7-Du serment

I-7. Du serment et du parjure

{16} 1. Dieu Tout-Puissant, dans l'intention très sainte que Son Nom soit tenu en honneur et toujours plus magnifié par le peuple, a ordonné que nul ne prononce Son Nom en vain, menaçant de punition ceux qui en abusent en jurant, en parjurant et en blasphémant de manière irrévérencieuse. Dans l'intention que ce Commandement soit mieux connu et observé, il vous est déclaré à présent qu'il est légal pour les Chrétiens de jurer et aussi qu'il est périlleux et dangereux de jurer en vain ou d'être parjure.

D'abord, quand les juges requièrent une déposition sous serment, en vue de la manifestation de la vérité et de l'exécution de la justice, cette manière de jurer est légale. Aussi, quand des hommes font des promesses sur la bonne foi devant témoins, au Nom de Dieu, pour que des alliances, promesses, déclarations, lois et coutumes soient observées et gardées, comme le font les princes chrétiens dans leurs traités de paix ou chartes communes, ou comme les particuliers promettent fidélité dans le mariage, ou réciproquement dans le cadre d'une amitié vraie et sincère ; et tout homme, en jurant d'observer les lois communes ou des statuts locaux et les bonnes coutumes en vue du bon ordre des choses parmi les hommes ; quand des sujets jurent d'être sincères et fidèles à leur roi et souverain seigneur, et quand les juges, magistrats et officiers publics jurent de s'acquitter de leur charge selon la vérité, et quand un homme affirme la vérité en vue de la Gloire de Dieu et le Salut du peuple en prêchant publiquement l'Évangile, ou en donnant de bons conseils en privé pour la santé de leur âme ; toutes ces façons de jurer pour des causes nécessaires et honnêtes sont légales. Mais quand des hommes jurent par habitude, en réfléchissant, en achetant et en vendant, ou autre relation quotidienne, car beaucoup jurent ainsi de façon habituelle, une telle manière de jurer est impie, illicite et interdite par le Commandement de Dieu, car ce n'est rien d'autre que prendre le saint Nom de Dieu en vain.

Et il faut ici noter que le serment légal n'est pas interdit mais ordonné par Dieu Tout-Puissant. Car nous avons dans l'Écriture Sainte des exemples de Christ et d'hommes pieux qui ont eux-mêmes juré ou requis des serments, d'une façon ou d'une autre. Et le Commandement de Dieu est celui-ci : « Tu craindras le Seigneur ton Dieu, et jureras par Son Nom ». Et Dieu Tout-Puissant, S'exprimant par Son prophète David, dit : « Tout homme qui jure par Lui sera loué ». Ainsi fit Christ notre Sauveur à plusieurs reprises, disant « en vérité, en vérité ». Et St Paul a juré ainsi : « Je prends Dieu à témoin ». Et Abraham, devenant vieux, demande à son serviteur de jurer qu'il procurera une femme à son fils Isaac, dans sa tribu, et le serviteur, a juré qu'il exécuterait la volonté de son maître. Abraham aussi, sur réquisition, a juré au roi de Gérar, Abimélec, de ne lui faire aucun mal ni à sa postérité, et de la même manière, Abimélec a juré à Abraham. Et David a juré d'être et de rester l'ami fidèle de Jonathan, et Jonathan a juré de devenir un ami fidèle pour David.

Également, Dieu a ordonné une fois que si une chose était mise en gage ou confiée en dépôt à quelqu'un, si la chose venait à être volée ou perdue, le gardien de cette chose devait jurer devant des juges qu'il ne l'avait pas subtilisée ni usé de tromperie en laissant la choses être subtilisée avec son consentement ou en le sachant. Et St Paul dit que sur tous les sujets de controverse entre deux personnes, si l'une dit oui et l'autre non, et qu'aucune preuve de la vérité ne peut être fournie, la fin de cette affaire doit être un serment devant un juge.

Et surtout, Dieu dit par le prophète Jérémie : « Le Seigneur est vivant, tu jureras en vérité, en jugement, en droiture ». Donc, quoi qu'on jure quand on en est requis par un juge, soyons assuré en conscience que ce serment remplit ces trois conditions et on n'aura jamais besoin d'avoir peur ni de parjurer. Premièrement, celui qui a juré doit jurer vraiment, c'est à dire qu'il doit laisser de côté tout favoritisme ou affection pour les parties en présence, ne regarder qu'à la vérité et pour l'amour de la vérité dire ce qu'il sait être vrai, et rien de plus. Deuxièmement, celui qui a juré doit le faire avec discernement, sans précipitation mais à la réflexion, sobrement, considérant ce qu'est un serment. La troisième condition est que celui qui jure doit jurer droitement, c'est à dire avec zèle et amour pour défendre l'innocence, pour maintenir la vérité et la rectitude de la cause, écartant tout bénéfice, toute perte, toute préférence pour la personne en raison de l'amitié ou de la parenté. Ainsi un serment, s'il remplit ces trois conditions, est une partie de la Gloire de Dieu que nous sommes tenus de Lui offrir, de par Son Commandement, car Il veut que nous ne jurions que par Son Nom. Non qu'Il prenne plaisir à nos serments, mais Il a ainsi ordonné aux Juifs de Lui offrir des sacrifices, alors qu'Il n'y prend aucun plaisir, pour leur éviter de commettre l'idolâtrie, de même Dieu, en nous ordonnant de jurer par Son saint Nom, ne nous dit pas qu'Il prend plaisir à nos serments, mais c'est une façon d'interdire à tous les hommes d'attribuer Sa gloire à une quelconque créature dans le ciel, sur la terre ou dans l'eau.

Jusqu'ici vous avez vu que les serments légaux sont commandés par Dieu, et que les patriarches, les prophètes, Christ Lui-même et son Apôtre Paul en ont usé. Pour cette raison, les Chrétiens pensent que les serments légaux sont tout à la fois nécessaires et pieux. Car par des promesses légales et des alliances, confirmées par des serments, les princes et leur pays sont maintenus dans la tranquillité et dans la paix. Par de saintes promesses, avec l'invocation du Nom de Dieu à témoin, nous sommes faits des membres vivants de Christ quand nous professons Sa religion, en recevant le sacrement du baptême. Par une telle sainte promesse le sacrement du mariage lie un homme et une femme dans un amour perpétuel, et ils déclarent qu’ils ne veulent pas se séparer à cause d'une adversité ou d'un désagrément qui pourrait arriver après. Par des serments légaux les rois, princes, juges et magistrats jurent de garder les lois communes inviolées, la justice est administrée équitablement, les innocents, les orphelins, les veuves et les pauvres sont défendus des meurtriers, des oppresseurs et des voleurs, afin de ne subir aucun tort ni aucun mal. Par des serments légaux, les sociétés mutuelles, l'amitié et le bon ordre sont maintenus continuellement dans toutes les communautés, bourgs, cités, villes et villages. Et par des serments légaux les malfaiteurs sont recherchés et poursuivis. Les malfaisants sont punis et ceux qui subissent un tort sont rétablis dans leur bon droit. Pour toutes ces raisons, le serment ne peut pas être un mal, car il nous apporte tant d'avantages nécessaires, pieux et bons.

C'est pourquoi, quand Christ a si fortement interdit de jurer, on ne doit pas le comprendre comme s'Il avait interdit toute forme de serment, mais Il a interdit de jurer en vain et de parjurer, aussi bien par Dieu que par Ses créatures, comme l'usage commun du serment pour acheter, vendre, et dans notre communication quotidienne ; l'intention et la parole de chaque Chrétien devrait être prise en compte dans ces matières-là comme s'il avait confirmé ses dires par un serment. Car « la parole de chaque Chrétien », dit St Jérôme, « devrait être si vraie qu'elle devrait être considérée comme un serment ». Et Chrysostome témoigne de la même chose, disant : « Il n'est pas convenable de jurer, car quel besoin est-il de jurer quand il est illicite de mentir aux autres ? ».

Par aventure, quelques-uns diront : « Je suis obligé de jurer, car sinon mes associés qui achètent et vendent avec moi ne me croiront pas ». St Chrysostome répond à cela, disant que celui qui parle de la sorte se révèle comme injuste et trompeur, car s'il était un homme de confiance et si ses actes étaient en accord avec ses mots, il n'aurait pas besoin de jurer du tout. Car celui qui use de vérité et de transparence dans ses négociations et sa communication n'aura pas besoin de jurer ainsi en vain, pour s'accréditer auprès de son prochain, ni son prochain de douter de ses dires. Et si son crédit est diminué au point qu'il pense que personne ne le croira sans un serment de sa part, alors il peut tout aussi bien penser que son crédit est tout à fait mort. Car à la vérité, comme Théophylacte l'a écrit, « Nul ne bénéficie de moins de confiance que celui qui jure souvent ». Et Dieu Tout-Puissant, s'exprimant par le sage, dit : « L'homme qui jure souvent est plein de péché, et le fléau de Dieu ne s'éloigne pas de sa maison ».

Mais quelques-uns diront, pour s'excuser de jurer souvent dans leur conversation quotidienne, « Pourquoi ne dois-je pas jurer, si mon serment est conforme à la vérité ? ». On peut dire à ces gens que bien qu'ils jurent selon la vérité, en jurant souvent, de manière irréfléchie, pour des bagatelles, sans nécessité et alors que rien ne les y oblige, ils ne sont pas sans reproche mais prennent effectivement le très saint Nom de Dieu en vain. Des hommes encore plus impies et sots abusent du très saint Nom de Dieu, non seulement en achetant et en vendant des broutilles tous les jours et partout, mais aussi en mangeant, en buvant, en jouant, en communauté et en raisonnant, comme si aucune de ces choses n'était à faire, à moins de les faire en usant et abusant du très saint Nom de Dieu, en parlant de Lui vainement et irrespectueusement, en jurant et en prêtant ainsi de faux serments, enfreignant le Commandement de Dieu et suscitant Son indignation.

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{17} 2. Vous avez appris dans la première partie de ce sermon contre les serments et le parjure quel grand danger il y a à employer le nom de Dieu en vain, et que toute forme de serment n'est pas interdite, ni contraire aux Commandements de Dieu ; et qu'il y a trois choses qui sont requises pour un serment légal ; d'abord, qu'il doit être fait pour la sauvegarde de la vérité ; ensuite, qu'il doit être fait avec discernement, ni précipitamment ni sottement ; enfin, pour le zèle et l'amour de la justice. Vous avez entendu également quels sont les avantages des serments légaux, et quel danger découle des serments illégaux et précipités. Maintenant, toujours sur le même sujet, vous apprendrez sur ceux qui promettent sous serment, au Nom de Dieu, des choses bonnes et honnêtes, et ne les font ni ne les délivrent pas comme promis, comme s'ils avaient promis et fait des choses illégales.

Au sujet de ces hommes qui ne respectent pas leurs pieuses promesses scellées par un serment, et qui y renoncent sciemment et volontairement, nous lisons dans l'Écriture Sainte deux punitions remarquables. La première, quand Josué et le peuple d'Israël ligués ensemble ont promis une amitié perpétuelle avec les Gabaonites ; en dépit de cette promesse, à l'époque du méchant roi Saül, beaucoup de ces Gabaonites ont été massacrés, en opposition à la dite promesse. Dieu Tout-Puissant en a été si affecté qu'Il a envoyé une famine universelle sur tout le pays, qui a duré trois ans, et Dieu n'a pas voulu retirer sa punition, jusqu'à ce que l'offense soit vengée par la mort de sept des fils ou proches parents du roi Saül. Deuxièmement, alors que le roi de Jérusalem Sédécias avait promis fidélité au roi de Chaldée, il s'est rebellé plus tard contre le roi Nébucadnetsar, et Dieu a permis et toléré que ce roi païen envahisse le territoire de la Judée et assiège la ville de Jérusalem, oblige le roi Sédécias à fuir, et dans sa fuite le fasse prisonnier, massacre ses fils sous ses yeux et lui arrache ensuite les deux yeux, le lie avec des chaines et l'emmène misérable prisonnier à Babylone. Ainsi Dieu montre-t-il clairement combien il abhorre ceux qui rompent leurs promesses sincères, scellées par un serment fait en Son Nom.

Et quant à ceux qui font de méchantes promesses sous serment et les exécutent, nous avons dans l'Écriture l'exemple d'Hérode surtout, des méchants Juifs et de Jephté. Hérode a promis et juré par un serment à la demoiselle qui dansait devant lui « de lui donner tout ce qu'elle demanderait », or, sa méchante mère lui donna instruction de demander la tête de Jean-Baptiste. Hérode, parce qu'il avait juré vicieusement, a encore plus vicieusement exécuté sa promesse et cruellement assassiné le très saint prophète. De la même manière, les malicieux Juifs « ont juré qu'ils seraient maudits s'ils mangeaient ou buvaient quoi que ce soit, jusqu'à ce qu'ils aient assassiné St Paul ». Et Jephté, quand Dieu lui donna la victoire sur les fils d'Ammon, a promis à Dieu, par une folle dévotion, de Lui offrir en sacrifice la première personne qu'il rencontrerait en rentrant chez lui. En vertu de ce serment irréfléchi, il massacra sa propre fille unique, laquelle sortit de la maison toute joyeuse et gaie pour l'accueillir à son retour. Ainsi, la promesse qu'il fit très sottement à Dieu, à l'encontre de la volonté éternelle de Dieu et de la loi de la nature, il l'exécuta cruellement, offensant Dieu doublement. C'est pourquoi, quiconque fait une promesse en la scellant par un serment, qu'il examine d'abord si sa promesse est bonne, honnête et si elle ne s'oppose pas au Commandement de Dieu, et s'il est en son pouvoir de l'accomplir de manière juste ; de telles promesses doivent toujours être respectées, assurément. Mais si un homme promet et jure par ignorance ou malice de faire une chose contraire à la Loi de Dieu Tout-Puissant, ou qu'il na pas les moyens de l'accomplir ; qu'il considère son serment comme illicite et impie.

Venons-en au parjure. Par l'intention, vous devriez savoir que le parjure volontaire est une grande et grave offense à Dieu ; je vais vous montrer ce que c'est que de jurer sur un livre, devant un juge. D'abord, quand, en posant sa main sur le livre de l'Évangile, on jure en vérité de renseigner et de faire une présentation des choses selon la vérité, quand on est accusé, et de ne pas cesser de dire la vérité sans favoritisme, amour, crainte ou menace de quiconque, afin que Dieu et le saint contenu du livre nous aide, on doit considérer que ce livre contient la vérité éternelle de Dieu, Sa sainte et éternelle Parole, par laquelle nous avons le pardon de nos péchés et sommes faits héritiers du Ciel pour vivre éternellement dans la joie et le contentement avec les Anges de Dieu et Ses saints. Le livre de l'Évangile contient également de terribles menaces de Dieu contre les pécheurs obstinés qui ne veulent pas corriger leur vie ni croire la vérité de Dieu, Sa sainte Parole et les tourments éternels préparés dans l'enfer pour les idolâtres, les hypocrites, les jureurs à faux ou en vain, les parjures, les faux témoins, les faux accusateurs de gens innocents, et ceux qui par faveur cachent les crimes des malfaiteurs, afin qu'ils ne soient pas punis. De telle sorte que quiconque jure en conscience sur le saint Évangile de Christ renonce totalement à la miséricorde de Dieu, à sa bonté et à sa vérité, aux mérites de la nativité, de la passion, de la mort, de la résurrection et de l'ascension de Christ notre Sauveur ; il refuse le pardon des péchés promis à tous les pécheurs pénitents, les joies du Ciel, la compagnie des saints et des Anges pour toujours ; tous ces avantages et consolations sont promis aux vrais Chrétiens, dans l'Évangile. Et ceux qui feraient un faux serment sur l'Évangile, font le pari de se mettre au service du diable, le maître de tous les mensonges, faussetés, tromperies, et parjures, provoquant la grande indignation et la malédiction de Dieu contre eux dans cette vie, et le jugement et la terrible colère de Christ notre Sauveur au jour du jugement dernier, quand nous jugerons justement les vivants et les morts, selon leurs œuvres. Car quiconque renonce à la vérité par amour ou par haine d'un homme, ou pour le lucre et un bénéfice personnel, renonce à Christ et Le trahit comme Judas. Et bien que la fausseté de tels parjures soit maintenant secrète, elle sera cependant découverte au dernier jour quand les secrets de cœur de tous les hommes seront manifestés au monde entier, et alors la vérité apparaîtra et les accusera, eux et leur conscience, avec toute la compagnie des saints du Ciel, et témoignera contre eux en vérité ; et Christ le juste Juge les condamnera justement à la honte et à la mort éternelles.

Dieu Tout-Puissant, par Son prophète Malachie, menace d'une punition douloureuse les pécheurs parjures, en s'adressant aux Juifs : « Je viendrai vous juger et Je serai un témoin zélé », et un juge tranchant « contre les sorciers, les adultères et les parjures ». Dieu a déclaré la même chose au prophète Zacharie dans une vision, dans laquelle le prophète a vu un livre volant de 20 coudées de long et 10 coudées de large, et Dieu lui disait : « Voici la malédiction qui arrivera sur la face de la terre, à la maison de l'homme faux et à la maison du parjure, et elle restera dans sa maison et le consumera lui, la charpente et les pierres de sa maison ». Vous voyez ainsi combien Dieu déteste le parjure et quelle punition Il a préparée pour les faux jureurs et les parjures.

Vous avez donc maintenant entendu comment et pour quels motifs il est permis à un Chrétien de jurer ; vous avez entendu quelles sont les propriétés et les conditions qu'un serment légal doit avoir ; vous avez entendu qu'il n'est pas permis de jurer vainement, c'est à dire pour d'autres motifs que ceux-ci et selon le tri qui a été fait, et finalement, vous avez entendu à quel point c'est une chose damnable que de nous parjurer ou d'exécuter un serment illicite et irréfléchi. Pour cette raison, appelons-en à la grâce divine, renonçant à tout vain serment ou parjure, afin que nous ne prêtions serment que dans les cas légaux et pieux, sans fraude, et que nous les gardions selon la volonté de Dieu et son bon plaisir. À qui, avec le Fils et le Saint-Esprit, soient tout honneur et toute gloire. Amen.

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