8-De la fuite de Dieu

I-8. Du danger qu'il y a de manquer à Dieu

{18} 1. Au sujet de notre éloignement de Dieu, le sage a dit que tout commence avec l'orgueil, car c'est l'orgueil qui a détourné le cœur de l'homme de Dieu, son Créateur. « Car l'orgueil », dit-il, « est la source de tout péché ; celui qui en est atteint sera comblé de malédictions, et à la fin il sera culbuté ». Et à mesure que l'orgueil et le péché nous éloignent de Dieu, Dieu et toute bonté s'éloignent de nous. Et le prophète Osée affirme clairement que ceux qui s'éloignent de Dieu par un comportement vicieux tout en voulant être en paix avec Dieu autrement, en Lui offrant des sacrifices, travaillent en vain ; car nonobstant tous leurs sacrifices, Dieu s'écarte toujours d'eux. Car ainsi parle le prophète : « Ils n'appliquent pas leur pensée à revenir à Dieu, et même s'ils vont en foule rechercher le Seigneur, ils ne Le trouveront pas ; car Il les a quittés ».

Et en ce qui nous concerne, sur le sujet de s'éloigner ou de revenir à Dieu, vous comprenez qu'il y a diverses façons de le faire. Quelquefois c'est par idolâtrie, comme Israël et Juda. Quelquefois les gens s'éloignent de Dieu par manque de foi et de confiance en Dieu, et Ésaïe en parle ainsi : « Maudits soient ceux qui descendent en Égypte pour y chercher de l'aide, mettant leur confiance dans les chevaux, dans les chars et dans la force des cavaliers ; ils n'ont pas confiance dans le saint Dieu d'Israël, et ne recherchent pas Dieu ». Et que dit-il ensuite ? « Le Seigneur abattra Sa main sur eux et ils tomberont tous deux, celui qui aide et celui qui se fait aider ; ils seront détruits tous ensemble ».

Parfois, des gens s'éloignent de Dieu en négligeant Ses Commandements au sujet de leur prochain, lesquels Commandements leur commandent de manifester un amour sincère envers chacun, comme Zacharie l'a dit au peuple de la part de Dieu : « Jugez selon la vérité, montrez de la miséricorde et de la compassion les uns pour les autres, ne pensez même pas à tromper les veuves ou les orphelins, les étrangers ou les pauvres ; que nul ne médite le mal dans son cœur, contre son prochain ». Mais ils n'en ont pas tenu compte. Ils ont tourné le dos et sont allés suivant leur voie, ils ont bouché leurs oreilles afin de ne pas entendre, ils ont endurci leur cœur comme une pierre afin de ne pas écouter la Loi et les Paroles que le Seigneur a envoyées par Son Saint-Esprit et par Ses anciens prophètes. C'est pour cette raison que le Seigneur a manifesté Sa grande indignation à leur sujet. « C'est arrivé », dit le prophète, « comme Je le leur avais dit ; comme ils n'ont pas voulu écouter, de la même façon ils n'ont pas été écoutés quand ils ont crié [à Dieu], mais ils ont été dispersés dans des royaumes qu'ils ne connaissaient pas, et leur pays est devenu une désolation ».

Bref, tous ceux en qui la Parole de Dieu ne demeure pas mais qui, suivant les idées fixes et l'entêtement de leur propre cœur, « reculent au lieu d'avancer » (comme il est dit dans Jérémie), s'éloignent de Dieu. À tel point qu'Origène a dit : « Celui qui en pensée, en action, avec soin et application s'adonne à l'étude de la Parole de Dieu et médite Ses Lois le jour et la nuit se consacre à Dieu, et il a l'expérience de Ses Commandements et préceptes, celui qui est tourné vers Dieu ». Et il dit d'autre part : « Quiconque s'occupe à des contes et des fables, quand on enseigne la Parole de Dieu, se détourne de Dieu. Quiconque, au moment de lire la Parole de Dieu, est absorbé par les affaires du monde, l'argent et le lucre, se détourne de Dieu. Quiconque est empêtré dans les soucis avec ses possessions, plein de convoitise pour la richesse, quiconque s'applique à la gloire et aux honneurs de ce monde, se détourne de Dieu ». De sorte que dans son esprit, quiconque ne pense pas spécialement à ce qui est commandé ou enseigné par Dieu, celui qui ne l'écoute pas, n'y adhère pas et ne l'imprime pas dans son cœur, dans l'intention d'y conformer sa vie comme il se doit, se détourne complètement de Dieu, en dépit des autres choses qu'il fait à son idée en suivant sa propre dévotion, selon ce qui lui semble le mieux et le plus à l'honneur de Dieu.

Cette vérité nous est enseignée et inculquée dans la Sainte Écriture avec l'exemple du Roi Saül, à qui Dieu a commandé par Samuel de tuer tous les Amalécites et de les détruire, eux et leurs biens ; poussé en partie par l'émotion, et en partie par une conception toute personnelle de la volonté de Dieu, Saül a épargné leur Roi Agag et tous les troupeaux, pensant en faire des sacrifices à Dieu. Ce fut le moyen de déplaire souverainement à Dieu, qui déclara au prophète Samuel : « Je me repens d'avoir fait de Saül un Roi, car il m'a abandonné et n'a pas écouté Mes Paroles », et il ordonna à Samuel de le lui faire savoir. Et quand Samuel lui a demandé la raison pour laquelle il avait épargné les troupeaux en opposition à la Parole de Dieu, il s'est excusé en prétextant en partie la peur, disant que le peuple voulait qu'il en soit ainsi, et en partie parce que c'étaient de bonnes bêtes et qu'il pensait que Dieu en serait content en voyant qu'il avait agi dans une bonne intention et par dévotion pour honorer Dieu en les sacrifiant. Mais Samuel, réprouvant ces intentions et prétendues dévotions (malgré qu'elles semblaient à l'honneur de Dieu) car elles ne correspondaient pas à Sa Parole, seul moyen de savoir qu'elles plaisent à Dieu, lui répondit : « Dieu veut-il des sacrifices et des offrandes, ou plutôt que Sa Parole soit écoutée ? Lui obéir vaut mieux que les sacrifices et L'écouter est mieux que Lui offrir la graisse des béliers. Oui, se dresser contre Sa voix est un mal autant que le péché de divination, et ne pas être d'accord avec elle est comparable à une abominable idolâtrie. Et maintenant, parce que tu as rejeté la Parole du Seigneur, Il va te rejeter, et tu ne seras plus Roi ».

Par tous ces exemples de l'Écriture Sainte, nous pouvons savoir que si nous abandonnons Dieu, de la même manière Il nous abandonnera, nous. Et du misérable état dans lequel il se retrouve immanquablement par conséquent, tout homme peut facilement s'en rendre compte par les menaces de Dieu. Et bien qu'il n'envisage pas cette misère extrême, si grande qu'elle surpasse toute capacité de compréhension humaine, il va bientôt en ressentir une telle douleur que si son cœur n'est pas plus dur que la pierre ou le diamant, il aura peur, tremblera, et frissonnera en s'en souvenant.

D'abord, le déplaisir de Dieu à notre endroit est habituellement présenté dans l'Écriture par ces deux choses : En nous montrant une face dure ou en détournant sa face ou en se cachant de nous. Montrer une face dure révèle une grande colère, mais détourner sa face ou se cacher est sou-vent plus expressif, c'est à dire que Dieu nous oublie carrément et nous abandonne. Cette interprétation est reprise des comportements humains. Car les hommes montrent à ceux qu'ils aiment bien une face joviale, aimable et bonne, de telle sorte que par la face ou le comportement d'un homme on sait ce qu'il a dans la tête, visant l'autre. Quand donc Dieu nous montre une face terrible, c'est à dire nous envoie la peste, la guerre, la famine ou une épidémie, c'est qu'Il est grandement en colère contre nous. Mais quand Il nous retire Sa Parole, la vraie doctrine de Christ, Son assistance, Sa grâce et Son aide qui sont toujours jointes à Sa Parole, et quand Il nous abandonne à notre propre esprit, à notre propre volonté, et à nos forces, Il déclare par là qu'Il a commencé à nous quitter. Car alors que Dieu a montré à tous ceux qui croient vraiment Son Évangile Sa face miséricordieuse en Jésus-Christ, qui illumine leur cœur et s'ils la voient comme ils le devraient, elle les transforme à Son image, les fait bénéficier de la lumière céleste et de Son Saint-Esprit, et elle les modèle avec toute la bonté requise des enfants de Dieu; Si donc ils négligent Dieu, s'ils ne Lui sont pas reconnaissants, s'ils ne règlent pas leur vie à Son exemple et selon Sa doctrine, Sa sainte Parole, et à Sa gloire, Il leur retirera Son royaume, Sa sainte Parole par laquelle Il devrait régner en eux, parce qu'ils ne produisent pas les fruits qu'Il attend d'eux.

Néanmoins, Dieu n'est pas miséricordieux et patient au point de ne jamais faire soudaine-ment paraître Sa grande colère. Mais quand nous commençons à relativiser Sa Parole ne la croyant pas ou ne la mettant pas en pratique dans notre vie, Il nous envoie d'abord Ses messagers, les vrais prédicateurs de Sa Parole, pour nous avertir et nous rappeler notre à devoir ; et de son côté, à cause du grand amour qu'Il nous porte, Il a livré son propre Fils pour souffrir la mort afin que par Sa mort nous puissions être délivrés de la mort et accéder à la vie éternelle, pour habiter toujours avec Lui et partager avec Lui l'héritage de son éternelle gloire et du Royaume des Cieux, de telle sorte que de notre côté, nous devons mener une vie pieuse comme nous devrions le faire, étant devenus Ses enfants. Et si cela ne suffit pas, et que nous continuons à désobéir à Sa Parole et à Sa volonté, en L'ignorant, en ne L'aimant pas, en ne Le craignant pas, en ne mettant pas toute notre confiance en Lui ; et d'autre part en nous comportant sans charité ou avec dédain vis à vis de notre prochain, avec de l'envie, de la malice, ou en commettant meurtres, vols, adultères, gourmandise, tromperies, mensonges, jurons, et autres actions détestables de la sorte par un comportement impie, alors Il nous menace de terribles châtiments, jurant dans Sa grande colère que « quiconque fait cela n'entrera jamais dans Son repos », qui est le royaume des cieux.

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{19} 2. Dans la première partie de ce sermon, vous avez appris de quelles nombreuses manières les hommes manquent à Dieu ; quelques-uns par idolâtrie, quelques-uns par manque de foi, d'autres en négligeant leur prochain, quelques-autres en n'écoutant pas la Parole de Dieu, d'autres encore en prenant plaisir à des vanités mondaines. Vous avez aussi appris dans quelle misère se retrouve l'homme qui s'éloigne de Dieu, et comment Dieu, dans son infinie bonté, pour le tirer de cette misère, l'admoneste d'abord gentiment par Ses prédicateurs, selon Ses terribles menaces.

Maintenant, si cette aimable monition et des gentilles menaces ne font pas effet, alors Dieu Se montrera terrible envers nous ; Il déversera d'insupportables pestes sur nos têtes, et après Il nous retirera Son aide et Son assistance dans ces calamités dont Il nous a jusque-là protégés. Comme nous l'enseigne le prophète évangélique Ésaïe, en accord avec la parabole de Christ, en disant que Dieu a créé une vigne divine pour Ses enfants bien-aimés, « Il l'a entourée d'une haie », Il l'a emmurée tout autour, « Il l'a plantée avec des cépages de choix, et Il a construit une tourelle en son milieu, et aussi un pressoir, et quand Il espérait qu'elle Lui produirait de bons raisins, elle produit des raisins sauvages ». Et après cela, il continue : « Maintenant Je vais vous montrer », dit Dieu, « ce que Je vais faire de ma vigne. Je vais arracher les haies, afin qu'elle périsse ; Je vais démolir les murs qui l'entourent afin qu'elle soit piétinée ; Je la laisserai comme un déchet ; elle ne sera plus taillée, elle ne sera plus sarclée, mais les ronces et les épines l'envahiront et J'ordonnerai aux nuages de ne plus l'arroser ».

Par ces menaces, nous sommes avertis que si nous qui sommes la vigne choisie de Dieu et ne produisons pas de bons raisins, c'est à dire, des œuvres bonnes qui soient délectables et agréables à Ses yeux comme Il s'y attendait quand il a envoyé Ses messagers pour nous y inviter, mais que nous produisons des raisons sauvages, c'est à dire des œuvres amères, sans saveur et sans fruit, alors Il ôtera toute défense et nous souffrirons de graves pestes comme la famine et la guerre, la disette et la mort ; finalement, si cela ne suffit pas, Il nous traitera comme des déchets, Il nous laissera tomber, Il se détournera de nous, Il ne s'occupera plus de nous, Il nous laissera seuls et souffrira que nous portions tel fruit qu'il nous plaira à nous, produisant des ronces et des épines, toutes sortes de méchancetés, de vices, et en si grande abondance qu'ils domineront sur nous, nous étoufferont, nous étrangleront et nous détruiront complètement.

Et ceux qui dans ce monde ne vivent pas selon Dieu, mais selon leur propre liberté charnelle, ne sont pas conscients de cette grande colère de Dieu envers eux, ni qu'Il ne prendra plus soin d'eux, qu'Il les laissera tout seuls ; mais ils prennent ceci pour une grande bénédiction de Dieu que d'avoir leur propre liberté et de vivre comme si la liberté charnelle était la véritable vérité de l'Évangile. Mais Dieu nous a interdit, bonnes gens, de jamais désirer une telle liberté. Car bien que Dieu supporte parfois que les méchants aient du plaisir dans ce monde, cependant la fin d'une vie impie est au bout du compte la destruction éternelle. Les Israélites qui murmuraient [au désert] ont eu ce qu'ils désiraient : ils ont eut des ronces, oui, jusqu'à n'en plus pouvoir. Mais qu'en est-t-il résulté ? Leur douce nourriture était accompagnée d'une sauce amère, et alors que « la viande était encore dans leur bouche », la plaie de Dieu est tombée sur eux, et ils sont morts tout d'un coup. Si donc nous vivons dans l'impiété et que Dieu nous laisse faire selon nos désirs et ce qui nous plaît, et qu'Il ne nous corrige pas avec quelque plaie, il n'y a aucun doute à avoir : C'est qu'Il est extrêmement mécontent de nous.

Et soit qu'Il patiente, soit qu'Il frappe à de nombreuses reprises, quand Il frappe de telles gens Il les frappe une fois pour toutes. De telle sorte que quand Il ne nous frappe pas, quand Il cesse de nous affliger, de nous punir ou de nous abattre, et qu'Il nous laisse nous précipiter tête baissée dans l'impiété et les plaisirs de ce monde dont nous nous délectons, sans s'y opposer ni nous punir, c'est un indice terrible de ce qu'Il ne nous aime plus, qu'Il ne se soucie plus de nous mais qu'Il nous a abandonnés à notre propre sort. Aussi longtemps qu'un homme taille sa vigne, la sarcle et épand du compost à son pied, il y pense, il perçoit en elle quelques indices de fructification ; mais quand il ne lui donne plus ses soins et ne la travaille plus, c'est alors le signe qu'il pense qu'il n'y a plus rien de bon à en attendre. Et le père, tant qu'il aime son enfant, le regarde avec colère, le corrige quand il rate quelque chose, mais quand c'est sans effet et qu'il cesse de le corriger et qu'il souffre qu'il fasse ce qu'il veut, c'est le signe qu'il a l'intention de le déshériter et de le rejeter pour toujours.

Rien, donc, ne devrait nous percer le cœur aussi douloureusement et nous faire autant peur que de prendre conscience que nous avons gravement offensé Dieu, que nous continuons à le faire, et qu'Il ne nous frappe pas mais souffre en silence de la méchanceté dans laquelle nous nous plaisons. Il est alors spécialement temps de crier et de pleurer comme David : « Ne me rejette pas loin de Ta face, et ne me retire pas Ton Saint-Esprit ». « Seigneur, ne détourne pas Ta face de moi ; ne repousse pas Ton serviteur dans Ton mécontentement ». « Ne me cache pas Ta face, que je ne sois pas comme ceux qui descendent en enfer ». Ces lamentations nous certifient qu'on est dans un horrible danger quand Dieu détourne Sa face, car alors, et aussi longtemps qu'Il le fait, ce danger devrait nous émouvoir et nous pousser à crier à Dieu de tout notre cœur, afin que nous ne soyons pas mis dans cet état qui est sans aucun doute si triste, si misérable et si terrible qu'aucune langue ne suffirait à l'exprimer ni aucun cœur à l'imaginer. Car quelque terrible que soit la douleur qu'un homme puisse supposer, elle sera toujours très inférieure à la colère de Dieu, d'être abandonné de Lui, d'être privé du Saint-Esprit, Lui qui est l'auteur de toute bonté, et d'être amené à une condition si vile qu'il se retrouve sans autre perspective que d'être condamné pour toujours à l'enfer éternel ! Car non seulement ces passages de David montrent que le détournement de la face de Dieu de quiconque, le laisse démuni de toute bonté et sans espoir de remède, et aussi le passage cité d'Ésaïe veut dire la même chose, ce qui montre qu'à bout de patience, Dieu abandonne effectivement Sa vigne stérile, Il ne supporte plus qu'elle ne Lui rapporte que des mauvaises herbes, des ronces et des épines, mais que pour la punir de sa stérilité, Il dit qu'Il ne la taillera pas, qu'Il ne la sarclera pas et qu'Il « commandera aux nuages de ne plus pleuvoir sur elle », signifiant par là qu'Il l'en privera. De telle sorte qu'ils ne feront plus partie de Son royaume, ils ne seront plus dirigés par Son Saint-Esprit, ils seront privés de grâce et des bénédictions qu'ils avaient et dont ils auraient pu jouir avec Christ ; ils seront privés de la lumière du ciel et de la vie qu'ils avaient en Christ tant qu'ils demeuraient en Lui, ils seront (comme ils l'étaient auparavant) comme des hommes « sans Dieu dans ce monde », ou pire, et pour faire court, ils seront livrés au pouvoir du diable qui exerce son pouvoir sur tous ceux qui sont rejetés de Dieu, comme Il l'a fait pour Saül et pour Judas, et généralement pour tous ceux qui n'en font qu'à leur tête, « les enfants de la méfiance et de l'infidélité, du doute et de l'incroyance ».

Faisons donc attention, très chers frères Chrétiens, à ne pas rejeter la Parole de Dieu, par laquelle nous obtenons et gardons la vraie foi en Dieu, afin de ne pas être à la longue rejetés si loin que nous devenions comme les enfants de l'infidélité. Laquelle est de deux sortes, très diverses, presque tout à fait opposées, et cependant très loin de nous ramener à Dieu. La première sorte, consiste à juger qu'une détestable vie de péché équivaut à un rigoureux jugement de Dieu, en dehors du conseil de Dieu et sans consolation (comme le sont ceux qui sont déchus de l'« Esprit de conseil » du Consolateur), qui ne se laissent pas persuader dans leur cœur mais que Dieu ne peut pas ou ne veut pas les reprendre en Sa faveur et en Sa miséricorde. L'autre sorte, à l'écoute des larges et aimables promesses de la miséricorde divine et ne se les figurant pas exactement, les imagine plus généreuses qu'elles n'ont été édictées par Dieu, croyant que bien qu'ils persévérassent dans leur détestable vie de péché, qu'à la fin de leur vie, Dieu fera preuve de miséricorde à leur endroit, et qu'ils reviendront à Lui. Ces deux sortes de gens sont sous la damnation, et néanmoins Dieu, qui « ne veut pas la mort du pécheur », a indiqué les moyens par lesquels les gens des deux sortes, s'ils en prennent conscience à temps, peuvent y échapper.

Le premier, fondé sur la crainte de la juste justice Dieu qui punit les pécheurs (ce dont ils devraient être consternés et se désespérer pour de bon, abandonnant tout espoir de Salut fondé sur eux-mêmes), et s'ils croient constamment que la miséricorde de Dieu est le remède indiqué dans le cas d'un tel désespoir et d'une telle défiance, pas seulement pour eux-mêmes, mais généralement pour tout ceux qui sont désolés et vraiment repentants, et donc s'accrochent à la miséricorde de Dieu, peuvent être assurés qu'ils obtiendront miséricorde et entreront dans le port où ils seront protégés, dans lequel quiconque parvient sera en sécurité, évitant la damnation éternelle, quelle qu'ait été leur méchanceté première. Comme Dieu l'a dit par Ézéchiel : « Quel que soit le moment où le pécheur revient et se repent vraiment sérieusement, J'oublierai toute sa méchanceté ».

Quant au second, comme ils sont prêts à croire les promesses de Dieu, ils devraient être tout aussi disposés à croire les menaces de Dieu. Ils devraient croire à la Loi comme à l'Évangile, et aussi qu'il y a un enfer et un feu éternel comme il y a au Ciel une joie éternelle. Ils devraient croire aussi bien à la menace de damnation des méchants et des malfaisants qu'au Salut promis à ceux qui sont fidèles en paroles et en actes. Ils devraient croire que Dieu est vrai, aussi bien dans un cas que dans l'autre. Et les pécheurs qui persévèrent dans leur méchante manière de vivre devraient penser que les promesses de la miséricorde divine et de l'Évangile ne sont pas pour eux, vu leur état et leur condition, mais qu'il sont seulement visés par la Loi et les passages de l'Écriture qui décrivent la colère et l'indignation de Dieu, et ses menaces ; ceci leur certifierait que plus ils présument abusivement de la miséricorde de Dieu pour vivre une vie dissolue, plus Dieu leur retire Sa miséricorde ; et Il est incité par là à une colère durable, laquelle a souvent détruit de tels présomptueux, de manière subite. Car St Paul en parle ainsi : « Quand ils diront: nous sommes en paix, il n'y a aucun danger, c'est alors qu'une destruction soudaine fondra sur eux ». Soyons donc avertis contre une si méchante audace à pécher. Car Dieu, qui a promis Sa miséricorde à ceux qui sont vraiment repentants, même au dernier moment, n'a pas promis aux pécheurs présomptueux qu'ils auront une longue vie, ni qu'ils seront une vraie repentance à la fin. Mais dans ce but, Il a fait que chaque homme est incertain du moment de sa propre mort, afin qu'il ne reporte pas son espérance à la dernière extrémité, et vive entre-temps dans l'impiété, au grand déplaisir de Dieu.

C'est pourquoi, suivons tous le conseil du sage, « ne tardons pas à revenir au Seigneur, ne Le repoussons pas de jour en jour, car Sa colère viendra soudainement, et au temps de la vengeance Il détruira » les méchants. Revenons donc à Dieu au plus tôt, et en revenant prions Dieu comme Osée l'a enseigné, disant : « Pardonne nous nos péchés, reçois-nous avec grâce ». Et si nous revenons à Lui avec un cœur humble et très pénitent, Il nous rétablira dans Sa faveur et dans Sa grâce pour l'amour de Son saint Nom, au nom de Sa promesse, au nom de Sa vérité et de Sa miséricorde, tels qu'elles ont été promises à tous les croyants fidèles à Jésus-Christ son unique Fils engendré. À qui, seul Sauveur du monde, avec le Père et le Saint-Esprit, soient tout l’honneur, la gloire et la puissance, éternellement. Amen.