Les noces de Cana

SERMON pour le 3ème dimanche après l’Épiphanie

Traduction d’une méditation biblique éditée par le Très Révérend Jerry L. OGLES,

Docteur en Théologie et évêque métropolite de l’Anglican Orthodox Church.

COLLECTE : « Dieu éternel et tout-puissant, jette un regard de miséricorde sur nos infirmités, et étends ta main droite pour nous protéger et pour nous secourir dans tous les dangers, et dans tous les malheurs ; par Jésus-Christ, notre Seigneur. Amen. ».

ÉVANGILE : « Or trois jours après on faisait des noces à Cana de Galilée, et la mère de Jésus était là. Et Jésus fut aussi convié aux noces, avec ses Disciples. Et le vin étant venu à manquer, la mère de Jésus lui dit : ils n'ont point de vin. Mais Jésus lui répondit : qu'y a-t-il entre moi et toi, femme ? Mon heure n'est point encore venue. Sa mère dit aux serviteurs : faites tout ce qu'il vous dira. Or il y avait là six vaisseaux de pierre, mis selon l'usage de la purification des Juifs, dont chacun tenait deux ou trois mesures. Et Jésus leur dit : emplissez d'eau ces vaisseaux. Et ils les emplirent jusques au haut. Puis il leur dit : versez-en maintenant, et portez-en au maître d'hôtel. Et ils lui en portèrent. Quand le maître d'hôtel eut goûté l'eau qui avait été changée en vin, (or il ne savait pas d'où cela venait, mais les serviteurs qui avaient puisé l'eau, le savaient bien), il s'adressa à l'époux. Et lui dit : tout homme sert le bon vin le premier, et puis le moindre après qu'on a bu plus largement ; [mais] toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant. Jésus fit ce premier miracle à Cana de Galilée, et il manifesta sa gloire, et ses Disciples crurent en lui. » (Jean 2.1-11).

Pourquoi juge-t-on mal le cœur des autres ? Nous jugerions plus pertinemment si nous pouvions voir la fin des choses, mais nous ne le pouvons pas ; Dieu le peut. Dieu, en fait, garde le meilleur vin pour la fin. Voyez le pauvre Job ! Lisons le début du Livre de Job :

« Il y avait au pays de Huts un homme appelé Job ; et cet homme était intègre et droit, craignant Dieu, et se détournant du mal. Il eut sept fils et trois filles. Et son bétail était de sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs, et cinq cents ânesses, avec un grand nombre de serviteurs ; tellement que cet homme était le plus puissant de tous les Orientaux. » (Job 1.1-3).

Notez le nombre des animaux que possédait Job au début. Après que Dieu a permis à Satan de priver Job de tout ce qu’il avait (afin de nous montrer ce qu’est l’obédience), voyez ce que Dieu tenait en réserve pour Job à la fin, après qu’il a obéi sans désemparer à la Parole de Dieu.

« Ainsi l’Éternel bénit le dernier état de Job plus que le premier, tellement qu'il eut quatorze mille brebis, et six mille chameaux, et mille couples de bœufs, et mille ânesses. Il eut aussi sept fils, et trois filles. Et il appela le nom de l'une Jémina [Belle comme le jour], et le nom de l'autre Ketsiha [Casse (un aromate)], et le nom de la troisième Kéren-happuch [Éclats de splendeur]. Et il ne se trouva point dans tout le pays de si belles femmes, que les filles de Job ; et leur père leur donna héritage entre leurs frères. Et Job vécut après ces choses-là cent quarante ans, et il vit ses fils, et les fils de ses fils, jusqu'à la quatrième génération. Puis il mourut âgé et rassasié de jours. » (Job 42.12-17).

Job, qui avait tout perdu et qui avait été jugé impie par ses amis, a récupéré tout ce qu’il avait en double, sauf ses fils et ses filles. Bien sûr, ses amis l’avaient jugé à ses pertes, selon les apparences, et pas en fonction de son cœur intime.

Et pourquoi Dieu a-t-Il doublé le nombre des moutons, des chameaux, des bœufs et des avoirs que Job possédait avant sa tribulation, et n’a-t-Il pas doublé le nombre de ses fils et de ses filles ? C’est une erreur que de poser cette question, car cela ne correspond pas à la manière de penser de Dieu. Job, en fait, a gagné le double du nombre de fils et de filles qu’il avait avant d’être tenté par Satan, mais les premiers étaient maintenant en sécurité dans un lieu plus sûr qu’avant leur mort. Ils étaient auprès de Dieu et ils étaient toujours les enfants de Job, sous la garde de Dieu. En réalité, Job s’est retrouvé avec le double de tout ce qu’il avait au début.

Les mystères de Dieu dépassent tout ce que nous pouvons subodorer, à moins que nous laissions Dieu élever nos pensées au niveau de Ses pensées.

Pourquoi commencer ce sermon sur les noces de Cana par cette vieille histoire de Job ? Parce que les mêmes causes produisent les mêmes effets, et cela s’applique dans tout le texte de la Bible : Dieu garde toujours le meilleur pour la fin. Voyons l’histoire du pauvre Moïse : Après 40 ans de récriminations, de contestations et de rébellions du peuple à travers le désert, il est arrivé au Jourdain. Il n’y a qu’un mince filet d’eau qui sépare moïse de la Terre Promise. Mais Dieu refuse de lui permettre de le traverser avec le peuple. Moïse avait désobéi à Dieu quand il s’est mis en colère contre le peuple, et Dieu l’a puni en lui refusant de traverser le fleuve.

Lisons ce qu’il est écrit sur les derniers jours de Moïse : « Alors Moïse monta des campagnes de Moab sur la montagne de Nébo, au sommet de la colline qui est vis-à-vis de Jéricho, et l'Éternel lui fit voir tout le pays, depuis Galaad jusques à Dan, avec tout [le pays] de Nephthali, et le pays d'Ephraïm et de Manassé, et tout le pays de Juda, jusqu'à la mer Occidentale ; et le Midi, et la campagne de la plaine de Jéricho, la ville des palmes ; jusqu'à Tsohar. Et l'Éternel lui dit : C'est ici le pays dont j'ai juré à Abraham, à Isaac, et à Jacob, en disant : Je le donnerai à ta postérité ; je te l'ai fait voir de tes yeux ; mais tu n'y entreras point. Ainsi Moïse, serviteur de l'Éternel, mourut là au pays de Moab, selon le commandement de l'Éternel. Et il l'ensevelit dans la vallée, au pays de Moab, vis-à-vis de Beth-Péhor ; et personne n'a connu son sépulcre jusqu'à aujourd'hui. » (Deutéronome 34.1-6).

C’est triste, n’est-ce pas ? D’après notre vision des choses, c’est même tragique. Mais attendez une minute ! Voyez comment Moïse apparait ensuite dans les Écritures : « Et six jours après, Jésus prit Pierre, et Jacques, et Jean son frère, et les mena à l'écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré en leur présence et son visage resplendit comme le soleil; et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. Et voici, ils virent Moïse et Élie, qui s'entretenaient avec lui. » (Matthieu 17.1-3). Et voyez Joseph, le préféré de son père Jacob : Battu par ses propres frères, jeté dans un puits, puis vendu en esclavage. Joseph est devenu ensuite le dirigeant en second de l’Égypte, et la source du Salut pour ses frères, au temps de la famine. Lisez comment Joseph décrit cette expérience après qu’il a retrouvé ses frères venus quémander de la nourriture en Égypte : « Puis ses frères même y allèrent, et se prosternèrent devant lui, et lui dirent : Voici, nous sommes tes serviteurs. Et Joseph leur dit : Ne craignez point ; car suis-je en la place de Dieu ? [Ce que] vous aviez pensé en mal contre moi, Dieu l'a pensé en bien, pour faire selon ce que ce jour-ci [le montre], afin de faire vivre un grand peuple. Ne craignez donc point maintenant ; moi-même je vous entretiendrai, vous et vos familles ; et il les consola, et leur parla selon leur cœur. » (Genèse 50.18-21).

Les noces de Cana : Ce passage est cité dans tous les mariages que j’ai célébrés ou auxquels j’ai assisté ! Cette phrase : « Jésus fit ce premier miracle à Cana de Galilée » est la plus merveilleuse de toute la Bible, à mon sens. Quand vous lisez Jean 1.1, remarquez le parallèle avec le premier verset de la Genèse : « Au commencement ». Ces deux Livres s’ouvrent sur un commencement.

Lisez maintenant Jean 2 et Genèse 2 : les deux chapitres se réfèrent à l’institution du mariage, et sont un texte de référence pour tous les mariages : « Et l’Éternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur Adam, et il s'endormit ; et [Dieu] prit une de ses côtes, et resserra la chair dans la place [de cette côte]. Et l’Éternel Dieu fit une femme de la côte qu'il avait prise d'Adam, et la fit venir vers Adam. Alors Adam dit : A cette fois celle-ci est os de mes os, et chair de ma chair ; on la nommera hommesse, parce qu'elle a été prise de l'homme. C'est pourquoi l'homme laissera son père et sa mère, et se joindra à sa femme, et ils seront une [même] chair. » (Genèse 2/21-24). Ceci est la première relation humaine que Dieu a ordonnée aux hommes : le mariage – avant même l’Église !

Revenons-en maintenant à Jean 2, et que lisons-nous ? Une fois de plus, Dieu honore et sanctifie l’institution du mariage, avant que l’Église fût elle-même instituée.

Cana était une ville voisine de Nazareth où Jésus avait grandi. Ses hôtes étaient sans doute des amis proches. Les mariés avaient peut-être le même âge que Christ et ils étaient peut-être des amis personnels de Christ. Marie, Sa mère, était également présente, avec les Disciples. Cet événement suit immédiatement le début du ministère terrestre de Christ. Souvenez-vous qu’en Jean 1 Jésus est baptisé par Jean-Baptiste et commence aussitôt son ministère. Le miracle de Cana est donc le premier miracle, et la première bénédiction de Jésus dans Son ministère. Ceci démontre l’importance du mariage aux yeux de Dieu. Si les mariages échouent, l’Église de Dieu vacille aussi car le mariage est la pierre angulaire de l’Église.

« Et le vin étant venu à manquer, la mère de Jésus lui dit : ils n'ont point de vin. Mais Jésus lui répondit : qu'y a-t-il entre moi et toi, femme ? Mon heure n'est point encore venue. ». Comment notre Seigneur de grâce ne Se serait-Il pas réjoui du commencement de Son œuvre de miséricorde divine, déterminée avant même que le monde fût créé par la Trinité bénie, qui devenait enfin effective ? Toutefois, pendant que le Seigneur Jésus se réjouissait en honorant cette noce de Sa présence, contemplant à l’occasion Sa propre union avec Son épouse, l’Église, on relève de la mélancolie dans Sa réponse : « Mon heure n'est point encore venue », laquelle parle au cœur de toute personne qui en mesure la signification. Un temps viendra pour Christ où le vin de la Vie viendra à lui manquer. Il devait donner Sa vie pour nous. Il pensait à cela alors que Marie, sa mère, n’en avait aucune idée.

« Sa mère dit aux serviteurs : faites tout ce qu'il vous dira. ». Ceci est un conseil valable pour nous, aujourd’hui : « faites tout ce qu'il vous dira. ». Tomber en panne sèche de vin au cours d’une noce était une grande humiliation, à l’époque de Christ. « Et ne vous enivrez point du vin auquel il y a de la dissolution ; mais soyez remplis de l'Esprit. » (Éphésiens 5/18). Le Saint-Esprit est le Vin de Dieu. Il change notre comportement d’une manière que le monde ne peut pas comprendre.

« Et Jésus leur dit : emplissez d'eau ces vaisseaux. Et ils les emplirent jusques au haut. ». Nous avons ici un modèle d’obédience. Ils sont à court de vin. Jésus a été invité à résoudre le problème. Il demande aux serviteurs de remplir les vases avec de l’eau. N’est-ce pas insensé ? Et notez que personne ne pose de question à Christ. Ils obéissent à cet ordre qui leur semble ridicule, sans discuter. Nous aussi, nous devrions obéir à Christ sans poser de questions, quelles que soient les circonstances, bonnes ou mauvaises.

« Et ils les emplirent jusques au haut. Puis il leur dit : versez-en maintenant, et portez-en au maître d'hôtel. Et ils lui en portèrent ». C’était une coutume bien établie à l’époque que le maître de cérémonie goûte les vins avant de les servir. Mais ce vin est différent. C’est le Vin nouveau du Ciel qui ne peut pas être conservé dans de vieilles outres.

« Quand le maître d'hôtel eut goûté l'eau qui avait été changée en vin, (or il ne savait pas d'où cela venait, mais les serviteurs qui avaient puisé l'eau, le savaient bien), il s'adressa à l'époux. Et lui dit : tout homme sert le bon vin le premier, et puis le moindre après qu'on a bu plus largement ; [mais] toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant. ». Ainsi que nous l’avons noté dans la vie de Joseph, Moïse ou Job, Dieu garde souvent le meilleur vin de la vie pour la fin. Qui se souvient de la Neuvième Symphonie de Beethoven ? L’Ode à la Joie vient à la fin. C’était la toute dernière note de musique que Beethoven ait jamais écrite, et Dieu lui a donné cette inspiration pendant les derniers jours de sa vie, alors qu’il était devenu sourd.

Il se pourrait bien que Dieu garde aussi votre meilleur vin en réserve pour la fin.