Le fils prodigue

SERMON pour le 9ème dimanche après la Trinité

Traduction d’une méditation biblique éditée par le Révérendissime Jerry Levon OGLES,

Docteur en Théologie et Évêque Métropolite de l’Anglican Orthodox Church.

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ÉVANGILE : « Il leur dit aussi : Un homme avait deux fils ; et le plus jeune dit à son père : Mon père, donne-moi la part du bien qui m'appartient ; et il leur partagea ses biens. Et peu de jours après, quand le plus jeune fils eut tout ramassé, il s'en alla dehors en un pays éloigné ; et là il dissipa son bien en vivant dans la débauche. Et après qu'il eut tout dépensé, une grande famine survint en ce pays-là ; et il commença d'être dans la disette. Alors il s'en alla, et se mit au service d'un des habitants du pays, qui l'envoya dans ses possessions pour paître les pourceaux. Et il désirait de se rassasier des gousses que les pourceaux mangeaient ; mais personne ne lui en donnait. Or étant revenu à lui-même, il dit : Combien y a-t-il de mercenaires dans la maison de mon père, qui ont du pain en abondance, et moi je meurs de faim ? Je me lèverai, et je m'en irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j'ai péché contre le ciel et devant toi ; et je ne suis plus digne d'être appelé ton fils ; traite-moi comme l'un de tes mercenaires. Il se leva donc, et vint vers son père ; et comme il était encore loin, son père le vit, et fut touché de compassion, et courant à lui, se jeta à son cou, et le baisa. Mais le fils lui dit : Mon père, j'ai péché contre le ciel et devant toi ; et je ne suis plus digne d'être appelé ton fils. Et le père dit à ses serviteurs : Apportez la plus belle robe, et l'en revêtez, mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers aux pieds ; et amenez-moi le veau gras, et le tuez, et faisons bonne chère en le mangeant. Car mon fils que voici, était mort, mais il est ressuscité ; il était perdu, mais il est retrouvé. Et ils commencèrent à faire bonne chère. Or son fils aîné était aux champs, et comme il revenait et qu'il approchait de la maison, il entendit la mélodie et les danses. Et ayant appelé un des serviteurs, il lui demanda ce que c'était. Et [ce serviteur] lui dit : Ton frère est venu, et ton père a tué le veau gras, parce qu'il l'a recouvré sain et sauf. Mais il se mit en colère, et ne voulut point entrer ; et son père étant sorti le priait [d'entrer]. Mais il répondit, et dit à son père : Voici, il y a tant d'années que je te sers, et jamais je n'ai transgressé ton commandement, et cependant tu ne m'as jamais donné un chevreau pour faire bonne chère avec mes amis. Mais quand celui-ci, ton fils, qui a mangé ton bien avec des femmes de mauvaise vie, est venu, tu lui as tué le veau gras. Et [le père] lui dit : [Mon] enfant, tu es toujours avec moi, et tous mes biens sont à toi. Or il fallait faire bonne chère, et se réjouir, parce que celui-ci, ton frère, était mort, et il est ressuscité ; il était perdu, et il est retrouvé. » (Luc 15.11.32).

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Voici le troisième élément d’une trilogie de Paraboles (avec la brebis égarée et la drachme perdue) : le Fils Prodigue. La première partie implique l’avènement d’un fils, sa rébellion au Père, son départ et sa descente dans la débauche, et enfin son éveil et son retour au Père.

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« Il leur dit aussi : Un homme avait deux fils » – pas n’importe quel homme, mais un homme « certain ». Le père, dans cette parabole, est une illustration de Dieu notre Père céleste qui a deux peuples (Juifs et Gentils) à qui ont été offerts la bénédiction la plus bénéfique – le Salut par la grâce par la foi en son Fils unique ; « …et le plus jeune dit à son père : Mon père, donne-moi la part du bien qui m'appartient ; et il leur partagea ses biens » Veuillez garder à l’esprit que le fils cadet, bien que d’âge tendre, est arrivé à l’âge de la responsabilité. Il est comme un Chrétien qui est né de Dieu, qui a vécu comme un fils de Dieu, mais qui se rebelle finalement contre Dieu son Père. À cet égard, il diffère de la brebis perdue qui n’était pas mature et peu instruite dans les moyens de grâce ou de pâturage. Il diffère également nettement de la pièce perdue qui était morte – tout aussi morte que le pécheur perdu est mort dans les offenses et les péchés. La Brebis Perdue, en raison de son manque de vision et de maturité, ne quitte pas intentionnellement le Bon Pasteur. Elle se perd parce qu’elle n’a pas le bon sens de Le suivre de près ; mais, une fois perdue, elle est incapable de se retrouver parce qu’elle n’a pas la foi profondément enracinée qui caractérise un enfant de Dieu bien nourri. Le Bon Pasteur doit donc chercher la Brebis Perdue. La pièce perdue, étant inanimée, est perdue où qu’elle soit et, si elle est trouvée, ne peut être trouvée que par son propriétaire légitime qui est Dieu, et par Sa Volonté Souveraine et Sa Grâce.

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Le jeune fils désire sortir du regard vigilant, bien qu’aimant, de son père. Dès sa naissance, il a vécu selon la loi de son père. Il sent maintenant qu’il a grandi et qu’il est devenu plus sage que les autres - il croit qu’il peut faire mieux. Il est un enfant de Dieu par la circonstance d’une (nouvelle) naissance et non par une foi persistante. Gardez également à l’esprit que, selon les lois de l’héritage, le père n’est pas obligé de « diviser son bien » au profit du jeune homme. En fait, le jeune homme était impertinent en faisant cette demande. Mais, même si le fils désire se séparer de son père, le père aime son fils et se rend compte que l’argument logique et la raison sont inutiles à ce stade précoce de la maturité (ou, plutôt, de l’immaturité). Dieu Notre Père n’oblige personne à demeurer sous Ses soins bienfaisants. Même les nations qui choisissent d’abandonner Dieu le font sans se rendre compte du danger et du péril dans lequel elles se jettent. Dieu ne s’immisce pas là où Il n’est pas désiré car Il est un parfait gentleman, et nous sommes laissés aux ruses du Diable, sans Ses soins ni Sa protection. Nous voyons cela se manifester dans tout le paysage de l’Amérique aujourd’hui.

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« Et peu de jours après, quand le plus jeune fils eut tout ramassé, il s'en alla dehors en un pays éloigné ; et là il dissipa son bien en vivant dans la débauche ». Comme les jeunes de notre époque sont impatients de s’éloigner du regard vigilant des parents ! Lorsque la liberté est audacieuse, l’enfant se dépêche de s’évader et de profiter de ce qu’il croit n’être rien d’autre que de la joie et de l’abondance. Chaque fois que quelqu’un s’éloigne de son Dieu-Père, il va dans un « pays lointain » où la famine surgira certainement pour lui. Être séparé de Dieu en esprit, ainsi que par la distance, conduit à la dépravation de la conduite et au gaspillage de la richesse que Dieu a donnée. Sans le secours du Saint-Esprit comme boussole de notre cœur, il est impossible de vivre une vie agréable à Dieu.

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Le bon père regarda le chéri de son cœur partir sur cette longue route poussiéreuse. Il observait chaque mouvement de son fils jusqu’à ce que, à la fin, sa silhouette disparaisse à l’horizon. Combien de fois le père restait-il assis pendant des jours, des mois et peut-être des années, à travers les étés chauds, les automnes ambrés, les mois d’hiver mornes et les promesses du printemps, scrutant cette même route pour y déceler tout signe du retour de son fils. Combien de fois se renseignait-il et recevait-il la nouvelle que son fils gaspillait tout – non seulement sa richesse, mais aussi sa santé et sa dignité. Pourtant, le père n’a jamais envoyé chercher son fils ni ne l’a supplié de revenir. Pourquoi pas ? Parce qu’aucun raisonnement avec un fils rebelle ne convainc tant que ce fils n’a pas appris par lui-même (souvent à la dure) la cruauté du monde, sans les soins aimants de son Père. Avons-nous appris cette leçon, lecteur ?

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« Et après qu'il eut tout dépensé, une grande famine survint en ce pays-là ; et il commença d'être dans la disette ». Un chrétien qui s’éloigne de la présence de Dieu perd tout, dans le processus d’une vie agitée. Sa vie commencée dans les plaisirs de la luxure aboutit à une terrible famine d’esprit, de corps et d’âme. L’Ange des Ténèbres lui prend tout ce qu’il a, et même plus. Le temps viendra toujours, et avec une grande certitude, où vous commencerez à être dans le besoin. Chez certains, c’est le moment du réveil aux besoins de votre Père ; mais avec d’autres, plus de souffrance et de désespérance sont nécessaires. Il en est de même avec notre Prodigue – trop fier pour retourner auprès de son père, et trop désespéré pour même se souvenir de l’abondance qu’il a laissée derrière lui au bout de cette route poussiéreuse, il s’attarde au péril de son âme, en attendant l’inévitable.

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« Alors il s'en alla, et se mit au service d'un des habitants du pays, qui l'envoya dans ses possessions pour paître les pourceaux ». Si nous ne sommes pas unis à Dieu notre Père, nous sommes sûrement unis à un étranger qui ne fait rien pour le bien de nos âmes. Si nos compagnons ne sont pas citoyens du Royaume des Cieux, ils seront citoyens de ce Pays Lointain. L’Étranger auquel nous sommes unis lorsque nous sommes séparés de Dieu ne fera que nous manipuler pour nous détruire. Il nous placera dans des circonstances peu recommandables et des habitations repoussantes. Si nous ne travaillons pas dans les champs de notre Père, nous travaillons pour le Destructeur d’Âmes. Imaginez la douleur dans l’âme d’un jeune garçon hébreu qui a été élevé dans l’abondance dans la maison de son père, et qui doit maintenant nourrir les porcs !

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« Et il désirait de se rassasier des gousses que les pourceaux mangeaient ; mais personne ne lui en donnait ». Quand vous êtes hors de la compagnie de Dieu, aucun homme ne prend soin de vous. Vous finissez par nourrir votre âme avec de la nourriture pour des cochons. Bien sûr, il se souvenait que son père l’aimait toujours, quelle que soit la distance à laquelle il s’éloignait, mais son esprit torturé avait perdu la capacité de voir et de comprendre clairement. Il persistait dans son état de réprouvé.

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« Or étant revenu à lui-même, il dit : Combien y a-t-il de mercenaires dans la maison de mon père, qui ont du pain en abondance, et moi je meurs de faim ? ». Il convient de noter que tout Chrétien qui s’écarte de la Présence de son Seigneur n’est pas dans son bon esprit, et ce pauvre jeune ne fait pas exception. Il a parcouru une grande distance, loin de l’amour de son père, mais l’amour de son père ne connaît pas de distance. Son cerveau torturé avait subi un processus de privation progressive et de débauchage pendant cette période de vie licencieuse. Il lui fallait beaucoup plus, longtemps et durement, pour se séparer des bienfaits de son père, afin de pénétrer son cœur têtu et réveiller son esprit mort. Mais, il est revenu à lui-même. Il a finalement été forcé d’admettre que tous ses rêves et ses fantasmes n’étaient que ruines. Il en vint à voir, comme nous devons tous le faire si nous sommes en dehors de Dieu, à quel point il était arrivé à une condition déplorable, par sa rébellion. Même la plus petite âme de la Maison de notre Père dispose de beaucoup de pain quotidien, et plus encore ; pourtant, nous qui croyions que nous pourrions faire mieux dans un pays lointain, nous périssons sans ce Pain du Ciel qui est abondant dans la Maison de notre Père.

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« Je me lèverai, et je m'en irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j'ai péché contre le ciel et devant toi ; et je ne suis plus digne d'être appelé ton fils ; traite-moi comme l'un de tes mercenaires ». Une fois que nous sommes parvenus à la réalité de notre perdition, nous devons nous résoudre à retourner auprès de notre Père et confesser notre tempérament méchant et notre vie de péché. Nous devons faire face à la réalité : Nous sommes les plus indignes de tous, sous le Ciel de Dieu. Nous ne sommes certainement pas dignes, et nous ne l’avons jamais été, d’être un fils ou une fille du Dieu Très-Haut. Les péchés contre nos pères terrestres sont également considérés comme des péchés contre le ciel. Nous serons alors heureux d’être acceptés comme seuls serviteurs mercenaires, dans la grande maison que nous avons désertée. Mais Dieu n’a pas de « serviteurs mercenaires ».

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« Il se leva donc, et vint vers son père ; et comme il était encore loin, son père le vit, et fut touché de compassion, et courant à lui, se jeta à son cou, et le baisa ». Il ne suffit pas de SAVOIR faire le bien – nous devons suivre cette prise de conscience dans l’ACTION ! Nous ne pouvons pas nous contenter de faire amende honorable pour notre infidélité dans un pays lointain – nous devons RETOURNER dans la présence de notre Père et confesser nos péchés. Le bon père a ressenti la douleur de l’absence de son fils au plus profond de son cœur, alors qu’il regardait, jour après jour cette même route poussiéreuse sur laquelle son fils est parti. Une fois, peut-être alors que les ombres du soir commencent à tomber, il aperçoit un homme solitaire qui arrive sur cette route. Bien que sa vue se soit estompée avec l’âge, il reconnaît indubitablement que cet homme est son cher fils ! Il reconnaît sa démarche, même s’il n’est pas vêtu de la robe de soie qu’il portait quand il est parti. Il est plutôt vêtu de haillons et sale dans sa personne. Même de loin, il reconnaît son fils. Dieu reconnaît toujours ceux d’entre nous qui s’éloignent de Lui quand Il nous voit sur le chemin du retour. N’est-ce pas là une bénédiction et une grande joie ? Dieu aura toujours de la compassion pour nous quand nous reviendrons, peu importe combien de temps durera notre retard. Même si nous sommes sales dans nos péchés et que nous dégageons la terrible puanteur de la porcherie, Il nous embrassera et nous saluera avec un saint baiser. Seul un Père pouvait aimer un tel enfant, et Il l’a fait pour vous et moi.

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« Mais le fils lui dit : Mon père, j'ai péché contre le ciel et devant toi ; et je ne suis plus digne d'être appelé ton fils ». Ici, le Prodigue satisfait les exigences de l’amour et de la conscience. Il confesse, non seulement son péché, mais aussi son indignité totale. Nul n’est digne d’être le fils ou la fille de Dieu, mais nous le sommes certainement si nous avons reçu cette grâce salvatrice de Jésus-Christ. Nous voyons qu’il y a eu une quadruple entreprise dans le retour du prodigue 1) Il revient à lui-même et reconnaît sa dépravation ; 2) Il se résout à retourner auprès de son père ; 3) Il se lève et est retourne à son père, selon sa bonne résolution ; et 4) Il avoue son comportement épouvantable et son inutilité pour son père. Il en va de même lorsque nous nous séparons de notre Père aimant !

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« Et le père dit à ses serviteurs (comme s’il n’entendait pas les commentaires de son fils) : Apportez la plus belle robe, et l'en revêtez, mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers aux pieds ». Cette « plus belle robe » représente la Robe Blanche de Justice offerte par le Christ à tous ceux qui viennent à Lui. Il couvrira nos péchés et notre nudité avec cette Robe qu’Il a achetée avec Son propre Précieux Sang. Cet « anneau » que le père donne au fils est le même que la Chevalière d’Autorité qu’un Souverain donne à un sujet pour agir en Son Nom. Le Chrétien a une grande autorité dans la puissance des Saintes Écritures elles-mêmes. Qu’en est-il des souliers ? Dans les temps anciens, la première chose prise aux prisonniers capturés sur le champ de bataille était leurs chaussures, pour les empêcher de fuir. Les chaussures représentent la liberté. En Christ, nous avons une Liberté parfaite. « ..... là où se trouve l’Esprit du Seigneur, il y a la liberté. » (2 Corinthiens 3.17). Dieu notre Père a couvert nos péchés avec cette Robe Blanche de Justice offerte en Christ ; Il nous a donné l’Autorité en tant que croyants pour agir en Son nom (ayant le même Esprit et la même volonté du Père dans nos cœurs), et Il nous a donné la Liberté parfaite en Christ. Les enfants du Père ont la pleine liberté dans la maison qu’Il nous offre. « … et amenez-moi le veau gras, et le tuez, et faisons bonne chère en le mangeant ». Il y aura toujours une fête dans le ciel au retour d’un prodigue. Il y avait de la joie au ciel à la récupération de la petite brebis perdue ; il y avait de la joie au ciel pour la récupération de la drachme perdue ; et il y avait une joie débordante dans le ciel à propos du retour du Fils Perdu. Comme nous avons une grande valeur en tant qu’enfants de Dieu ! Il ne nous oubliera jamais, et il ne cessera jamais de regarder et d’attendre lorsque nous Le quitterons en nous rebellant.

« Car mon fils que voici, était mort, mais il est ressuscité ; il était perdu, mais il est retrouvé. Et ils commencèrent à faire bonne chère ». C’est dans la nature d’un cœur de déplorer la perte d’une chose autrefois possédée, bien plus que l’échec à acquérir quelque chose de très désiré. Il est douloureux pour une femme de désirer un enfant, mais pire de rester stérile ; et c’est beaucoup plus angoissant d’avoir un enfant et de le perdre ensuite. Dans un pays lointain, loin de Dieu, nous sommes morts, autant qu’avant notre naissance en Christ. Mais Dieu est joyeux quand nous revenons à Lui. Il ne peut pas nous ramener à la maison dans notre état de péché et de rébellion – c’est une décision que le cœur du vagabond doit prendre – pour rentrer à la maison auprès de Dieu, pour confesser notre péché et être restauré. Il ne nous possédera pas dans un pays lointain, mais il ne nous reniera jamais quand nous rentrerons chez Lui.

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La question que soulève cette parabole est trop évidente pour être niée : Avez-vous erré de la maison de votre Père ? Avez-vous dépensé toutes vos ressources dans une vie agitée ? Avez-vous sombré au niveau des cochons dans l’étable ? Êtes-vous arrivé à prendre conscience de votre apostasie ? Avez-vous résolu de retourner à votre Père en confessant vos fautes ?

Avez-vous donné suite à votre bonne résolution ?

L’avez-vous fait ?