NOUS N’AVONS PAS DE PAIN​


SERMON pour le 4ème dimanche du Carême.

Traduction d’une méditation biblique éditée par le Très Révérend Jerry L. OGLES,

Docteur en Théologie et évêque métropolite de l’Anglican Orthodox Church.

COLLECTE : « Dieu tout-puissant, fais, nous t’en supplions, que nous qui avons mérité très justement d’être châtiés pour nos péchés, soyons miséricordieusement secourus par la consolation de ta grâce ; par Jésus-Christ, notre Seigneur et Sauveur. Amen. ».

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COLLECTE du mercredi des Cendres, pour tout le Carême : « Dieu éternel et tout-puissant, qui ne hais rien de ce que tu as fait, et qui pardonnes les péchés de tous ceux qui se repentent ; crée et forme en nous des cœurs nouveaux et contrits ; afin que, déplorant nos péchés, et reconnaissant notre misère, comme nous le devons, nous obtenions de toi, qui es le Dieu de toute miséricorde, le pardon et la rémission parfaite ; par Jésus-Christ, notre Seigneur. Amen. ».

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ÉVANGILE : « Après ces choses Jésus s'en alla au-delà de la mer de Galilée, qui est [la mer] de Tibériade. Et de grandes troupes le suivaient, à cause qu'ils voyaient les miracles qu'il faisait en ceux qui étaient malades. Mais Jésus monta sur une montagne, et il s'assit là avec ses Disciples. Or [le jour de] Pâque, qui était la Fête des Juifs, était proche. Et Jésus ayant levé ses yeux, et voyant que de grandes troupes venaient à lui, dit à Philippe : D'où achèterons-nous des pains, afin que ceux-ci aient à manger ? Or il disait cela pour l'éprouver, car il savait bien ce qu'il devait faire. Philippe lui répondit : [Quand nous aurions] pour deux cents deniers de pain, cela ne leur suffirait point, quoique chacun d'eux n'en prît que tant soit peu. Et l'un de ses Disciples, [savoir] André, frère de Simon Pierre, lui dit : Il y a ici un petit garçon qui a cinq pains d'orge et deux poissons ; mais qu'est-ce que cela pour tant de gens ? Alors Jésus dit : Faites asseoir les gens ; (or il y avait beaucoup d'herbe en ce lieu-là), les gens donc s'assirent au nombre d'environ cinq mille. Et Jésus prit les pains ; et après avoir rendu grâces, il les distribua aux Disciples, et les Disciples à ceux qui étaient assis, et de même des poissons, autant qu'ils en voulaient. Et après qu'ils furent rassasiés, il dit à ses Disciples : Amassez les morceaux qui sont de reste, afin que rien ne soit perdu. Ils les amassèrent donc, et ils remplirent douze corbeilles des morceaux des cinq pains d'orge, qui étaient demeurés de reste à ceux qui en avaient mangé. Or ces gens ayant vu le miracle que Jésus avait fait, disaient : Celui-ci est véritablement le Prophète qui devait venir au monde » (Jean 6.1-14)..


Le Collecte du jour confesse que nous sommes tous pécheurs, en dehors de la Grâce salvifique de Dieu, et que nous ne méritons pas la miséricorde que Dieu nous fait. Le seul mérite dont nous puissions nous prévaloir, en tant qu’enfant de Dieu, n’est pas dans nos bonnes œuvres, mais seulement dans Sa grâce et Sa miséricorde.

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ÉPÎTRE : « Dites-moi, vous qui voulez être sous la Loi, n'entendez-vous point la Loi ? Car il est écrit qu'Abraham a eu deux fils, l'un de la servante, et l'autre de la [femme] libre. Mais celui qui était de la servante, naquit selon la chair ; et celui qui était de la [femme] libre, naquit par la promesse. Or ces choses doivent être entendues par allégorie, car ce sont les deux alliances ; l'une du mont de Sinaï, qui ne produit que des esclaves, et c'est Agar. Car ce nom d'Agar veut dire Sinaï qui est une montagne en Arabie, et correspondante à la Jérusalem de maintenant, laquelle sert avec ses enfants. Mais la Jérusalem d'en haut est [la femme] libre, et c'est la mère de nous tous. Car il est écrit : Réjouis-toi, stérile, qui n'enfantais point ; efforce-toi, et t'écrie, toi qui n'étais point en travail d'enfant ; car il y a beaucoup plus d'enfants de [celle qui avait été] laissée, que de celle qui avait un mari. Or pour nous, mes frères, nous sommes enfants de la promesse, ainsi qu'Isaac. Mais comme alors celui qui était né selon la chair, persécutait celui [qui était né] selon l'Esprit, il [en est] de même aussi maintenant. Mais que dit l’Écriture ? Chasse la servante et son fils, car le fils de la servante ne sera point héritier avec le fils de la [femme] libre. Or mes frères, nous ne sommes point enfants de la servante, mais de la [femme] libre. » (Galates 4.21-31).

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Cette Épître veut apaiser la crainte grandissante de ce que le peuple de Dieu serait choisi à raison du sang coulant dans ses veines, en y substituant l’espérance et la foi qui agitent leur cœur. Ismaël était le fils aîné d’Abraham et, selon la loi des Hébreux, il aurait dû hériter de la bénédiction d’Abraham ; mais la loi de Dieu est différente, car Dieu avait promis à Sarah et à Abraham un fils qui serait le fils de la promesse. Bien que Sarah et Abraham aient tenté d’accomplir l’œuvre de Dieu de leurs propres mains (par le biais de l’innocente servante de Sarah : Agar), Dieu a pris ombrage de leur manque de foi. La semence promise est venue exactement selon la promesse de Dieu. Isaac est né de Sarah dans sa vieillesse et sa naissance était une préfiguration de la Semence véritable de la Promesse : Jésus-Christ, qui est également venu au monde par une naissance miraculeuse. Christ a offert ce que la Loi ne pouvait pas offrir : La miséricorde et la grâce. Ismaël étant né sous la loi, il n’avait que la condamnation à offrir. Sa semence est aujourd’hui les Musulmans d’Arabie qui n’ont pas connu de paix depuis la mort d’Ismaël.

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Notre Évangile du jour, à mon avis, est lié à la Sainte Cène, en ce que la nourriture y est offerte à la multitude laissée ensuite aux soins et à la surveillance des Apôtres. Ce miraculeux repas offert à cinq mille hommes (sans compter les femmes et les enfants) était le précurseur de la Sainte Cène que Jésus a instituée la nuit où Il fut trahi.

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Nous sommes tous d’accord sur un point : Le pain est une nourriture consistante pour le corps. Au sens large, celui que nous retiendrons pour le texte d’aujourd’hui, le pain était une nourriture de la plus grande importance pour les disciples rassemblés en ce jour sur la montagne, près de la mer de Galilée. Même une miette de pain, si elle vient de Dieu, avait de l’importance aux yeux de la femme Syro-Phénicienne qui plaidait pour recevoir ne serait-ce que les miettes de pain qui tombaient de la table du Maître. Le pain, « avec ses milliers de grains de blé écrasés » (Archevêque Thomas Cranmer), représente le Corps de Christ aujourd’hui sur terre. Nous considérons toujours que Christ est présent quand nous partageons le Pain de Sa Table ; il nous rapproche de Lui, alors que nous contemplons Ses promesses « Car là où il y en a deux ou trois assemblés en mon Nom, je suis là au milieu d'eux … Et voici, je suis toujours avec vous jusques à la fin du monde » (Matthieu 18.20 … 28.20). Le pain que Jésus a rompu dans la salle haute représente Son corps entier : Les multitudes attirées à Lui sur la montagne. Ce pain n’est pas réservé aux Apôtres ni au clergé appointé. Sa présence réelle n’est pas dans les grains de blé, mais dans les cœurs de Son peuple qui constituent Son Corps sur la terre : le Temple de Dieu. Ce véritable pain du Ciel ouvre nos yeux au mystère de la communion en Christ, tout comme les yeux des deux compagnons d’Emmaüs s’ouvrirent au moment où Chris a rompu et offert le pain.

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Il est bien possible qu’aujourd’hui les foules suivent des ministres de Christ pour de mauvaises raisons, tout comme les foules de Galilée, cependant, si elles reçoivent le vrai pain du ciel, elles seront guéries, même au-delà du corps et de l’esprit. On nous dit que les multitudes suivaient Christ à cause des miracles de guérison qu’Il opérait sur eux. Il est bien possible que l’œuvre de Dieu procède du travail des témoins qui nourrissent les affamés, guérissent les malades et les découragés, et qui vivent parmi le peuple en subissant tous les maux et les douleurs qui les accablent afin de leur faire connaître l’amour de Dieu qui est dans nos cœurs. C’est alors que leurs cœurs seront émus et connaîtront le grand Sauveur qui a instillé en nous un amour qui surpasse leur entendement. Il faut espérer que les multitudes se sont dispersées avec un peu plus qu’un estomac rempli, après la multiplication des pains, et que leur cœur a été changé par l’Amour de Dieu ! « Après ces choses Jésus s'en alla au-delà de la mer de Galilée, qui est [la mer] de Tibériade. Et de grandes troupes le suivaient, à cause qu'ils voyaient les miracles qu'il faisait en ceux qui étaient malades. Mais Jésus monta sur une montagne, et il s'assit là avec ses Disciples ».

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Jean-Baptiste venait d’être décapité. Cette nouvelle devait avoir brisé le tendre cœur de notre Seigneur. Il était fatigué. Il avait beaucoup voyagé. Il devait être triste. Il a donc cherché un endroit tranquille et solitaire, mais la multitude Le suivait. Son cœur, rempli d’amour et de compassion, ne pouvait traiter par le mépris les besoins de ceux qui Le suivaient, même si leur motivation n’était pas la bonne. Notre Églises Anglicane Orthodoxe n’est-elle pas dans la même situation, aujourd’hui ? Beaucoup nous suivent pour le pain et le soutien que nous leur apportons sur Internet, et nous demandent ensuite de l’argent alors qu’ils ne connaissent pas le Sauveur que nous servons…

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J’imagine que Jésus avait une lueur d’espoir dans les yeux quand Il a posé la question suivante : « Et Jésus ayant levé ses yeux, et voyant que de grandes troupes venaient à lui, dit à Philippe : D'où achèterons-nous des pains, afin que ceux-ci aient à manger ? Or il disait cela pour l'éprouver, car il savait bien ce qu'il devait faire. ». Ici, Jésus et Ses disciples sont rassemblés sur une montagne surplombant la mer de Galilée. Il n’y a pas de boulangerie sur place qui vende quoi que ce soit à manger. Jésus soumet donc Ses disciples à une épreuve. La foule est nombreuse, bien plus que cinq mille hommes en fait, qui s’approchaient. Les disciples les voyaient arriver comme une armée en route. Comment aurait-ils pu trouver de quoi les nourrir tous ? Et même s’ils en trouvaient, où auraient-ils trouvé assez d’argent pour en acheter ?

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Nous voyons dans la réponse à la question de Jésus, trois réponses distinctes : La première est celle de Philippe qui ne voyait que la maigreur des provisions disponibles. Il comptait sur le minimum : « Philippe lui répondit : [Quand nous aurions] pour deux cents deniers de pain, cela ne leur suffirait point, quoique chacun d'eux n'en prît que tant soit peu ». Le peuple de Dieu compte souvent le manque de provision plutôt que l’abondance qui est en Christ. Même des miettes suffisent ; pourquoi penser que les miettes ne peuvent pas être transformées en un festin par la main du Seigneur ? Nous ne devons rejeter aucune bénédiction en raison de sa taille. La seconde réponse est celle des disciples : « Et comme il était déjà tard, ses Disciples s'approchèrent de lui, en disant : Ce lieu est désert, et il est déjà tard. Donne-leur congé, afin qu'ils s'en aillent aux villages et aux bourgades d'alentour, et qu'ils achètent des pains pour eux ; car ils n'ont rien à manger. » (Marc 6.35-36). Quand les besoins semblent trop importants pour atteindre les perdus, l’Église a tout simplement envie de se laver les mains de ces pauvres gêneurs en les renvoyant chez eux.

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La troisième réponse est celle d’André, toujours à la recherche d’autres personnes pour les amener à Christ. Souvenez-vous que c’était André qui, appelé par Jésus, est d’abord allé chercher son frère Pierre pour l’amener à Christ. « Or André, frère de Simon Pierre, était l'un des deux qui [en] avaient ouï parler à Jean, et qui l'avaient suivi. Celui-ci trouva le premier Simon son frère, et il lui dit : Nous avons trouvé le Messie ; c'est-à-dire, le Christ. Et il le mena vers Jésus, et Jésus ayant jeté la vue sur lui, dit : Tu es Simon, fils de Jonas, tu seras appelé Céphas ; c'est-à-dire, Pierre. » (Jean 1.40-42). Nous avons appelé notre petite église d’Entreprise en Alabama : St André, parce que nous sommes des chercheurs pour Christ. En tant que curé, je n’ai amené personne à l’église : Les jeunes sont sortis et ont invités leurs amis ; ils sont venus et ils sont restés pour entendre parler de Jésus. Je les ai appréciés. André part donc à la recherche dès qu’il se rend compte du besoin de pain. Il n’est pas du genre à se décourager du peu, car il sait que même des miettes, avec le Seigneur, peuvent être transformées en festin « Et l'un de ses Disciples, [savoir] André, frère de Simon Pierre, lui dit: Il y a ici un petit garçon qui a cinq pains d'orge et deux poissons ; mais qu'est-ce que cela pour tant de gens ? ».

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Il y a aussi une quatrième sorte de gens dans la foule qui n’est pas décrite ci-dessus. C’est sa réaction qui fait fondre mon cœur : Le petit garçon qui n’avait que cinq pains et deux poissons, mais qui voulait partager ses maigres provisions avec une foule immense. Son cœur a dû être touché par la main aimante de Dieu, depuis le sein de sa mère. Ce jeune ingénu savait que ses pains et ses poissons ne seraient qu’une goutte dans la mer pour nourrir tant de monde. Il savait aussi qu’il ne lui resterait que des miettes pour calmer sa propre faim ; cependant, il avait vu et écouté Jésus. Il a mis sa confiance dans cet enseignant chaleureux et compatissant. Il a donc offert TOUT ce qu’il avait pour satisfaire la foule immense qui entourait Christ. Tel est le genre de fils que tout parent serait fier d’avoir.

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Sans plus y penser, en entendant le rapport d’André sur la maigre provision disponible, Christ est passé à l’action : « Alors Jésus dit : faites asseoir les gens ; (or il y avait beaucoup d'herbe en ce lieu-là), les gens donc s'assirent au nombre d'environ cinq mille ». Jésus ne nous laisse pas dans l’angoisse pour notre nourriture. Il préfère que nous soyons réconfortés par Son Pain. Il fait asseoir les hommes comme s’ils étaient des invités. Il attend de chacun qu’il se comporte dignement pour recevoir le Pain de Vie, et c’est pourquoi nous respectons une forme liturgique de louange. Il y a là un mélange d’hommes, de garçons, de femmes et d’enfants : Cinq mille hommes, plus ceux-ci. La parole de Dieu est capable de nourrir sans limite tous ceux qui veulent venir pour être servis.

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Vous souvenez-vous que notre Seigneur a été baptisé de la même manière que nous ? Nous devons Le suivre en tout. Il a également rendu grâces pour les provisions procurées par la Main de Son Père dans les Cieux « Et Jésus prit les pains ; et après avoir rendu grâces, il les distribua aux Disciples, et les Disciples à ceux qui étaient assis, et de même des poissons, autant qu'ils en voulaient ». Il y a ici une importante leçon. Ce que Dieu vous a donné, vous devez le partager avec les autres. Jésus nous confère le privilège et le grand honneur d’être Ses serviteurs auprès du peuple. Pas des maîtres, mais des SERVITEURS. Tous les membres du clergé sont des serviteurs du peuple de Dieu. S’ils cessent de servir, ils ne sont plus clercs. Notez aussi qu’avec cette maigre provision, chacun des cinq mille hommes en a pris autant qu’il en voulait. La Parole de Dieu est toujours suffisante : « Ma grâce te suffit » (2 Corinthiens 12.9).

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Assez souvent, ce qui ne nous coûte rien est aisément gaspillé, mais le Pain de Vie nous est procuré à un prix fabuleux pour Dieu le Père : Il Lui coûte la vie de Son fils unique engendré ! « Et après qu'ils furent rassasiés, il dit à ses Disciples : Amassez les pièces qui sont de reste, afin que rien ne soit perdu. ». Chaque âme est précieuse pour Dieu. Il veut que nous ne perdions rien de ce qu’Il nous donne. Telle est la sécurité que nous avons en Christ. Si notre cœur Lui appartient, Il ne nous abandonnera jamais. « Ils les amassèrent donc, et ils remplirent douze corbeilles des pièces des cinq pains d'orge, qui étaient demeurées de reste à ceux qui en avaient mangé ». Avez-vous jamais rencontré quelqu’un d’affamé ? Avez-vous remarqué que vous étiez plus qu’hésitant, en l’approchant ? Mais vous rappelez-vous avec quel amour dans le cœur vous l’avez quitté, après avoir satisfait les besoins de son âme ? Tel est l’AMOUR de Dieu. Plus vous donnez, plus vous en avez de reste dans votre réservoir. Ceci défie les lois de la physique ; mais ce n’est pas une loi naturelle, mais une loi spirituelle.

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Et quel est le résultat de l’œuvre de Christ et de Ses serviteurs dans le cœur des hommes ? « Or ces gens ayant vu le miracle que Jésus avait fait, disaient : Celui-ci est véritablement le Prophète qui devait venir au monde ». La foi, voilà le résultat ! Quand les gens voient ce que Jésus est capable de faire dans votre propre vie, ils Le reconnaissent comme « le Prophète qui devait venir » !

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Bien que nous devions retenir la leçon donnée par les exemples de Philippe, d’André qui s’est mis en recherche dès qu’il a eu connaissance du manque de pain, la plus grande leçon, à mon avis, est celle donnée par le petit garçon qui a tout donné à Jésus en dépit de sa faim, pour nourrir les autres. Il s’est entièrement soumis à Jésus. Et il ne s’en est pas allé ayant faim pour autant, car quand vous donnez tout ce que vous avez à Christ, vous ne perdez rien. L’avez-vous déjà fait ?