Jean Baptiste

SERMON pour le 3ème dimanche de l’AVENT.

Traduction d'une méditation biblique originale éditée par le Très Révérend Jerry L. Ogles,

Docteur en Théologie et évêque métropolite de l'Anglican Orthodox Church.

« Or Jean, ayant ouï parler dans la prison de ce que Jésus-Christ faisait, il envoya deux de ses disciples pour lui dire : Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? Et Jésus répondant leur dit : Allez et rapporter à Jean les choses que vous entendez et que vous voyez : Les aveugles recouvrent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont nettoyés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et l’Évangile est annoncé aux pauvres. Heureux celui qui ne se scandalisera pas de moi. Comme ils s’en allaient, Jésus se mit à parler de Jean au peuple et dit : Qu’êtes-vous allés voir au désert ? Était-ce un roseau agité par le vent ? Mais encore, qu’êtes-vous allés voir ? Était-ce un homme vêtu d’habits précieux? Voila ceux qui portent des habits précieux sont dans les maisons des rois. Qu’êtes-vous donc allés voir ? Un prophète? Oui, vous dis-je et plus qu’un prophète, car c’est celui de qui il a été écrit : Voici j’envoie mon ange devant ta face qui préparera ton chemin devant toi. Je vous dis en vérité qu’entre ceux qui sont nés de femme, il n’en a été suscité aucun plus grand que Jean Baptiste, toutefois celui qui est le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui. Mais depuis le temps de Jean Baptiste jusqu’à maintenant, le royaume des cieux est forcé et les violents le ravissent, car tous les prophètes et la loi ont prophétisés jusqu’à Jean. Et si vous voulez recevoir ce que je dis, il est cet Élie qui devait venir. Que celui qui a des oreilles pour ouïr entende. Mais à qui comparerai-je cette génération? Elle ressemble aux petits enfants qui sont assis dans les places publiques et qui crient à leurs compagnons et qui leur disent : Nous vous avons joué de la flute et vous n’avez point dansé, nous avons chanté des plaintes devant vous et vous n’avez point pleuré, car Jean est venu ne mangeant, ni ne buvant et ils disent : Il a un démon. Le fils de l’homme est venu mangeant et buvant et ils disent : Voilà un mangeur et un buveur, un ami des péagers et des gens de mauvaise vie, mais la sagesse a été justifiée par les enfants » (Matthieu 11/2-19).

Jean-Baptiste fut emprisonné par Hérode Antipas peu après le début du ministère de notre Seigneur, et après la première Pâque. Son crime était terrible : Jean disait la vérité. Il avait dit au Roi Hérode que de vivre dans la concupiscence et l’adultère en épousant la femme de son frère Philippe, Hérodias, était un inceste. Vous rendez-vous compte ? Aujourd’hui, Jean serait accusé d’être trop critique ou intolérant, et cependant Jean proclamait simplement un jugement de Dieu à partir de Sa Parole. Nous vivons au milieu d’Hérodes et d’Hérodias qui nous jetteraient en prison s’ils le pouvaient, pour leur avoir révélé qu’ils vivent dans le péché. « Car Hérode avait envoyé prendre Jean et l’avait fait lier dans la prison à cause d’Hérodias, femme de Philippe, son frère, parce qu’il l’avait épousée, car Jean disait à Hérode : Il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère. C’est pourquoi Hérodias lui en voulait et elle désirait de le faire mourir, mais elle ne pouvait en venir à bout. Parce qu’Hérode craignait Jean sachant que c’était un homme juste et saint et il le considérait et il faisait beaucoup de choses après l’avoir entendu et il l’écoutait avec plaisir. » (Marc 6/17-20). Si vous ne supportez pas un message, alors vous voulez tuer le messager par tous les moyens. Aujourd’hui, le messager est tué par des déclarations assassines : Vous êtes trop critique, ou intolérant. L’Église est ainsi devenue stérile et impuissante à traiter le péché. Au lieu d’être le sel et la lumière du monde, l’Église a écouté la voix du monde et accepté de ne pas critiquer les péchés du monde.

Nous voyons des parallèles du traitement subi par Jean de nos propres jours, quand des femmes et des hommes méchants invitent à poursuivre des ministres qui prêchent la Parole de Dieu au sujet de l’homosexualité et de l’avortement.

Quelle est la première caractéristique de Jean Baptiste qui vient à l’esprit quand son nom est mentionné ? Pour moi, je pense à une voix qui crie dans le désert – « Car c’est celui dont Ésaïe le prophète a parlé en disant : La voix de celui qui crie dans le désert est : Préparez le chemin du Seigneur, dressez ses sentiers. » (Matthieu 3/3). Mais quel est ce désert ? Un désert est un espace non cultivé ou sauvage. Et le plus vaste et le plus décourageant des déserts n’est pas géographique, mais spirituel. Le pain et l’eau sont peu accessibles dans un désert géographique, mais c’est aussi le cas dans un désert spirituel : On manque du Pain du Ciel et de l’Eau de la Vie dans la plupart des rues illuminées aux néons de nos villes. En déambulant dans ces rues, nous voyons un désir de décadence et de luxure dans les têtes vides de ceux que nous croisons. Il n’y a personne avec qui partager les richesses de Christ, car tous sont spirituellement démunis. Dans ces rues, la seule mention de Christ est un « Voix qui crie dans le désert ». Pour ceux qui proclament les valeurs de la Bible, aujourd’hui, nos pays sont devenus de vastes déserts.

Le texte d’aujourd’hui est en deux parties. La première révèle la foi vacillante d’un grand témoin (Jean) et la réponse aimable de Christ à cet homme de foi. Dans la seconde, Christ fournit à Jean un témoignage de la vérité de Son ministère. Nous ne devons pas considérer que la foi de Jean est faible, car ce n’est vraiment pas le cas. Jean a été emprisonné et humilié. Sa vie est quotidiennement en péril, et cependant il continue à croire, dans des conditions dures qui dépassent notre entendement. Mais nous avons tous des moments où nous avons besoin d’une parole rassurante, et c’est dans un tel moment que Jean demande une confirmation.

« Or Jean, ayant ouï parler dans la prison de ce que Jésus-Christ faisait, il envoya deux de ses disciples pour lui dire : Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? ». Cette demande ne vient pas celle des disciples de Jean, mais de Jean lui-même. Il est sur le point de donner sa vie en préparant la voie pour le ministère de Christ, et un mot rassurant est raisonnable, vu les circonstances. Jean est en prison dans la sombre forteresse de Macheronte qu’Hérode avait construite pour lui servir de maison de plaisir et de péché. C’était une forteresse imprenable dans les collines sauvages de Moab. Les salles de plaisir et les murailles imprenables se sont écroulées depuis, mais le puits de basse-fosse est toujours discernable, avec des trous dans la maçonnerie où étaient scellées les chaînes des victimes – y compris Jean.

« Et Jésus répondant leur dit : Allez et rapporter à Jean les choses que vous entendez et que vous voyez : Les aveugles recouvrent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont nettoyés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et l’Évangile est annoncé aux pauvres. Heureux celui qui ne se scandalisera pas de moi ». Christ conseille aimablement aux disciples de Jean d’aller lui témoigner de tout ce qui avait été prophétisé et accompli par le ministère de Christ. Christ n’acceptait d’être jugé que sur Ses œuvres, car c’est le seul jugement qui soit sûr. On n’accorde pas de crédit à un homme qui prétend savoir ceci et cela ; mais parce qu’il démontre par sa conduite que ses prétentions ne sont pas usurpées. « Alors les yeux des aveugles seront ouverts et les oreilles des sourds seront débouchées. Alors le boiteux sautera comme un cerf et la langue du muet chantera avec triomphe, car des eaux sortiront du désert et les torrents de la solitude » (Ésaïe 35/5-6) ; « L’Esprit du Seigneur l’Éternel est sur moi, c’est pourquoi l’Éternel m’a oint pour évangéliser aux débonnaires, il m’a envoyé pour publier aux captifs la liberté et aux prisonniers l’ouverture de la prison » (Ésaïe 61/1). Ces prophéties ont été écrites sept cents ans avant la naissance de Christ, et c’est un réconfort pour notre foi que de voir leur accomplissement – comme ce fut le cas pour Jean. J’aime cette phrase d’Ésaïe proclamant la liberté aux captifs. Dieu a favorisé la fondation de notre nation et lui a donné une place prééminente dans le monde ; mais Il a aussi permis à chaque homme et à chaque femme de tous les pays de bénéficier de cette libération du péché, en venant à Lui. Jésus dit cela aux disciples de Jean afin de renforcer sa foi – et à nous aussi !

« Comme ils s’en allaient, Jésus se mit à parler de Jean au peuple et dit : Qu’êtes-vous allés voir au désert ? Était-ce un roseau agité par le vent ? Mais encore, qu’êtes-vous allés voir ? Était-ce un homme vêtu d’habits précieux? Voila ceux qui portent des habits précieux sont dans les maisons des rois. Qu’êtes-vous donc allés voir ? Un prophète? Oui, vous dis-je et plus qu’un prophète ». Ces questions sont toutes pleines d’esprit pour nous, autant que pour les disciples entourant Jésus. Quand nous allons à l’église pour le culte, est-ce que nous nous y allons pour assister à quelque performance étonnante d’un prédicateur ? Ces cultes sont rarement appelés des cultes de prières, mais plus souvent des ‘célébrations’ ou des ‘festivals’. De tels termes décrivent des expériences dont le but est de magnifier l’homme – alors que les prières et la louange magnifient Christ ! Attendons-nous de notre clergé de porter des vêtements à la dernière mode ? Mon père m’a dit un jour qu’un homme adonné à de fréquents changements dans la mode est susceptible d’être entraîné par tout vent de doctrine. Nous avons aujourd’hui des évangélistes qui ont des costumes à 2.000€ sur le dos, des bagues avec de gros diamants, des montres Rolex en or, et qui réclament de l’argent à des veuves et à des petits vieux qui ont du mal à garnir leur garde-manger avec ne serait-ce que du pain. Je peux presque sentir la fumée du feu de l’enfer qui les attend. Jean n’est pas un prophète ordinaire, mais le messager choisi par Dieu pour annoncer la venue de Son Fils unique engendré !

« ... car c’est celui de qui il a été écrit : Voici j’envoie mon ange devant ta face qui préparera ton chemin devant toi. Je vous dis en vérité qu’entre ceux qui sont nés de femme, il n’en a été suscité aucun plus grand que Jean Baptiste, toutefois celui qui est le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui ». (Malachie 3/1 : « Voici, je m’en vais envoyer mon ange et il préparera la voie devant moi »). Christ souligne les vertus de Jean, après le départ de ses disciples. Il veut que l’honneur de Jean ne soit en rien diminué parce qu’il pose ces questions. Le caractère de Christ est assez différent de celui des hommes : Christ félicite Jean après le départ de ses disciples. Or, les hommes font de grandes louanges des hommes quand ils sont devant eux, et leur plantent des couteaux dans le dos une fois qu’ils ont le dos tourné, par leurs critiques acerbes. Bien que Jean soit très au-dessus des autres hommes, il est encore loin du Royaume des Cieux auquel il aspire – tout comme chacun d’entre nous.

« Mais depuis le temps de Jean Baptiste jusqu’à maintenant, le royaume des cieux est forcé et les violents le ravissent, car tous les prophètes et la loi ont prophétisés jusqu’à Jean ». La bataille fait rage et les cris de douleur s’élèvent du champ de bataille, exhalant la souffrance des saints. Le chemin du Royaume n’est pas une déclaration de notre propre volonté, ou une démonstration du pouvoir de l’homme (comme c’est le cas dans les Églises contemporaines), mais un doux cheminement à la suite du Bon Berger du petit troupeau. Les loups rôdent autour du troupeau cherchant une occasion de répandre le sang et d’en tirer profit à leur propre avantage. Ceci décrit le Royaume en Matthieu 13/31-32 : « Le royaume des cieux est semblable à un grain de moutarde que quelqu’un prend et sème dans son champ. Ce grain est la plus petite de toutes les semences, mais quand il a crû, il est plus grand que les autres légumes et il devient un arbre, tellement que les oiseaux du ciel y viennent et font leurs nids dans ses branches ». Les oiseaux qui font leur nid dans ses branches sont des démons, et ils obtiennent souvent la place d’honneur en haut de l’arbre.

« Et si vous voulez recevoir ce que je dis, il est cet Élie qui devait venir. Que celui qui a des oreilles pour ouïr entende ». Christ partage généreusement de grands mystères à ceux dont les oreilles sont ouvertes, dans l’humilité, et désireux de L’écouter. Chose surprenante, la sagesse du monde ne saisit jamais les vérités simples proférées par Christ. Mais si nous avons des oreilles (ouvertes, croyantes, confiantes, à l’écoute) pour entendre (pas seulement les mots, mais l’Esprit qui parle), nous comprenons ces mystères. « Voici, je vais vous envoyer Élie le prophète avant que le jour grand et redoutable de l’Éternel vienne. Il convertira le cœur des pères envers ses enfants et le cœur des enfants envers leurs pères, de peur que je vienne et que je frappe la terre à la façon de l’interdit. » (Malachie 4/5-6). Notez le dernier mot de l’ancien Testament : INTERDIT. La loi est une malédiction pour ceux qui ne croient pas. Et notez que le dernier mot du Nouveau Testament est AMEN : « Celui qui rend témoignage de ces choses dit : Oui, je viens bientôt, amen! Oui, Seigneur Jésus, viens. La grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soit avec vous tous, amen. » (Apocalypse 22/20-21). Il y a une différence de point de vue glorieuse entre l’ancien et le Nouveau Testaments. Jésus-Christ est toute la différence !

« Mais à qui comparerai-je cette génération? Elle ressemble aux petits enfants qui sont assis dans les places publiques et qui crient à leurs compagnons et qui leur disent : Nous vous avons joué de la flute et vous n’avez point dansé, nous avons chanté des plaintes devant vous et vous n’avez point pleuré ». Donald Frasier a écrit dans ‘Métaphores de l’Évangile’ que Jésus « a représenté un groupe de petits enfants jouant à de faux mariages et enterrements. Ils faisaient d’abord une procession de mariage ; quelques-uns jouaient d’un instrument de musique comme le pipeau, pendant que le reste sautait et dansait. D’une marnière perverse, cependant, ils refusaient de réagir, mais restaient immobiles avec un air renfrogné. Les petits musiciens changeaient alors de registre, et entamaient un air funèbre. Ils se mettaient à imiter les hauts cris des pleureuses orientales. Mais ils étaient à nouveau déçus, car leurs compagnons refusaient de se joindre à la lamentation et de battre leur poitrine ». Ces enfants inertes sont de mauvais joueurs. Ils ne rentrent jamais dans le jeu, et ils restent en marge à se moquer. Votre Église est-elle devenue susceptible d’un tel comportement ?

« ... car Jean est venu ne mangeant, ni ne buvant et ils disent : Il a un démon. Le fils de l’homme est venu mangeant et buvant et ils disent : Voilà un mangeur et un buveur, un ami des péagers et des gens de mauvaise vie, mais la sagesse a été justifiée par les enfants ». Le monde trouvera toujours un bon prétexte pour condamner le peuple de Dieu et pour tuer les prophètes. Soit vous êtes trop pieux, soit pas assez ; soit vous êtes bouillant, soit vous êtres trop froid ; soit vous êtes trop affirmatif, soit trop timide ; soit vous êtes trop spirituel, soit pas assez. Si nous sommes des enfants de la Sagesse, nous avons des oreilles pour entendre et pour savoir. Nous n’osons pas nous moquer en marge, mais nous réagissons activement à la musique : « Le Seigneur l’Éternel m’a donné une langue savante pour savoir parler à propos à celui qui est abattu, il m’excite à l’attention tous les matins, il me touche l’oreille afin que j’écoute comme on écoute les maîtres. Le Seigneur l’Éternel m’a ouvert l’oreille et je n’ai point été rebelle et ne me suis point retiré en arrière. » (Ésaïe 50/4-5). Sommes-nous des enfants rebelles qui se moquent de ceux qui travaillent, ou de ceux qui saisissant la charrue, ne jettent pas un regard ni à droite, ni à gauche, ni en arrière, mais qui tracent un sillon droit pour le Christ ? (Luc 9/62 : « Celui qui met la main à la charrue et regarde derrière lui n’est point propre pour le royaume de Dieu. »).