30-Du mariage

II-18. De l'état du Mariage

{67} La Parole de Dieu Tout-Puissant atteste et déclare d'où est venu, à l'origine, le mariage, comment il a commencé et pourquoi il a été ordonné. Il a été institué par Dieu dans l'intention que l'homme et la femme vivent licitement dans une union perpétuelle et amicale, pour produire du fruit et éviter la fornication, et préserver par ce moyen la bonne conscience des deux parties en tenant en bride les inclinations corrompues de la chair dans les limites de l'honnêteté, car Dieu a strictement interdit toute prostitution et toute impureté, et il a opéré de temps en temps des châtiments graves contre ce lucre désordonné, comme toutes les histoires de toutes les époques le montrent. De plus, il est aussi ordonné afin que toutes les églises de Dieu et Son royaume soient conservées et augmentées par ce genre de vie, non seulement en ce que Dieu donne des enfants par Sa bénédiction, mais aussi en ce qu'ils soient élevés pieusement par les parents, dans la connaissance de la Parole de Dieu, afin qu'ainsi la connaissance de Dieu et de la vraie religion soit transmise par succession d'une [génération] à l'autre, et que finalement beaucoup puissent jouir de l'immortalité éternelle.

C'est pourquoi, pour autant que le mariage serve aussi à éviter le péché et les offenses de manière à accroître le royaume de Dieu, vous devez, comme tous les autres qui entrent dans cette condition, reconnaître ce bienfait de Dieu avec un esprit pur et reconnaissant, car Il a dirigé vos cœurs de façon à ne pas suivre l'exemple du monde des méchants qui font leurs délices de la saleté du péché, alors que vous craignez Dieu tous les deux et détestez toute saleté. Car c'est sûrement un don singulier de Dieu, alors que l'exemple ordinaire du monde montre comment le diable tient les cœurs liés et entravés par divers pièges, de sorte que dans leur célibat ils courent dans de claires abominations, sans aucun remords dans leur conscience. Et cette sorte de gens qui vivent désespérément salement doit s'attendre à une damnation décrite par St Paul, qui dit : « Ni les fornicateurs, ni les adultères n’hériteront du royaume de Dieu ». Vous avez échappé à cet horrible jugement de Dieu par Sa miséricorde, afin que vous viviez unis selon l'ordonnancement de Dieu.

Cependant, je ne vous laisserai pas [aller] insouciants, sans surveillance. Car le diable essayera de tout tenter pour interrompre et empêcher [l’union de] vos cœurs dans ce pieux projet, si vous lui en donnez l'accès. Car il travaillera soit à rompre ce saint lien qui a commencé entre vous, soit au moins à l'encombrer avec diverses peines et quelques mécontentements. Et c'est là sa principale besogne de susciter des dissensions entre vos cœurs, de l'un à l'autre ; que tandis qu'il y a maintenant un amour agréable et doux entre vous, il mettra à la place une discorde fort déplaisante et amère. Et notre adversaire commun, comme s'il venait d'en haut, s'en prend sûrement à la nature et à la condition humaine. Car c'est une folie qui grandit avec nous depuis notre âge tendre, de vouloir se diriger, de penser par soi-même, de sorte que nul ne pense à laisser la place à un autre. Ce méchant vice du volontarisme entêté et de l'amour propre convient plus à séparer et briser l'amour des cœurs qu'à préserver la concorde. C'est pourquoi les personnes mariées doivent s'appliquer très sérieusement à la concorde et doivent demander continuellement à Dieu l'aide de Son Saint-Esprit, avec insistance, et qu'Il dirige leurs cœurs et lie ensemble leurs esprits afin qu'ils ne soient pas divisés par quelque discorde ou division.

Cette nécessité de la prière doit occuper souvent les personnes mariées, et l'une devrait prier souvent pour l'autre, afin que la haine et les disputes ne surgissent pas entre elles. Et parce que ceux qui prennent ces choses en considération sont peu nombreux, et encore moins nombreux à les pratiquer (je dis : de prier avec implication), nous voyons comment le diable méprise et trompe merveilleusement les mariés, comment peu de couples mariés sont sans réprimandes, disputes, regrets, médisances amères et luttes. Et quiconque commet ces choses ne voit pas l'instigation de l'ennemi invisible qui y prend grand plaisir, car sinon il s'efforcerait très sérieusement de lutter contre ces sottises, non seulement par la prière mais aussi avec tout ce qu'il est possible de faire ; oui, il ne donnerait pas libre cours à la provocation, à la colère qui l'incite soit à proférer des paroles dures et amères, soit à en venir aux mains, certainement à l'instigation du diable dont la tentation, si elle est suivie, commence à tisser la toile de toutes les misères et chagrins. Car c'est une vérité certaine que de tels commencements sont suivis d’une rupture de la vraie concorde des cœurs, ce qui bannit tout amour à brève échéance. Alors il ne peut arriver qu'une chose : c'est que ceux qui ne peuvent se supporter sont obligés de vivre ensemble, par nécessité. Et ceci se voit partout d'une façon très habituelle. Mais qu'est-ce qui en est la cause ? En vérité, c'est parce qu'ils ne veulent pas prendre en compte les ruses forgées par le diable, et ils ne s'appliquent donc pas à prier Dieu, afin qu'Il leur accorde de réprimer son pouvoir. De plus, ils ne voient pas comment ils coopèrent avec le diable, en ce qu'ils suivent la colère de leurs cœurs dans leur relation, et que dans leur folie ils retournent tout cul par-dessus tête, ne renonçant jamais à ce qu'ils estiment être leur bon droit, oui, et souvent ils ne reconnaissent pas leurs torts, en fait. C'est pourquoi, si vous désirez éviter toutes ces misères, apprenez à vivre en paix et confortablement dans les liens du mariage, à prier Dieu sérieusement, afin qu'Il gouverne vos deux cœurs par Son Saint-Esprit, restreigne le pouvoir du diable, et ainsi votre concorde pourra demeurer perpétuellement.

Mais il faut ajouter à cette prière une implication singulière, et St Pierre en donne un précepte, en disant : « Vous, maris, traitez vos femmes en connaissance de cause, donnant l'honneur à la femme comme à la partie la plus faible, car elles sont aussi les héritières de la grâce de la vie, afin que rien n'y fasse obstacle ». Ce précepte vise particulièrement le mari, car il doit être le chef et l'auteur de l'amour en chérissant et en augmentant la concorde, qui se fera alors jour s'il use de mesure et non de tyrannie, et s'il fait une place à la femme. Car la femme est une créature faible, non pourvue de la même force et de la même constance d'esprit, c'est pourquoi elles sont plus vite troublées, et elles sont plus enclines à toutes les faiblesses et humeurs de la pensée, plus que les hommes, et plus elles sont légères et plus elles sont vaines dans leurs opinions et fantasmes. Ces choses doivent être prises en compte par l'homme, afin qu'il ne soit pas trop rigide, qu'il soit tolérant sur quelques points, qu'il explique gentiment toutes choses, et qu'il se contrôle.

Mais le commun des hommes juge qu'une telle modération ne fait pas viril, car ils disent que c'est un gage de poltronnerie féminine, et pour cette raison ils pensent que c'est le rôle d'un homme d'écumer de colère, de battre avec les poings et le bâton. Cependant, quoiqu'ils en pensent, St Pierre juge indubitablement mieux [qu'eux] ce qui relève de l'homme et ce qu'il devrait raisonnablement faire. Car il a dit qu'il faut employer la raison plutôt que la bagarre. Oui, il a dit en outre qu'un certain honneur est dû à la femme, c'est à dire qu'elle doit être ménagée et supportée, car elle est la partie plutôt faible, avec un cœur fragile, inconstant et vite en colère pour une parole. Et c'est pourquoi, considérant toutes ses fragilités, elle doit être plus ménagée. Par ce moyen, tu n'entretiendras pas seulement la concorde, mais tu auras son cœur en ton pouvoir et [soumis] à ta volonté, car les natures sincères sont plus vite convaincues de faire leur devoir par des paroles douces que par des éclats de voix. Mais celui qui fait tout avec une sévérité extrême, et use toujours de rigueur en gestes et en paroles, à quoi cela lui sert-il à la fin ? À rien en vérité, sinon à faire avancer par là l'œuvre du diable ; il bannit la concorde, la charité et la douce amitié, et amène la dissension, la haine et l'irritabilité, les plus grands maux qui puissent exister dans la vie d'un homme en matière d'amour mutuel et de camaraderie. Au-delà de tout ceci, il amène un autre mal, car c'est l'interruption et la destruction de la prière. Car pendant que l'esprit est occupé avec la dissension et la discorde, aucune vraie prière ne peut être faite. Car la prière du Notre Père, par laquelle nous disons clairement que nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, comme nous demandons à Dieu le pardon de nos péchés, ne vise pas seulement les personnes particulières, mais tout l'Univers. Et comment pourraient-ils le faire droitement, si leurs cœurs sont en dissension? Comment pourraient-ils prier l'un pour l'autre, quand ils se détestent mutuellement ? Maintenant, si le secours de la prière est ôté, par quel moyen pourraient-ils se maintenir dans la concorde ? Car sans cela ils ne peuvent pas résister au diable ou maintenir leurs cœurs dans une sérénité agréable dans tous les périls et les nécessités, mais [uniquement] par la prière. Ainsi, tous les ennuis, aussi bien mondains que spirituels, accompagnent cette frénésie testiculaire et cette férocité gênante dans les manières, lesquelles conviennent plus à des bêtes brutes qu'à des créatures raisonnables. St Pierre ne permet pas cela, mais le diable les désire joyeusement. C'est pourquoi prenez bien garde. Car un homme peut bien être un homme sans en venir à de telles extrémités, oui, même s'il n'est pas toujours d'accord avec les manières de sa femme. Voilà le rôle d'un Chrétien, qui plaît à Dieu et sert aussi le confort de leur union matrimoniale.

Et maintenant, les devoirs de la femme. Quels sont-ils ? Va-t-elle abuser de la gentillesse et de l'humanité de son mari, et tout renverser à plaisir ? Surement pas, car cela répugne fort au Commandement de Dieu. Car St Pierre leur prêche ceci : « Vous les femmes, soyez soumises et obéissez à vos propres maris ». Obéir est autre chose que contrôler ou commander, ce qu'elles peuvent cependant faire avec leurs enfants et leur famille, mais quant à leurs maris, elles doivent leur obéir et cesser de commander, en se soumettant. Car cela entretient puissamment la concorde, quand la femme est à portée de main, aux ordres de son mari, quand elle s'applique à faire sa volonté, quand elle s'efforce de rechercher son contentement et de lui faire plaisir, quand elle évite tout ce qui pourrait l'offenser. Car ainsi se vérifient véritablement les dires du poète : « Une bonne épouse, en obéissant à son mari, confirme la règle » : de sorte qu'il aura toujours hâte de rentrer chez lui auprès d'elle, joyeux et content. Mais en revanche, quand les femmes sont têtues, directes et impolies, leurs maris sont obligés de les détester et de fuir leur propre maison, même si c'est pour se bagarrer avec leur ennemis.

Cependant, il ne se peut pas qu'il n'y ait pas parfois des offenses commises entre eux, car nul ne peut vivre sans faire de faute, spécialement la femme qui a le second rôle. C'est pourquoi, qu'ils fassent attention à ne pas persévérer obstinément dans leurs fautes, mais qu'ils reconnaissent leurs folies et disent : « Mon mari, j'ai été poussée par ma colère à faire ceci ou cela ; pardonne-moi, et dorénavant je ferai plus attention ». Voilà ce que les femmes devraient faire promptement, plus promptement encore que d'offenser. Et elles ne le feront pas seulement pour éviter un conflit ou une dispute, mais plutôt pour respecter le Commandement de Dieu, comme St Paul l'exprime par ces mots: « Que les femmes soient soumises à leur mari comme au Seigneur, car le mari est le chef de la femme comme Christ est le chef de l'Église ». Vous comprenez ici que Dieu a commandé que vous reconnaissiez l'autorité du mari en lui attribuant l'honneur de l'obéissance. Et St Pierre dit dans le même passage déjà cité que « les saintes matrones se sont parfois parées », non avec de l'or et de l'argent, mais en « mettant toute leur espérance en Dieu », et en « obéissant à leur mari, comme Sarah obéissait à Abraham, l'appelant Seigneur, lui dont vous êtes les filles » dit-il, si vous suivez son exemple. Il est très pertinent que les femmes impriment cette phrase dans leur mémoire. La vérité est qu'elles doivent ressentir d'une manière spéciale les douleurs et les peines de leur couple, en renonçant à la liberté de leur autonomie, dans les douleurs de l'enfantement, dans l'éducation de leurs enfants, et ces offices les mettent en grand péril et s'accompagnent de grandes afflictions, ce qu'elles n'auraient pas à subir si elles vivaient sans être mariées. Mais St Pierre a dit que c'est le principal ornement des matrones que de mettre leur espérance et leur confiance en Dieu, c'est à dire, en ne refusant pas le mariage à cause de toutes ces affaires, des douleurs et des périls qu'il induit, mais en confiant à Dieu tout ce qui peut advenir, sûres de Son secours, après L'avoir appelé à l'aide. Ô femme, fais cela et tu seras parfaitement embellie devant Dieu et tous Ses Anges et Ses saints. Et tu n'as pas besoin de chercher plus loin pour faire de bonnes œuvres. Car en obéissant à ton mari, en ayant égard à ses demandes et en faisant attention à lui pour percevoir ce qu'il attend de toi, tu honoreras Dieu ainsi, et tu vivras en paix dans ta maison. Et en plus, Dieu te couvrira de Ses bénédictions, au point que tout prospèrera aussi bien pour toi que pour ton mari, comme le dit le psaume : « Béni est l'homme qui craint Dieu et marche dans Ses voies. Tu profiteras du produit de tes mains ; tu seras heureux et cela ira bien pour toi. Ta femme sera comme une vigne se répandant généreusement autour de ta maison. Tes enfants seront comme de jeunes pousses d'olivier autour de ta table. Vois, ainsi cet homme qui craint le Seigneur sera béni », dit David.

Que la femme ait toujours cela à l'esprit et la tête couverte, ce par quoi elle signifie qu'elle est protégée et obéissante à son mari. Et comme ce vêtement indique par nature sa sujétion, St Paul demande que tout le reste de son habillement exprime la sobriété et l'humilité. Car il n'est pas licite que la femme ait la tête nue, mais elle doit porter dessus le signe de son pouvoir, où qu'elle aille, car il est exigé qu'elle affirme ainsi ce qui est signifié par là. Et c'est pourquoi les femmes antiques de l'ancien monde appelaient leur mari « Seigneur » et lui montraient de la révérence en lui obéissant.

Mais elle dira peut-être que ces messieurs aimaient vraiment leur femme. Je sais bien cela et je l'ai présent à l'esprit. Mais quand je fais une admonition en vous rappelant vos devoirs, ne venez pas me dire alors ce que devraient être leurs devoirs [à eux]. Car quand nous apprenons nous-mêmes à nos enfants à nous obéir comme à leurs parents, ou quand nous reprenons nos serviteurs en leur disant qu'ils doivent obéir à leur maître, non seulement au doigt et à l'œil mais comme au Seigneur, s’ils nous rappellent nos devoirs, nous ne penserions pas que c'est une bonne chose. Car quand nous sommes repris pour nos fautes dans nos devoirs, nous ne devons pas chercher quels sont les devoirs des autres. Car ce n'est pas parce qu'un homme n'est pas seul à fauter qu'il est innocenté. Mais ceci seulement doit retenir votre attention : comment faire pour être irréprochable. Car Adam a reporté le blâme sur la femme et elle l'a reporté sur le serpent, mais aucun d'eux n'en fut excusé pour autant. Et pour cette raison, ne me présentez pas de telles excuses dans ces moments-là, mais appliquez-vous à écouter comment vous devez obéir à votre mari. Car quand j'entreprends d'inviter ton mari à t'aimer et te chérir, je ne cesse pas d'exposer la Loi imposée aux femmes aussi bien que j'exige de l'homme ce qui est écrit pour lui dans la Loi. Fais donc en cette matière ce que tu dois seulement, et montre-toi docile à ton mari. Ou plutôt, si tu veux obéir à ton mari selon le précepte de Dieu, alors ne fais pas allusion à ce qui relève de son devoir, mais accomplis prestement ce que l'Auteur de la Loi t'impose de faire, car c'est la façon la plus raisonnable d'obéir à Dieu, si tu ne veux pas transgresser toi-même Sa Loi. Celui qui aime son ami ne semble pas faire quelque chose de grand, mais s'il honore celui qui lui fait du mal et le déteste, alors ce dernier mérite d'être sévèrement condamné. Et pense même que si tu peux supporter un mari extrémiste, tu auras une grande récompense pour cela, mais si tu l'aimes seulement parce qu'il est gentil et courtois, quelle récompense Dieu te donnera-t-Il pour cela ? Je ne dis pas que j'aimerais que les maris soient directs avec leur femme, mais j'exhorte les femmes à supporter patiemment la dureté de leur mari. Car quand les deux parties font de leur mieux pour accomplir leurs devoirs respectifs l'un envers l'autre, il s'ensuit un grand profit pour leurs prochains à cause de leur bon exemple. Car quand la femme est prête à supporter un mari direct et que l'homme évite d’en venir aux extrémités avec sa femme gênante et entêtée, alors tout est calme comme dans un port bien abrité.

Même dans l'ancien temps on procédait ainsi, chacun accomplissait son devoir et son office et ne s'occupait pas des devoirs de ses voisins. Considérez, je vous prie, qu'Abraham a pris avec lui le fils de son frère ; sa femme ne l'a pas blâmé pour cela. Il lui a commandé de l'accompagner dans un long voyage ; elle n'a rien dit, tout en obéissant. Encore, après toutes ces grandes misères, les travaux et les peines du voyage, quand Abraham fut fait seigneur de tous, il fit quand même une place à Lot. Ce dont Sarah ne s'attrista pas, ne tolérant jamais que sa langue profère un seul mot de ceux que les femmes actuelles éructent communément de nos jours, quand elles voient leur mari dans une pièce, dominé et mis plus bas que leurs jeunes, et lui font des reproches avec un discours gênant, les traitant pour cela d'idiots, de lâches et de poltrons. Mais Sarah était si loin de dire des choses pareilles qu'il ne lui vint jamais à l'esprit ni à la pensée d'en proférer, mais elle laissait libre cours à la sagesse et à la volonté de son mari. Oui, à côté de tout cela, après que Lot a eu ce qu'il voulait, et laissé à son oncle la moins bonne partie de sa terre, il est tombé par hasard dans un péril extrême, lequel hasard, quand il arriva aux oreilles du patriarche, le fit incontinent armer ses hommes en guerre et se préparer, avec toute sa famille et ses amis, à se battre contre l'armée des Perses. Dans cette occasion, Sarah ne lui a pas conseillé le contraire, ni ne lui a dit quelque chose comme : « Mon mari, où vas-tu si sottement ? Pourquoi te précipiter ainsi ? Pourquoi t'exposer à de si grands périls en étant prêt à risquer ta propre vie et mettre en danger celles de tous les tiens, parce qu'un homme t'a fait du tort ? Au moins, si tu n'a pas d'égard pour toi-même, prends pitié de moi qui ai abandonné ma parenté et mon pays et à qui mes amis et ma famille manquent, et qui suis ainsi venue avec toi dans des pays aussi lointains. Aie pitié de moi et ne fais pas de moi une veuve, me laissant dans les soucis et les ennuis ». Voilà ce que Sarah aurait pu dire, cependant elle n'a ni pensé ni proféré de telles paroles, mais elle est restée silencieuse en toutes choses. De plus, tout le temps qu'elle était stérile et ne souffrait pas, en produisant une progéniture à sa maisonnée comme les autres femmes, que faisait-il ? Il ne se plaignait pas à sa femme, mais à Dieu Tout-Puissant. Et considérez comment ils ont tous les deux fait chacun son devoir comme il convenait, car il n'a jamais méprisé Sarah parce qu'elle était stérile, ni ne le lui a jeté à la figure [en le lui rappelant]. Considérez encore comment Abraham a renvoyé la servante de sa maison quand Sarah l'a demandé, de sorte que je peux vraiment prouver par là que chacun contentait l'autre en toutes choses. Mais ne regardez pas seulement ce sujet, mais regardez au-delà ce qui fut fait avant cela : Agar a manipulé sa maîtresse en la méprisant et Abraham lui-même fut quelque peu provoqué à aller vers elle, ce qui doit être une chose intolérable et pénible pour une femme libre de cœur et chaste. Que la femme ne soit pas si occupée qu'elle doive demander l'aide de son mari, quand elle devrait être prête à faire son propre devoir, car cela ne mérite pas de grands compliments. Et même ainsi ne laissez pas l'homme considérer que cela relève seulement de la femme, et rester là à l'observer, sous prétexte que ce n'est pas son rôle ou son devoir. Mais comme je l'ai dit, que tous deux soient prêts à accomplir volontairement ce qui relève spécialement de l’autre. Car si nous sommes obligés de tendre notre joue gauche aux étrangers qui nous frappent sur la joue droite, combien plus devrions-nous supporter un mari extrêmement désagréable!

Cependant, je ne veux pas dire qu'un homme doive battre sa femme. Dieu l'a interdit, car c'est la plus grande honte qui soit, pas tant pour celle qui est battue que pour celui qui le fait. Mais si par malheur tu tombes sur un tel mari, ne le prends pas au drame, mais suppose que ce n'est pas une petite récompense qui t'attend après, et que dans cette vie tu auras une grande réputation, si tu peux rester calme. Mais si vous êtes les hommes dont je parle ; il n'y a aucune faute plus grave que de battre votre femme. Mais pourquoi dis-je votre femme ? Non, il n'est pas supportable qu'un honnête homme lève la main sur sa servante pour la battre. C'est pourquoi, si c'est une grande honte qu'un homme batte sa servante, celui qui lève des mains violentes sur sa femme libre est encore plus condamnable. Et nous devons bien comprendre ceci, [même] d'après les lois faites par les païens, lesquelles déchargent une femme [de l'obligation] d'habiter avec un tel mari, indigne de sa compagnie, pour l'avoir frappée. Car c'est un mal extrême de traiter aussi vilainement qu'une esclave celle qui est ta compagne pour la vie, et qui est donc ta conjointe pour les choses nécessaires de la vie. Et pour ces raisons on peut bien assimiler un tel homme, si on peut l'appeler un homme, ou plutôt une bête sauvage, à un parricide ou un matricide. Et tandis qu'il nous est commandé de quitter notre père et notre mère pour l'amour de notre femme, nous ne leur faisons aucun mal en cela, mais nous accomplissons la Loi de Dieu, comment ne pas considérer comme une extrême folie de traiter de façon aussi méprisable celle pour l'amour de laquelle Dieu t'a commandé de quitter tes parents ? Oui, Qui peut tolérer un tel mépris ? Qui peut exprimer dignement l'inconvenance qu'il y a à voir des gens pleurer ouvertement dans les rues, quand les voisins accourent à la maison d'un mari aussi indiscipliné, tel un chahuteur qui renverse tout ce qu'il possède dans sa maison ? Qui ne penserait pas qu'il serait mieux pour cet homme que le sol s'ouvre [sous ses pieds] pour l'engloutir, plutôt que de risquer de le croiser ne serait-ce qu'une fois au marché ?

Mais tu objecteras peut-être que c'est la femme qui l'a provoqué à ce point. Considère seule-ment que la femme est fragile, et que tu es donc son chef et sa tête, pour soutenir sa faiblesse dans sa sujétion. Pour cette raison, efforce-toi de mériter une réputation honnête par ta façon d'exercer l'autorité, ce que tu ne peux pas mieux faire qu'en cessant de l'outrager dans sa faiblesse et sa sujétion. Car le roi n'apparaît jamais si noble qu'en anoblissant et honorant ses officiers et ses lieutenants, car s'il les déshonorait en méprisant leur autorité et leur dignité, il se priverait lui-même d'une grande part de son propre honneur ; et de même, si tu méprises celle qui est à côté de toi dans ta chambre, tu rabaisses et tu pourris l'excellence et la vertu de ta propre autorité. Révise toutes ces choses en pensée et reste calme et gentil. Comprends que Dieu t'a donné des enfants par elle et qu'elle a fait de toi un père, et apaise-toi donc. Ne vois-tu pas des maris, comme ils s'appliquent à labourer ce champ de leur ferme, bien qu'il soit plein de défauts ? Par exemple, malgré sa sécheresse, malgré ses mauvaises herbes, malgré son imperméabilité, il le laboure quand même et en retire du fruit. De même, si tu voulais t'impliquer à instruire et diriger l'esprit de ton épouse avec la même abnégation, si tu voulais t'appliquer à ôter petit à petit de son esprit les petites mauvaises herbes et les mauvaises manières avec de saints préceptes, tu ne pourras qu'en retirer des fruits agréables pour votre confort à tous les deux, avec le temps. C'est pourquoi, fais ce que je te conseille ici, afin de ne rien laisser au hasard. Et quand une affaire désagréable surgit à la maison, si ta femme a raté quelque chose, console-la et n'en rajoute pas à sa peine. Car tu ne devrais pas t'affliger pour autant, mais tu ne trouveras rien de plus affligeant que de manquer de la bienveillance de ta femme chez toi ; quelque offense que tu puisses nommer, tu n'en trouveras aucune plus intolérable que de te disputer avec ta femme. Et à cause de cela par dessus-tout, tu révèreras cette façon d'aimer. Et si une raison quelconque t'incite à porter le fardeau de n'importe quel homme, à plus forte raison dois-tu porter celui de ta femme. Car si elle est pauvre, ne lui en fais pas reproche ; si elle est simple, ne la raille pas, mais sois très courtois, car elle est ton corps et une seule chair avec toi.

Mais tu diras peut-être qu'elle est une femme colérique, une ivrogne, bestiale, privée de raison et d'esprit. Raison de plus pour la plaindre. Ne t'irrite pas, mais prie Dieu Tout-Puissant. Qu'elle soit réprimandée et aidée par de bons conseils, et fais tous les efforts possibles pour la délivrer de toutes ces affections. Mais si tu en viens à la battre, tu ne feras qu'augmenter ses mauvaises affections, car l'effronterie et l'agressivité ne se corrigent pas avec de l'agressivité, mais avec de la douceur et de la gentillesse. De plus, considère quelle récompense tu recevras de Dieu, si étant sur le point de la battre, tu t'en es abstenu par crainte de Dieu en supportant ses grandes offenses, par respect de la loi qui interdit à un homme de répudier sa femme ; quelle que soit sa faute, tu auras une très grande récompense. Et avant de recevoir cette récompense, tu en ressentiras une grande commodité, car par ce moyen elle sera rendue plus obéissante, et tu seras rendu plus doux à son égard. Il est écrit dans une histoire qu'un certain philosophe étranger, qui avait une maudite femme, une effrontée et une ivrogne, quand on lui demandait pourquoi il supportait ses mauvaises manières, il répondait : « Par ce moyen », dit-il, « j'ai chez moi un maître d'école et un exemple pour mieux me comporter à l'extérieur, car je serai plus calme avec les autres, ayant ainsi un enseignement et un entraînement à supporter les gens ». C'est certainement une honte [pour nous] que des païens soient plus sages que nous. Nous qui devrions imiter les Anges, ou plutôt Dieu Lui-même, pour ce qui est de la douceur. Et par amour de la vertu, ce philosophe, Socrate, ne voulait pas chasser sa femme hors de sa maison; oui, quelques-uns disent même qu'il s'est marié avec cette femme pour apprendre la vertu grâce à elle. C'est pourquoi, vu que beaucoup d'hommes sont loin de la sagesse de ce philosophe, mon conseil sera qu'avant toute chose, l'homme fasse de son mieux pour s'efforcer de trouver une femme bonne, honnête et vertueuse, mais s'il arrive qu'il se soit trompé, qu'il ait choisi une femme ni bonne ni tolérable, alors que le mari imite ce philosophe et qu'il instruise sa femme sur tous les sujets, et qu'il ne le laisse pas voir. Car un marchand, sauf s'il compose avec ce facteur pour vaquer à ses affaires tranquillement, ne secoue pas le bateau pour naviguer, ni ne lève la main sur ses marchandises. Et même ainsi, faisons tout notre possible pour gagner l'amitié de notre femme, ce qui est le mot d'ordre de tout ce que nous faisons à la maison ; nous y gagnerons la tranquillité et le repos. Et par ce moyen tout prospérera tranquillement, et nous surmonterons ainsi les dangers des mers agitées de ce monde. Car cet état de vie sera plus honorable et plus confortable que nos maisons, qu'avoir des serviteurs, de l'argent, des terres et des propriétés, et on peut alors tout se dire. Comme tous ceux qui vivent dans la sédition et la discorde ne peuvent nous procurer aucun confort, de même tout tournera à notre commodité et à notre plaisir si nous portons ce joug dans la concorde du cœur et de la pensée.

C'est pourquoi faites de votre mieux pour vous efforcer de vivre le mariage de cette façon, et vous serez parés de tout côté. Vous avez échappé aux pièges du diable et aux désirs illicites de la chair, vous avez la conscience tranquille de par cette institution du mariage, ordonnée par Dieu ; c'est pourquoi priez-Le souvent d'être présent à vos côtés, afin qu'Il maintienne la concorde et la charité entre vous. Faites du mieux que vous pouvez de votre côté pour vous habituer à la douceur et à la suavité, et n'oubliez pas le hasard [qui peut survenir] ; et ainsi votre relation sera très agréable et confortable. Et bien que quelques adversités arriveront (et il ne peut en être autrement), et que tantôt un désagrément, tantôt un autre, apparaîtront, levez alors ensemble les mains au ciel dans ce trouble et cette adversité commune ; invoquez l'aide et l'assistance de Dieu, l'auteur de votre mariage, et vous aurez surement la promesse d'un soulagement à portée de main. Car Christ affirme dans Son Évangile : « Là où deux ou trois sont réunis en Mon Nom d'un commun accord, quoiqu'ils demandent en priant, cela leur sera octroyé par Mon Père céleste ». Pourquoi donc vous effrayer du danger quand vous avez la promesse d'une aide aussi bien disposée et proche [de vous] ? De plus, vous devez comprendre combien il est nécessaire pour un Chrétien de porter la croix de Christ, car sinon nous ne ressentirons jamais combien l'aide de Dieu est réconfortante pour nous.

C'est pourquoi rendez grâce à Dieu pour Sa grande bénédiction, en ce que vous avez endossé cet état avec les liens du mariage, et priez instamment que Dieu Tout-Puissant vous y maintienne et vous protège, afin que vous ne soyez pas vaincus par la tentation ni par l'adversité. Mais avant toute chose, prenez bien garde à ne pas donner au diable l'occasion de gêner vos prières par la discorde et la dissension. Car il n'y a pas de stabilité et de protection plus puissante dans toute la vie que la prière, par laquelle vous pouvez invoquer Dieu et obtenir Son aide, et recevoir Sa bénédiction, Sa grâce, Sa défense et Sa protection, pour avancer ainsi dans une vie meilleure. Qu'Il nous l'accorde, Celui qui est mort pour nous tous, à Qui soient tout honneur et toute louange, éternellement. Amen.

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