29-Des Rogations

II-17. Pour les jours des Rogations

{63} 1. Je me propose aujourd'hui, vous qui êtes le peuple des Chrétiens dévots, de vous déclarer une louange et une recommandation très méritées à Dieu Tout-Puissant, pas seulement en considération de la merveilleuse Création de ce monde, ou pour Sa conservation et sa gouvernance, où Sa grande puissance et Sa sagesse apparaissent excellemment en nous incitant à L'honorer et à Le craindre, et plus spécialement en considération de la vaste et généreuse bonté qu'Il nous accorde quotidiennement, nous qui sommes Ses créatures raisonnables, et pour l'amour de qui Il a fait le monde universel tout entier avec toutes les matières premières et les biens qu'il contient, et Sa bonté singulière, que nous gardons bien présente en notre mémoire, doit nous pousser, comme c'est notre devoir, à L'aimer du fond du cœur, à Le louer et à Le servir tous les jours de notre vie. Et sur ce sujet, qui mérite tant d'être traité et dont l'écoute vous est si profitable, je vous fais confiance que je n'aurai pas besoin de beaucoup de paroles dans cette circonstance pour vous inciter à être présents, pour écouter ce qui sera dit. Je souhaite seulement que votre affection soit secrètement enflammée en vous pour rendre grâce à Dieu Tout-Puissant de Sa bonté, à chaque point qui sera abordé par ma prédication, particulièrement en ce qui vous concerne. Car sinon, quel profit y a-t-il pour nous à écouter et connaître la grande bonté de Dieu envers nous, de savoir que tout ce qui est bon procède de Lui, comme de la source principale et du seul auteur, ou de savoir que tout ce qu'Il nous envoie est nécessairement bon et sain, si l'écoute d'un tel sujet ne nous pousse pas au-delà d'un simple savoir ? Quel profit l'homme sage du monde retire-t-il de connaître « la puissance et la divinité de Dieu » par Son inspiration secrète, si « ils ne L'ont pas » honoré et « glorifié en tant que Dieu », de par leur savoir ? Quelle sorte de louange est-ce pour eux, considérant que la Création du monde donne à voir Sa bonté, si cependant ils ne Lui sont pas reconnaissants pour Sa Création ? Que mérite cet aveuglement et cet oubli de Dieu, sinon qu'Il nous abandonne ? Et ainsi abandonnés de Dieu, ils ne peuvent que tomber dans une ignorance extrême et dans l'erreur. Et, bien qu'ils estiment pour beaucoup leur esprit et leur savoir et qu'ils se glorifient de leur sagesse, lesquels ont disparu de leur pensée aveuglée, ils sont devenus stupides et ils ont péri dans leur folie. Il ne peut pas y avoir d'autre issue pour ceux qui s'approchent de Dieu par le savoir tout en s'éloignant de Lui pour ce qui est de la reconnaissance, que la destruction totale. David fit cette expérience en son temps. Car il dit dans son psaume : « Vois, ceux qui se retirent de Toi périront, car Tu as détruit tous ceux qui se sont égarés loin de Toi». Cette expérience se révéla vraie pour le saint prophète Jérémie. « Ô Seigneur », dit-il, « tous ceux qui T'abandonnent seront confondus ; ceux qui Te quittent auront [leur nom] écrit sur la terre », et [seront] bientôt oubliés. Il n'est pas profitable, bonnes gens, d'écouter annoncer les bontés de Dieu, si nos cœurs ne s'en trouvent pas enflammés à L'honorer et à Le remercier. Cela n'a pas profité aux Juifs, qui étaient le peuple élu de Dieu, de beaucoup écouter Dieu, voyant qu'ils ne L'ont pas reçu dans leur cœur par la foi, et qu'ils ne L'ont pas remercié pour Ses bénédictions à leur égard. Leur ingratitude fut la cause de leur destruction. Évitons de faire comme eux, et suivons plutôt l'exemple de ce saint Apôtre, St Paul, qui a vu au cours d'une profonde méditation les merveilleux procédés de Dieu Tout-Puissant, et a contemplé Son infinie bonté dans l'ordonnancement de Sa Création, et il a exprimé cette conclusion : « Il est sûr », dit-il, « que toutes choses sont de Lui, par Lui et en Lui ». Et ayant dit cela, il n'en resta pas là, mais il ajouta ces mots : « À Lui soient la gloire et la louange, éternellement. Amen. ».

Et c'est sur la base de ces mots de St Paul, chers auditeurs, je me propose de bâtir mon exhortation de ce jour, pour vous. Je m'efforcerai premièrement de vous prouver que tout ce qui est bon « nous vient d'en haut, du Père de la lumière » ; deuxièmement, que Jésus-Christ, Son Fils et notre Sauveur, est le moyen par lequel nous recevons Sa généreuse bonté; troisièmement, que par la puissance et la vertu du Saint-Esprit nous sommes rendus capables et aptes à recevoir Ses dons et Ses grâces, lesquels, si on y réfléchit distinctement et délibérément, doivent nous pousser à Lui rendre grâces afin d'attester la bonne disposition de notre cœur à l'égard de ce qu'Il fait pour nous. Et afin qu'en traitant ce sujet la gloire soit rendue à Dieu, invoquons d'une même foi et d'une même charité le Père de la miséricorde, de qui vient tout don parfait et bon, par la médiation de Son Fils bien-aimé, notre Sauveur, afin que nous soyons assistés de la présence de Son Saint-Esprit et que de notre côté nous ne faiblissions pas en parlant et dans notre écoute, pour le Salut de nos âmes.

Au commencement de mon discours, bonnes gens, ne supposez pas que je prenne sur moi de vous déclarer la puissance excellente ou la sagesse incomparable de Dieu Tout-Puissant, comme si je voulais vous faire croire qu'il était possible de vous l'exprimer avec des mots. Non, on ne peut pas penser que ce qui est incompréhensible soit exprimable par des paroles humaines. Et il y aurait trop d'arrogance à penser qu’un homme qui est « poussière et cendre » puisse dignement expliquer son Créateur. Cela dépasse de loin la compréhension ténébreuse et la sagesse d'un mortel d’exprimer assez une divine majesté que les Anges ne peuvent pas comprendre. Nous laisserons donc de côté le récit de la nature profonde et insondable de Dieu Tout-Puissant, reconnaissant plutôt nos faiblesses que de tenter d'appréhender ce qui est au-dessus des capacités humaines. Il nous suffira de révérer et de craindre en toute humilité Sa majesté, que nous ne pouvons pas appréhender, plutôt que de nous surcharger avec une gloire [qui nous dépasse], par des recherches trop empreintes de curiosité.

Nous dirigerons plutôt notre contemplation de manière à répondre à Sa bonté envers nous, ce qui nous occupera bien plus profitablement et nous aurons plus d'audace à le faire. Considérer Sa grande puissance nous incite à Le craindre ; considérer Sa haute sagesse pourrait troubler gravement notre faiblesse et nous pousser à ne pas vouloir avoir affaire à Lui, mais considérant Sa bonté inestimable, nous osons Lui faire confiance ; par Sa bonté, nous sommes assurés d'avoir notre miséricordieux Père pour refuge, pour espérance et consolation, pour toute la durée de notre vie. Sa puissance et Sa sagesse nous incitent à L'accepter comme Dieu omnipotent, invisible gouverneur des cieux et de la terre, ayant toutes choses en sa sujétion, et ne recevant de conseil de personne, ni de demande d'explication pour ce qu'Il fait ; car Il peut faire ce qui Lui plaît, et nul ne peut Lui résister. Car Il fait toutes choses selon Son jugement secret « à Son seul plaisir, oui, même quand Il damne les méchants » dit Salomon. Par nature, Il est appelé dans l'Écriture un « feu consumant », un « Dieu terrible qui inspire la crainte ». À cause de cela nous ne pouvons avoir aucune familiarité, aucun accès à Lui ; mais Sa bonté tempère la rigueur de Sa puissance et nous encourage en nous autorisant à espérer qu'Il nous écoutera et qu'Il sera bienveillant envers nous.

C'est Sa bonté qui Le pousse à dire dans l'Écriture : « C'est un délice pour moi d'être avec les enfants des hommes ». C'est Sa bonté qui Le pousse à nous appeler vers Lui, à nous offrir Son amitié et Sa présence. C'est Sa bonté qui tolère patiemment que nous dévions de Lui, et Il nous tolère longtemps, pour nous gagner à la repentance. C'est un effet de Sa bonté si nous sommes des créatures raisonnables, alors qu'Il aurait pu faire de nous des bêtes brutes. C'est par Sa bonté si nous sommes nés parmi le peuple des Chrétiens, et donc dans une plus grande proximité du Salut, alors que nous aurions pu naître (n'était Sa bonté) parmi les païens, clairement sans Dieu ni espérance de vie éternelle. Et comment nous appelle Sa douce voix aimante, dans Sa Parole, par laquelle Il nous invite en Sa présence et à Son amitié, mais affirmant seulement Sa bonté, sans égard pour nos mérites ? Et quoi d'autre L'incite à nous attirer à Lui, alors que nous nous étions détournés de Lui, à nous tolérer patiemment afin de nous gagner à la repentance, sinon Sa singulière bonté, sans aucun mérite de notre part ?

Que tous ceux qui sont maintenant glorifiés dans le ciel s'approchent, et écoutons leur réponse sur les points cités plus haut, et voyons si leur création première venait de la bonté de Dieu ou d'eux-mêmes. En vérité, David a répondu pour eux en disant : « Sachez-le avec certitude, le Seigneur est Dieu ; Il nous a faits et non pas nous-mêmes ». Si on continuait à leur demander qui doit-on remercier pour leur régénération, pour leur justification et pour leur Salut, si c'est pour leurs actions ou par la seule bonté de Dieu, bien que sur ce point tout le monde confesse personnellement la vérité à ce sujet, David répond alors par la bouche d'eux tous ; et il ne peut que dire : « Pas à nous, ô Seigneur, pas à nous, mais à Ton Nom donne toute l'action de grâce pour Ta miséricorde aimante et pour l'amour de Ta vérité ». Si nous continuons à demander d'où venaient leurs actions et leurs œuvres glorieuses, qui ont tant plu à Dieu et ont été pour Lui une louange, que d'autres témoins soient amenés pour attester ce fait, et « que de la bouche de deux ou trois » la vérité puisse être connue. Le saint prophète Ésaïe porte un vrai témoignage, et dit : « Ô Seigneur, c'est Toi » par Ta bonté, « qui as opéré en nous toutes ces œuvres », [elles ne viennent] pas de nous-mêmes. Et pour soutenir la véracité de ce fait, face à tous les justiciers hypocrites qui volent cet honneur à Dieu Tout-Puissant pour se l'attribuer, St Paul apporte son opinion : « Afin que nous ne nous suffisions pas à nous-mêmes », dit-il, « comme nous le pensions vainement, car toutes nos capacités sont [l'effet d'] une bonté de Dieu. Car c'est en Lui que nous avons notre être, notre vie et notre mouvement ». Si vous voulez en savoir plus sur l'origine de leurs dons et des sacrifices qu'ils offraient continuellement à Dieu Tout-Puissant dans leur vie, ils ne peuvent qu'être d'accord avec David, quand il dit : « C'est de Ta » généreuse « main, ô Seigneur, que nous avons reçu ce que nous T'avons offert ».

Si cette sainte compagnie confesse si constamment que tous les bienfaits et les grâces qu'ils ont reçus dans l'âme venaient de la seule bonté de Dieu, que pouvons-nous dire de plus pour prou-ver que tout bienfait vient de Dieu Tout-Puissant ? Ne convient-il pas de penser que toute bonté spirituelle vient uniquement de Dieu, par-dessus tout autre bienfait, que ce soit dans la nature ou dans la fortune (comme nous les appelons), et n'a pas d'autre cause ? Dans Sa bonté, Dieu n'orne-t-Il pas notre âme avec toutes ses capacités, comme c’est le cas ? Et les dons corporels, dont notre corps est doté, viennent-ils d'un autre ? S'Il peut faire le plus, ne peut-Il pas faire le moins ? Justifier un pécheur, le créer à nouveau en faisant d'une personne méchante un homme juste, est une action plus haute, dit St Augustin, que de faire le ciel et la terre à neuf tels qu’ils sont. Nous devons admettre que quoi qu'il y ait de bon en nous, en matière de grâce, de nature, de fortune, vient de Dieu seul, en tant qu'[Il en est l']unique auteur et opérateur.

Et cependant, il ne faut pas penser que Dieu a créé tout le monde universel tel qu'il est, et que cela fait, Il [nous] l'ait laissé pour que nous le dirigions et en usions selon nos désirs et projets, et ne s'en soucie plus ; comme nous voyons le charpentier qui, après avoir parfaitement achevé son navire, le livre aux mariniers et ne s'en occupe plus. Non, Dieu n'a pas créé le monde ainsi, pour ne plus s'en soucier, mais Il le préserve toujours pas Sa bonté, Il reste dans Sa Création ; car autrement et sans Sa bonté spéciale, il ne pourrait pas rester longtemps dans cet état. Et c'est pourquoi St Paul dit qu'Il préserve toutes choses et les soutient toujours dans le monde, afin qu'elles ne s'écroulent pas, sans Lui, en retournant au néant d'où elles ont été tirées. Si Sa bonté spéciale n'était pas présente partout, chaque créature serait en désordre et aucune créature n'aurait [plus] ses caractéristiques originelles. Il est donc invisiblement dans chaque créature, et « Il remplit les cieux et la terre » de Sa présence ; dans le feu, pour donner la chaleur ; dans l'eau, pour donner l'humidité ; dans la terre, pour donner ses fruits ; dans le cœur, pour lui donner la force ; oui, Il est dans notre pain et dans notre boisson, pour nous donner la sustentation ; car sans Lui le pain et la boisson ne peuvent pas nourrir, ni les plantes donner la santé, comme le sage l'a clairement confessé, en disant: « Ce n'est pas la croissance des fruits qui nourrit les hommes mais c'est Ta Parole, ô Seigneur, qui préserve ceux qui se fient à Toi ». Et Moïse était d'accord avec cela, quand il a dit : « La vie d'un homme ne réside pas seulement dans le pain, mais dans toute Parole qui procède de la bouche de Dieu ». « Ce ne sont ni les plantes ni les pansements qui guérissent » par eux-mêmes, « mais Ta Parole, ô Seigneur », dit le sage, « qui guérit tout ». Ce n'est donc pas le pouvoir des créatures qui fait effet, mais la bonté de Dieu qui opère en eux. Dans Sa Parole tout coexiste vraiment. Par cette même Parole les cieux et la terre furent créés, maintenus, soutenus et gardés en bon ordre, dit St Pierre, et le seront jusqu'à ce que Dieu Tout-Puissant leur retire Sa puissance et prononce leur dissolution.

S'il n'en était pas ainsi et que la bonté de Dieu n'était pas effectivement dans Ses créatures pour les diriger, comment serait-il possible que l'océan, qui travaille avec rage à submerger la terre, soit maintenu dans ses limites et ses rivages, comme il l'est ? Job, ce saint homme, a remarqué la bonté de Dieu sur ce point et confessé que si ce n'était pas un effet de Sa bonté de préserver la terre, elle ne pourrait qu'être rapidement submergée par la mer. Comment serait-il possible que les éléments si divers et opposés en soi, soient maintenus ensemble dans la concorde, sans se détruire les uns les autres, pour servir à notre usage, si cela ne venait pas en effet de la seule bonté de Dieu de les tempérer ? Comment le feu [du soleil] ne brûlerait et ne consumerait-il pas tout, s'il était laissé libre d'aller où il veut sans rester dans sa sphère, de par la bonté de Dieu, pour réchauffer de manière mesurable les créatures inférieures en vue de leur maturation ? Considérez la masse énorme de la terre, si lourde et si grande qu'elle est ; comment pourrait-elle se tenir stable à l'endroit où elle est comme elle le fait, si la bonté de Dieu ne lui réservait pas de continuer sa course pour nous ? « C'est Toi, ô Seigneur», dit David, « qui as fondé la terre et sa stabilité » ; et tant que dure Ta Parole, « elle ne se refermera pas » ni ne tombera. Considérez les grands et forts poissons et bêtes, dont la force dépasse de loin celle de l'homme ; aussi féroces et forts qu'ils soient, de par la bonté de Dieu ils ne dominent pas sur nous mais ils nous sont soumis pour servir à notre usage. Qui les a inventés en nous les soumettant ainsi et en les créant adaptés à notre usage ? Était-ce le cerveau de l'homme? Non, cette invention venait plutôt de la bonté de Dieu qui a inspiré l'intelligence de l'homme afin qu'il ait un projet pour chaque créature. « Qui », dit Job, « a mis la volonté et la sagesse dans la tête de l'homme », sinon Dieu seul, de par Sa bonté ? Et comme le même le dit encore : « Je comprends que chaque homme a un esprit, mais c'est l'inspiration du Tout-Puissant qui donne l'intelligence ». Il ne peut pas être vrai, bonnes gens, que l'homme ait inventé dans son esprit et sans aide tant de dispositifs divers dans tous les arts et les sciences, si la bonté de Dieu Tout-Puissant n'avait pas été présente aux hommes et n'avait développé leur esprit à étudier le projet de connaître la nature et la disposition de toutes Ses créatures, pour servir à suffisance à nos besoins et nécessités, oui, non seulement pour servir à nos besoins, mais de servir à notre plaisir et à [faire] nos délices, au-delà de ce qui est nécessaire. La bonté de Dieu est si généreuse pour nous, qu'elle nous incite à Le remercier, si nous avons tant soit peu de cœur.

Le sage, en contemplant cela en lui-même, ne peut qu'admettre que ce que je vous explique est la vérité. « Nous sommes dans Ses mains », dit-il, « avec nos travaux visant la connaissance. Car c'est Lui qui m'a donné la véritable instruction sur Ses créatures, pour connaître la disposition du monde et les vertus des éléments, le commencement et la fin des temps, leur diversité et leurs variations, le cours de l'année, l'ordre des étoiles, la natures des bêtes et leur puissance, la puissance des vents, et les pensées des hommes, les différentes plantes, la vertu des racines, et tout ce qui est caché et secret dans la nature, je l'ai appris ». Et il dit plus loin : « Qui peut trouver les choses qui sont dans les cieux ? Car il est [déjà] dur pour nous de chercher les choses qui sont sur terre et quotidiennement sous nos yeux. Car notre esprit et nos pensées », dit-il, « sont imparfaits et nos stratégies [sont] incertaines. Nul homme ne peut donc trouver la signification de ces choses, sauf si Tu donnes la sagesse et envoies Ton Esprit d'en haut ». Si le sage confesse ainsi que toutes choses sont de Dieu, pourquoi ne l'admettrions-nous pas, et ne considérons-nous pas, en le sachant, notre devoir envers Dieu de Le remercier pour Sa bonté ?

Je m'aperçois que j’ai débordé ici du sujet, avec tout ce qui peut être apporté pour le prouver. Si j'entreprends de montrer comment la bonté de Dieu Tout-Puissant apparaît partout dans les créatures du monde, combien leur création est merveilleuse, combien leur ordre est magnifique, combien leur usage nous est nécessaire, il nous faut tous unir nos voix pour concéder que nul autre que Dieu Tout-Puissant en est l'auteur, et qu'il faut exalter et magnifier partout Sa bonté. À qui soient tout honneur et toute gloire, éternellement. [Amen].

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{64} 2. Dans la partie précédente de cette homélie, bonnes gens, j'ai offert à votre contemplation la grande bonté de Dieu Tout-Puissant en créant ce monde avec tout ce qu'il contient, pour l'usage et le bien-être de l'homme, par quoi nous pourrions être plutôt incités à reconnaître notre devoir envers Sa majesté. Et j'ai confiance que cela a opéré en vous non seulement de le croire, mais que cela vous a aussi poussés à rendre grâces à Dieu Tout-Puissant dans le secret de votre cœur, pour Sa bonté aimante.

Mais si d'aventure certains disent qu'ils peuvent approuver ceci, et que tout cela est un bien de l'âme, ou que tout ce qui a été créé corporellement en nous doit venir de Dieu, comme de l'auteur de toute bonté et de nul autre ; mais que pour les autres choses, je veux dire les bonnes choses que nous appelons les biens ou la fortune, comme les richesses, le pouvoir, les promotions et l'honneur, quelques-uns pourraient penser que cela vient de notre industrie et de notre implication, de notre travail et de nos efforts, plutôt que d'une manière surnaturelle.

Alors examinez maintenant, bonnes gens, et voyez s'il y a un autre auteur à ces choses, en concurrence avec les efforts et le travail de l'homme, et s'il ne convient pas de les attribuer à un autre qu'à Dieu ? Ainsi les philosophes et les poètes païens ont erré, prenant la fortune pour en faire une déesse, afin de l'honorer pour de telles choses. Dieu a interdit, bonnes gens, que cet imaginaire soit reçu par ceux qui adorent le vrai Dieu, dont les œuvres et les procédés sont manifestement visibles dans ce monde. Ce sont là des opinions et des dires d'infidèles, non de vrais Chrétiens. Car en fait, comme Job en fait mention, ils croient et disent que « Dieu a Sa résidence » et Son lieu de repos « dans les nuages et ne se soucie de rien d'autre ». Ce sont des Épicuriens, ceux qui imaginent qu'« Il se promène au bord des cieux », et n'a pas d'égard pour les choses inférieures, mais que toutes ces choses doivent procéder soit du hasard et de l'aventure, soit d’une disposition de la fortune, et que Dieu ne S'en mêle pas. Que peut-on dire d'autre que, comme « le fou [le] suppose dans son cœur : 'Il n'y a pas de Dieu' » ? Nous ne le réprouverons pas autrement que par la propre Parole de Dieu, [exprimée] par la bouche de David. « Écoute, mon peuple », dit-il, « car Je suis ton Dieu, ton Dieu même. Toutes les bêtes des bois sont à Moi, les moutons et les bœufs qui vaquent sur les montagnes. Je connais tous les oiseaux de l'air, et la beauté des champs est Mon ouvrage. Tout ce qu'englobe le monde est à Moi, et tout ce qu'il contient ». Et encore le prophète Jérémie dit : « Penses-tu que Je sois un Dieu proche », dit le Seigneur, « et non un Dieu lointain ? Un homme peut-il se cacher dans un recoin si secret que Je ne le voie pas ? Est-ce que Je ne remplis pas les cieux et la terre? », dit le Seigneur. Lequel des deux est le plus à croire ? La fortune, qu'on décrit comme aveugle des deux yeux, toujours instable et inconstante avec sa roue, dans les mains de qui sont ces choses, d’après eux ? Ou Dieu, dans les mains et sous la puissance de Qui ces choses sont, en fait, et dont la vérité et la constance n'ont jamais fait l'objet d'un reproche ? Car Sa vue perce les cieux et la terre, et Il voit tout de Ses yeux. Rien n'est trop sombre ou caché à Sa connaissance, même les pensées intimes de l'esprit des hommes. Il est vrai que toutes les richesses viennent de Dieu, tout pouvoir, toute autorité, toute santé, richesse et prospérité ; nous n'en aurions aucune part sans sa distribution généreuse, si cela ne venait de Lui, d’en haut. David, le premier, l'a attesté au sujet des richesses et des possessions : « Si Tu leur donnes la chance ils se rassembleront, et si Tu ouvres Ta main ils seront remplis de bonté, mais si Tu détournes Ta face, ils seront troublés ». Et Salomon a dit : « C'est la bénédiction du Seigneur qui enrichit les hommes ». Anne, cette sainte femme, approuve cela quand elle dit dans son chant : « C'est le Seigneur qui fait le pauvre et qui fait le riche, c'est Lui qui promeut et rabaisse, Il peut relever un nécessiteux de sa misère et sortir du fumier un pauvre personnage pour le faire asseoir avec des princes à la place d'honneur, car toutes les limites de la terre sont à Lui ».

Maintenant, si un homme quelconque vient à demander quel profit il y a à savoir que « tout bon don », est de la nature et de la (soi-disant) fortune, et que tout don parfait, telle la grâce qui concerne l'âme, est de Dieu, et que cela seul est un don de Lui ; en vérité il est très facile pour nous de le savoir. Car ainsi nous savons si nous confessons la vérité, et Qui doit en être justement remercié. Notre orgueil s'en trouvera rabattu (comprenant que rien ne vient de nous en dehors du péché et du vice), aucun bien ne se trouvant en nous, afin de reporter la louange et l'adoration à Dieu Tout-Puissant pour cela. Il ne nous sert à rien de dépasser notre prochain, de le mépriser pour le peu de dons qu'il a reçus, sachant que Dieu distribue Ses dons comme Il le veut ; cela nous incite à ne pas nous vanter devant notre prochain, en considérant nos dons ; cela fera que « le sage ne se glorifie pas de sa sagesse, ni l'homme fort de sa force, ni le riche de ses richesses », mais il se glorifie en Dieu qui est l'auteur de tout cela ; et nous ne le ferons pas, car si nous le faisons, nous pourrions être réprouvés avec les paroles de St Paul : « Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? Et si tu l'as reçu, pourquoi te glorifier toi-même comme si tu ne l'avais pas reçu ? ».

Confesser que toute bonne chose vient de Dieu Tout-Puissant est un grand point de sagesse, mes amis. Car en confessant cela nous savons à Qui recourir pour obtenir ce qu'il nous faut, comme St Jacques nous en prie en disant : « Si un homme manque du don de la sagesse, qu'il le demande à Dieu, et cela lui sera donné ». Comme le sage, manquant d'un tel don, il a fait un recours à Dieu pour cela, ainsi qu'il est attesté dans Son livre. « Ayant appris », dit-il, « que je ne pourrais pas être chaste sauf si Dieu me le donnait, et que c'est là Sa haute sagesse (comme il l'a écrit ici), afin que je sache de qui me venait ce don, je me suis empressé auprès du Seigneur et je L'ai imploré sérieusement, du fond de mon cœur, pour l'obtenir ». Je voudrais que Dieu, mes amis, que dans nos manques et nos besoins nous allions à Dieu comme St Jacques L'a imploré, et comme le sage nous a dit qu'il l'a fait. Je voudrais que nous croyions fermement que Dieu seul donne [ces choses]. Si nous le faisions, nous ne chercherions pas à combler nos manques et nos besoins auprès du diable et de ses serviteurs aussi souvent que nous le faisons, ainsi que l'expérience le montre quotidiennement. Car si nous avons besoin d'être en bonne santé corporelle, où va le commun du peuple sinon chez les jeteurs de sorts, les sorciers et d'autres tromperies du diable ? Si nous savons que Dieu est l'Auteur du don, nous n'emploierions que les moyens qu'Il a désignés et nous L'implorerions à loisir, jusqu'à ce qu'Il juge bon pour nous de le recevoir. Si les marchands et ceux qui travaillent dans le monde savaient que Dieu est Celui qui donne les richesses, ils se contenteraient des moyens approuvés par Dieu, ils gagneraient leur vie et ne seraient pas plus riches que ce que la vérité leur permet ; ils ne se procureraient jamais et ne demanderaient pas leurs biens au diable. Il y en a vraiment tant qui augmentent [leurs biens] par l'usure, l'extorsion, le parjure, le vol, par la tromperie et la ruse, et qui obtiennent leur biens de dons du diable. Et tous ceux qui s'adonnent à de tels procédés et ont renoncé aux véritables moyens que Dieu a désignés, L'ont abandonné et sont devenus des adorateurs du diable, pour obtenir leurs désirs et avantages. Tels sont ceux qui s'agenouillent devant le diable à sa demande et le louent, car il leur a promis que pour avoir fait cela il leur donnerait le monde et les biens qui s'y trouvent. Ils ne pourraient pas mieux servir le diable qu'en accomplissant ses désirs et en obéissant à ses ordres. Et sa motivation et sa volonté est de nous faire abandonner la vérité et de nous emmener dans la fausseté, dans les mensonges et les parjures. C'est pourquoi ceux qui croient parfaitement dans leur cœur que Dieu doit être honoré et invoqué pour tout ce qui est nécessaire, n'emploieraient aucun autre moyen pour soulager leur nécessité que la vérité authentique, et ils servent Dieu pour obtenir toutes les choses qui leur sont nécessaires. Un homme dans le besoin ne compense pas son manque par le vol ; une femme ne compense pas son besoin et sa pauvreté en offrant son corps à d'autres pour un gain adultérin. Si Dieu est en effet l'auteur de la vie, de la santé, des richesses et des aides, recourons à Lui en tant qu'Il en est l'auteur, et nous l'obtiendrons, comme St Jacques le dit. Oui, c'est une haute sagesse, pour le sage, de savoir de Qui vient le don.

Pour de nombreuses autres compétences, il est sage de savoir et croire que tous les biens et les grâces sont de Dieu, en tant qu'Auteur. Et cela, bien considéré, doit nous faire penser que nous rendrons compte de ce que Dieu nous a donné de faire et cela nous rendra donc plus appliqués à bien les employer à la gloire de Dieu et à l’avantage de notre prochain, afin que nous fassions un bon rapport au dernier jour et que nous soyons félicités pour notre bon service, et que nous entendions de notre juge ces paroles : « Bravo, bon et fidèle serviteur ; tu as été fidèle en peu de choses, Je ferai de toi un dirigeant sur beaucoup de choses ; entre dans la joie de ton maître».

À côté de cela, croire avec certitude que Dieu est l'auteur de tous les dons que nous avons nous maintiendra silencieux et patients quand ils nous seront repris. Car comme Dieu nous les accorde dans Sa miséricorde pour nous en servir, Il nous les reprend justement de la même manière, pour éprouver notre patience, pour augmenter notre foi en nous en enlevant quelques-uns, pour nous en accorder de plus grands qui lui restent, pour nous enseigner à les employer plus à Sa gloire après qu'Il nous les a rendus. Il y en a beaucoup qui peuvent dire de la bouche qu'ils croient que Dieu est l'auteur de chacun des bons dons qu'ils ont, mais au moment de la tentation, ils régressent et ne le croient plus. Ils l'affirment en paroles mais le nient en fait. Regardez les habitudes du monde, et voyez si ce n'est pas vrai. Voyez le riche bien argenté ; si par quelque adversité ses biens lui sont enlevés, comme il peste et fume ! Celui qui a le don d'une bonne réputation si son nom est égratigné par un détracteur, comme il s'agite ! Comme il s'affaire à venger son dépit ! Si un homme a le don de la sagesse et qu'il est pris pour un idiot par quelque malfaisant, et que cela se sache, comme il souffre d'être ainsi mésestimé ! Pensez-vous qu'ils croient constamment que Dieu est l'auteur de ces dons ? S'ils le croyaient vraiment, pourquoi ne supportent-ils pas que Dieu reprenne Ses dons, alors qu'Il les avait donnés gratuitement et prêtés pour un temps ?

Mais vous direz : « Je serais content de restituer à Dieu de tels dons, s'Il me les reprenait, mais cette fois ils me sont enlevés par malchance et tromperie, par des méchants malfaisants ; comment pourrais-je supporter cela patiemment ? ». On peut répondre à cela que Dieu Tout-Puissant est invisible par nature et ne se montre visiblement à personne, selon la manière des hommes, pour ôter les dons qu'Il a prêtés mais sur ce point, quoi que Dieu fasse, Il le fait arriver par les instruments qu'Il a ordonnancés pour cela. Il a de bons Anges, Il a de mauvais anges ; Il a des hommes bons et des hommes mauvais ; Il a la pluie et la grêle, Il a le vent et la foudre, Il a la chaleur et le froid ; Il a d'innombrables instruments, et des messagers, par qui il redemande les dons qu'Il a confiés à notre fidélité. Comme le sage le confesse, la créature doit attendre de « servir son maître », d'être « féroce contre les injustes afin qu'ils soient punis» ; car le même auteur a dit : « Il a armé la créature pour se venger de Ses ennemis ». Et en d'autres occasions il soulève de telles tempêtes pour éprouver notre foi. Et c'est pourquoi, quand Dieu nous reprend Ses dons par ces moyens et instruments, nous devons patiemment mesurer la valeur du jugement de Dieu, Le reconnaître comme Celui qui prend et qui donne, comme Job l'a dit : « Le Seigneur a donné et le Seigneur a pris », quand ses ennemis enlevaient ses troupeaux et quand le diable a tué ses enfants et affligé son corps d'une maladie grave. Il y avait une telle douceur dans le saint roi et prophète David, quand il fut insulté par Schiméa en présence de tous ses invités, qu'il l'a supporté patiemment et n'a pas insulté en retour, mais comme il confessait que Dieu est l'auteur de son innocence et de sa bonne réputation, il lui offrit d'en prendre à son aise ; « Laisse le tranquille », dit-il à un de ses chevaliers qui voulait venger un tel mépris, « car Dieu lui a ordonné de maudire David, et peut-être que Dieu a l'intention de me rendre meilleur par sa malédiction d'aujourd'hui ». Et bien que le serviteur fasse encore du mal par ses actes procédant de la malice, Dieu se sert cependant de cet acte mauvais pour éprouver notre patience, nous devrions plutôt nous soumettre à la patience, que de nous révolter contre le bâton de Dieu, qui, peut-être, quand Il nous corrige pour notre bien, le jettera au feu comme il le mérite.

Reconnaissons vraiment tous nos dons et prérogatives comme des dons de Dieu auxquels nous serons prêts à renoncer selon Son bon plaisir. Toute notre vie durant, confessons que toute bonne chose vient de Dieu, quels qu'en soient le nom et la nature, non pas ces choses corruptibles seulement dont j'ai parlé en dernier lieu, mais bien plus de toutes les grâces spirituelles déversées dans notre âme. Sans cette bonté, nul homme n'est jamais appelé ou maintenu dans la foi, comme je vous le dirai dans la partie suivante de cette homélie. Entre-temps, n'oubliez pas ce qui vous a déjà été dit, n'oubliez pas d'être conformes à la vraie doctrine dans vos jugements, et n'oubliez pas de le pratiquer dans toute votre vie, ce par quoi vous obtiendrez cette bénédiction promise par Christ notre Sauveur : « Bénis soient ceux qui écoutent la Parole de Dieu et l'accomplissent » dans la vie. Et Il accorde cette bénédiction à nous tous, Lui qui règne sur tout, un seul Dieu dans la Trinité, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, à qui soient tout honneur et toute gloire, éternellement. Amen.

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{65} 3. Je vous avais promis de déclarer que tous les dons spirituels et les grâces viennent spécialement de Dieu. Considérons la véracité de ce sujet, et écoutez ce qui est attesté d'abord du don de la foi, première entrée dans la vie Chrétienne, « sans quoi nul homme le peut plaire à Dieu ». D'abord, St Paul confesse clairement que c'est un don de Dieu, en disant : « La foi est le don de Dieu ». Et encore, St Pierre a dit : « C'est par la puissance de Dieu que vous êtes gardés par la foi, à Salut ». C'est par la bonté de Dieu que nous ne fléchissons pas dans notre espérance à Son égard. La charité avec laquelle nous aimons notre prochain est vraiment une œuvre de Dieu en nous. Si après avoir chuté nous nous repentons, c'est par Lui que nous nous repentons, Lui qui nous tend une main miséricordieuses pour nous relever. S'il y en a Un qui veut nous relever, c'est [bien] Celui qui a préparé et disposé notre volonté à cela. Si, après la contrition, nous ressentons que notre conscience est en paix avec Dieu par la rémission de notre péché, et que nous sommes ainsi réconciliés dans Sa faveur, et que nous espérons être Ses fils, héritiers de la vie éternelle, qui opère ces grands miracles en nous ? Nous en serions dignes ? Nos mérites et nos efforts y seraient pour quelque chose ? Notre esprit et notre vertu ? Non, vraiment ; St Paul ne tolère pas que ce qui est chair et argile présume avoir une telle arrogance, et pour cette raison il dit : « Tout est de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui-même par Jésus-Christ, car Dieu était en Christ quand Il a réconcilié le monde avec Lui-même ». Dieu le Père de toute miséricorde opère ces hautes bénédictions pour nous, non en Sa propre personne, mais par un moyen : pas moins que ce Fils unique bien-aimé, à qui Il n'a pas épargné la douleur et les peines qui œuvrent pour notre bien. Car Il a mis nos péchés sur Lui, Il a pris sur Lui notre rançon, Il en a fait un moyen entre nous et Lui-même, dont la médiation était si acceptable pour Dieu le Père de par Son obéissance parfaite et profonde, qu'Il a pris cet acte comme la pleine satisfaction pour toutes nos désobéissances et pour notre rébellion, prenant Sa justice comme contrepoids à nos péchés, et nous racheter en S'opposant à notre damnation.

Sur ce point, qu'avons-nous à rêver en nous-mêmes, chers amis ? Je pense, non moins que ce que St Paul a dit en se souvenant de cette merveilleuse bonté de Dieu : « Grâces soient [rendues] à Dieu Tout-Puissant par Jésus-Christ notre Seigneur ». Car c'est de Son amour que nous avons reçu ce grand don de la grâce. Car en Lui, qui est la sagesse éternelle, Il a fait le monde entier et tout ce qu'il contient, de sorte que par Lui nous connaissons la faveur et la miséricorde de Dieu le Père. Par Lui nous connaissons Sa volonté et ce qui Lui plaît, venant de nous, car Il est « L'éclat de la gloire de Son Père et une image » très claire, et le modèle « de Sa substance ». C'est Lui que le Père des cieux Se délecte d'avoir comme Son « Fils bien-aimé », et qu'Il a autorisé à être notre professeur, qu'Il nous a chargés d'écouter, en disant : « Écoutez-Le ». C'est Lui par qui le Père des cieux nous bénit avec tous les dons spirituels et célestes, pour l'amour et la faveur de Qui, écrit St Jean, « nous avons reçu la grâce » et la faveur. Dieu le Père a donné à notre Sauveur et médiateur le pouvoir au ciel et sur la terre, et toute la juridiction et l'autorité pour distribuer Ses bienfaits et Ses dons qu'Il Lui a confiés. Car ainsi écrit l'Apôtre : « La grâce est donnée à chacun de nous selon la mesure du don de Christ ». Et ayant reçu autorité là-dessus pour l'exécuter, après qu'Il a réduit le péché et le diable en captivité, afin qu'ils ne fassent plus de mal à Ses membres, Il est remonté à Son Père, et de là Il envoie des dons généreux à Ses serviteurs bien-aimés, et Il a toujours le pouvoir de distribuer continuellement à Son Église les dons de Son Père, jusqu'à la fin du monde, pour l'établir et la réconforter. Et par Lui, Dieu Tout-Puissant a décrété de dissoudre le monde, de convoquer tous [les hommes à comparaître] devant Lui, pour juger les vivants et les morts. Et finalement Il condamnera par Lui les méchants au feu éternel en enfer et donnera aux bons la vie éternelle, et Il les installera assurément dans Sa présence, dans le ciel, avec Lui, pour l'éternité. Ainsi vous voyez comment « Tout est de Dieu » par Christ Son Fils notre Seigneur et Sauveur. Souvenez-vous, je le répète, de votre devoir de rendre grâces ; qu'elle ne manque jamais ; joignez-vous pour continuer dans l'action de grâces ; vous ne pouvez pas offrir à Dieu de meilleur sacrifice ; car Il a dit Lui-même : « C'est le sacrifice de louange » et d'action de grâces « qui M'honore ». Et cela était bien perçu par le saint prophète David quand il s'est si sérieusement adressé à lui-même de cette façon : « Ô mon âme, bénis le Seigneur, et que tout ce qui est en moi bénisse Son saint Nom. Je le répète, ô mon âme, bénis le Seigneur et n'oublie jamais Ses multiples récompenses .

Dieu nous a fait la grâce, bonnes gens, de connaître ces choses et de les mettre dans notre cœur ! Cette connaissance et ce sentiment ne sont pas de nous ; de nous-mêmes il n'est pas possible d'en venir là, et ce serait une grande pitié que nous perdions un savoir si profitable. Invoquons donc doucement ce généreux Esprit, le Saint-Esprit, qui procède de notre Père de miséricorde et de Christ notre médiateur, afin qu'Il nous assiste et nous inspire par Sa présence et qu'en Lui nous soyons capables d'entendre la bonté de Dieu nous déclarer que nous sommes sauvés. Car sans Son inspiration vivifiante et secrète, nous ne pourrions même pas prononcer le Nom de notre médiateur, comme St Paul l'atteste clairement : « Nul ne peut nommer notre Seigneur Jésus-Christ, si ce n'est dans le Saint-Esprit ». Nous devrions être encore moins capables de croire et de connaître ces grands mystères qui nous ont été dévoilés par Christ. St Paul a dit que « nul ne peut savoir ce qui est de Dieu, sinon l'Esprit de Dieu. Quant à nous », dit-il, « nous avons reçu non l'esprit du monde, mais l'Esprit qui est de Dieu », dans le but que dans le Saint-Esprit, « nous puissions connaître les choses qui nous sont données » par Christ.

Le sage a dit que dans la puissance et la vertu du Saint-Esprit résident toute sagesse et toute capacité de connaître Dieu et de Lui plaire, car il a écrit ceci : « Nous savons qu'il n'est pas dans le pouvoir de l'homme de se guider ; nul homme ne peut savoir ce qui Te plaît, sauf si Tu lui donnes la sagesse et que Tu lui envoies d'en-haut Ton Saint-Esprit ». C'est pourquoi il prie Dieu : « Envoie-Le de Ton ciel et du trône de Ta majesté, afin qu'Il soit avec moi et œuvre avec moi, de sorte que je puisse savoir ce qui est acceptable par Toi ». Avec un tel bon cœur, prions comme il l'a fait et nous ne manquerons pas de recevoir Son assistance. Car « Il se laisse bientôt voir de ceux qui L'aiment, Il se laisse trouver par ceux qui Le recherchent » ; car « l'Esprit de sagesse » est très bon et généreux.

Par Sa puissance nous aurons une capacité suffisante pour connaître notre devoir envers Dieu. En Lui nous serons réconfortés et encouragés à accomplir notre devoir. En Lui nous serons des récipients convenables pour recevoir la grâce de Dieu Tout-Puissant. Car c'est Lui qui purge et purifie notre esprit par Son travail secret et Lui seul est présent partout par Son pouvoir invisible, et qui « retient toutes choses » sous Sa domination. Il illumine le cœur pour concevoir des pensées dignes de Dieu Tout-Puissant. Il siège sur la langue de l'homme pour l'inciter à parler en Son honneur. Aucun langage ne Lui est caché, car « Il connaît tous les parlers ». Il se sert seulement de la force spirituelle pour notre âme et pour notre corps. Pour tenir dans la voie que Dieu nous a tracée pour marcher droitement dans notre voyage, nous devons reconnaître que c'est par le pouvoir de Son Esprit, « qui vient au secours de notre infirmité». Si nous avons l'audace de prier et d'en appeler à Dieu Tout-Puissant en tant que notre Père, c'est par Son Saint-Esprit, « qui intercède pour nous avec des soupirs continuels ». Si nous avons reçu quelque don, et que nous pouvons l'employer à la gloire de Dieu et au profit de notre prochain, c'est toujours une œuvre de « ce même Esprit, qui distribue Ses dons à chacun comme Il le veut ». Si nous avons quelque sagesse, cela ne vient pas de nous ; nous ne pouvons pas nous en vanter, comme si son origine était en nous, mais nous devons nous glorifier en Dieu, de Qui elle est venue en nous, comme le prophète Jérémie l'a écrit : « Que celui qui se réjouit se réjouisse de ce qu'il comprend et Me connaît, car Je suis le Seigneur qui montre de la miséricorde, du jugement et de la droiture de cœur, car de telles choses me ravissent, dit le Seigneur ». Cette sagesse ne peut être obtenue que par la direction de l'Esprit de Dieu, et pour cette raison elle est appelée sagesse spirituelle.

Et nous ne pouvons trouver une connaissance certaine de la volonté de Dieu suivant laquelle nous devons diriger tous nos faits et gestes nulle part ailleurs que dans les Saintes Écritures, car ce sont elles qui attestent de Lui, comme l'a dit Christ notre Sauveur. On peut appeler connaissance et apprentissage ce qui est tiré autrement de la Parole, mais le sage atteste clairement qu'« Ils sont tous vains ce qui n'ont pas la sagesse de Dieu en eux ». Nous voyons bien à quelle vanité les philosophes en sont rendus, étant dénués de cette science, qui ne se cherche et ne se trouve que dans Sa Parole. Nous voyons de quelle vanité la doctrine scolaire est imprégnée, car ils ne cherchent pas la volonté de Dieu dans cette Parole mais plutôt par la volonté de la raison, la tradition de la coutume, les pas accomplis par les Pères, la pratique de l'Église. Lisons donc et retournons à l'Écriture Sainte, « Jour et nuit », car « Il est béni, celui qui en nourrit toute sa méditation ». C'est elle qui donne la « lumière à nos pieds » pour marcher. C'est elle qui « donne la sagesse aux simples » et aux ignorants. En elle nous pouvons trouver la vie éternelle. Dans les Saintes Écritures, nous trouvons Christ, en Christ nous trouvons Dieu, car Il est l'image même du Père, « Celui qui a vu Christ a vu le Père ». Et en revanche, comme St Jérôme l'a dit : « L'ignorance de l'Écriture est l'ignorance de Christ ». Ne pas connaître Christ, c'est être dans les ténèbres, dans la pleine lumière charnelle et mondaine de la raison et de la philosophie. Être sans Christ, c'est être dans la bêtise, car Il est l'unique sagesse du Père, « en qui Il Lui a plus que toute plénitude » et perfection « demeure ». Avec Qui, quiconque est induit dans la foi du cœur et fermement enraciné dans la charité, a disposé une sûre fondation sur laquelle édifier, par quoi il « peut être capable de comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur et la profondeur et de connaître l'amour de Christ ». Ce savoir universel et absolu est cette sagesse que St Paul a souhaitée aux Éphésiens, comme le plus grand trésor qui puisse être obtenu sous le ciel. Car le sage a écrit sur cette sagesse à partir de son expérience : « Toutes les bonnes choses me sont venues avec elle, et d'innombrables richesses par ses mains ». Et il ajoute de plus dans le même passage : « Elle est la mère de toutes ces choses. Car elle est un trésor infini pour les hommes, et quiconque en use prend part à l'amour de Dieu ».

Avec beaucoup de paroles, je pourrais inciter quelques-uns de cette assistance à rechercher cette sagesse, à enfermer la raison, à suivre les Commandements de Dieu, à rejeter le mauvais esprit de leur cervelle, à savourer cette sagesse, à renoncer à la sagesse et à la politique de ce monde attirant, à goûter et savourer ce à quoi la faveur et la volonté de Dieu les a appelés, et dont Il veut finalement que nous jouissions par Sa faveur, si nous Lui prêtons l'oreille. Mais je veux me dépêcher vers la troisième partie de mon texte, ainsi qu'il suit plus pleinement dans le texte que je vous ai cité en dernier, où se trouve exprimée plus en détail dans la Sagesse comment Dieu donne à Ses élus l'intelligence des impulsions des cieux, des changements et des circonstances des époques, qui, ainsi qu'il ressort plus clairement du texte que je vous ai cité en dernier, doit être suivie par ceux qui sont induits dans cette sagesse spirituelle. Car comme ils savent chercher où trouver cette sagesse et savent à Qui la demander, ils savent aussi qu'elle se trouve à temps et ils peuvent donc essayer à l'occasion, suivant les époques, ne laissant pas passer le moment où ils peuvent travailler en vue de cette sagesse, afin de l'augmenter. Ils savent comment Dieu, dans Son infinie miséricorde et Sa clémence, donne à tous les hommes le temps et l'occasion de se repentir, et ils voient comment les méchants, comme Job l'écrit, en abusent par orgueil, et c'est pour cette raison que les hommes pieux saisissent mieux les occasions, pour racheter le temps par un tel usage, alors qu'il est gaspillé par les méchants. Ceux qui ont cette sagesse de Dieu peuvent apprendre par une étude appliquée et sérieuse des choses de ce monde dans la vie présente, comment attendre le moment et s'appliquer en toute occasion à obtenir des richesses, à accroître leurs terres et leur patrimoine. Ils voient le temps passer et c'est pourquoi ils s'en saisissent de telle sorte que par moments, en oubliant leur sommeil et leurs aises, en supportant de nombreuses peines, ils veulent saisir l'occasion sur le moment, sachant que ce qui est passé ne revient pas ; la repentance peut s'ensuivre, sans quoi il n'y a aucun remède. Pourquoi donc ceux qui sont spirituellement sages au sein de leur génération doivent-ils attendre leur heure, pour agrandir rapidement leur domaine, pour gagner et amasser éternellement ? Ils pensent que l'homme brut est oublieux, induit dans la raison, ignorant les moments et les époques, quand ils voient la tourterelle, la cigogne et l'hirondelle attendre le bon moment, comme Jérémie l'a dit : « La cigogne dans l'air sait les moments qui lui sont fixés, la tortue et la grue et l'hirondelle respectent le moment de leur venue, mais mon peuple ne connaît pas le jugement du Seigneur ».

St Paul veut que nous « rachetions le temps parce que les temps sont mauvais ». Ce n'est pas là le conseil du seul St Paul mais de tous les autres qui aient jamais donné des préceptes de sagesse. Il n'y a aucun précepte plus sérieusement donné et ordonné que celui de connaître les époques. Oui, bons Chrétiens, car ceux qui entendent avec quelle gravité Dieu se plaint et menace dans les Écritures ceux qui ne veulent pas connaître le temps de Ses visitations, sont sérieusement invités par là à s'y appliquer. Après que Christ notre Sauveur a prophétisé en pleurant la destruction de Jérusalem, à la fin Il en énonce la cause : « Car tu n'a pas connu le temps de ta visitation ». Ô Angleterre, qui ne sait ni ne veut réfléchir au temps de la miséricordieuse visitation de Dieu qui t'est exposée jour après jour, et qui ne veut pas y penser, même avec Son châtiment tu ne veux pas faire ton devoir, ni rendre grâce pour Ses bienfaits ; si tu savais ce qui peut tomber sur toi à cause de ton ingratitude, tu ferais ce qu'il faut pour être en paix.

Frères, bien que le monde en général soit oublieux de Dieu, soyons attentifs à notre époque et gagnons du temps avec soin, et appliquons à nous-mêmes cette lumière et cette grâce qui nous sont offertes. Et si la faveur et les jugements de Dieu qu'Il opère à notre époque, n'arrivent pas à nous inciter à nous ramener à la maison pour faire ce qui relève de notre Salut, au moins que la malice du diable, la méchanceté du monde, que nous voyons à l'œuvre dans ces temps périlleux qui sont les derniers où nous nous voyons si dangereusement placés, nous provoquent à faire attention à notre vocation, pour y marcher et avancer. Que les misères et les brèves joies transitoires rencontrées dans nos vies nous mettent en route pendant que nous en avons encore le temps et nous incitent sérieusement à être sages, et à faire bon usage de la bonne volonté et de la grâce de Dieu envers nous, qui « tend les mains toute la journée vers nous » comme le prophète l'a dit : la plupart du temps Ses mains sont miséricordieuses, et parfois Ses mains sont lourdes; afin qu'apprenant cela, nous puissions échapper au danger qui doit tomber sur les injustes qui passent leurs journées dans la félicité et les plaisirs sans savoir la volonté de Dieu à leur égard, et qui descendront subitement en enfer.

Soyons de bons observateurs, de bons chercheurs de la paix du Seigneur, afin qu'au dernier jour nous soyons « trouvés sans tache et irréprochables ». Oui, efforçons-nous, bon peuple de Chrétiens, à garder scrupuleusement la présence du Saint-Esprit. Renonçons à toute impureté, car Il est l'Esprit de la pureté. Évitons toute hypocrisie, car ce « Saint-Esprit fuira tout ce qui est feint ». Rejetons toute malice et mauvaise volonté, car cet Esprit « n'entrera jamais dans une âme voulant le mal ». « Rejetons tout ce qui a trait au péché qui nous environne », car « Il n'habitera jamais dans un corps soumis au péché ». Nous ne pouvons pas être reconnaissants à Dieu Tout-Puissant et agir en dépit de l'Esprit de grâce par qui nous sommes sanctifiés. Si nous faisons tous nos efforts, nous n'aurons pas besoin d'avoir peur, nous serons capables de vaincre tous nos ennemis qui combattent contre nous. Appliquons-nous seulement à accepter la grâce qui nous est offerte. Par la bonté de Dieu Tout-Puissant nous sommes réconfortés ; par la médiation de Christ notre Sauveur nous sommes assurés ; et ce Saint-Esprit nous rappellera ce qui est sain et nous confirmera en toutes choses. C'est pourquoi ce que St Paul affirme ne peut être que vrai : « Quand le Fils de Dieu aura soumis toutes choses à Lui-même, alors Dieu sera tout en tous ».

Si vous voulez savoir comment Dieu sera tout en tous, vous pouvez vraiment le comprendre en ce sens : Dans ce monde, vous voyez que nous sommes contraints d'emprunter beaucoup de choses pour nos besoins ; rien ne suffit à toutes nos nécessités. Si nous avons faim, nous désirons du pain. Si nous avons soif, nous cherchons à nous rafraichir avec de la bière ou du vin. Si nous sommes malades, nous cherchons un médecin. Si nous avons le cœur lourd, nous cherchons le ré-confort de nos amis ou de la compagnie. De sorte qu'il n'y a aucune créature en tant que telle qui puisse combler tous nos manques et nos désirs. Mais dans le monde à venir, dans cette félicité éternelle, nous ne mendierons plus en recherchant notre réconfort particulier ou notre commodité auprès de diverses créatures, mais nous posséderons en Dieu tout ce que nous pouvons demander et désirer, et Dieu sera tout pour nous. Il nous sera un père et une mère, Il sera le pain et la boisson, le vêtement, le médecin, la consolation ; Il sera tout pour nous, et cela d'une manière bien plus bénie et plus satisfaisante que ce que la raison humaine est capable de concevoir. « L'œil de l'homme n'est pas capable de voir, ni son oreille d'entendre, ni son cœur de comprendre quelle joie il y a dans ce que Dieu a préparé pour ceux qui L'aiment [Lui] ».

Concluons alors le tout d'une [même] voix avec les paroles de St Paul : « À Celui qui peut faire abondamment au-delà de nos désirs et pensées, selon la puissance qui œuvre en nous, soient la gloire et la louange dans Son Église, par Jésus-Christ, pour toujours, éternellement. Amen. ».

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Une exhortation à énoncer à toutes les paroisses qui font leur déambulation dans la Semaine des Rogations

pour surveiller bornes et les limites de leur ville.

{66} 4. Bien que nous soyons maintenant rassemblés, bon peuple de Chrétiens, principalement pour louer et remercier Dieu Tout-Puissant pour Ses grands bienfaits, en voyant les champs remplis de toutes sortes de productions, en vue de soutenir nos nécessités corporelles, pour notre nourriture et notre sustentation, et en partie aussi pour répondre humblement en prières à Sa providence Paternelle, pour conserver ces produits en nous envoyant un temps de saison grâce auquel nous puissions récolter ces produits dans le but pour lequel Sa bonté miséricordieuse les a fournis ; nous avons cependant une occasion secondaire qui nous est donnée lors de nos promenades de ces jours-ci de considérer les anciennes bornes et limites appartenant à notre communauté et les autres qui relèvent de nos voisins limitrophes, dans l'intention de nous contenter des nôtres et de ne pas nous efforcer à lutter pour celles des autres, en violant la charité, en n'empiétant pas l'un sur l'autre, ou réclamant qu'une des bornes soit déplacée plus loin que là où selon le droit et la coutume, nos ancêtres les ont placées pour nous, pour notre commodité et notre confort.

Ce serait sûrement une grande inspection pour nous, qui sommes des Chrétiens professant une seule foi, que de rechercher cet héritage céleste qui a été acquis pour chacun de nous par le sang répandu de notre Sauveur Jésus-Christ, que de nous efforcer à trouver les variations des limites terrestres de nos villes, ce qui trouble notre vie entre nous, gaspillant nos biens en vaines dépenses et débours judiciaires. Nous devons nous souvenir que notre habitation dans cette vie mortelle est transitoire et brève. Il n'y en aurait que plus de honte à tomber dans une haine immortelle entre nous pour des possessions aussi fragiles, et de perdre ainsi notre héritage éternel dans le ciel. Il peut bien convenir à la charité qu'un Chrétien défende tranquillement ses droits et ses justes titres [de propriété], et c'est le rôle de tout bon citadin de préserver, autant que cela dépende de lui, les libertés, les franchises, les bornes et les limites de sa ville et de son pays. Mais nous efforcer de maintenir nos droits et devoir en violant l'amour et la charité, qui sont l'uniforme d'un Chrétien, ou briser la paix pieuse et la tranquillité avec lesquelles nous sommes liés ensemble en une communauté générale, la famille de Christ, la maisonnée commune de Dieu, c'est formellement interdit, c'est ce que Dieu abhorre et déteste ; c'est ce qui provoque la colère de Dieu Tout-Puissant à nous priver de nos commodités et libertés, parce que nous en abusons pour un motif de lutte, de discorde et de dissension. St Paul a blâmé les Corinthiens pour de telles disputes, car ils se faisaient des procès entre eux, contredisant leur profession [de foi] devant les ennemis de la religion de Christ, en leur disant : « Il y a maintenant une faute extrême parmi vous, parce que vous allez en justice l'un contre l'autre. Pourquoi ne pas plutôt tolérer un tort ? Pourquoi ne tolérez-vous pas plutôt un mal ? ».

Si St Paul a blâmé des Chrétiens quand certains d'entre eux ont été défendre leurs propres droits en justice, il commande par là aux Chrétiens de montrer de la patience. Si Christ notre Sauveur préfère nous voir subir un tort et tendre la joue gauche à celui qui a frappé la droite, de tolérer les torts l'un après l'autre, plutôt que de violer la charité en défendant notre bien ; dans quelle situation devant Dieu sont ceux qui font le mal ? Dans quelles malédictions tombent ceux qui, par un faux témoignage, fraudent leur voisin ou leur ville de son bon droit et de sa juste possession ? Ceux qui refusent de prêter serment par le saint Nom de Dieu, l'auteur de toute vérité, pour faire un mensonge et un tort ? « Ne savez-vous pas », dit St Paul, « que les injustes n'hériteront pas du royaume de Dieu ? ». Qu'y a-t-il à gagner, à élargir un peu les bornes et les possessions de sa terre, en perdant une possession et un héritage éternel ? Prenons donc bien garde à maintenir nos bornes et nos propriétés, et ne commettons aucun tort en empiétant sur un autre. Faisons attention au verdict soudain qui tombe dans les affaires douteuses. Avisons-nous bien que dans ces affaires nous pouvons avoir un manque d'information ou de mémoire et réclamer ce à quoi nous n'avons aucun juste titre.

« Tu ne déplaceras pas », ordonne Dieu Tout-Puissant dans Sa Loi, « les bornes de ton voisin qui ont été mises en place dans ton héritage dans l'ancien temps ». « Tu ne déplaceras pas », dit Salomon, « les anciennes bornes que tes pères ont placées ». Et afin que nous n'estimions pas que ce soit une petite offense de le faire, nous comprendrons que cela est reconnu parmi les malédictions que Dieu prononce sur les pécheurs. « Maudit soit », dit Dieu Tout-Puissant par Moïse, « celui qui déplace les bornes et les marques de son voisin, et tout le peuple répondra Amen » à cela, ratifiant ainsi cette malédiction sur ceux qui agissent avec légèreté. Ils provoquent fortement la colère de Dieu sur eux-mêmes, ceux qui broient les bornes et les marques qui ont été placées dans les temps anciens pour diviser les terrains dans les champs, pour établir les propriétaires dans leurs droits. Ils agissent méchamment ceux qui détournent les anciens chemins des champs, où les anciens ont marché autrefois avec beaucoup de peines ; par qui les documents du propriétaire (qui sont des preuves pour le locataire) sont pervertis en les traduisant, parfois pour déshériter une pauvre veuve. Ces hommes cupides ne savent pas de quels inconvénients ils sont les auteurs. Parfois, par une telle ruse et tromperie, ils déclenchent de grandes discordes et des émeutes au sujet de leurs terres, oui, quelques fois des meurtres et des effusions de sang, et tu en es coupable, si tu en as été la cause.

C'est pourquoi cette pratique cupide vis à vis des terres et des biens de ton voisin est détes-table à Dieu Tout-Puissant. « Que personne ne fraude ou ne subtilise le bien de son voisin », prie St Paul, « quel qu'en soit le motif. Car Dieu », dit-il « est Celui qui venge tous ceux-là ». Dieu est le Dieu de toute équité et justice, et c'est pourquoi Il interdit toutes ces tromperies et subtilités dans Sa Loi, par ces mots « Tu n'agiras pas injustement en jugement, en matière clôtures et de poids et mesures ; tu auras des balances justes, des poids vrais et de véritables mesures ». « Les fausses balances », dit Salomon, « sont une abomination pour le Seigneur ». Rappelez-vous ce que St Paul a dit : « Dieu venge » tous les torts et les injustices, comme nous le voyons par l'expérience quotidienne, cependant, ce qui est obtenu par la ruse et l'habileté prospère sans grâce. L'expérience nous enseigne que Dieu Tout-Puissant ne tolère jamais que la troisième génération jouisse des biens mal acquis par ses ancêtres ; oui, ils leur sont souvent repris, même durant leur propre vie. Dieu n'est pas obligé de défendre des possessions obtenues du diable ou avec son conseil. Dieu défendra tous les biens et possessions de ceux qui les ont obtenues par Lui, et Il les défendra contre les oppresseurs violents. Ainsi en témoigne Salomon : « Le Seigneur détruira la maison de l'homme orgueilleux, mais Il stabilisera les bornes de la veuve ». « Il n'y a aucun doute », dit David, « qu'il vaut mieux le peu véritablement acquis par l'homme juste que les richesses innombrables de l'homme injuste ». Fuyons donc, bonnes gens, toutes les mauvaises pratiques pour obtenir, maintenir et défendre nos propriétés, nos terres et nos moyens de subsistance, nos bornes et nos libertés, en nous souvenant que de telles possessions sont toutes sous la vengeance de Dieu.

Mais pourquoi je parle de maisons et de terres ? Non, il est dit dans les Écritures que Dieu dans sa colère déracine des royaumes entiers pour des torts et des oppressions et qu'Il fait passer la royauté d'une nation à une autre pour des actes injustes, pour des torts, et pour des richesses obtenues par tromperie. Telle est la pratique du [Dieu] Saint, dit Daniel, « dans l'intention que les hommes vivants sachent que le Très Haut a le pouvoir sur les royaumes des hommes et les donne à qui Il veut ». De plus, quelle est la cause de la pénurie et de la rareté, de la disette et de la famine ? Rien d'autre qu'un gage de la colère de Dieu vengeant nos torts et nos injures les uns aux autres. « Vous avez semé beaucoup », dit Dieu par Son prophète Aggée « et cependant vous récoltez peu ; vous mangez, mais vous n'êtes pas repus ; vous buvez, mais vous avez encore soif ; vous vous ha-billez, mais vous n'avez pas chaud ; et celui qui gagne son salaire le met dans une bourse sans fond. Vous recherchez une belle croissance, mais voyez, il est venu peu, et quand vous l'avez rentré dans vos granges, je l'ai soufflé au loin, dit le Seigneur ». Oh, considérez donc la colère de Dieu contre les glaneurs, les cueilleurs et ceux qui empiètent sur les terres et les propriétés des autres !

Il est lamentable de voir en quelques lieux comment des hommes avares ont l'habitude de labourer et de herser sur la terre de leur voisin qui est contigüe à la leur ; comment des hommes cupides labourent de nos jours si près des chemins publics et des passages que des hommes bons ont auparavant faits plus larges et plus vastes, en partie pour le passage commode de leur voisin, et en partie pour un meilleur abri au temps des moissons, pour un plus grand confort du troupeau de leur voisin pauvre. C'est une honte de voir l'insatiabilité de quelques personnes cupides dans leurs agissements ; car là où leurs ancêtres ont laissé de leur terre un passage suffisant pour porter les corps en sépulture Chrétienne, ils se pincent en voyant de tels passages [établis] par un long usage et par la coutume et qui devraient être gardés inviolablement à cet usage, et maintenant soit ils ne veulent rien entendre, faisant retourner le cadavre jusqu'à la borne suivante dans la rue principale, soit ils laissent un passage si étroit qu'on ne peut y marcher à deux de front. Ces empiètements étranges, pour vous qui êtes de bons voisins, devraient être examinés, et nous devrons les considérer en ces jours de déambulations, et ensuite les parties seront averties et charitablement corrigées, qui que soient ceux qui agissent de manière à s'enrichir en scandalisant la ville et en gênant les pauvres.

Nos routes devraient être examinées dans nos promenades, pour comprendre où employer nos journées de travail selon les bonnes lois établies dans ce but. C'est un bon acte de miséricorde de corriger les voies dangereuses et répugnantes afin que ton pauvre voisin, assis sur sa bête faible et stupide, ne s'effondre pas dans un trou, et que le marché soit moins bien achalandé car les clients sont découragé d'y aller à cause de cela.

Et pour cette raison nous ferons entendre nos prières à Dieu Tout-Puissant, pour la croissance de votre blé et de votre bétail et pour leur défense contre les brouillards et les coups de vent, contre la grêle et d'autres formes de tempêtes hors de saison, pour l'amour, l'équité et la droiture, d'où découlent la miséricorde et la charité que Dieu exige de notre part. Ce que Dieu Tout-Puissant respectait principalement en édictant Ses Lois civiles pour Son peuple des Israélites, en chargeant les propriétaires de ne pas rentrer leur blé trop près de la saison des moissons, ni les raisins et les olives au temps des vendanges, mais de laisser quelques épis de blé pour les pauvres glaneurs. Il voulait les induire par là à avoir pitié des pauvres, à soulager les nécessiteux, à manifester de la miséricorde et de la gentillesse. Ce qui est distribué aux pauvres pour l'amour de Dieu n'est jamais perdu. Car « Celui qui donne la semence au semeur », et « du pain aux affamés », qui fait tomber « la pluie de la première et de la dernière saison » sur vos champs, de façon à remplir « les granges avec du blé » et « le pressoir avec du vin et de l'huile » ; Lui, dis-je, qui récompense toutes sortes de bienfaits « par la résurrection des justes » ; Il récompensera assurément tous les gestes de miséricorde envers les nécessiteux, quelle que soit l'incapacité du pauvre à qui ils sont attribués. Oh, dit Salomon, « Que la miséricorde et la vérité ne t'abandonnent pas. Attache-les autour de ton cou », dit-il, « et écris-les sur la tablette de ton cœur, et tu trouveras ainsi la faveur de Dieu ». « Honore le Seigneur de tes richesses et avec les premiers fruits de tes récoltes ; ainsi tes granges seront remplies avec abondance et tes pressoirs éclateront avec le vin nouveau ». Non, Dieu a promis d'ouvrir les fenêtres du ciel sur les généreux, sur les justes, afin qu'ils ne manquent de rien. Il réprimera la chenille dévoreuse qui devait dévorer vos fruits. Il vous donnera la paix et la tranquillité pour rentrer vos provisions, afin que vous puissiez tranquillement vous asseoir chacun sous sa propre vigne, sans craindre que des ennemis étrangers vous envahissent. Il vous donnera non seulement de la nourriture pour vivre mais aussi des estomacs et de bons appétits pour prendre des forces avec vos produits de toutes sortes, que vous aurez en suffisance. Finalement, Il vous bénira par l'abondance en tout domaine dans cette vie transitoire, et vous induira en toute sorte de bénédiction dans le monde prochain, dans le royaume des cieux, par les mérites de notre Seigneur et Sauveur. À qui, avec le Père et le Saint-Esprit, soit tout honneur, éternellement. Amen.