LE BATEAU-CHAIRE

SERMON pour le 5ème Dimanche après la Trinité

Traduction d’une méditation biblique éditée par le Révérendissime Jerry Levon OGLES,

Docteur en Théologie et Évêque Métropolite de l’Anglican Orthodox Church.

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Je partage ce sermon du Très Révérend évêque J.C. Ryle (prononcé il y a plus de 125 ans) pour son actualité liée à notre mission d’aujourd’hui dans l’accomplissement du ministère que Dieu nous a donné, en ce moment, avec les ressources Dieu nous a données. Nous ne pouvons pas compter sur d’autres pour nous fournir tout ce qui est utile : de l’argent, un immeuble, un salaire ou un pasteur rémunéré. Si nous n’avons pas de chaises, nous nous tiendrons sur le rivage pour entendre la Parole. Si nous n’avons pas de chaire, nous utiliserons un bateau ou le flanc de la montagne. Si nous n’avons pas de séminaire, nous utiliserons la Parole de Dieu telle qu’elle se présente dans les Écritures, car c’est beaucoup mieux. Le service est une question de sacrifice et non de confort. Nous n’avons aucun contrôle sur le passé. Nous n’avons aucun contrôle sur l’avenir. La seule influence sur le temps que nous pouvons exercer est dans le moment présent, car c’est tout ce que nous avons d’assuré. Si Dieu nous a appelés à prêcher et à enseigner, Il rendra toutes choses prêtes, même si ce n’est pas un bâtiment d’église confortable avec ses ornements. Ce n’est peut-être qu’un désert comme celui à partir duquel Jean-Baptiste a exercé son ministère. (J. L. Ogles).

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ÉVANGILE : « Or il arriva, comme la foule se jetait toute sur lui pour entendre la parole de Dieu, qu'il se tenait sur le bord du lac de Génésareth. Et voyant deux nacelles qui étaient au bord du lac, et dont les pêcheurs étaient descendus, et lavaient leurs rets, il monta dans l'une de ces nacelles, qui était à Simon. Et il le pria de la mener un peu loin de terre ; puis s'étant assis, il enseignait les troupes de dessus la nacelle. Et quand il eut cessé de parler, il dit à Simon : Mène en pleine eau, et lâchez vos filets pour pêcher. Et Simon répondant, lui dit : Maître, nous avons travaillé toute la nuit, et nous n'avons rien pris ; toutefois à ta parole je lâcherai les filets. Ce qu'ayant fait, ils enfermèrent une si grande quantité de poissons, que leurs filets se rompaient. Et ils firent signe à leurs compagnons qui étaient dans l'autre nacelle, de venir les aider ; et étant venus, ils remplirent les deux nacelles, tellement qu'elles s'enfonçaient. Et quand Simon-Pierre eut vu cela, il se jeta aux genoux de Jésus, en lui disant : Seigneur, retire-toi de moi ; car je suis un homme pécheur. Parce que la frayeur l'avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, à cause de la prise de poissons qu'ils venaient de faire ; de même que Jacques et Jean, fils de Zébédée, qui étaient compagnons de Simon. Alors Jésus dit à Simon : N'aie point de peur ; dorénavant tu seras un pêcheur d'hommes vivants. Et quand ils eurent amené les nacelles à terre, ils quittèrent tout, et le suivirent. » (Luc 5.1-11).

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Nous avons, dans ces versets, l’histoire de ce qu’on appelle communément la pêche miraculeuse. C’est un miracle remarquable à deux égards. D’une part, il nous montre la domination complète de notre Seigneur sur la création animale. Les poissons du lac de Génésareth sont aussi obéissants à Sa volonté que les grenouilles, les mouches, les poux et les criquets dans les plaies d’Égypte. Tous sont Ses serviteurs, et tous obéissent à Ses commandements. D’autre part, il y a une similitude singulière entre ce miracle, accompli au début du ministère de notre Seigneur, et un autre où nous Le trouvons à l’œuvre après Sa résurrection, à la fin de son ministère, comme l’a rapporté saint Jean. Dans les deux cas, nous avons le récit d’une pêche miraculeuse. Dans les deux cas, l’apôtre Pierre occupe une place prépondérante. Et dans les deux cas, il y a une profonde leçon spirituelle qui se trouve sous la surface extérieure des faits décrits.

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Nous observons, dans ce passage, la disponibilité inlassable de notre Seigneur Jésus-Christ pour toute bonne œuvre. Une fois de plus, nous Le trouvons en train de prêcher à des gens qui l’ont pressé « pour entendre la parole de Dieu ». Et où a-t-il prêché ? Non pas dans un bâtiment ou un lieu consacré mis à part pour le culte public, mais en plein air; non pas dans une chaire construite pour l’usage d’un prédicateur, mais dans un bateau de pêcheur. Les âmes attendaient d’être nourries. Les inconvénients personnels ou matériels n’avaient aucune place dans sa considération. L’œuvre de Dieu ne doit pas rester immobile.

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Les serviteurs du Christ devraient tirer une leçon de la conduite de leur Maître en cette occasion. Nous ne devons pas attendre que chaque petite difficulté ou obstacle soit enlevé avant de mettre la main à la charrue et d’aller de l’avant pour semer la semence de la Parole. Les bâtiments pratiques et les sièges pour notre public peuvent manquer bien que le public soit à portée de main. Que devons-nous donc faire ? Allons-nous partir et ne rien dire ? Dieu nous en préserve ! Si nous ne pouvons pas faire tout ce que nous voulons dans les meilleures conditions, faisons au moins ce que nous pouvons, travaillons avec les outils dont nous disposons, témoignons là où nous en sommes. Pendant que nous nous attardons et retardons, les âmes périssent. C’est un cœur paresseux celui qui voit et est toujours gêné par la haie d’épines ou le lion sur le chemin. Là où nous sommes et tels que nous sommes, à temps ou à contre-temps, par un moyen ou par un autre, par la langue ou par la plume, par la parole ou par l’écriture, efforçons-nous d’être toujours à la place que Dieu nous assigne. Quelles que soient les difficultés, ne restons jamais immobiles.

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Deuxièmement, nous observons dans ce passage l’encouragement que notre Seigneur donne à obéir inconditionnellement. On nous dit qu’après avoir prêché, Il a demandé à Simon « Mène en pleine eau, et lâchez vos filets pour pêcher ». Il reçut une réponse qui montrait d’une manière frappante l’esprit d’un bon serviteur. « Maître, nous avons travaillé toute la nuit, et nous n'avons rien pris ; toutefois à ta parole je lâcherai les filets. ». Et quelle a été la récompense de ce respect immédiat des commandements du Seigneur ? Immédiatement, nous dit-on, « ils enfermèrent une si grande quantité de poissons, que leurs filets se rompaient ».

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Nous ne devons pas douter qu’une leçon pratique pour tous les chrétiens est contenue dans ces circonstances simples. Nous sommes censés apprendre la bénédiction liée à une obéissance immédiate et sans hésitation à chaque commandement clair du Christ. Le chemin du devoir peut parfois être difficile et désagréable. La sagesse de la voie que nous proposons de suivre n’est peut-être pas apparente au monde. Mais aucun de ces faits ne doit nous émouvoir. Nous ne conférons pas avec la chair et le sang. Nous devons aller droit au but quand Jésus dit : « Allez -y », et faire ce qu’Il commande avec audace, sans broncher et avec détermination, quand Jésus dit : « Faites-le ». Nous devons marcher par la foi et non par la vue, et croire que ce qui nous semble maintenant injuste et déraisonnable, apparaîtra ainsi dans l’au-delà. Donc, en agissant, nous ne nous retrouverons jamais perdants à long terme et nous constaterons que tôt ou tard, nous récoltons une grande récompense.

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Nous devons observer, troisièmement, dans ce passage, comment le sens de la présence de Dieu humilie l’homme et lui fait ressentir son péché. Ceci est illustré de manière frappante par les paroles de Pierre lorsque le miracle l’a convaincu qu’Un plus grand que l’homme était dans le bateau. Nous lisons que « quand Simon-Pierre eut vu cela, il se jeta aux genoux de Jésus, en lui disant : Seigneur, retire-toi de moi ; car je suis un homme pécheur ».

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En mesurant ces paroles de Pierre, nous devons bien sûr nous rappeler où il en était de son apprentissage, durant lequel elles ont été prononcées. Il était au mieux un bébé dans la grâce, faible en l’expérience et faible en connaissance. Plus tard dans sa vie, il aurait sans doute dit : « Demeurez avec moi » et non « partez ». Mais, une fois que de telles concessions sont faites, les paroles de Pierre expriment exactement les premiers sentiments de l’homme quand il est amené dans le contact étroit avec Dieu. La présence de la grandeur et de la sainteté divines lui fait ressentir fortement sa propre petitesse et sa propre faiblesse. Comme Adam après la chute, il pense d’abord à se cacher de Dieu.

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Efforçons-nous de comprendre de plus en plus, chaque année que nous vivons, notre besoin d’un médiateur entre nous et Dieu. Cherchons de plus en plus à réaliser que sans médiateur, nos pensées de Dieu ne peuvent jamais être confortables, et que plus nous nous rapprochons de Dieu, plus nous devons nous sentir mal à l’aise. Par-dessus tout, soyons reconnaissants d’avoir en Jésus le Médiateur même dont nos âmes ont besoin, et qu’à travers Lui nous puissions nous approcher de Dieu avec audace et rejeter la peur. Sans Christ, Dieu est un feu dévorant. En Christ, il est un Père réconcilié. Sans Christ, le moraliste le plus strict pourrait bien trembler en attendant sa fin. Par le Christ, le pire des pécheurs peut s’approcher de Dieu avec confiance et ressentir une paix parfaite.

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Nous voyons enfin dans ce passage la puissante promesse que Jésus a faite à Pierre : « N'aie point de peur… », dit-il : « … dorénavant tu seras un pêcheur d'hommes vivants. » Cette promesse, croyons-nous, n’était pas destinée à Pierre seulement, mais à tous les Apôtres ; et pas seulement aux Apôtres, mais à tous les ministres fidèles de l’Évangile qui marchent sur les pas des Apôtres. Elle a été prononcée pour leur encouragement et leur consolation. Elle était destinée à les soutenir dans ce sentiment de faiblesse et de non-rentabilité par lequel ils sont parfois presque dépassés. Ce sont des hommes avec les mêmes passions que les autres. Ils trouvent leur propre cœur faible et fragile, comme le cœur de n’importe lequel de leurs auditeurs. Ils sont souvent tentés d’abandonner dans le désespoir et de laisser tomber la prédication. Mais voici une promesse sur laquelle le grand chef de l’Église veut qu’ils s’appuient quotidiennement : « N'aie point de peur ; dorénavant tu seras un pêcheur d'hommes vivants ».

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Prions quotidiennement pour tous les pasteurs afin qu’ils soient de véritables successeurs de Pierre et de ses frères ; afin qu’ils puissent prêcher le même plein Évangile et la libération que les Apôtres prêchaient, et vivre la même vie qu’ils ont vécue. À certains d’entre eux, Dieu peut donner plus d’honneur, et à d’autres moins. Mais tous les vrais et fidèles prédicateurs de l’Évangile doivent croire que leur travail ne sera pas vain, à la fin. Ils peuvent souvent prêcher la Parole avec beaucoup de larmes et ne voir aucun résultat de leur travail ; mais le filet de la Parole de Dieu ne reviendra pas vide. Tout prédicateur fidèle verra la promesse de son Maître tenue : « … tu seras un pêcheur d'hommes vivants ».

AMEN.