33-De la rébellion

II-21. Contre la Rébellion

{72} 1. Tout comme Dieu créateur et Seigneur de toutes choses a destiné Ses Anges et créatures célestes à servir et honorer Sa majesté en toute obéissance, de même c'est Sa volonté que l'homme, Sa principale créature sur la terre, vive en obéissant à Celui qui est son créateur et Seigneur, et à cause de cela Dieu, aussitôt qu'il a créé l'homme, lui a donné un certain précepte ou loi, afin qu'il l'observe, étant encore dans l'état d'innocence et demeurant dans le paradis, comme un gage de l'obéissance à laquelle il était obligé, sous peine de mort s'il transgressait la dite loi ou commandement. Et comme Dieu voulait que l'homme soit Son sujet obéissant, Il a placé toutes les créatures terrestres sous la sujétion de l'homme, et elles sont restées soumises à l'homme tant que l'homme obéissait à Dieu. Si l'homme avait persévéré dans cette obéissance, il n'y aurait pas eu de pauvreté, de maladies, de mort ni d'autres misères dont l'humanité est aujourd'hui infiniment et très misérablement affligée et oppressée. Ici apparaît la royauté originelle de Dieu sur les Anges, sur l'homme et sur toutes choses, universellement, et de l'homme sur les créatures terrestres que Dieu a placées sous Sa sujétion, dans un état de félicité bénie où les Anges, l'homme et toutes les créatures seraient restés s'ils avaient persévéré dans l'obéissance due à Dieu, leur Roi. Car tant que Dieu entourait tous Ses sujets de Son amour, de Sa faveur et de Sa grâce, ils jouissaient d'une parfaite félicité. De là, il est évident que l'obéissance est la vertu principale et la vertu de toutes les vertus, et en effet la racine de toutes les vertus et la cause de toute félicité.

Mais comme en persévérant dans l'obéissance, toute félicité et toute bénédiction auraient continué, avec la rupture de l'obéissance et l'irruption de la rébellion, tous les vices et les misères sont venues avec et ont submergé le monde. Le premier auteur de cette rébellion (la racine de tous les vices et la mère de tous les méfaits) fut Lucifer, la première et très excellente créature de Dieu et Son plus dévoué sujet, qui en se rebellant contre la majesté de Dieu, du plus brillant et glorieux Ange qu'il était, il est devenu le plus noir et le plus mauvais des démons et fut précipité du haut du ciel au fond de la fosse de l'enfer. Là, vous pouvez voir qui est le premier auteur et le fondateur de la rébellion, et sa sanction. Là, vous pouvez voir le grand capitaine et le père de tous les rebelles qui, persuadant ceux qui le suivent dans sa rébellion et nos premiers parents, Adam et Ève, de s'opposer à Dieu, leur Créateur et Seigneur, il les a amenés à déplaire souverainement à Dieu ; il a opéré leur exil et leur bannissement du paradis, un lieu de plaisir et de bonté, jusque dans ce monde misérable et cette vallée de misère, leur procurant la tristesse, la malfaisance, les maladies, la mort du corps et ce qui est encore plus horrible que toutes les misères corporelles et terrestres, il a opéré leur damnation et leur mort éternelles, si Dieu, par l'obéissance de Son Fils Jésus-Christ, n’avait réparé ce que l'homme avait détruit par sa désobéissance et sa rébellion, et par Sa miséricorde, ne lui avait pardonné, ce dont toutes les Saintes Écritures portent témoignage en maints passages. Ainsi, vous voyez que ni le ciel ni le paradis ne pouvaient tolérer la moindre rébellion en eux, et qu'ils ne sont pas des endroits où des rebelles puissent rester. Ainsi arriva la rébellion, comme vous le voyez, la première, la plus grande et la racine même de tous les autres péchés, et la première et principale cause de toutes les misères corporelles et mondaines, la tristesse, les maladies et la mort, comme déjà dit, et la cause même de la mort et de la damnation éternelle.

Après cette rupture d'obédience à Dieu et cette rébellion contre Sa majesté, tous les méfaits et les misères se sont introduits par là et ont submergé le monde, et afin que tout ne devienne pas confusion et ruine totale, Dieu a déterminé, par des Lois données aux hommes, de réparer la règle et l'ordre de l'obéissance ainsi renversée par la rébellion, et outre l'obéissance due à Sa majesté, Il a non seulement ordonné que dans les familles et les foyers la femme soit obéissante à son mari, les enfants à leurs parents, les serviteurs à leurs maîtres, mais aussi, quand l'humanité s'est accrue et s'est répartie plus largement sur la terre, Il a constitué et institué, par Sa sainte Parole, dans les villes et les [divers] pays, plusieurs gouverneurs et dirigeants à qui le reste de Son peuple devait obéir. Et en lisant les Saintes Écritures, nous trouvons en de très nombreux passages, en nombre presque infini, aussi bien de l'Ancien Testament que du Nouveau, que les rois et les princes, aussi bien les mauvais que les bons, règnent par l'ordonnancement de Dieu, et que les sujets sont obligés de leur obéir, et que Dieu donne aux princes la sagesse, un grand pouvoir et [une grande] autorité, afin que Dieu les défende contre leurs ennemis en les détruisant horriblement, parce que « la colère et le mécontentement du prince est comme le rugissement d'un lion et le messager même de la mort », et que « le sujet qui provoque son mécontentement pèche contre sa propre âme », parmi beaucoup d'autres choses concernant l'autorité des princes et les devoirs des sujets.

Mais revoyons deux passages particuliers du Nouveau Testament qui valent pour tous les autres. Le premier est tiré de l'Épître de St Paul aux Romains, au chapitre 13, où ceci est écrit pour tous les sujets : « Que chaque âme se soumette aux hautes autorités. Car il n'y a pas d'autorité en dehors de Dieu et les autorités sont ordonnées de Dieu. C'est pourquoi quiconque résiste à l'autorité résiste à l'ordonnance de Dieu, et ceux qui résistent recevront peur eux-mêmes la damnation. Car les princes ne sont pas à craindre si nous faisons le bien mais si nous faisons le mal. Ne crains-tu pas l'autorité ? Fais le bien, et tu en seras félicité ; car il est le ministre de Dieu pour ton bien. Mais si tu fais le mal, crains ; car il ne porte pas l'épée pour rien ; car il est le ministre de Dieu pour exercer la vengeance sur celui qui fait le mal. C'est pourquoi vous devez vous soumettre, pas seulement à cause de la colère, mais aussi par motif de conscience. Et vous payez aussi des impôts pour cela, car ils sont des ministres de Dieu, servant dans le même but. Donnez donc à chacun homme son devoir, l'impôt à qui il est dû, la coutume à qui la coutume est due, la crainte à qui la crainte est due, l'honneur à qui vous devez l'honneur ». Le second passage est dans la première Épître de St Pierre, au chapitre 2 : « Soumettez-vous à tout homme pour l'amour de Dieu, que ce soit au roi comme chef principal, ou aux dirigeants comme à ceux qui sont envoyés par lui pour punir les malfaiteurs, pour valoriser ceux qui font le bien, car telle est la volonté de Dieu qu'en faisant le bien vous fermiez la bouche des ignorants et des idiots ; comme des hommes libres, et n'usant pas de la liberté pour couvrir la malice, mais comme des serviteurs de Dieu. Honorez tous les hommes, aimez la camaraderie fraternelle, craignez Dieu, honorez le roi. Serviteurs, obéissez à vos maîtres avec crainte, non seulement s'ils sont bons et courtois, mais aussi s'ils sont durs ». Ainsi s'exprime St Pierre.

De ces deux passages de l'Écriture Sainte, il est très évident que les rois, les reines et les autres princes (car ils parlent de l'autorité et du pouvoir, qu'il s'agisse d'hommes ou de femmes), sont ordonnancés de Dieu, et doivent être obéis et honorés par leurs sujets ; car les sujets désobéissants ou rebelles à leurs princes désobéissent à Dieu et se procurent à eux même leur propre damnation ; et le gouvernement des princes est une grande bénédiction de Dieu, octroyée à la communauté, spécialement aux gens pieux et bons (pour le réconfort et l'amour de qui Dieu a donné et établi des princes), et en revanche, pour faire peur et punir les méchants et les malfaisants ; et finalement, si les serviteurs doivent obéir à leurs maîtres, non seulement à ceux qui sont gentils, mais aussi bien et plus encore à ceux qui sont durs ; non seulement à ceux qui sont bons et courtois, mais aussi à leurs princes rigoureux et durs. Cela ne relève donc pas de la chance ou de la fortune (comme ils l'appellent), ni de l'ambition de femmes et d'hommes mortels de s'élever de leur propre initiative à des places de pouvoir, qu'ils soient rois, reines, princes et autres, qui dirigent les hommes qui sont leurs sujets ; mais tous les rois, reines et autres gouvernants sont spécialement désignés par l'ordonnancement de Dieu.

Mais comme Dieu Lui-même, dont la majesté est infinie, de même que Sa puissance et Sa sagesse, dirige et gouverne toutes choses dans les cieux et sur terre, étant le monarque universel et le seul Roi et empereur au-dessus de tous, seul capable de Se charger de tout ; Il a constitué, ordonnancé et mis en place des princes terrestres sur les royaumes particuliers et les seigneuries de la terre, aussi bien pour éviter toute confusion (ce qui serait le cas du monde, sans ces gouvernants), et pour la grande tranquillité et le profit de leurs sujets, que pour que les princes eux-mêmes imitent Sa gouvernance céleste en matière d'autorité, de pouvoir, de sagesse, de providence et de justice, en dirigeant le peuple et le pays confiés à leur charge, pour autant que la majesté des choses célestes puisse être imitée par la petitesse des choses terrestres, dont elles ne sont qu'une ombre. Et à cause de la similitude qui existe entre la monarchie céleste et les royaumes terrestres [quand ils sont] bien gouvernés, Christ notre Sauveur dit en maints passages que « Le royaume des cieux ressemble à un roi… ». Et le nom de Roi est très souvent attribué et donné à Dieu dans les Écritures Saintes, de sorte que Dieu Lui-même, dans les mêmes Écritures, communique Son Nom à des princes terrestres, les appelant des dieux ; sans doute à cause de cette similitude dans le gouvernement qu'ils ont ou devraient avoir, lequel n'est pas différent de [celui de] Dieu, leur Roi.

Et cette similitude avec le gouvernement céleste est si proche que plus un prince terrestre y conforme son régime, plus il est une grande bénédiction de la miséricorde de Dieu pour le pays et le peuple sur lequel il règne ; et plus un prince terrestre s'écarte de l'exemple du gouvernement céleste, plus il est une plaie de la justice de Dieu, une punition de Dieu en colère contre le pays et le peuple sur lequel Dieu a placé un tel prince ou gouvernant, au cause de leurs péchés. Car il est en effet évident aussi bien dans les Écritures que par l'expérience quotidienne, que le maintien de la vertu et de la sainteté, et en conséquence de la richesse et de la prospérité d'un royaume et d'un peuple, repose plus sur un prince sage et bon que dans la grande multitude de ses sujets, d'une part, et qu'en revanche, d'autre part, le renversement de toute vertu et piété, et en conséquence la décadence et la ruine complète d'un royaume et d'un peuple, viennent plus d'un mauvais gouvernant que de milliers et de milliers de sujets. Les Écritures Saintes l'expriment ainsi : « Ce pays est bien », dit le prédicateur, « dont le roi descend de [familles] nobles et dont les princes mangent quand il le faut, par nécessité et non par lucre ». Et encore : « Un roi sage et juste enrichit son royaume et son peuple », et « Un bon prince miséricordieux est une ombre dans la chaleur, une protection dans les orages, comme la rosée, les pluies légères, les sources fraîches dans les grandes sécheresses ». Et les Écritures disent encore ceci des mauvais princes : « Maudit es-tu, ô toi dont le roi n'est qu'un enfant et dont les princes vont de banquet en banquet ». Ou ceci : « Quand un [roi] méchant règne, alors les hommes vont à la ruine ». Ou encore : « Un prince stupide détruit le peuple ». Et : « Un roi cupide défait ses sujets ». Ainsi parlent les Écritures des bons et mauvais princes, et l'expérience le confirme.

Que peuvent faire les sujets, alors ? Doivent-ils obéir vaillamment, bravement, aux princes sages et bons, et mépriser, désobéir et se rebeller contre un roi-enfant, ou contre de mauvais gouvernants ? Dieu l'a interdit. Car premièrement c'est une chose périlleuse que de confier le jugement à des sujets dont le prince est sage et pieux, et dont le gouvernement est bon ; c'est comme si le pied devait juger la tête, une entreprise détestable qui ne peut accoucher que de la rébellion. Car qui est enclin à la rébellion, sinon les esprits hautains ? De qui émane la ruine coupable des royaumes ? La rébellion n'est-elle pas le pire des méfaits ? Et qui sont les plus enclins aux pires méfaits, sinon les pires des hommes ? Les rebelles sont donc les pires de tous les sujets, toujours prêts à se rebeller, ce qui est le pire de tous les vices et le plus éloigné du devoir d'un bon sujet ; et en revanche, les meilleurs sujets sont très fermes et constants dans l'obéissance, comme dans la vertu, ce qui est le propre des bons sujets. Ce serait une chose indigne que de faire des pires sujets et des plus enclins à la rébellion, des juges sur leurs princes, sur leur gouvernement et sur leurs conseillers, pour déterminer lesquels sont bons et tolérables et lesquels sont mauvais et si insupportables qu'ils doivent être destitués par des rebelles toujours prêts, comme de vilains sujets, à se rebeller au plus tôt contre les meilleurs princes, spécialement s'ils sont jeunes, des femmes, ou gentils et courtois dans leur façon de gouverner ; à en juger par leur méchante audace à renverser facilement les faibles et les gentils, il faut craindre à tout le moins que l'esprit [doux] de ces princes ne leur vaille l'impunité pour leurs méfaits. Mais tandis qu'en effet un rebelle est pire que le pire des princes, et la rébellion pire que le pire gouvernement du pire des princes, comme ce fut le cas jusqu'ici, les rebelles sont de mauvais serviteurs et la rébellion est une médecine malsaine, pour réformer quelque petit défaut d'un prince, ou pour corriger quelque petit défaut dans un gouvernement ; des remèdes aussi obscènes sont bien pires que toute maladie et désordre qui peuvent se trouver dans un corps social.

Mais quel que soit le prince, ou son gouvernement, il est évident que la plupart de ces princes ont des sujets qui pensent qu'ils sont très pieux, et sous lesquels ils se réjouissent de vivre, mais que quelques autres sujets les prennent pour des princes impies et mauvais, et souhaitent un changement. Si tous les sujets qui n'aiment pas leur prince devaient se rebeller, aucun royaume ne serait exempt de rébellion. Il conviendrait mieux que les rebelles écoutent l'avis d'hommes sages et les laissent juger à leur place, et suivent l'exemple des sujets obéissants, pour la raison que ceux dont l'intelligence est aveuglée par une si mauvaise affection devraient céder la place à de meilleurs [sujets qu'eux] ; et ainsi les royaumes pourraient persévérer dans l'obéissance, la paix et la tranquillité.

Mais que dire du mauvais prince, quand il est évident aux yeux de tous qu'il est effectivement mauvais ? Je vous pose la question : Que faire si les sujets ne supportent plus la méchanceté d'un mauvais prince ? Doivent-ils, par leur méchanceté, provoquer Dieu à leur donner la punition qu'ils ont méritée en leur donnant un mauvais prince, et se rebeller contre lui et contre Dieu aussi, qui, pour les punir de leurs péchés leur a donné un tel prince ? Voulez-vous écouter ce que disent les Écritures sur ce point ? « Dieu », disent les saintes Écritures, « a fait régner un homme méchant à cause des péchés du peuple ». Et encore : « Dans Sa colère, Dieu donne un prince », c'est à dire un mauvais [prince], « et ôte un prince à cause de Son mécontentement », voulant dire précisément qu'Il ôte un bon prince à cause des péchés du peuple, comme Il a ôté notre bon Josias, le Roi Édouard VI dans ses jeunes et belles années, à cause de notre méchanceté. Et les Écritures enseignent au contraire que Dieu donne la sagesse aux princes et fait régner un roi sage et bon sur le peuple qu'Il aime et qui L'aime en retour. Et encore ceci : « Si le peuple obéit à Dieu, le peuple et le roi prospéreront et seront en sécurité, sinon ils périront tous », dit Dieu par la bouche de Samuel. Vous voyez ici que Dieu met en place aussi bien les mauvais rois que les bons, et la raison pour laquelle Il le fait. Si donc nous voulons qu'un bon prince nous soit donné, ou garder celui que nous avons déjà, incitons Dieu à cela par notre obéissance à Dieu et à notre prince. Si nous voulons qu'un mauvais prince (quand Dieu nous en enverra un), nous soit ôté et qu'un bon prenne sa place, renonçons à notre méchanceté, laquelle provoque Dieu à nous l'imposer ; et Dieu soit le déplacera, soit il rendra meilleur un mauvais prince, de sorte que nous changions les premiers notre malignité en bonté. Voulez-vous entendre ce qu'en disent les Écritures? « Le cœur du prince est dans la main de Dieu ; de quel côté qu'Il lui plaise de l'orienter ». Ainsi parlent les Écritures. C'est pourquoi, renonçons à nos péchés envers le Seigneur de tout notre cœur et Il orientera le cœur du prince dans le sens de notre richesse et de notre tranquillité. Sinon, les sujets méritent d'avoir un mauvais prince par leurs péchés, et se rebeller contre lui ne fait que doubler ou tripler le mal, en provoquant Dieu à les punir encore plus. Non, tâchons plutôt de mériter d'avoir un bon prince ou supportons patiemment dans l'obéissance celui que nous méritons.

Et que le prince soit bon au mauvais, prions pour le prince, selon le conseil des Saintes Écritures, pour qu'il persévère et grandisse en bonté, s'il est bon, ou pour qu'il s'amende, s'il est mauvais.

Voulez-vous entendre ce que disent les Écritures sur ce point très nécessaire ? « Je vous exhorte donc », dit St Paul, [à ce] « que par-dessus tout, des prières, des supplications, des intercessions et des actions de grâces soient faites pour tous les hommes, pour les rois et tous ceux qui sont en [position d'] autorité, afin que nous vivions une vie tranquille dans la paix, en toute piété, car cela est bon et acceptable aux yeux de Dieu notre Sauveur, etc. ». Tel est le conseil de St Paul. Et qui, je vous prie, était prince sur la plupart des Chrétiens quand le Saint-Esprit de Dieu, par la plume de St Paul leur a donné cette leçon ? En vérité : Caligula, Claude ou Néron, qui n'étaient pas des Chrétiens mais des païens et soit des dirigeants stupides, soit des tyrans très cruels. Voulez-vous entendre la Parole de Dieu à l'égard des Juifs prisonniers de Nébucadnetsar, roi de Babylone, après qu'il a assassiné leur roi, leurs nobles, leurs parents, leurs enfants et leur concitoyens, brûlé leur pays, leurs villes, oui, Jérusalem même, et le saint Temple, et a déporté le résidu qui était encore en vie en captivité à Babylone auprès de lui ? Voulez-vous écouter ce que le prophète Baruch a dit au peuple de Dieu captif ? « Priez donc », dit le prophète, « pour que vive Nébucadnetsar, roi de Babylone et pour que vive Belchatzar, son fils, afin que leur règne soit comme le règne du ciel sur la terre et que Dieu nous donne la force et la lumière dans nos yeux, afin que nous puissions vivre sous la protection de Nébucadnetsar, roi de Babylone et sous la protection de Belchatzar, son fils, afin que nous soyons empressés à les servir et à trouver faveur à leurs yeux. Priez pour nous aussi le Seigneur notre Dieu, car nous avons péché contre le Seigneur notre Dieu ». Jusqu'ici les paroles du prophète Baruch, qu'il a proclamées au peuple de Dieu, au sujet de ce roi qui était un païen, un tyran et leur cruel oppresseur, et qui avait assassiné des milliers de [gens de] leur nation et détruit leur pays, en confessant que leurs péchés leur avaient mérité qu'un tel prince règne sur eux.

Et est-ce que les anciens Chrétiens, sur l'exhortation de St Paul, ont prié pour Caligula, Claude ou Néron ? Les Juifs ont-ils prié pour Nébucadnetsar ? Ces empereurs et rois étaient pour eux des étrangers, des païens et des infidèles, des meurtriers, des tyrans et leurs cruels oppresseurs, et les destructeurs de leur pays, de leurs concitoyens et leurs semblables, les incendiaires de leurs villages, villes et du Temple ! Et ne prierons-nous pas pour le règne pieux, long et prospère de notre prince naturel, qui n'est pas un étranger (ce qui est connoté comme une grande bénédiction dans les Écritures) ? Pour notre très gracieux souverain Chrétien, qui n'est pas un prince païen? Ne prierons-nous pas pour la santé de notre très miséricordieux et bien-aimé souverain, qui nous maintient dans une aussi longue paix, dans la tranquillité et la sécurité ; qui n'est ni cruel, ni tyran, ni spoliateur de nos biens, ne répandant pas notre sang, ne brûlant pas ni ne détruisant nos villes et nos campagnes, comme ceux pour qui les Chrétiens (comme vous l'avez entendu), étant leurs sujets, devaient prier ? Ne commettons pas un aussi grand péché devant Dieu, contre nous-mêmes et notre pays, en ne priant pas continuellement Dieu pour le maintien d'un si gracieux dirigeant sur nous et sur notre pays. Sinon, nous serions indignes de continuer de jouir des avantages et bénédictions de Dieu que nous avons reçus jusqu'ici, et nous serions très dignes de tomber dans tous ces malheurs et misères auxquels nous et notre pays avons échappé jusqu'ici, par la grâce de Dieu.

Et que dire de ces sujets (si nous pouvons encore les appeler des sujets) qui ne sont pas reconnaissants et ne font aucune prière à Dieu pour leur si gracieux souverain, mais qui s'arment méchamment, rassemblent des compagnies et des bandes de rebelles, pour démolir la paix publique si longtemps préservée, non pour faire la guerre, mais [pour entrer en] rébellion ; pour mettre en danger la personne d'un si gracieux souverain et l'État de leur pays, alors qu'ils devraient être prêts à donner leur vie pour sa défense, et, alors qu'ils sont Anglais, à voler, dépouiller, détruire et brûler des Anglais, en Angleterre, à tuer et assassiner leurs prochains et leurs semblables, leurs propres concitoyens ; pour faire tout le mal et les méfaits [qu'ils peuvent], oui, et faire pire que ce que feraient des ennemis étrangers ? Que dire de ces hommes qui s'emploient ainsi à la rébellion contre leur gracieux souverain qui, si Dieu leur avait donné un tyran païen à cause de leur méchanceté, seraient obligés par la Parole de Dieu de lui obéir et de prier pour lui ? Que dire de ces gens-là ? Leur méchanceté contre nature, leur malice dépasse de loin tout ce qui peut être exprimé avec des mots. Souhaitons seulement qu'ils se repentent bien vite, et qu'ils éprouvent dans leur cœur la grande tristesse que Dieu exige pour avoir si horriblement péché contre Sa majesté, et qui dans leur extrême ingratitude s'élèvent non seulement contre leur gracieux prince, contre leur pays natal, mais aussi contre tous leurs concitoyens, hommes, femmes et enfants, contre eux-mêmes, leurs femmes, leurs enfants et leurs semblables, et par leur méchant exemple, contre toute la Chrétienté et contre toute l'humanité à travers le vaste monde ; que Dieu leur accorde une telle repentance, que dis-je, une telle tristesse de cœur, à tous ceux qui se dressent dans un but privé et malicieux, comme il convient à de tels malfaisants, soit qu'ils fassent le mal, soit qu'ils essayent seulement.

Et que dans Sa miséricorde, Dieu nous accorde, ainsi qu'à tous les autres sujets, d'être tout à fait différents d'eux, et très portés à aimer les bons, aimables et obéissants sujets ; ou plutôt, que nous soyons en fait, non seulement nous-mêmes très obéissants, mais que le plus possible d'entre nous qui en sommes capables, que de toute nos forces, de toute notre capacité et intelligence, nous arrêtions et réprimions tous les rebelles et toute rébellion contre Dieu, notre gracieux prince, et notre pays natal, chaque fois que l'occasion nous en est donnée.

Et si nous sommes capables de le faire, et que nous ne le faisions pas, nous serions très méchants et très dignes de ressentir à la fin les plaies extrêmes que Dieu déverse toujours sur les rebelles. Prions continuellement Dieu Tout-Puissant, du fond de nos cœurs, afin qu'Il donne Sa grâce, Sa puissance et Sa force à notre gracieuse Reine Elizabeth Ière, pour vaincre et soumettre aussi bien les rebelles du pays que les ennemis étrangers ; que toute rébellion étant supprimée et apaisée, toute invasion étant repoussée et abandonnée, nous puissions non seulement être en sécurité et persévérer en toute obéissance envers notre gracieuse souveraine et dans la vie calme et pacifiée que nous avons menée jusqu'ici en toute sécurité sous sa majesté, et qu'aussi bien notre gracieuse Reine Elizabeth et nous, ses sujets, nous puissions tous ensemble, dans l'obéissance à Dieu, le Roi des rois, et à Ses saintes Lois, mener nos vies dans ce monde en toute vertu et piété, afin que dans le monde à venir nous puissions jouir de Son royaume éternel. Et je supplie Dieu de nous l'accorder, aussi bien à notre gracieuse souveraine qu'à nous tous, pour l'amour de notre Sauveur Jésus-Christ. À qui, avec le Père et le Saint-Esprit, un seul Dieu et Roi immortel, soient toute gloire, toute louange et action de grâce, éternellement. Amen

Vous avez ainsi entendu la première partie de cette homélie ; maintenant, bonnes gens, prions.

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Prière :

Ô Dieu très puissant, Seigneur des seigneurs, gouverneur de toutes les créatures, qui donnes toutes les victoires, qui es seul capable de donner la force aux faibles contre les puissants et de vaincre l'infinie multitude de Tes ennemis avec quelques-uns de Tes serviteurs qui invoquent Ton Nom et se fient à Toi ; défends, ô Seigneur, ta servante et notre gouverneur après Toi, notre Reine Elizabeth, et tout ceux qui sont commis à sa charge.

Ô Seigneur, résiste à la cruauté de tous ceux qui sont les ennemis communs aussi bien de la vérité de Ta Parole éternelle que de leur propre prince et de leur pays, et manifestement de la couronne et du royaume d'Angleterre, que tu as assignée en ces jours par Ta providence à Ta servante, notre souveraine et notre gracieuse Reine.

Ô Père très miséricordieux, si c'est Ta sainte volonté, adoucis et attendris les cœurs de pierre de tous ceux qui s'exaltent contre Ta vérité et cherchent soit à troubler la paix de ce royaume d'Angleterre, soit à en menacer la couronne, et convertis-les à la connaissance de Ton Fils, le seul Sauveur du monde, Jésus-Christ, afin que nous puissions glorifier Tes miséricordes avec eux.

Illumine, nous Te supplions, leurs cœurs ignorants, et qu'ils embrassent la vérité de Ta Parole, ou sinon, rabats leur cruauté, ô Seigneur très puissant, afin que cette région Chrétienne qui est la nôtre, confesse avec les autres Ton saint Évangile, et puisse obtenir la sûreté avec Ton aide et Ta force face à tous les ennemis, sans répandre le sang Chrétien ; par quoi tous ceux qui sont opprimés par leur tyrannie puissent être soulagés et que ceux qui vivent dans la crainte de leur cruauté soient rassurés ; et finalement, que tous les royaumes Chrétiens, et spécialement ce royaume d'Angleterre puissent, avec Ta protection et Ta défense, persévérer dans la vérité de l'Évangile et jouissent d'une paix parfaite, de la tranquillité et de la sécurité ; et que pour toutes Tes miséricordes, unis tous ensemble et d'une seule voix et d'un seul cœur, nous puissions Te rendre toute louange ; afin que, unis dans une pieuse concorde et dans l'unité entre nous, nous puissions magnifier continuellement Ton Nom glorieux, [Toi] qui, avec Ton Fils Jésus-Christ notre Sauveur et avec le Saint-Esprit, es un seul Dieu très miséricordieux, Tout-Puissant et éternel. À qui soit toute louange, éternellement. Amen.

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{73} 2. Comme dans la première partie de ce traité sur l'obéissance des sujets envers leurs princes, et contre la désobéissance et la rébellion, j'ai cité divers passages des Saintes Écritures à titre de preuves, il sera donc bon, pour mieux affirmer et confirmer cette saine doctrine, de citer un exemple ou deux de ces mêmes Écritures Saintes sur l'obéissance des sujets, non seulement à l'égard de leurs bons et gracieux gouvernants, mais aussi à leurs mauvais et méchants princes.

Comme le Roi Saül n'était pas des meilleures, mais plutôt des pires sortes de princes, étant exclu de la faveur de Dieu à cause de sa désobéissance contre Dieu en épargnant par une fausse pitié le Roi Agag, alors que Dieu Tout-Puissant avait ordonné de le tuer selon la justice de Dieu contre Son ennemi juré, et bien qu’il ait eu l'intention dévote de sacrifier ce qu'il avait épargné des Amalécites, pour honorer et servir Dieu, Saül a cependant été réprouvé pour cette miséricorde erronée et pour cette dévotion à tort, et il lui fut dit que l'obéissance plaisait mieux à Dieu qu'une telle indulgence ; ce qui vient de l'humanité pécheresse, dit Chrysostome, est plus cruel envers Dieu que le meurtre ou de répandre le sang, quand Dieu le commande. Mais aussi mauvais que le roi Saül pût être, privé de la faveur de Dieu, son sujet David lui a cependant obéi, lui le meilleur de tous les sujets, et le plus vaillant au service de son prince et de son pays à la guerre, le plus obéissant et le plus aimable en [temps de] paix, et toujours le plus véridique et le plus fidèle à son souverain et seigneur, et le plus éloigné de toute forme de rébellion. Et pour ce service très fidèle, véridique et pénible, le Roi Saül l'a récompensé non seulement avec une grande méchanceté mais aussi en cherchant à le détruire en le tuant par tous les moyens possibles ; de telle sorte que David dut sauver sa vie, non par la rébellion ni en résistant, mais en fuyant et en se cachant de la vue du roi. Nonobstant cela, quand le Roi Saül vint une fois seul dans la caverne où était David, de sorte que David aurait pu facilement le tuer, il n'a pas voulu lui-même le toucher, ni permettre qu'un de ses hommes mette la main sur lui. Une autre fois, David, entrant de nuit seul avec Abishaï, un homme vaillant et féroce, dans la tente où le Roi Saül dormait, où il aurait pu facilement le tuer [lui] aussi, n'a pas voulu lui faire de mal, ni permettre qu'Abishaï, qui voulait tuer le Roi Saül et était prêt à le faire, ne touche à lui. Voilà comment David traitait son prince Saül, bien que ce Roi Saül cherchât continuellement sa mort et sa destruction.

Je ne manquerai pas d'ajouter à ces actions de David ses [propres] paroles, et de vous montrer ce qu'il a répondu à ceux qui l'encourageaient à saisir l'occasion et profiter de son avantage pour tuer le Roi Saül, son ennemi mortel, alors qu'il le pouvait. « Que le Seigneur me garde », dit David, « de faire cela et de mettre la main sur mon seigneur, l'oint de Dieu. Car qui peut mettre la main sur l'oint de Dieu et être innocent ? Aussi vrai que le Seigneur est vivant, sauf si le Seigneur le frappe où que ses jours soient comptés, ou qu'il aille à la guerre et soit tué dans une bataille, que le Seigneur me fasse miséricorde, afin que je ne lève pas la main sur l'oint du Seigneur ». Tels sont les paroles de David, prononcées plusieurs fois à plusieurs de ses serviteurs qui l'incitaient à tuer le Roi Saül quand l'opportunité s'en présentait à lui.

Il ne faut pas non plus oublier et laisser de côté comment, quand un Amalécite a tué le Roi Saül, même sur l'ordre de Saül et à sa prière (car il ne voulait plus vivre, ayant perdu pied devant ses ennemis les Philistins), le dit Amalécite accourut en toute hâte pour être le premier à en rapporter la nouvelle à David, apportant avec lui la couronne qui était sur la tête du Roi Saül et le bracelet qui était à son bras, comme preuves de ses dires et comme cadeaux pour David, qui était désigné par Dieu pour être le successeur de Saül en royauté ; cependant le pieux et fidèle David était si loin de se réjouir à cette nouvelle qu'il a déchiré son vêtement, a pleuré, s'est endeuillé et a jeûné ; et bien loin de remercier le messager pour avoir tué le roi son ennemi mortel, ou pour son message et pour la nouvelle, ou pour les cadeaux qu'il apportait, il lui a dit : « Comment n'as-tu pas eu peur de lever la main sur l'oint du Seigneur et de le tuer ? » ; sur ce, il a immédiatement commandé à un de ses serviteurs de tuer le messager, en disant : « Que ton sang soit sur ta propre tête, car ta bouche a témoigné contre toi-même en confessant que tu as tué l'oint du Seigneur ».

Cet exemple, bien-aimés, est remarquable, et ses circonstances doivent être bien considérées pour l'instruction de tous les sujets dans leur devoir d'obéissance et pour craindre perpétuellement ceux qui tentent de se rebeller ou de faire du mal à leur prince. D'un côté, David n'était pas seule-ment un bon et vrai sujet, mais aussi un sujet qui servait et sauvait l'honneur et la vie de son prince aussi bien à la guerre qu'en temps de paix, et il délivrait son pays et ses habitant du grand danger des infidèles, des étrangers et des ennemis très cruels, qui envahissaient horriblement le roi et son pays, ce pourquoi David était singulièrement populaire parmi tout le peuple, de sorte qu'il aurait pu en avoir un grand nombre à son commandement s'il avait voulu tenter quoi que ce soit. À côté de cela, David n'était pas rigoureusement un sujet ordinaire, mais l'héritier de la couronne et du royaume, désigné par Dieu pour régner après Saül, ce qui le rendait encore plus populaire, le peuple le sachant, et ce qui faisait de David un cas rigoureusement très différent des sujets ordinaires. Et, par dessus tout, David bénéficiait hautement et singulièrement de la faveur de Dieu. En revanche, le Roi Saül était en défaveur auprès de Dieu à cause de ce qui a été déjà dit, comme s'il était un ennemi de Dieu, et donc pernicieux pour la communauté, en paix comme en guerre ; et cela était su de nombre de ses sujets, parce que Samuel le réprimandait ouvertement à cause de sa désobéissance à Dieu, ce qui faisait que le peuple l'estimait fort peu. Le Roi Saül était aussi pour David un ennemi mortel, sans que David l'ait mérité ; lui qui, par son service fidèle, pénible et profitable, oui, par son service indispensable avait bien mérité, autant de son pays que de son prince ; mais il en était autrement du Roi Saül, et de loin ; ce qui ne faisait qu'augmenter sa haine et sa cruauté envers un si bon sujet et le rendait encore plus odieux et détestable. Cependant, David ne voulait ni tuer ni blesser un tel ennemi, car c'était son prince et seigneur, et ne permettait pas qu'un autre le tue, le blesse ou mette la main sur lui, quand il aurait pu être tué sans danger de tumulte ou de réaction de quiconque.

Laissons maintenant David répondre aux questions habituelles des amateurs de rébellion. Pourquoi ne pas nous élever, spécialement alors que nous sommes des hommes bons, et nous rebeller contre un prince détesté de Dieu et ennemi de Dieu, et ne prospérant donc ni en paix ni à la guerre, mais qui est dommageable et pernicieux pour la communauté ? Non, dit le bon et pieux David, le sujet fidèle de Dieu et du roi, et ceux qui persuadent de tels sujets de tenter une rébellion contre un roi pareil ne sont bons ni comme sujets ni comme hommes. Mais, disent-ils, pourquoi ne pas nous dresser et nous rebeller contre un prince méchant, [qui est] sans égard pour notre service fidèle, sincère et pénible, ni pour la sauvegarde de notre prospérité ? Non, dit le bon David, aucune méchanceté ne peut justifier de renoncer à l'obéissance due à son souverain. Pourquoi ne pas nous dresser et nous rebeller, disent-ils, contre notre propre ennemi mortel, qui en veut à nos vies ? Non, dit le pieux David qui avait appris la leçon que notre Seigneur enseignera ouvertement plus tard, afin de ne pas blesser nos concitoyens, même s'ils nous détestent et s'ils sont nos ennemis, et encore moins notre prince, même s'il est notre ennemi. Pourquoi ne pas rassembler une armée d'hommes bons comme nous, et en risquant notre vie et la vie de ceux qui nous soutiendront, et en prenant des risques pour notre pays tout entier, nous débarrasser d'un prince méchant ? Non, dit le pieux David, car, alors que je pouvais, sans rassembler beaucoup d'hommes, sans tumulte ni risquer la vie de quiconque, ni répandre la moindre goutte de sang, délivrer mon pays et moi-même d'un prince méchant, je n'ai pas voulu le faire. Les capitaines qui tentent de tuer ou de déposer leur roi qui est un mauvais prince et leur mortel ennemi ne sont-ils pas vigoureux et courageux, avec le corps bien délié et le cœur bien accroché ? Ils peuvent bien être aussi vigoureux et courageux qu'ils le veulent, cependant, dit le pieux David, ils ne peuvent être ni bons ni pieux s'ils font cela, car je n'ai pas seulement réprimandé un homme pour avoir tué le Roi Saül, mon pire ennemi, mais j'ai ordonné qu'il soit tué parce qu'il était méchant ; en dépit du fait que Saül voulait que cet homme le tue, ne désirant plus vivre après sa défaite devant ses ennemis. Que faire alors d'un prince méchant, notre ennemi, détesté de Dieu, néfaste à la communauté, etc. ? N'usez pas de violence envers lui, dit le bon David, mais laissez-le vivre jusqu'à ce que Dieu mette fin à ses jours, soit par une mort naturelle, soit à la guerre, par la main d'ennemis étrangers, et non par de traîtres sujets. Voilà ce que le pieux David aurait répondu, et St Paul, comme vous l'avez déjà entendu, veut que nous priions aussi pour un tel prince.

Si le Roi David avait répondu ainsi, d'après ses actes et ses dires enregistrés dans les Écritures Saintes, à de telles questions visant la rébellion contre des princes mauvais, méchants, cruels, ennemis mortels de leurs sujets, en défaveur auprès de Dieu et néfastes à la communauté ; que répondre, pensez-vous, à ceux qui demandent s'ils ne pourraient pas (étant des sujets méchants), en risquant grandement la vie de nombreux milliers [d'hommes] et en mettant l'État, la communauté et tout le royaume dans un danger extrême, rassembler une compagnie de rebelles, terroriser, déposer ou détruire leur aimable princesse légitime, qui n'est l'ennemie de personne, [mais qui est] bonne pour tous, même pour les pires de tous, qui maintient une paix constante, la tranquillité et la sécurité, ce qui est très profitable à la communauté, et très nécessaire à la sauvegarde du royaume tout entier ? Que répondrait David à leur demande, s'agissant d'attenter cruellement et de détruire d'une façon contre nature une princesse aussi pacifique et miséricordieuse ? Que répondrait David à de telles demandes, dis-je, lui qui parlait de Saül avec tant de révérence et qui supportait avec tant de patience un si mauvais roi ? Que répondrait-il, non, que ferait-il face à de tels rebelles, lui qui parlait et agissait ainsi [que nous l'avons vu], envers celui qui avait tué le roi son maître, malgré le fait que c'était un très méchant roi ? S'il a puni un tel homme par la mort, comme malfaiteur, quels reproches n'aurait-il pas adressés, oui, quels tourments et quelle mort honteuse n'aurait-il pas infligés à ces suppôts de l'enfer, pires que méchants, à des rebelles tels que ceux dont je viens de parler ? Car si ceux qui désobéissent à un prince mauvais et méchant ressemblent fort peu à David, ce bon sujet, à quoi ressemblent ceux qui se rebellent contre un prince légitime et aimable ? Et si David, étant un sujet si bon qu'il a été fait roi lui-même, à quoi ressemblent ceux qui sont de si mauvais sujets qu'ils se rebellent contre un prince gracieux et digne ? Il est sûr qu'aucun mortel ne peut exprimer par des mots, ni imaginer en pensée, la damnation horrible et terrible de ceux qui l'ont méritée, qui, dédaignant d'être des sujets heureux et calmes de leur bon prince, méritent d'être les misérables captifs et les vils esclaves de Satan, ce tyran infernal, et de souffrir avec lui les supplices et l'esclavage éternels [de l’enfer].

Ce seul exemple du bon sujet David, tiré de l'Ancien Testament peut suffire, et vu qu'il est [particulièrement] notable, il servira pour le tout.

Dans le Nouveau Testament, l'excellent exemple de la vierge bénie, Marie, la mère de Christ notre Sauveur, vient en premier. Quand la proclamation ou l'ordre fut envoyé aux Juifs de la part d'Auguste, l'empereur de Rome, d'avoir à se présenter dans leur ville d'origine, pour y être taxés, la vierge bénie, bien qu'en très haute faveur auprès de Dieu, et également du sang royal des anciens rois légitimes des Juifs, n'a pas dédaigné d'obéir au commandement d'un prince étranger et païen, que Dieu avait placé sur eux ; et elle n'a pas non plus allégué d’excuse, étant enceinte d'un enfant et proche de l'époque de sa délivrance ; elle n'a pas tenu rancune pour la longueur et la fatigue du voyage de Nazareth à Bethléem, juste pour y être taxée ; et elle ne s'est pas plainte du froid piquant de l'hiver à la fin du moins de décembre, une saison peu propice aux voyages, spécialement à un long voyage pour une femme dans son état, mais écartant toutes les excuses, elle a obéi et s'est rendue au lieu fixé ; et en y arrivant, elle a trouvé un si grand concours de peuple que, ne trouvant pas de place à l'hôtel, elle fut obligée, après un voyage long et pénible, de se loger dans une étable, où elle mit au monde son enfant béni, et ceci révèle la proximité de l'événement quand elle a entrepris ce voyage. L'obéissance de cette très noble et vertueuse dame à un prince étranger et païen nous enseigne, à nous qui sommes très vils et grossiers en comparaison, l'obédience spontanée que nous devons à notre gracieuse souveraine légitime. Cependant, l'obéissance de toute la nation Juive, dans ce cas (alors que c'était un peuple entêté), au commandement de ce même prince étranger et païen, prouve que les Chrétiens qui n'obéissent pas spontanément à leur gracieuse souveraine légitime sont bien pires que les Juifs entêtés, bien que nous les comptions comme le pire de tous les peuples.

Mais aucun exemple n'a plus de force pour nous, qui sommes Chrétiens, que celui de Christ notre maître et Sauveur qui, bien qu'étant le Fils de Dieu, S'est toujours comporté avec beaucoup de respect envers les hommes en situation d'autorité à son époque de péché, et Il ne S'est pas comporté en rebelle, mais Il a ouvertement enseigné aux Juifs de payer l'impôt à l'empereur romain, bien qu'il fût un prince étranger et païen, oui, Ses Apôtres et Lui-même lui ont payé l'impôt ; et finalement, quand on L'a amené devant Ponce Pilate, un païen étranger qui présidait alors à la Juiverie, Il a reconnu que son autorité et son pouvoir lui étaient donnés par Dieu, et Il a obéi avec patience à la sentence d'une mort très douloureuse et honteuse, prononcée fort injustement par le dit juge contre Lui, sans aucune rancune ni murmure ni parole méchante, pas même une fois. Il y a encore beaucoup d'autres exemples d'obéissance aux princes, même à ceux qui sont mauvais, dans le Nouveau Testament, [induisant] une confusion extrême chez les gens désobéissants et rebelles, mais celui-là seul est un exemple éternel que le Fils de Dieu et Seigneur de tous, Jésus-Christ, nous a donné à nous qui sommes Chrétiens et Ses serviteurs, et il est tel qu'il peut servir pour tous, pour nous apprendre à obéir aux princes, même s'ils sont étrangers, méchants et en tort, quand Dieu nous en donne un à cause de nos péchés. D'où il suit inévitablement que ceux qui désobéissent ou se rebellent contre leurs propres souverains légitimes, quelle que soit la façon dont ils se nomment ou que les autres les appellent, ne sont pas de vrais Chrétiens, mais pires que les Juifs, pire que les païens, et ils ne jouiront jamais du royaume des cieux que Christ, par Son obéissance, a acquis pour les vrais Chrétiens, lesquels Lui obéissent en tant qu'Il est le Roi des rois, et obéissent au prince qu'Il a placé sur eux. Lequel royaume, le lieu spécial de tous les sujets obéissants, je supplie Dieu notre Père céleste de nous l'accorder, pour l'amour de Jésus-Christ notre Sauveur. À qui, avec le Saint-Esprit, soient toute louange, tout honneur et toute gloire, maintenant et éternellement. Amen.

Vous avez ainsi entendu la seconde partie de cette homélie ; maintenant, bonnes gens, prions. (Même prière que précédemment).

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{74} 3. Comme je vous ai montré, dans la première partie de ce traité, la doctrine des Saintes Écritures sur l'obéissance des vrais sujets à leurs princes, aussi bien aux mauvais qu'aux bons, et dans la seconde partie du même traité j'ai confirmé cette doctrine par des exemples notables, tirés de même des Saintes Écritures, il reste donc maintenant à vous déclarer dans cette troisième partie quel abominable péché est la rébellion contre Dieu et contre les hommes, et combien la colère de Dieu est terriblement amorcée et enflammée contre tous les rebelles, et quelles horribles plaies, châtiments et morts, et finalement la damnation éternelle, sont suspendus au-dessus de leur tête ; et comment en revanche les sujets bons et obéissantes jouissent de la faveur de Dieu et reçoivent en partage la paix, la tranquillité et la sécurité, parmi d'autres multiples bénédictions de Dieu dans ce monde, et la vie éternelle dans le monde à venir, par Ses miséricordes en Christ notre Sauveur.

La rébellion est un si horrible péché contre Dieu et les hommes qu'il n'est pas possible de l'exprimer à sa juste gravité. Car qui dit rébellion dit péchés, non pas un seul péché tel le vol, le meurtre ou autre ; mais toute une ornière, un égout de tous les péchés contre Dieu et les hommes, contre son prince, son pays, ses concitoyens, ses parents, ses enfants, sa parenté, ses amis, et contre tous les hommes, universellement ; tous les péchés, dis-je, contre Dieu et contre tous les hommes, voilà ce qu'on appelle rébellion.

En ce qui concerne l'offense à la majesté de Dieu, qui ne voit pas que la rébellion vient en premier lieu d'un mépris de Dieu et de Ses saintes Lois et ordonnances lesquelles commandent strictement l'obédience, et interdisent la désobéissance et la rébellion ? Sans compter le déshonneur infligé par les rebelles au saint Nom de Dieu en parjurant le serment fait à leur prince, en invoquant le Nom de Dieu et en prenant Sa majesté à témoin ; qui n'entend pas les horribles serments et les blasphèmes contre le saint Nom de Dieu que les rebelles font quotidiennement, qu'il soit parmi eux ou qu'il entende la vérité au sujet de leur comportement ? Qui ne sait pas que les rebelles laissent tous les travails indispensables des jours ouvrés sans les faire, pendant qu'ils accomplissent leur abominable besogne de rébellion, et contraignent d'autres à faire comme eux, alors qu'ils auraient été contents de vaquer à leurs occupations ; mais aussi qui ne sait pas que les rebelles non seulement ne respectent pas le jour de sabbat du Seigneur et ne le sanctifient pas, désertent le temple et l'église du Seigneur, mais aussi qu'ils profanent et polluent horriblement le jour du Seigneur par leur œuvres de méchanceté, en servant Satan et en travaillant pour lui, en faisant du jour du Seigneur le jour du diable, sans compter qu'ils obligent des hommes bons qui auraient joyeusement servi le Seigneur en se rassemblant dans Son temple et église en ce jour, à se faire les serviteurs du Seigneur en se réunissant et se regroupant armés dans les champs, afin de résister à la furie de tels rebelles ? Oui, et de nombreux rebelles, afin d'être sûrs d'enfreindre chaque Commandement de la première Table, ou de commettre tous les péchés [possibles] contre Dieu, entrent en rébellion pour maintenir leurs images et leurs idoles et leur idolâtrie, qu'elle soit déjà commise ou en projet, et au mépris de Dieu, censurent et déchirent maints passages de Sa parole, la foulant aux pieds, comme vous savez qu'ils ont fait dernièrement.

Quant à la seconde Table de la Loi de Dieu et à tous les péchés qui se peuvent commettre contre l'homme, qui ne voit pas qu'ils relèvent tous de la rébellion ? Car premièrement, les rebelles déshonorent non seulement leur prince, le père de leur pays, mais aussi leurs parents naturels auxquels ils font honte, s'ils sont encore en vie, et ils font honte à leur parenté et à leurs amis, au risque de voir déshériter pour toujours leurs enfants et leur descendance. Vols et crimes, lesquels sont les plus détestés de tous les péchés par les gens, ne sont jamais autant présents, aussi pernicieusement et méchamment le fait d'hommes que des rebelles. Car en comparaison, les pires voleurs de grands chemins et cruels meurtriers qui aient jamais existé, tant qu'ils se retiennent de la rébellion, étant en petit nombre, étendent leur méchanceté et la damnation à quelques autres ; dépouillent quelques personnes, répandent le sang d'un petit nombre de gens. Mais les rebelles sont la cause d'une infinité de vols et de meurtres, commis sur des multitudes et sur ceux qui doivent protéger des vols et de la violence des autres ; et comme les rebelles sont nombreux, leur méchanceté et leur damnation s'étend à beaucoup [de gens]. Et si la prostitution et l'adultère sont acceptables parmi eux, comme leur méchanceté est très damnable, que sont les oppressions et la violence des matrones et des femmes, le viol et la défloration des vierges et des servantes, lesquels pullulent chez les rebelles ? Ils sont horribles et damnables, n’est-ce pas ? Maintenant, sans compter que les rebelles, en oubliant le serment qu'ils ont fait à leur prince, sont coupables d'un très damnable parjure, on s'étonne de voir de quelles fausses couleurs et faux motifs, de quels calomnieux mensonges ils parent leur prince et les conseillers, avec lesquels les rebelles pensent couvrir leur rébellion, ce qui est le pire et le plus damnable de tous les faux témoignages qu'il est possible [de faire]. Car que dire des rebelles qui convoitent et désirent la femme d'un autre, sa maison ses terres, ses biens et ses serviteurs, et qui voudraient ne rien laisser à personne?

Vous voyez ainsi que les Lois de Dieu sont violées par les rebelles et que tous les péchés qu'il est possible de commettre contre Dieu ou contre les hommes font partie de la rébellion ; et ces péchés, si on veut les appeler par les noms habituels des sept péchés capitaux ou péchés mortels, comme l'orgueil, l'envie, la colère, la cupidité, la paresse, la gloutonnerie et la luxure, sont tous inclus dans la rébellion et chez les rebelles. Car premièrement, comme l'ambition et le désir sont élevés, ce qui est la caractéristique de l'orgueil, ils poussent l'esprit de nombreux hommes à la rébellion, et viennent d'un orgueil Luciférien et de la présomption selon laquelle quelques sujets rebelles devraient s'opposer à la majesté de leur prince, à la sagesse des conseillers, au pouvoir et à la force de toute la noblesse et des sujets fidèles et des habitants du royaume tout entier. Quand à l'envie, la colère le meurtre et l'appel du sang, la convoitise du bien des autres, de leurs terres et de leurs revenus, ce sont des traits inséparables de tous les rebelles, et les qualités qui poussent habituellement les hommes méchants à la rébellion. Maintenant, ceux qui par sédition, gloutonnerie, ivrognerie, excès de parure et jeux désordonnés ont gaspillé leur propre bien de manière déraisonnable, sont les plus aptes et les plus désireux de rébellions, à quoi ils pensent parvenir grâce aux biens des autres, illégalement extorqués par violence. Et là où les gloutons et ivrognes se jettent sur toute nourriture et boisson servies aux tables, les rebelles gaspillent et consomment en un rien de temps tout le blé dans les granges, les champs ou ailleurs, des récoltes entières, des entrepôts entiers, des caves entières, ils dévorent des troupeaux de moutons entiers, des troupeaux de vaches et de bétail. Et quant aux rebelles qui sont mariés, laissant leur femme à la maison, ils font très scandaleusement pire que ce que font les célibataires, pire que des chevaux ou étalons, [s’]étant libérés par la rébellion de toute correction et des lois qui les tenaient auparavant en bride ; ils abusent et forcent les femmes des autres et leurs filles, ravissent les vierges et les servantes, ce qui est très honteux, abominable et damnable. Ainsi, tous les péchés, quel que soit le nom qu'on puisse leur donner, et tous les moyens par lesquels ils se peuvent commettre, sont accumulés par la rébellion et se remarquent tous ensemble parmi les rebelles.

Maintenant, tandis que la pestilence, la famine et la guerre sont déclarées par les Saintes Écritures comme les pires plaies et misères du monde qui puissent exister, il est évident que toutes les misères incluses dans ces plaies accompagnent la rébellion, là où sont réunies toutes les misères, et elle est donc beaucoup plus malfaisante que le reste. Car on sait qu'en recourant à de grandes compagnies d'hommes (ce qui, dans les rébellions, arrive tant du côté des rebelles que des sujets loyaux), en dormant les uns à côté des autres, et par la corruption de l'air de l'endroit où ils dorment dans l'ordure et beaucoup de saleté quand il fait chaud, et en logeant dans des lieux malsains et dormant souvent à même le sol, spécialement en hiver quand il fait froid et humide ; par leur régime [alimentaire] malsain et leurs repas à toute heure, et souvent à cause de la famine et du manque de nourriture et de boisson en temps et en heure, et encore en mangeant trop à d'autres moments, il est bien connu, dis-je, que les plaies, les pestilences et toutes sortes d'autres maladies prospèrent par ces moyens parmi les hommes, par quoi plus d'hommes sont consumés à la longue que ceux qui sont tués sur le champ [de bataille] au moyen de l'épée. De sorte que non seulement les pestilences mais aussi toutes les autres maladies découlent de la rébellion ; ce qui est beaucoup plus horrible que les plaies, les pestilences et les maladies envoyées directement par Dieu, comme vous allez le voir plus clairement.

Et quant à la faim et la famine, elles sont les compagnes spéciales de la rébellion. Car pendant que les rebelles dépouillent et consument en peu de temps toutes les récoltes et provisions indispensables que les hommes ont obtenues par leur travail et mises en réserve pour les retrouver toute l'année suivante, et qu'ils empêchent tous les autres hommes, les agriculteurs et les autres, de faire les travails nécessaires, grâce auxquels ils font des provisions pour l'avenir, qui ne voit pas que la faim et une famine extrême suivent la rébellion à brève échéance ?

Maintenant, tandis que le sage roi et pieux prophète David pensait que la guerre était pire que la famine ou la pestilence, parce que les deux sont tolérées par Dieu pour amender des hommes et ne sont pas des péchés en soi, mais que les guerres voient toujours les péchés et méfaits des hommes d'un côté ou de l'autre, ou des deux côtés [à la fois], et que la guerre est donc le pire des méfaits du monde, mais que de toutes les guerres la guerre civile est la pire ; et que la rébellion est bien plus abominable que toute guerre civile, n'étant même pas digne du nom de guerre, tant elle dépasse toutes les guerres en méchanceté, en méfaits de toutes sortes et en abominations ; et c'est la raison pour laquelle Christ notre Sauveur annonce la désolation et la destruction de tout royaume divisé par la sédition et la rébellion. Maintenant, comme je vous l'ai montré à propos de la pestilence et de la famine, il est encore plus évident que toutes les calamités, les misères et les méfaits de la guerre sont plus graves et plus systématiques avec la rébellion qu'avec toute autre guerre, [la rébellion] étant bien pire que toutes les autres guerres. Car non seulement ces méfaits et misères ordinaires des autres guerres suivent la rébellion, comme la destruction du blé et des autres choses indispensables à l'homme ; des maisons, des villages, des villes sont prises, mis à sac, brûlés et détruits ; non seulement les riches mais des pays entiers sont appauvris et réduits à la mendicité ; des milliers d'hommes sont tués et assassinés ; des femmes et des servantes sont déflorées et violées; et ces choses, quand elles sont le fait d'ennemis étrangers, nous endeuillent beaucoup (et nous en avons bien le motif), mais toutes ces misères ne sont pas faites par nos concitoyens, qui ne sont pas méchants. Mais quand ces méfaits sont accomplis à l'occasion d'une rébellion par ceux qui devraient être des amis, par des concitoyens, par des apparentés, par ceux qui devraient défendre leur pays et leurs concitoyens de telles misères, la misère n'est jamais aussi grande que par les méfaits et la méchanceté quand les sujets se rebellent d'une manière contre-nature contre leur prince, dont ils devraient défendre l'honneur et la vie, même au prix de leurs propres vies ; quand des concitoyens troublent la paix publique et la tranquillité de leur pays, alors qu'ils devraient se sacrifier pour les défendre ; quand un frère cherche et souvent tue son frère, un fils tue son père ; un père cherche ou donne la mort à ses fils en âge d'homme ; et quand par leur faute des enfants innocents et des parents sont déshérités pour toujours, pour qui ils auraient pu acheter des rentes et des terres, comme des parents légitimes qui se soucient et peinent en faisant face à d'importants coûts et charges ; et quand universellement, au lieu de la tranquillité, de la joie et de la félicité (qui viennent avec une paix bénie et la due obéissance), [la rébellion] n'apporte que le trouble, la tristesse, l'inquiétude des esprits et des corps, et tous les méfaits et calamités ; renverse tout cul-par-dessus-tête ; induit au mépris des lois justes et les foule aux pieds ; opprime toute vertu, honnêteté, et toutes les personnes vertueuses et honnêtes, et laisse le vice et la méchanceté et tous les vicieux et les méchants libres de réaliser leurs méchants desseins, lesquels étaient auparavant tenus en bride par de saines lois ; elle affaiblit, renverse et consume la force du royaume, leur pays natal, aussi bien en dépensant et en gaspillant l'argent et le trésor du prince et du royaume qu'en assassinant son peuple, leurs propres concitoyens qui devraient défendre l'honneur de leur prince et la liberté de leur pays contre l'invasion d'ennemis étrangers ; et rend finalement le pays ainsi affaibli par [tant de] méfaits, prêt à devenir la proie et la dépouille totale de tous les ennemis extérieurs qui veulent l'envahir, prenant en captivité perpétuelle, en esclavage, et détruisant leurs concitoyens, leurs enfants, leurs amis, les survivants de leur parenté, qui devront être arrachés aux mains des ennemis étrangers, autant que possible, à cause de leur méchante rébellion.

Dans les guerres étrangères, nos concitoyens obtenaient par leur victoire une louange pour leur vaillance ; oui, et s'ils étaient tués et vaincus, ils gagnaient une réputation sincère dans ce monde, et mouraient avec la bonne conscience de servir Dieu, leur prince et leur pays, et d'être des enfants du Salut éternel. Mais dans la rébellion, aussi forte et désespérée qu'elle puisse être, on ne gagne que la honte d'avoir lutté contre Dieu, le prince et le pays, et c'est la raison pour laquelle on tombe justement la tête la première en enfer si on meurt ; et si on survit, on vit dans la crainte et avec la honte dans la conscience. Mais [les rebelles] sont habituellement récompensés par une mort honteuse, leur tête et leur cadavre hissés sur des piques, ou pendus avec des chaînes, mangés par les vautours et les corbeaux, jugés indignes de l'honneur d'une sépulture ; et leur âme, s'ils ne se repentent (ce qu'ils ne font généralement pas) est charriée par le diable jusqu'en enfer avec leurs forfaits. Et pour éviter cette terrible exécution, St Paul a montré le chemin de l'obédience, non seulement par peur de la mort, mais aussi par [bonne] conscience envers Dieu, et par crainte de la damnation dans le monde à venir.

C'est pourquoi, bonnes gens, comme des enfants de l'obéissance, craignons la terrible exécution de Dieu et vivons dans une obédience tranquille, afin de devenir les enfants du Salut éternel. Car comme le ciel est la place de Dieu et de Ses bons et obéissants sujets, et l'enfer est la prison et la salle des tortures des rebelles à Dieu et à leur prince, ce royaume est heureux quand la plupart des sujets sont obéissants, étant alors une image du ciel ; et en revanche, si la plupart sont des rebelles, il exprime une ressemblance de l'enfer et les rebelles sont eux-mêmes la figure même des démons, et leur capitaine est le modèle disgracieux de Lucifer et de Satan, le prince des ténèbres dont ils suivent la rébellion, et ils partageront aussi indubitablement leur damnation en enfer, comme les enfants de paix seront indubitablement les héritiers du ciel avec Dieu, le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit. À qui soient tout honneur et toute gloire, pour les siècles des siècles. Amen.

Vous avez ainsi entendu la troisième partie de cette homélie ; maintenant, bonnes gens, prions. (Même prière que devant).

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{75} 4. Pour votre instruction, bonnes gens, et pour vous montrer combien Dieu Tout-Puissant déteste la désobéissance et la rébellion consciente, spécialement quand les rebelles vont si loin qu'ils s'équipent d'armes et se disposent dans les champs pour se battre contre Dieu, leur prince et leur pays, il n'est pas hors sujet de montrer quelques exemples tirés des Écritures, [qui sont] écrits pour notre érudition éternelle.

Nous ne tardons pas à apprendre, bonnes gens, que la trahison pour rébellion est une offense haineuse, si nous nous souvenons de la grande colère et de la terrible indignation de Dieu Tout-Puissant contre des sujets tels que ceux qui ne sont que rancune intérieure et murmures contre leurs gouvernants, bien que leur trahison rentrée, bien cachée dans leur poitrine, ne soit pas révélée par leurs actes ; et il est difficile à ceux que le diable a entraîné aussi loin de la Parole de Dieu, d'en rester là ; non, ils veulent toujours souffler sur les braises, pour allumer les cœurs rebelles et les exciter au passage à l'acte, s'ils ne sont pas bientôt arrêtés [en chemin] par la grâce. Quelques-uns des enfants d'Israël, parce qu'ils étaient les meurtriers des magistrats que Dieu avait désignés, furent frappés de lèpre, beaucoup furent brûlés par un feu soudain envoyé par le Seigneur, des milliers ont parfois été consumés par une pestilence, quelquefois ils ont été piqués à mort par une sorte étrange de serpents venimeux, et ce qui est très horrible, quelques-uns des meneurs et de leur bande de murmureurs ne sont pas morts de la mort naturelle habituelle des hommes, mais la terre s'est ouverte, et eux, leur femme, leurs enfants et toute leur famille furent engloutis et ont été précipités en enfer. Et ces horribles destructions d'Israélites qui murmuraient contre Moïse, désigné par Dieu pour être leur chef et leur magistrat, sont notées dans le livre des Nombres et d'autres passages des Écritures, pour que tous les sujets s'en souviennent et soient avertis du grand mécontentement de Dieu au sujet des sujets qui murmurent et parlent mal de leurs princes ; car comme l'Écriture le rappelle, ils ne murmuraient pas seulement contre leur prince, mais aussi contre Dieu Lui-même. Maintenant, si des plaies si étranges et horribles se sont abattues sur des sujets qui n'ont fait que murmurer et parler mal contre leurs chefs, qu'adviendra-t-il à ces très méchants suppôts du diable qui conspirent, prennent les armes, s'assemblent en grandes compagnies de rebelles armés et les entraînent avec eux contre leur prince et leur pays, en dépouillant, volant, tuant et assassinant tous les bons sujets qu'ils rencontrent, aussi nombreux qu'ils soient, pour mieux les dominer ? Mais ces exemples sont écrits pour nous dissuader, non seulement de tels méfaits, mais aussi de murmurer et de parler mal contre notre prince, même secrètement, car les Saintes Écritures montrent que même les oiseaux du ciel les mettront en déroute, et ces nombreux exemples déjà notés, tirés des Saintes Écritures, affirment qu'ils n'échapperont pas pour autant à un châtiment horrible.

Maintenant, au sujet de la rébellion active, et parmi les nombreux exemples qui en sont don-nés dans les Saintes Écritures, celui d'Absalon est à noter ; quand il a conspiré contre le Roi David son père, les deux ont pris l'avis d'hommes très spirituels, et ont assemblé d'énormes compagnies de rebelles. Et Absalon, bien qu'il fût très beau de sa personne, très noble (étant le fils du roi), en grande faveur auprès du peuple et tout autant aimé du roi lui-même, à tel point qu'il a donné l'ordre d'épargner sa vie ; alors que la plupart des hommes, à cause de cela, avaient peur de mettre la main sur lui, un grand arbre aux bras étendus, comme un fait exprès, l'attrapa par sa grande et longue tignasse, et le suspendit en l'air par ses beaux cheveux, le balançant sous le dit arbre alors qu'il fuyait tête nue, et il l'a suspendu en l'air par les cheveux, pour fournir une preuve éternelle que ni la beauté du personnage, ni la noblesse ou la popularité, non, ni la faveur du roi lui-même ne peuvent sauver un rebelle du châtiment qu'il mérite ; Dieu, le Roi des rois, était si offensé par lui que, plutôt que de rater l'exécution méritée pas sa trahison, Il a fait que chaque arbre sur son chemin, plutôt qu'un seul, soit pour lui un gibet ou une potence, et que les cheveux de sa propre tête soient pour lui un licol pour le pendre avec ; ce qui est à bien [le] considérer un terrible jugement de Dieu, bonnes gens. Et maintenant Ahitophel, un homme d’habitude excessivement sage, et cependant le malicieux conseiller d'Absalon dans sa méchante rébellion, manquant d'un bourreau (un serviteur bien approprié pour un tel traître), s'est pendu lui-même ; c'est une fin méritée pour tous les rebelles, qui se font leurs propres bourreaux, par le juste jugement de Dieu, plutôt que de manquer d'être exécutés. C'est ce qui arriva aux capitaines de cette rébellion, en plus des 40.000 rebelles coquins [qui furent] tués sur le champ [de bataille] et au cours de la poursuite. De même on voit dans les Saintes Écritures comment la grande rébellion fomentée en Israël par le traître Scheba fut soudainement pacifiée, quand le capitaine fut décapité (grâce à une femme stupide).

Et comme les Écritures Saintes le montrent, et comme l'expérience quotidienne le prouve, les conseils, conspirations et tentatives des rebelles n'ont jamais été suivis d'effet ni n’ont abouti à Dieu, mais à une très horrible fin. Car bien que Dieu fasse parfois prospérer des ennemis justes et licites, Il ne fait jamais prospérer les sujets rebelles à leur prince, si grands que soit leur nombre ou leur puissance. Cinq princes ou rois (ainsi que l'Écriture les appelle) avec toutes leurs multitudes, n'ont pas pu dominer Chedorlaomer, à qui ils avaient promis loyauté et obéissance, et ont persévéré quelques années ; mais ils furent tous renversés et faits prisonniers par lui, et Abraham, sa famille et ses apparentés, une poignée d'hommes en regard, ne devant aucune sujétion à Chedorlaomer, l'ont renversé, lui et toute son armée en [ordre de] bataille, et récupéré et délivré les prisonniers. De sorte que bien que la guerre soit une chose cruelle en soi, Dieu fait souvent prospérer un petit nombre dans des guerres licites contre des ennemis étrangers, face à des milliers [d'hommes], mais jamais des sujets rebelles à leur souverain légitime, si grands et nobles soient-ils, si forts, si spirituels et politiques ; mais ils ont toujours fini par être renversés et honteux à la fin, tant Dieu déteste la rébellion, plus que toute autre guerre, bien que [la guerre] soit une terrible et vaste destruction pour l'humanité. Et bien que non seulement de grandes multitudes de durs coquins ordinaires, mais parfois aussi des hommes très spirituels, nobles et en [situation d']autorité, aient fomenté des rébellions contre leurs princes légitimes (tandis que la vraie noblesse devrait détester une telle vilenie et que la vraie sagesse devrait détester grandement une rébellion aussi frénétique), bien qu'ils prétendent avoir de justes motifs pour cela, tel le redressement de la communauté (que la rébellion détruit, plus que tout autre méfait), ou la réformation de la religion (tandis que la rébellion est à l'opposé de toute vraie religion), bien qu'ils fassent une grande démonstration de sainteté au début de leur rébellion en faisant semblant de rendre un culte à Dieu (comme le fit Absalon en commençant sa rébellion par des sacrifices à Dieu), bien qu'ils déploient et promènent des enseignes et des bannières acceptables pour le peuple ordinaire, rustre et ignorant qu’ils trompent en attirant à eux de grandes multitudes par de tels faux arguments ; cependant, les multitudes de rebelles n'ont jamais été si grandes et énormes, les capitaines jamais si nobles, politiques et spirituels, les feints arguments jamais si saints et justes, que le rapide renversement des rebelles, de quelque nombre, état ou condition qu'ils fus-sent, ou de quelque couleur ou parti qu'ils se prétendissent, ne sont jamais et n'ont jamais été tels que Dieu ne montre qu'Il ne permet pas que la dignité d'une personne, ni la multitude d'un peuple, ni le sérieux d'un motif suffise à justifier que de tels sujets entrent en rébellion contre leurs princes. Passons et lisons l'histoire de toutes les nations ; regardez les chroniques de votre propre pays ; rappelez-vous les nombreuses rébellions du passé, quelques-unes étant encore fraîches dans les mémoires; vous n'y trouverez pas que Dieu ait jamais fait prospérer une rébellion contre un prince licite et légitime, mais au contraire que les rebelles ont été renversés et tués, et que ceux qui ont été faits prisonniers furent horriblement exécutés. Considérez que des grandes familles nobles de ducs, marquis, comtes et autres seigneurs, dont vous lisez les noms dans les chroniques, sont maintenant complètement éteintes et mortes ; et recherchez les causes de leur décrépitude ; vous trouverez que ce n'est pas le manque d'héritiers mâles qui a opéré cette décrépitude et cette perte de maisons et de sang noble, mais la rébellion.

Et comme le redressement de la communauté a toujours été le faux prétexte des rebelles, et que la religion commence maintenant à être un motif de rébellion, que tous les sujets pieux [veuillent bien] les considérer tous les deux, et d'abord le motif religieux. Si le pacifique Roi Salomon était jugé par Dieu comme plus apte à construire Son Temple (où se déroule l'ordonnancement de la religion) que son père le Roi David, qui était cependant un roi très pieux, parce que ce David était un grand guerrier et avait répandu beaucoup de sang, même si c'était à la guerre contre les ennemis de Dieu ; les sujets pieux et raisonnables peuvent en déduire qu'un prince paisible, spécialement notre très pacifique et miséricordieuse Reine, qui n'a pas répandu de sang du tout jusqu'ici, non, même pas celui de ses ennemis mortels, est beaucoup plus approprié pour maintenir la vraie religion que ne le sont des rebelles sanguinaires, qui n'ont pas répandu le sang des ennemis de Dieu comme David l'a fait, mais qui ont cherché à répandre le sang des amis de Dieu, de leurs concitoyens, de leurs plus chers amis et de leur parenté, oui, ils ont cherché la destruction de leur très gracieux prince et de leur pays natal, alors qu'ils devraient être prêts à répandre leur [propre] sang pour les défendre, si la nécessité l'exigeait. Quelle sorte de religion est celle de ces hommes [pour qu’ils] veuillent la restaurer par de tels procédés ? Et comme il est facile de les juger, même si leur religion est aussi bonne que celle des sujets obéissants et des hommes bons, comme si la rébellion était un bon moyen de redresser et de réformer, alors qu'elle est la pire déformation de tout ce qui existe. Mais comme la vérité de l'Évangile de Christ notre Sauveur s'enseigne sobrement et calmement, bien qu'il en coûte [parfois] la vie à ceux qui l'enseignent et sont [seuls] à même de maintenir la vraie religion ; une religion fanatique a besoin d'être soutenue aussi furieusement que par la rébellion, et les modèles en sont les rebelles, qui sont prêts, non pas à mourir pour la vraie religion, mais à tuer tous ceux qui osent critiquer leur fausse superstition et leur méchante idolâtrie.

Maintenant, au sujet des prétextes au redressement de la communauté avancés par les rebelles, tout homme qui aurait ne serait-ce que la moitié d'un œil peut voir combien ils sont vains, eux et la rébellion, comme je l'ai déjà dit, et les destructeurs et la ruine de toute communauté possible. Et quiconque regarde, d'une part, les personnes et le gouvernement des très honorables conseillers de la Reine, qui l’ont prouvé à sa majesté, par l'expérience de si nombreuses années et les profits et avantages pour notre pays et ses habitants ; et considère d'autre part les personnes, l'état et la condition des rebelles eux-mêmes, qui prétendent réformer le gouvernement actuel, trouvera que les pires désagréments qui ont dévasté d'une façon obscène leur biens et leurs terres, ceux qui sont dans les dettes jusqu'aux oreilles et qui à cause de leurs vols, chapardages et meurtres n'osent pas montrer leur face dans une quelconque communauté bien gouvernée, où de bonnes lois sont en vigueur, se comportent dans la vie d'une façon très méchante et obscène, et tous ceux qui ne veulent ni ne peuvent vivre en paix, sont toujours les plus prompts à entrer en rébellion ou de s'acoquiner avec les rebelles. Est-ce qu'ils sont aptes, selon vous, à restaurer une communauté décrépie, eux qui ont gaspillé et consumé toute leur propre richesse et leur épargne ? Sont-ils susceptibles de corriger les manières des autres, eux qui ont des vices aussi vils et sont eux-mêmes d'une condition aussi abominable ? Il est sûr que ce qu'ils prétextent faussement être une réformation n'est en fait qu'une déformation ou une défiguration, et aussi une destruction totale de toute richesse commune, ainsi qu'on le verrait si les rebelles voyaient leurs désirs satisfaits, et cela ne se voit que trop bien par leurs actions dans les endroits du pays où les rebelles commandent, où, bien qu'ils ne s'y attardent que très peu de temps, ils opèrent une telle réformation qu'ils détruisent tout, partout, et tuent tout le monde quand ils arrivent quelque part, au point que même les enfants à naître en ont du chagrin et les maudiront longtemps encore, voire des années après.

Qu'aucun bon sujet ne suive donc le drapeau ou la bannière de la rébellion, portée par des rebelles, même s'ils sont ornés de l'image d'une charrue et de la devise « Dieu fait avancer la char-rue » écrite en grandes lettres, sachant que rien ne fait autant obstacle à la charrue que des rebelles, qui ne veulent ni labourer eux-mêmes, ni tolérer que d'autres le fassent. Et bien que certains rebelles ne sachant pas ce que la croix de Christ signifie, et que nul sculpteur ou peintre n'a le droit de faire, portent l'image de la croix peinte sur un chiffon, contre ceux qui ont la croix de Christ imprimée dans leur cœur ; et bien qu'ils portent l'image des cinq plaies peinte contre ceux qui mettent leur seul espoir de salut dans les blessures de Christ, pas celles qui sont peintes sur une effigie par quelque peintre obscène, mais les blessures que Christ Lui-même a subies en Son corps précieux ; oui, bien qu'ils peignent sur leurs drapeaux « Hoc signo vinces - Par ce signe, tu obtiendras la victoire », par une imitation très touchante du chrisme de Constantin le Grand, ce noble empereur Chrétien et grand conquérant sur les ennemis de Dieu, c’est une enseigne fort inconvenante pour des rebelles, les ennemis de Dieu, de leur prince et de leur pays ; ou quelle que soit la bannière qu'ils portent ; que nul sujet pieux et bon ne suive de tels porte-étendards de la rébellion, dans le vain espoir d'une victoire ou d'un succès. Car des exemples de telles pratiques se trouvent aussi bien dans les histoires de rébellions anciennes et plus tardives de nos ancêtres, et dans notre mémoire récente ; et nonobstant ces prétentions faites et les bannières qu'ils portent, elles y sont enregistrées en vue d'un souvenir perpétuel, avec les grands et horribles meurtres d'infinies multitudes et de milliers de gens du peuple tués par la rébellion, les terribles exécutions des auteurs et des capitaines, la ruine piteuse de leur femme et de leurs enfants, et la déshérence perpétuelle des héritiers des rebelles, les ravages et les destructions du peuple et du pays où la rébellion a commencé, au point que même les enfants à naître en seront désolés et se lamenteront, avec le renversement final et la mort honteuse des rebelles, tel qu'on le voit aussi bien dans l'histoire des nations étrangères que dans les chroniques de notre propre pays ; et si on les rassemblait, on en ferait de nombreux livres en plusieurs volumes ; mais en revanche, la chance, les succès et la prospérité qui sont parfois arrivées à des rebelles, quels qu'en soient l'époque ou le pays, tient en quelques lignes et très peu de mots.

C'est pourquoi, pour conclure, tous les bons sujets, voyant quel horrible péché contre Dieu, leur prince, leur pays et leurs concitoyens, contre toutes les lois de Dieu et des hommes, est la rébellion, qui n'est pas un péché distinct mais une accumulation de tous les péchés contre Dieu et les hommes ; voyant la vie et les actions malicieuses et la fin honteuse avec la mort de tous les rebelles jusqu'ici, et la ruine piteuse de leur femme, de leurs enfants et de leur famille, et la déshérence de leurs héritiers à perpétuité ; et voyant surtout la damnation éternelle en enfer avec Satan, le premier fondateur de la rébellion et le grand capitaine de tous les rebelles, qui est préparée pour tous les rebelles impénitents ; que tous les bons sujets, dis-je, voyant ces choses, évitent et fuient la rébellion comme le pire de tous les méfait, et qu'ils s'appliquent à l'obéissance qui est due à Dieu et à notre prince, comme la plus grande de toutes les vertus ; afin que nous puissions échapper à tous les maux et aux misères qui suivent la rébellion dans ce monde et à la damnation éternelle dans le monde à venir, et jouir de la paix, de la tranquillité et de la sécurité, avec tous les autres bienfaits et les bénédictions de Dieu et de leur prince, et jouir finalement du royaume des cieux, le lieu spécial [destiné] à tous les sujets obéissant à Dieu et à leur prince, dans le monde à venir. Ce que je supplie Dieu, le Roi des rois, de nous accorder [au nom de] l'obéissance de Son Fils et notre Sauveur Jésus-Christ. À qui, avec le Père et le Saint-Esprit, un seul Dieu et Roi immortel, tout honneur, service et obéissance sont dus par toutes Ses créatures, éternellement. Amen.

Vous avez ainsi entendu la quatrième partie de cette homélie. Maintenant, bonnes gens, prions. (La même prière que devant).

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{76} 5. Alors que je vous ai exposé dernièrement, tant par la doctrine qu'avec des exemples, l'obéissance qui est due aux princes par leurs sujets, et quel abominable péché contre Dieu et les hommes est la rébellion, et quelles horribles plaies, châtiments et mort, et la mort éternelle sont suspendus au-dessus de la tête de tous les rebelles, il sera pertinent et bénéfique, de dénoncer maintenant qui sont ceux dont le diable, le premier auteur et le fondateur de la rébellion, se sert principalement pour pousser les sujets à se rebeller contre leurs princes légitimes ; afin qu'en les connaissant, vous soyez à même de les fuir, eux et leurs damnables suggestions, d'éviter toute rébellion et d'échapper ainsi aux plaies horribles, à une terrible mort et à la damnation éternelle qui attend finalement tous les rebelles, pour embrasser l'obéissance à Dieu et à votre prince légitime, et que vous puissiez jouir des bénédictions de Dieu et de la faveur de votre prince en toute paix, tranquillité et sécurité dans ce monde, et que vous obteniez finalement par Christ notre Sauveur la vie éternelle dans le monde à venir, pour conclure tout ce traité sur l'obéissance due et contre la damnable rébellion.

Bien que les causes de la rébellion soient connues et presque aussi nombreuses que les vices chez les hommes et les femmes, comme nous l'avons déjà remarqué, je ne parlerai particulièrement ici que des causes principales et des plus fréquentes, comme l'ambition et l'ignorance. Par ambition, je veux dire le désir incessant et illicite qu'ont les hommes d'arriver à une situation plus élevée que celle que Dieu leur a assignée. Par ignorance, je ne veux pas dire l'incompétence dans les arts ou les sciences, mais l'absence de connaissance de la volonté bénie de Dieu, affirmée dans Sa sainte Parole, laquelle enseigne aussi bien à détester totalement toute rébellion comme la racine de tous les méfaits, et spécifiquement à faire ses délices de l'obéissance, qui est le commencement et le fondement de tout bien, comme il l'a été déjà spécifié aussi. Et comme ce sont là les deux causes principales de la rébellion, il y a donc spécialement deux sortes d'hommes dans lesquels ces vices règnent [en maîtres], par lesquels le diable, l'auteur de tout mal, pousse principalement à toutes les désobéissances et à toutes les rébellions. L'ambition incessante, une fois qu'elle a déterminé un moyen ou un autre pour atteindre le but qu'elle s'est fixé, et quand on ne peut pas s'élever assez haut qu'on le souhaite par des moyens pacifiques et licites, tente d'y parvenir par la force et la violence ; et quand on ne peut pas dominer tout seul l'autorité ordinaire, le pouvoir des princes légitimes et les gouvernants eux-mêmes, on recherche l'aide de la multitude des ignorants, les abusant dans ce but infâme. C'est pourquoi, voyant que quelques ambitieux malicieux sont les auteurs et les chefs, et les multitudes d'ignorants sont les serviteurs et les propagateurs de la rébellion, le point principal de cette partie sera aussi bien de notifier aux simples et aux ignorants qui sont ou ont été les auteurs habituels de la rébellion, afin qu'ils les connaissent, que de les admonester afin qu'ils fassent attention aux suggestions subtiles de personnes aussi agitées par l'ambition et les fuient ; afin que les rébellions, bien qu'elles soient attentées par une poignée d'ambitieux [seulement], et que grâce à l'absence de soutien [de la part] de la multitude, elles puissent être rapidement et facilement, et sans grands efforts, dégâts ou danger, réprimées et clairement annihilées.

Il est bien connu, aussi bien de toute l'histoire que par l'expérience quotidienne, que nul n'a eu plus l'ambition d'arriver au-dessus des empereurs, rois et princes, ni de pousser le peuple ignorant à la rébellion contre les princes que certaines personnes qui se croient faussement spirituelles et voudraient être reconnues comme telles. Ici, je dois donc une fois de plus vous remettre en mémoire, bonnes gens, la sainte Parole de Dieu, comment Jésus-Christ notre Sauveur et Ses saints Apôtres, les chefs et les modèles de tous les vrais ecclésiastiques spirituels, se comportaient envers les princes et les dirigeants de leur époque, même s'ils n'étaient pas les meilleurs dirigeants de tous les temps ; afin que vous ne soyez pas sans savoir s'ils sont de vrais disciples et suiveurs de Christ et de Ses Apôtres, et donc d'authentiques spirituels, et s’ils aspirent fortement à l'ambition, ou s'ils appellent très malicieusement ou exécutent pernicieusement une rébellion contre leur prince légitime, ce qui est la plus charnelle des œuvres et le pire des méfaits. Les Saintes Écritures enseignent expressément que Christ notre Sauveur Lui-même, et Ses saints Apôtres St Paul, St Pierre, avec d'autres, étaient eux-mêmes obéissants envers les magistrats et les hautes autorités qui dirigeaient quand ils étaient sur terre, et exhortaient particulièrement et sérieusement tous les autres Chrétiens à cette même obédience à leurs princes et gouvernants ; d'où il est évident que les hommes du clergé et les ecclésiastiques, leurs successeurs, doivent particulièrement et plus que d'autres obéir eux-mêmes à leurs princes, et exhorter aussi les autres à faire de même. Christ notre Sauveur Lui-même, le confirme quand Il enseigne par Sa doctrine que Son royaume n’est pas de ce monde, et Il a donné l'exemple en fuyant ceux qui voulaient Le faire roi ; interdisant expressément aussi à Ses Apôtres, et à travers eux à tout le clergé, de dominer à la manière des princes sur les peuples et les nations ; et Lui et Ses Apôtres aussi, à savoir Pierre et Paul, ont interdit à tous les ecclésiastiques de dominer sur l'Église de Christ. Et en effet, pendant que des ecclésiastiques maintenaient cet ordre dans l'Église de Christ en tant que cela leur était prescrit par la Parole de Christ, et que dans les royaumes Chrétiens ils se maintenaient dans l'obéissance à leurs princes, comme les Saintes Écritures l'enseignent, l'Église de Christ était exempte d'émulation et de luttes d'ambition, et les royaumes Chrétiens moins sujets à des tumultes et rébellions.

Mais après que l'ambition et le désir de domination ont pénétré chez les ecclésiastiques (dont la grandeur, selon la doctrine et l'exemple de notre Sauveur, devrait résider principalement dans leur humilité), et que l'évêque de Rome (qui n’était par l'ordre de la Parole de Dieu rien de plus que l'évêque de ce seul siège et diocèse, et pas même capable de le gouverner), par un intolérable défi d'ambition, pour devenir non seulement le chef de l'Église dispersée à travers le monde, mais aussi le seigneur de tous les royaumes du monde, comme il est expressément spécifié dans le livre de ses propres lois canoniques, et très contraire à la doctrine et à l'exemple de Christ notre Sauveur, dont le vicaire et celui de Ses saints Apôtres, à savoir Pierre, dont il prétend être le successeur ; après que cette ambition a pénétré et que ce défi est lancé par l'évêque de Rome, il est aussitôt devenu le bourreau et le destructeur à la fois de l'Église, qui est le royaume de Christ notre Sauveur, et de l'empire Chrétien et de tout les royaumes Chrétiens, et un tyran universel par-dessus-le-marché. Et tandis qu'avant que ce défi fut lancé il y avait une grande amitié et un grand amour entre les Chrétiens de tous les pays, l'émulation et la haine commencèrent alors entre l'évêque de Rome et son clergé et leurs amis, d'une part, et le clergé Grec et les Chrétiens orientaux d'autre part, parce qu'ils refusaient de reconnaître à l'évêque de Rome une telle autorité suprême sur eux ; l'évêque de Rome, pour ce motif parmi d'autres, non seulement les a appelés et pris pour des schismatiques, mais il n'a pas cessé de les persécuter, eux et les empereurs dont le siège se maintenait en Grèce, en poussant leurs sujets à la rébellion contre leurs souverains seigneurs et en soulevant une haine à mort et des guerres très cruelles entre eux et d'autres princes Chrétiens. Et quand les évêques de Rome transférèrent le titre d'empereur (car ils mentaient [tous] autant qu'ils étaient) et l'empire lui-même de leur seigneur l'empereur de Grèce et de Rome aussi, en droit, aux princes Chrétiens d'Occident, ils devinrent en peu de temps aussi nuisibles aux empereurs d'Occident qu'ils l'étaient aux empereurs de Grèce. Car pour délier les sujets de leur serment de fidélité aux empereurs d'Occident, leurs souverains seigneurs, les évêques de Rome, en poussant les sujets d'une manière contre-nature à la rébellion contre leurs princes, oui, le fils contre le père, par l'évêque de Rome, les guerres les plus cruelles et sanglantes ont éclaté entre les princes Chrétiens de tous les royaumes, avec l'horrible meurtre d'une infinité de milliers de Chrétiens, tués par d'autres Chrétiens ; et par suite, la malheureuse perte de bonnes villes, de pays, de domaines et de royaumes, autrefois propriété de Chrétiens en Asie, en Afrique et en Europe, la chute misérable de l'empire et de l'Église de Grèce, autrefois la partie la plus florissante de la Chrétienté, dans les mains des Turcs, la diminution lamentable, la décrépitude et la ruine de la religion Chrétienne, la terrible augmentation du paganisme, et le pouvoir des infidèles et des mécréants ; et tout cela par la pratique de l'évêque de Rome principalement, comme il est écrit dans l'histoire et les chroniques par les propres favoris et amis de l'évêque de Rome, comme il se peut voir, et est bien connu de tous ceux qui sont au courant de ladite histoire.

Les dérives volontairement ambitieuses et très subtiles des évêques de Rome dans ces pratiques bien à eux apparaissaient à l'évidence dans leur tentative grossière de dépouiller et de voler les empereurs de leur villes, domaines et royaumes d'Italie, de Lombardie et de Sicile, qui appartenaient à l'empire selon le droit ancien, et en les adjoignant à leur évêché de Rome, ou en les donnant à des étrangers pour les tenir sous la coupe de l'Église et des évêques de Rome en tant que suzerains, et par ses principaux seigneurs, dont la plupart sont encore tenus ainsi à ce jour. Par ces moyens ambitieux et traîtres en fait, et en dépouillant les seigneurs souverains, les évêques de Rome, prêtres et en droit rien d'autre que les évêques d'une ville et diocèse, sont devenus, par une usurpation frauduleuse, les grands seigneurs de nombreux domaines, des princes puissants, oui, ou plutôt des empereurs en tant qu'ils disent que divers princes et rois sont leurs vassaux, sujets et hommes-liges ; et dans la même histoire écrite par leur propres familiers et courtisans comme on peut le voir. Et en effet, à partir du moment où les évêques de Rome, par ambition, trahison et usurpation, ont réussi et atteint à cette grandeur et élévation, ils se sont comportés en toutes choses plus comme des princes, des rois et des empereurs qu'ils ne sont restés des prêtres, des évêques et des ecclésiastiques ou (comme ils aiment à se faire appeler) des personnes spirituelles tout à la fois. Car à cette aune là ils ont manipulé les rois et les princes d'autres royaumes à travers la Chrétienté, aussi bien que leurs souverains seigneurs les empereurs, déliant leurs sujets de leur serment de fidélité, et les poussant à la rébellion contre leurs princes légitimes, dont quelques exemples vous seront présentés dans la dernière partie.

Et pour toutes ces raisons, que tous les bons sujets, sachant qu'ils sont les instruments particuliers et les serviteurs du diable pour fomenter toutes les rébellions, les évitent et les fuient, eux et les suggestions pestilentielles de tels usurpateurs étrangers et ceux qui s'y rattachent, et qu'ils embrassent l'obéissance à Dieu et à leurs princes et souverains légitimes ; afin qu'ils puissent jouir des bénédictions de Dieu et de la faveur de leur prince en toute paix, tranquillité et sécurité dans ce monde, et qu'ils obtiennent finalement, par Christ notre Sauveur, la vie éternelle dans le monde à venir.

Maintenant, il serait intolérable, et il serait plus que surprenant que des sujets en tiennent pour de tels usurpateurs étrangers contre leurs souverains seigneurs et leur pays natal ; que Dieu le Père, pour l'amour de ce même Sauveur Jésus-Christ, nous l'accorde à nous tous. À qui, avec le Saint-Esprit, soient tout honneur et toute gloire, éternellement. Amen.

Vous avez ainsi entendu la cinquième partie de cette homélie. Maintenant, bonnes gens, prions. (La même prière que devant).

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{77} 6. Maintenant, alors que les insultes, les oppressions, la rapacité et la tyrannie des évêques de Rome, usurpant [le pouvoir] aussi bien de leurs seigneurs légitimes les empereurs que de tous les autres rois et royaumes Chrétiens, et incitant continuellement leurs sujets à la rébellion contre leurs seigneurs souverains, ce dont je vous ai déjà parlé en partie, étaient insupportables, il serait plus que surprenant que des sujets en tiennent pour de tels usurpateurs contre-nature, contre leurs propres seigneurs souverains et leur pays natal ; il reste à vous déclarer par quel moyen ils arrivent à cela, et de conclure ainsi tout ce traité sur l'obéissance et contre la désobéissance et la rébellion volontaire.

Vous comprenez que c'est par l'ignorance de la Parole de Dieu dans laquelle ils maintiennent tous les hommes, et spécialement le petit peuple, qu'ils opèrent et réussissent cela, en leur faisant croire que tout ce qu'ils disent est vrai, que tout ce qu'ils font est bien et pieux, et que de s'attacher à eux en toute chose, en s'opposant à un père, une mère, un prince, un pays et à tous les hommes est très méritoire. Et en effet, à quel méfait l'ignorance aveugle des gens simples ne les mène-t-elle pas? Par ignorance, le clergé Juif a induit le petit peuple à réclamer la libération de Barrabas, le meurtrier séditieux, et la condamnation à la cruelle crucifixion de Christ notre Sauveur, pour avoir critiqué l'ambition, la superstition et d'autres vices chez les grands prêtres et le clergé. Car tout comme Christ notre Sauveur a attesté que ceux qui le crucifiaient ne savaient pas ce qu'ils faisaient, le saint Apôtre a dit : « S'ils avaient su », s'ils n'avaient pas été ignorants, « ils n'auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire », mais ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient. Christ notre Sauveur Lui-même a prophétisé que ce serait par ignorance qu’on persécuterait et assassinerait Ses vrais Apôtres et disciples, en pensant offrir à Dieu un sacrifice acceptable et un bon culte, comme on le vérifie aujourd'hui encore.

Et les évêques de Rome ont maintenu le peuple de Dieu dans cette ignorance, spécialement le petit peuple, par nul autre procédé qu'en leur retirant la Parole de Dieu et en la maintenant [cachée] sous le voile d'une langue étrangère et inconnue. Car comme cela servait l'ambition des évêques de Rome d'obliger toutes les nations d'employer la langue maternelle de la ville de Rome, dont ils étaient évêques, ce qui dénotait une certaine allégeance de leur part, [à leur avantage], et servait bien mieux leurs buts de maintenir par ruse tous les peuples dans un tel aveuglement que, ne sachant pas ce qu'ils priaient, ce qu'ils croyaient, ni ce que Dieu leur commandait, ils prenaient tous leurs diktats pour des commandements de Dieu. Car comme ils ne toléraient pas que les Écritures Saintes ou que la liturgie soient dans une autre langue que le Latin, seuls quelques individus du petit peuple comprenaient la prière du Seigneur, les articles de foi et les Dix Commandements autrement qu'en Latin, auquel ils n'entendaient rien ; et grâce à cette ignorance universelle, tous les hommes étaient prêts à croire tout ce qu'ils disaient, et à faire tout ce qu'ils leur commandaient.

Car pour imiter la phrase de l'Apôtre, si les sujets de l'empereur avaient su leur devoir envers leur prince, d'après la Parole de Dieu, ils n'auraient pas accepté que l'évêque de Rome les persuade d'abandonner leur souverain seigneur l'empereur, rompant leur serment de fidélité, et de se rebeller contre lui, uniquement parce qu'il rejetait les images (avec lesquelles se commettait l'idolâtrie) hors des églises, ce que l'évêque de Rome considérait comme une hérésie. S'ils avaient su de la Parole de Dieu, ne serait-ce que les Dix Commandements, ils auraient trouvé que l'évêque de Rome était non seulement un traître à l'empereur son seigneur-lige, mais aussi à Dieu, et un horrible blasphémateur de Sa majesté, en traitant Sa sainte Parole et Ses commandements d'hérésies, et ils auraient su que ce que l'évêque de Rome prenait pour un juste motif de rébellion contre son prince légitime, était un doublement ou un triplement de sa très détestable méchanceté, s'ajoutant à une horrible impiété et au blasphème. Mais afin que le pauvre peuple ne le sache pas trop, il ne lui permettait pas de connaître de la Parole de Dieu ne serait-ce que les Dix Commandements complètement et parfaitement, en leur retirant le second Commandement, et trahissant son impiété par un subtil sacrilège.

Si les sujets de l'empereur avaient su et compris la Parole de Dieu, se seraient-ils rebellés contre leur seigneur souverain, en le déposant par leur rébellion, uniquement parce que l'évêque de Rome leur a dit que c'était de la simonie et une hérésie de la part de l'empereur que de conférer des dignités ecclésiastiques ou des promotions à ses savants chapelains ou à d'autres [membres] instruits de son clergé, ce que tous les empereurs Chrétiens avant lui avaient fait sans contrôle ? Se seraient-ils rebellés dis-je, contre lui, en répandant tant de sang et en tuant tant de Chrétiens, parce que l'évêque de Rome leur a montré cela, s'ils avaient su la Parole de Dieu et l'avaient tant soit peu comprise ? Et en particulier, s'ils avaient su qu'ils faisaient tout cela pour arracher à leur seigneur souverain et à ses successeurs à jamais leur ancien droit sur l'empire, afin de le donner au clergé Romain et à l'évêque de Rome, afin qu'il puisse confirmer un seul archevêque et pour un oripeau romain qu'il appelait un pal[lium], ne valant tout au plus que quelques centimes, il reçoive des milliers de couronnes [ou des louis] d'or, et d’importantes sommes d'argent de la part d'autres évêques pour leurs bulles, ce qui est en effet de la simonie ; les Chrétiens et les sujets auraient-ils versé tant de sang Chrétien, dis-je, et déposé leur très vaillant et très noble prince légitime, pour en arriver là, s'ils avaient su ou s'ils avaient eu quelque compréhension de la Parole de Dieu ?

Et comme des usurpateurs ambitieux, les évêques de Rome ont envahi toute l'Italie et l'Allemagne avec des rivières de sang Chrétien, répandu par la rébellion de sujets ignorants s'opposant à leurs seigneurs légitimes les empereurs, à quoi ils ont été amenés par de telles fausses excuses, de sorte qu'il n'y a eu aucun pays dans la Chrétienté qui n'ait été arrosé avec le sang des sujets, par une rébellion contre leur souverains légitimes, excités par les mêmes évêques de Rome.

Et pour prendre un exemple dans notre pays, l'évêque de Rome a suscité une querelle avec le Roi Jean d'Angleterre à propos de l'élection de Stephen Langton à l'évêché de Cantorbéry, à quoi le Roi avait un droit ancien, dont ses ancêtres avaient usé, tous étant des rois Chrétiens ; les évêques de Rome n'y avaient aucun droit, mais ils ont alors commencé à l'usurper aux Rois d'Angleterre et à tous les autres Rois Chrétiens, comme ils l'avaient déjà fait avec leurs souverains seigneurs les empereurs, procédant de la même façon et avec les mêmes moyens, en maudissant de même le Roi Jean et en déliant ses sujets de leur serment de fidélité à leur seigneur souverain. Maintenant, si les Anglais de cette époque avaient su leur devoir envers leur prince, tel qu'il est établi dans la Parole de Dieu, est-ce qu'un grand nombre de nobles et autres sujets Anglais se seraient ainsi rebellés contre le Roi, leur seigneur souverain, à cause de cette vaine malédiction du Roi par un usurpateur étranger illégitime, les déliant de leur serment de fidélité envers leur Seigneur légitime, sur une telle calomnie et sans fondement du tout ? Est-ce que des sujets Anglais auraient pris parti contre le Roi d'Angleterre et contre les Anglais, avec le Roi rançais et les Français, s'ils n'avaient pas été excités contre ce royaume par l'évêque de Rome ? Est-ce qu'ils auraient été chercher et auraient reçu le Dauphin de France, avec une grande armée de Français, dans le royaume d'Angleterre ? Est-ce qu'ils auraient juré fidélité au Dauphin de France, en rompant leur serment de fidélité envers leur souverain seigneur, le Roi d'Angleterre, et se seraient enrôlés sous la bannière du Dauphin de France, déployée contre le Roi d'Angleterre ? Est-ce qu'ils auraient chassé leur souverain seigneur le Roi d'Angleterre hors de Londres, la capitale de l'Angleterre et hors de la plus grande partie de l'Angleterre au Sud de la Trent, et même de Lincoln, et en auraient livré la possession au Dauphin de France, où il a gardé cette possession assez longtemps ? Est-ce que, étant Anglais, ils auraient versé tant de sang Anglais et accompli une telle infinité de méfaits contre l'Angleterre, leur pays natal, comme il s'est ensuivi de ces guerres cruelles et de cette rébellion traîtresse, qui sont les fruits des bénédictions de l'évêque de Rome ? Est-ce qu'il auraient conduit leur souverain et légitime seigneur le Roi d'Angleterre à une telle extrémité qu'il fut forcé de se soumettre lui-même à cet usurpateur [qu'était] l'évêque de Rome, qui l'a obligé à remettre la couronne d'Angleterre entre les mains de son légat lequel, en gage de possession l'a gardée plusieurs jours, et l'a ensuite rendue au Roi Jean sous cette condition que le Roi et ses successeurs tiennent la couronne et le royaume d'Angleterre de l'évêque de Rome et de ses successeurs, en tant que vassaux desdits évêques de Rome pour toujours, en gage de quoi les Rois d'Angleterre devaient aussi payer un tribut annuel aux dits évêques de Rome en tant que vassaux et hommes-liges ? Est ce que des Anglais auraient amené leur souverain seigneur et leur pays natal dans cet esclavage et cette sujétion à un usurpateur étranger, s'ils avaient su et s'ils avaient eu la moindre compréhension de la Parole de Dieu ? Et de la situation lamentable et de cette tyrannie fort pitoyable, de cette rapacité et spoliation par les très cupides loups Romains qui s'en est ensuivie, les Rois et le royaume d'Angleterre n'ont pu se débarrasser avant bien des années plus tard ; l'évêque de Rome et ses serviteurs non seulement continuaient à dépouiller le royaume et les Rois d'Angleterre de trésors sans nombre, mais aussi, ils entretenaient avec ce même argent des ennemis étrangers contre le royaume et les Rois d'Angleterre, pour les garder dans une telle sujétion qu'ils n'auraient pas refusé de payer tout ce que ces loups insatiables et cupides réclamaient en ouvrant leur gueule, ni rien toléré de ce que ces très cruels tyrans leur imposaient. Est-ce que les Anglais auraient supporté cela ? Est-ce qu'ils auraient atteint ce but par la rébellion, pensez-vous, et tout cela à cause d'une malédiction infondée de l'évêque de Rome, s'ils avaient su et compris à cette époque les bénédictions et s'ils n’avaient béni les malédictions de tels évêques tyranniques et méchant usurpateurs, comme il est apparu plus tard au temps du Roi Henry VIII et du Roi Édouard VI, et actuellement au temps de notre gracieuse souveraine, où on ne manque ni des malédictions du pape, ni des multiples bénédictions de Dieu ? Mais à l'époque du Roi Jean l'évêque de Rome, comprenant l'aveuglement grossier, l'ignorance de la Parole de Dieu et la superstition des Anglais, et combien ils inclinaient à rendre un culte à la bête Babylonienne de Rome et à craindre toutes ses menaces et malédictions sans fondement, il les a ainsi abusés ; et par leur rébellion ils ont amené ce noble royaume et les Rois d'Angleterre sous cette tyrannie très cruelle, pour être dépouillés par ces très vils et insatiables rapaces cupides pendant une très longue période de temps.

Et pour rejoindre les rapports de l'histoire d'ancienne mémoire, l'évêque de Rome aurait-il pu soulever les récentes rébellions du Nord et de l'Ouest au temps du Roi Henry VIII et du Roi Édouard VI, les père et frère de notre gracieuse souveraine, sinon en abusant le peuple ignorant ? Ou bien n'est-il pas très évident que l'évêque de Rome a tenté dernièrement, par ses patriarches et évêques Irlandais, au moyen de bulles envoyées de Rome (dont certains dépendaient), d'abattre les barrières de la paix publique en Irlande, rien qu'en trompant facilement la confiance et l'ignorance de ces sauvages d'Irlandais ? Ou bien, qui ne voit qu'avec la même assurance il a encore plus récemment déclenché la rupture de la paix publique en Angleterre (et il est douloureusement affli-gée d’une persistance si longue et bénie), par le ministère de ses chapelains déguisés, s'infiltrant dans les maisons en vêtements laïcs et susurrant aux oreilles de certains frontaliers du Nord, les plus ignorants de tout le royaume de leur devoir envers Dieu et envers leur prince ; et en tant que les plus susceptibles d'exécuter ses intentions, il aurait amené ces sujets stupides et aveugles, au moyen de prêtres messiers ignorants, tels des guides aveugles guidant d'autres aveugles, dans le fossé profond d'une horrible rébellion, damnable à leur propre égard et très dangereuse pour l'état du royaume, si Dieu, par Sa miséricorde, n'avait miraculeusement apaisé la tempête qui faisait rage, non seulement sans aucun naufrage de la communauté, mais presque sans verser de sang Chrétien et Anglais du tout.

Et il est encore plus lamentable que non seulement le petit peuple, mais quelques jeunes princes inexpérimentés se soient laissé abuser par l'évêque de Rome, ses cardinaux et ses évêques, afin d'opprimer des Chrétiens, leurs fidèles sujets, soit par eux-mêmes, soit en procurant la force et les moyens de convoyer des Chrétiens d'un autre pays pour opprimer les vrais Chrétiens de leur pays, et d'ouvrir ainsi la porte aux Maures et aux infidèles dans les royaumes et pays Chrétiens : pendant ce temps, d'autres princes Chrétiens, également poussés par l'évêque de Rome, étaient occupés à des guerres civiles ou troublés par des rébellions au point de n'avoir ni le loisir ni la capacité de rassembler leurs forces pour défendre leurs frères Chrétiens contre de telles invasions des ennemis communs de la Chrétienté, les mécréants infidèles. Plaise à Dieu que nous lisions et écoutions seulement l'histoire du passé, et que nous ne ressentions pas seulement ni ne voyions les nouvelles et actuelles oppressions de Chrétiens, les rébellions de sujets, l'effusion du sang Chrétien, la destruction d'hommes Chrétiens, la décrépitude et la ruine de la Chrétienté, l'augmentation du paganisme, qui sont très lamentables et pitoyables à voir, et qui sont fomentés de nos jours aussi bien que dans le passé, par l'évêque de Rome et ses serviteurs, abusant de l'ignorance de la Parole de Dieu, laquelle demeure encore chez quelques princes et sujets Chrétiens.

De ces fruits amers de l'ignorance des hommes, nous devrions être incités à prêter l'oreille et donner du crédit à la Parole de Dieu, qui montre si vraiment et si clairement à quel point l'ignorance est un grand méfait, et combien la connaissance de la Parole de Dieu est un grand et bon cadeau de Dieu. Et à commencer par le clergé Romain qui, bien qu'il se vante maintenant, comme le clergé Juif l'a fait parfois, de ne pouvoir manquer de savoir, Dieu, par Ses prophètes, les accuse d'ignorance et les menace aussi de ne plus être Ses prêtres, parce qu'ils ont rejeté la connaissance de la Parole de Dieu et de Sa Loi, tant pour eux-mêmes que pour le peuple. Dieu charge de même les princes aussi bien que les prêtres de s'efforcer de parvenir à la connaissance et à l'intelligence de Sa Parole, les menaçant de Sa colère et de leur destruction s'ils ne le faisaient pas. Et le sage dit à tous les hommes, universellement : princes, prêtres et peuple: « Là où il n'y a pas de connaissance, il n'y a pas de bien ni de santé pour l'âme ». Et ceci : « Tous les hommes sont vains s'ils n'ont pas la connaissance de Dieu » et de Sa sainte Parole ; car « Ceux qui marchent dans les ténèbres ne voient pas où ils vont », et le peuple qui ne veut pas apprendre tombera dans de grands méfaits ; tel le peuple d'Israël qui, à cause de son ignorance de la Parole de Dieu, fut emmené en captivité une première fois ; et du fait de cette ignorance, ils n'ont pas connu le temps de leur visitation, mais [ils] ont crucifié Christ notre sauveur, persécuté Ses saints Apôtres, et ils étaient si ignorants et aveugles que ce qu'ils faisaient très cruellement et méchamment, ils pensaient que cela ferait plaisir à Dieu, comme un culte agréable (comme nombre d'ignorants le pensent encore à ce jour), et finalement, à cause de leur ignorance et de leur aveuglement, leurs pays, leurs villes, Jérusalem elle-même et le saint Temple de Dieu ont été très horriblement détruits, la plus grande partie de leur peuple tuée et le reste emmené dans une très pitoyable captivité ; car « Celui qui les a créés n'a aucune pitié pour eux, et ne veut pas les épargner » ; tout cela à cause de leur ignorance. Et les Saintes Écritures enseignent que le peuple qui ne veut pas voir de ses yeux, ni entendre de ses oreilles, ni apprendre et comprendre avec le cœur, ne peut pas être converti ni sauvé. Et les méchants eux-mêmes, étant damnés en enfer, confesserons que leur ignorance de la Parole de Dieu les y aura conduits, en disant: « Nous avons dévié de la voie de la vérité et la lumière de la justice ne brille pas en nous, et le soleil de la compréhension ne s'est pas levé pour nous. Nous nous sommes nous-mêmes égarés dans la voie de la méchanceté et de la perdition, et nous avons marché dans des voies encombrées et tortueuses, mais nous n'avons pas connu la voie du Seigneur ». Et notre Seigneur Lui-même et Son Apôtre St Paul enseignent aussi bien que l'ignorance de la Parole de Dieu vient du diable, qu'elle est la cause de toutes les erreurs et méprises (comme il arrive aux sujets ignorants, qui voient mieux le fétu de paille dans l'œil du prince ou d'un conseiller que la grosse poutre dans le leur), et la cause universelle de tout mal, et finalement de la damnation éternelle ; le jugement de Dieu sera sévère pour ceux qui, alors que la lumière de l'Évangile de Christ est venue dans le monde, se délectent plus des ténèbres de l'ignorance que de la lumière de la connaissance de la Parole de Dieu. Car il est com-mandé à tous de lire ou d'écouter, de chercher et d'étudier les Saintes Écritures, avec la promesse de Dieu de les comprendre s'ils le font ; et ils sont [tous] chargés de ne croire aucun défunt, même pas un Ange qui parlerait du haut du ciel, encore moins le pape parlant depuis Rome, si ce qu'ils disent est contraire à la Parole de Dieu ; de laquelle nous ne devons pas dévier, ni à droite ni à gauche. Les princes doivent apprendre dans la Parole de Dieu comment obéir à Dieu et gouverner les hommes ; dans la Parole de Dieu, les sujets doivent apprendre l'obédience à Dieu et à leurs princes. Jeunes et vieux, riches et pauvres, hommes et femmes, de toute condition, sexe et âge, apprennent leur devoir particulier dans la Parole de Dieu. Car « La Parole de Dieu est claire, illuminant les yeux de tous les hommes, la lampe brillante qui dirige les pas de tous les hommes sur le chemin ».

Réveillons-nous donc du sommeil et des ténèbres de l'ignorance, et ouvrons les yeux, afin de voir la lumière ; relevons-nous des œuvres des ténèbres afin d'échapper aux ténèbres éternelles, qui en sont la récompense méritée ; et marchons à la lumière de la Parole de Dieu pendant qu'il fait jour, comme il convient aux enfants de la lumière, dirigeant nos pas dans la vie sur le chemin qui mène à la lumière et à la vie éternelle, afin que nous l'obtenions et que nous en jouissions. Que Dieu « le Père des lumières, qui demeure dans la lumière », incompréhensible et inaccessible, nous l’accorde, par la lumière de la Parole, Jésus-Christ notre Sauveur. À qui, avec le Saint-Esprit, un seul Dieu très glorieux, soient tout honneur, toute louange et toute action de grâce, pour les siècles des siècles. Amen.

Vous avez ainsi entendu la sixième partie de cette homélie. Maintenant, bonnes gens, prions. (La même prière que devant).

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Une Action de Grâces pour l'échec de la dernière Rébellion

Ô Père céleste très miséricordieux, défenseur de ceux qui mettent leur confiance en Toi, sûre forteresse pour tous ceux qui accourent à Toi pour leur secours ; Qui par Tes très justes jugements et à cause de notre désobéissance et rébellion contre Ta Sainte Parole, et à cause de notre méchante vie de péché, ne répondant rien à notre sainte profession par laquelle nous avons fourni l'occasion que Ton saint Nom soit blasphémé parmi les ignorants, et semé dernièrement la confusion dans tout le royaume et le peuple d'Angleterre avec le danger et la terreur de la rébellion, afin de nous réveiller de notre profond sommeil et de notre sécurité insouciante ; Qui as cependant, du fait des misères consécutives à cette rébellion, très durement puni une partie de nos frères Chrétiens et concitoyens qui l'ont bien ressenti ; et Qui as très durement châtié quelques séditieux par de terribles exécutions, et justement infligé une correction et un amendement à Tes serviteurs, pour leur désobéissance envers Toi et envers Ton serviteur leur souverain, afin de nous servir d'exemple et d'avertissement, et Qui as toujours transformé par Ta bonté habituelle la méchanceté des hommes mauvais en en faisant des hommes qui te craignent, pour leur avantage ; Qui Te souviens de Ta miséricorde dans Tes jugements, et as donné la victoire, par Ton assistance, à notre Reine, à sa vraie noblesse et à ses sujets fidèles, avec si peu ou plutôt aucune effusion de sang Chrétien, comme il aurait bien pu s'ensuivre, réconfortant excessivement le cœur de tous les Chrétiens attristés ; et cela par Ta miséricorde paternelle et Ta seule bonté, et par égard pour Ton seul Nom, sans aucun mérite du tout de notre part ; c'est pourquoi nous Te rendons grâce, très humblement et du fond du cœur, pour les grandes miséricordes que Tu nous a manifestées, alors que nous avions mérité une dure punition ; nous Te supplions très humblement d'accorder Ta grâce céleste à tous ceux d'entre nous qui confessent Ton saint Nom et professent la vraie et parfaite religion de Ton saint Évangile, afin que nous vivions en cohérence avec notre profession et que, Te connaissant véritablement par Ta Parole bénie, nous puissions suivre Tes Commandements dans l'obéissance, et que, étant avertis par Ta correction paternelle, nous ne provoquions plus Ta juste colère contre nous, mais que nous jouissions toujours de Tes grandes miséricordes envers nous, Ta main droite sauvant et protégeant continuellement notre Église, notre royaume, notre Reine et le peuple d'Angleterre dans cette circonstance et en toute autre invasion, rébellion et danger, afin qu'il s'ensuive que toute notre postérité, confessant Ton saint Nom, professant Ton saint Évangile et menant une vie sainte, puisse Te louer et Te magnifier perpétuellement, avec Ton Fils Jésus-Christ notre Sauveur et le Saint-Esprit, à Qui soient toute louange, gloire et puissance, pour les siècles des siècles. Amen.

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