-Christ notre Sauveur. Amen.

0