9-De la mort

I-9. De la peur de la mort

{20} 1. Il n'y a rien d'extraordinaire à ce que les gens mondains aient peur de mourir. Car la mort les prive de tous les honneurs mondains, de leurs richesses et de leurs possessions ; en réalité, les gens mondains sont heureux aussi longtemps qu'ils peuvent en jouir à leur aise ; sinon, s'ils sont dépossédés de tout sans espoir de recouvrer quoi que ce soit, alors ils se croient très malheureux parce qu'ils ont perdu tout ce qui faisait leur joie. Hélas, pensent-t-ils, devrai-je me séparer pour toujours de tous mes honneurs, de tous mes trésors, de mon pays, de mes amis, de mes richesses, de mes possessions et plaisirs mondains qui font ma joie et sont le délice de mon cœur ? Hélas, que le jour où je devrai dire adieu à tout cela et ne plus jamais en jouir ne vienne jamais ! C'est pourquoi le sage dit avec raison : « Ô mort, comme le rappel de ta présence est amer au souvenir d'un homme qui vit en paix et dans la prospérité, d'un homme qui vit à l'aise, menant sa vie selon son cœur et sans inquiétude, et qui est par conséquent bien choyé et bien nourri ».

Il y a d'autres hommes que ce monde ne fait pas rire, mais bien plutôt les humilie, les oppresse dans la pauvreté, la maladie, et d'autres adversités, et qui cependant ont peur de la mort, en partie parce que la chair abhorre naturellement sa propre dissolution, ce dont la mort les menace, et en partie en raison des maladies et des douleurs de l'agonie qui visitent les mourants, ou tout au moins accompagne la mort quand elle survient.

Bien que ces deux cas semblent peser lourd sur le cœur d'un homme mondain et le poussent à avoir peur de la mort, il y a encore un cas plus lourd encore que ces deux là, et qui fait vraiment craindre la mort ; et c'est à la toute fin, l'état dans lequel la mort l'amène à se cramponner à ce monde, sans repentance ni regret. Cet état est appelé « la seconde mort », qui lui arrivera après sa mort corporelle. Et c'est cette mort qui devrait être crainte en effet, car c'est la perte éternelle et sans remède de la grâce et de la faveur de Dieu et du plaisir, de la félicité et de la joie éternels. Et ce n'est pas seulement la perte de ces joies, qui fait peur, mais aussi la condamnation de l'âme et du corps, sans appel ni espoir de rachat, aux peines éternelles de l'enfer.

La mort a expédié l'homme riche, impie et sans miséricorde dont Luc a parlé dans son Évangile, qui vivait dans ce monde dans la richesse et le plaisir, prenant chaque jour grand soin de sa personne avec des mets délicats et des vêtements flamboyants, méprisant le pauvre Lazare, al-longé misérablement à sa porte, affligé de plaies et de multiples douleurs, et gravement tenaillé par la faim. Ces deux hommes furent arrêtés par la mort, laquelle a envoyé le pauvre et misérable Lazare, porté par des Anges dans le sein d'Abraham, un lieu de repos, de plaisir et de consolation. Mais le riche sans pitié descendit en enfer, où, en proie aux pires tourments, il pria en exigeant du réconfort, se plaignant de la douleur intolérable qu'il endurait dans les flammes, mais il était trop tard. Et c'est dans cet endroit que la mort corporelle expédie tous ceux qui ont leur félicité et leur joie dans ce monde, et ceux qui, dans ce monde, sont infidèles à Dieu et sans charité pour leur prochain, et qui meurent donc sans repentance ni espérance quant à la miséricorde de Dieu. Pour ces raisons, il n'est pas surprenant que les hommes mondains aient peur de la mort, car ils ont encore plus de raisons d'en avoir peur qu'ils ne pensent.

Nous voyons ainsi trois causes qui font que les hommes mondains ont peur de la mort. La première est qu'ils perdront par là tous leurs honneurs mondains, leurs richesses, leurs possessions, et tous les désirs de leur cœur ; la deuxième est la maladie et la douleur, ainsi que les remords amers dont les hommes souffrent habituellement soit avant soit au moment de la mort, mais surtout la peur sidérante du misérable état du corps et de l'âme damnés pour l'éternité, après avoir quitté les plaisirs mondains de cette vie présente. Car ces causes touchent tous les mortels versés dans l'amour de ce monde, à la fois par la peur et par l'état de mort dû au péché, ainsi que le saint Apôtre l'a dit, aussi longtemps qu'ils vivent en ce bas monde. Mais grâces éternelles soient rendues à Dieu Tout-Puissant dans l'éternité, aucune de toutes ces causes de peur ne peut faire qu'un vrai Chrétien ait peur de mourir, car il est un membre de Christ, un temple du Saint-Esprit, un enfant de Dieu et l'héritier du royaume des cieux, éternellement ; mais à l'opposé, il conçoit de grandes et nombreuses causes, fondées sans aucun doute possible sur la vérité infaillible et éternelle de la Parole de Dieu, qui le conduisent non seulement à écarter la peur de la mort corporelle, mais aussi à compter sur les multiples avantages qui en résultent pour tous les fidèles, et pour la même raison, à les souhaiter, les désirer et à les attendre. Car la mort ne sera pas une mort pour lui, mais une vraie délivrance de la mort, de toute les douleurs, peines et tristesses, malheurs et misères de ce monde, une vraie mise au repos, et le commencement de la joie éternelle, la participation aux plaisirs célestes, lesquels sont si grands qu'aucune langue n'est capable de les décrire, ni l'œil de les voir, ni l'oreille de les entendre, et qu'aucun cœur d'homme sur terre ne peut concevoir. Ces si grands avantages, Dieu notre Père, de par Sa seule miséricorde et pour l'amour de Son Fils Jésus-Christ, les a préparés et les tient en réserve pour ceux qui se soumettent humblement à la volonté de Dieu, et qui L'aiment pour toujours d'un amour non feint, du fond de leur cœur.

Et nous devons croire que la mort, que Christ a vaincue, ne peut pas garder dans sa tyrannie et sa soumission perpétuelles un homme fermement croyant en Christ, mais qu’il ressuscitera dans la gloire au dernier jour, appelé par Dieu Tout-Puissant, comme Christ notre chef est ressuscité, à l'appel de Dieu, le troisième jour. Car St Augustin a dit : « Le chef marche en premier, les membres lui font confiance et le suivent ». Et St Paul a dit : « Si Christ est ressuscité des morts, nous ressusciterons aussi ». Et pour consoler tous les Chrétiens ici, l'Écriture Sainte appelle cette mort corporelle un sommeil, où les sens humains sont, en quelque sorte, ôtés pendant un temps, et quand il se réveille il est plus frais qu'il n'était quand il s'est couché au lit. Donc, bien que notre âme soit séparée de notre corps pour un temps, en ressuscitant, nous serons encore plus frais que nous le sommes maintenant, à la résurrection générale. Car nous serons alors immortels; nous sommes maintenant affectés de diverses infirmités, mais nous n'aurons alors aucune infirmité ni maladie ; nous sommes maintenant tentés par tous les désirs charnels, mais nous serons alors entièrement spirituels, ne désirant rien d'autre que la gloire de Dieu et les biens éternels.

Ainsi, cette mort corporelle est une porte ouvrant sur la vie, et par conséquent, elle n'est pas tant à craindre, ce qui est très consolant ; elle n'est pas un souci, mais un remède à tout les soucis, pas une ennemie mais une amie, pas un tyran cruel mais un guide aimable, qui ne nous conduit pas à la mort mais à l'immortalité, pas au chagrin et à la douleur mais au plaisir et à la joie, et cela durera toujours si elle est acceptée avec reconnaissance, comme un messager de Dieu, et supportée patiemment par nous pour l'amour de Christ, Lequel a souffert la plus douloureuse des morts pour l'amour de nous, afin de nous racheter de la mort éternelle. D'accord avec cela, St Paul a dit : « Notre vie est en Dieu avec Christ, mais quand elle apparaîtra, alors nous aussi nous apparaîtrons avec Lui, dans la gloire».

Pourquoi avoir peur de la mort, alors, si nous considérons les multiples et consolantes pro-messes de l'Évangile et le la Sainte Écriture? « Dieu le Père nous a donné une vie éternelle », dit St Jean, « et cette vie est en Son Fils. Celui qui a le Fils a la vie, et celui qui n'a pas le Fils n'a pas la vie ». Et : « Je vous ai écrit cela », dit St Jean, « à vous qui croyez au Nom du Fils de Dieu, afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyiez au Nom du Fils de Dieu ». Et Christ notre Sauveur a dit : « Celui qui croit en Moi a la vie éternelle, et Je le ressusciterai de la mort au dernier jour ». St Paul a également dit que « Christ a été ordonné et fait par Dieu notre justice, notre sainteté et notre rédemption, pour que celui qui se glorifie, qu'il se glorifie dans le Seigneur ». St Paul méprisait et donnait peu d'importance à « toutes les autres choses, les estimant comme du crottin, alors qu'il les croyait très précieuses avant qu'il soit trouvé par Christ », et d’avoir la vie éternelle, la vraie sainteté, la vraie justice et la rédemption. Finalement, St Paul avance un argument massue comme ceci : « Si notre Père céleste n'a pas épargné Son propre Fils naturel mais l'a livré à la mort pour nous, comment est-il possible qu'avec Lui Il ne nous donne pas toutes choses ? ». C'est pourquoi, si nous avons Christ, alors nous avons avec Lui et par Lui toutes bonnes choses, quoique nous puissions désirer ou souhaiter dans notre cœur, comme la victoire sur la mort, le péché et l'enfer ; nous avons la faveur de Dieu, la paix avec Lui, la sainteté, la sagesse, la justice, la puissance, la vie et la rédemption ; nous avons par Lui la santé perpétuelle, la richesse, la joie et la félicité, éternellement.

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{21} 2. Vous avez vu qu'il y a trois causes à la peur de la mort. La première est la tristesse de quitter les biens et les plaisirs terrestres ; la seconde est la peur des souffrances et des douleurs qui accompagnent la mort ; la dernière et la principale est l'horrible peur de la misère absolue et de la damnation perpétuelle à venir. Et aucune de ces trois choses ne trouble les hommes bons, parce qu'ils demeurent dans la vraie foi, la charité parfaite et la sûre espérance de la joie et de la félicité éternelles.

Ces hommes ont tous un grand motif d'être pleins de la joie d'être unis à Christ par une vraie foi, une ferme espérance et une parfaite charité, et ils n'ont rien à craindre de la mort ou de la damnation éternelle. Car la peur ne peut pas les priver de Jésus-Christ, et aucun péché ne peut condamner ceux qui sont sûrement greffés en Lui qui est leur seule joie, leur trésor et leur vie. Repentons-nous de nos péchés, corrigeons notre vie, remettons-nous à Sa miséricorde et à Ses mérites, et la mort ne pourra ni Le séparer de nous, ni nous séparer de Lui. Car alors, comme St Paul l'a dit : « Soit que nous vivions ou que nous mourions, nous appartenons au Seigneur ». Et il dit encore : « Christ est mort et est ressuscité afin d'être à la fois le Seigneur des morts et des vivants ». Alors, si nous appartenons au Seigneur quand nous mourons, il s'ensuit nécessairement que la mort temporelle non seulement ne peut pas nous faire de mal, mais aussi qu'elle sera un grand avantage pour nous, en nous unissant plus parfaitement à Dieu. Et de ceci le cœur chrétien peut sûrement être certifié par la vérité infaillible de l'Écriture Sainte. « C'est Dieu », dit St Paul, « qui nous a préparés pour l'immortalité et c'est Lui qui nous a donné les arrhes de l'Esprit. Ainsi, soyons toujours pleinement rassurés, car nous savons qu'aussi longtemps que nous sommes dans le corps, c'est comme si nous étions éloignés de Dieu » dans un pays étranger, en proie à de nombreux dangers, « marchant dans» une parfaite « vision » et connaissance de Dieu Tout-Puissant, en ne Le voyant que par la foi dans les Saintes Écritures ; « mais nous avons plutôt le courage et le désir d'être chez soi avec Dieu et avec Christ notre Sauveur, loin du corps » où « nous pourrons voir Sa divinité comme Elle est, face à face », pour notre consolation éternelle. Ce sont là des paroles de St Paul, en effet, par lesquelles nous pouvons percevoir que la vie dans ce monde ressemble à un pèlerinage dans un pays étranger éloigné de Dieu, et que la mort, nous délivrant de notre corps, nous expédie tout droit dans notre pays et nous y fait demeurer avec Dieu pour toujours, dans un repos et une tranquillité éternels. De telle sorte que mourir n'est pas une perte, mais un gain et une victoire, pour tous les vrais Chrétiens.

Qu'est-ce que le brigand crucifié avec Christ a perdu par sa mort corporelle ? Oui, il a tout gagné ! Notre Sauveur ne lui a-t-il pas dit : « Aujourd'hui, tu seras avec Moi dans le paradis » ? Et Lazare, ce pauvre miséreux couché à la porte du riche, endolori par ses plaies et tenaillé par la faim, la mort ne lui a-t-elle pas été hautement profitable, et ne l'a-t-elle pas promu, lui qui par le secours des Anges s'est retrouvé dans le sein d'Abraham, un lieu de repos, de joie et de consolation céleste ? Ne pensons à rien d'autre, très chers frères, qu'à ce que Christ a préparé et apprêté pour nous, la même félicité et la même joie que pour Lazare et le bon larron. Et pour cette raison, cramponnons-nous fermement à Son Salut et à Sa rédemption par grâce, croyons Sa Parole, servons-Le de tout notre cœur, aimons-Le et obéissons-Lui, et quoi que nous ayons pu faire de contraire à Sa très sainte volonté, repentons-nous-en maintenant qu'il est temps, et puis cherchons à corriger notre vie en ne doutant pas que nous Le trouverons aussi miséricordieux à notre égard qu'Il l'a été pour Lazare ou pour le bon larron, dont les exemples sont écrits dans l'Évangile pour la consolation de ceux qui sont pécheurs et en proie à la tristesse, aux misères et aux calamités dans ce monde ; afin qu'ils ne désespèrent pas de la miséricorde de Dieu mais qu'ils se fient à Lui, pour avoir le pardon de leurs péchés et la vie éternelle, comme Lazare et le brigand.

De la sorte, j'ai confiance que chaque Chrétien comprend, de par la Parole de Dieu infaillible, que la mort corporelle ne peut pas lui faire de mal, ni le gêner, lui qui croit vraiment en Christ, mais au contraire elle sera profitable et bénéfique à son âme, lui qui, étant vraiment repentant pour ses offenses, meurt donc dans une parfaite charité et dans la confiance assurée que Dieu est miséricordieux à son égard, et qu'Il lui pardonne ses péchés en vertu des mérites de Jésus-Christ Son Fils unique engendré.

La deuxième cause de crainte de la mort est la douleur de la maladie et des fortes douleurs qui surviennent soit avant la mort, soit pendant, quand elle vient. Cette crainte est celle le la chair faible et une souffrance naturelle appartenant à la nature de l'homme mortel. Mais la vraie foi dans les promesses de Dieu, et la vue des plaies et des douleurs que Christ a subies sur la croix pour nous, misérables pécheurs, jointe à la considération de la joie et de la vie éternelle à venir dans le Ciel atténuera ces peines, et modérera cette peur qui ne pourra jamais abattre le désir et le contentement que l'âme chrétienne ressent de la séparation d'avec ce corps corrompu, et de parvenir dans la gracieuse présence de notre Sauveur Jésus-Christ. Si nous croyons fermement la Parole de Dieu, nous comprendrons que les maladies corporelles, les angoisses de la mort ou toute autre douleur que nous pourrions souffrir, soit avant, soit pendant la mort, ne sont rien d'autre pour les Chrétiens que le bâton de notre Père céleste et aimant avec lequel Il nous corrige miséricordieusement, soit pour éprouver et affermir la foi de Ses enfants patients, afin qu'ils soient trouvés dignes de louange, de la gloire et être honorables à Ses yeux, quand Jésus-Christ sera présenté ouvertement au Juge de tout le monde, soit pour châtier et réprimander en eux tout ce qui aurait pu offenser Sa bonté paternelle et aimable, afin qu'ils ne périssent pas éternellement. Et ce bâton de correction est commun à tous ceux qui lui appartiennent vraiment.

C'est pourquoi, « rejetons le fardeau du péché qui pèse si lourd » sur nos épaules, et revenons à Dieu par une vraie repentance et l'amendement de notre vie. « Courons avec patience cette course qui nous est assignée », soufrant pour l'amour de Lui qui est mort pour notre Salut, toutes les tristesses et les angoisses de la mort, et la mort elle-même joyeusement, quand Dieu nous l'enverra, « les yeux » toujours « fixés sur le chef et le capitaine de notre foi, Jésus-Christ ; qui, considérant la joie à venir », n'a pas fait cas de la honte ni de la douleur de la mort, mais conformant volontairement Sa volonté à la volonté du Père, « a très patiemment souffert la mort sur la croix », la plus honteuse et la plus douloureuse des morts, Lui qui était innocent et n'a pont fait de mal ; et Il est maintenant exalté dans le ciel et pour toujours « assis sur le trône et à la droite de Dieu » le Père. Rappelons-nous alors la vie et les joies du Ciel qui sont réservées à tous ceux qui souffrent patiemment avec Christ, et « considèrent que Christ a souffert » toute Sa douloureuse passion « du fait des pécheurs » et pour les pécheurs, et nous souffrirons avec patience et plus aisément les chagrins et les douleurs quand ils surviendront. « Ne dénonçons pas en pleine lumière le châtiment du Seigneur », et ne Lui tenons pas rancune, « ne nous écartons pas de Lui, quand nous sommes corrigés par Lui, car le Seigneur aime ceux qu'Il corrige, et Il bat tous ceux qu'Il adopte comme Ses enfants. Quel est l'enfant », dit St Paul, « que le père » aime et « ne punit pas ? Sans la correction, que subissent tous Ses véritables enfants bien-aimés, alors vous n'êtes que des bâtards », peu considérés de Dieu, « et pas Ses vrais enfants ». C'est pourquoi, voyant que quand nous avons sur terre nos pères selon la chair pour nous corriger, nous les craignons et acceptons révérencieusement leur correction, ne sommes-nous pas dans la même sujétion à Dieu, notre Père spirituel, grâce à qui nous aurons une vie éternelle ? Et nos pères selon la chair nous corrigent de temps en temps comme il leur plaît », parfois même sans cause, « mais ce Père » céleste nous corrige justement, soit à cause de notre péché afin de nous amender, soit « à cause de notre confort et de notre richesse, pour nous rendre par là dignes d'avoir part à Sa sainteté. Bien plus, toute correction » que Dieu nous envoie « dans le temps présent semble être sans joie » ni consolation, « mais triste » et douloureuse ; cependant elle apporte avec elle un avant-goût de la miséricorde de Dieu et de Sa bonté envers ceux qui sont ainsi corrigés, et la sûre espérance de la consolation éternelle de Dieu dans le Ciel.

Et si ces tristesses, maladies, douleurs, et même la mort elle-même ne sont rien d'autre que le bâton de notre Père céleste, par lequel Il nous certifie de Son amour et de Sa faveur gracieuse, par lesquels Il nous purifie, par lesquels Il nous sanctifie et nous certifie que nous sommes Ses enfants, et qu'Il est notre Père miséricordieux, n'allons-nous pas alors en toute humilité, comme des enfants obéissants et aimants, embrasser joyeusement le bâton de notre Père céleste et dire toujours dans notre cœur, à la suite de Jésus-Christ: « Père, s'il est possible, que cette angoisse » et cette tristesse que j'éprouve, de la mort que je vois approcher, « ne vienne pas », mais que si c'est Ta volonté que je les subisse, « que Ta volonté soit faite » ?

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{22} 3. Dans ce sermon contre la peur de la mort, deux causes ont été dites qui amènent ordinaire-ment les gens mondains à avoir très peur de mourir, et qui cependant ne troublent pas les croyants qui vivent selon le bien quand la mort survient, mais leur est plutôt une occasion de se réjouir grandement, considérant qu'ils seront délivrés des chagrins et des misères de ce monde, et emmenés à la grande joie et à la grande félicité de la vie à venir.

Maintenant, la troisième cause de spécialement craindre la mort est le misérable état des mondains impies après leur mort. Mais ceci n'est pas une cause du tout pour les croyants pieux d'avoir peur de la mort, mais plutôt, au contraire, grâce à leur pieuse relation de foi en Christ dans cette vie, consistant à s'en remettre à Ses mérites et à Sa miséricorde, devrait les inciter à espérer avec une impatience douloureuse cette vie qu'il leur restera sans aucun doute à vivre après la mort corporelle. Dans cet état immortel, après cette vie transitoire, où nous vivrons pour toujours dans la présence de Dieu, dans la joie et le repos, après la victoire sur toutes les maladies, les chagrins, le péché et la mort, il y a de nombreux passages de l'Écriture Sainte qui confirment la faible conscience de peur de toutes ces douleurs, maladies, péchés, et la mort corporelle, pour apaiser une peur si impie et propre à faire trembler un mort, et pour nous encourager avec la consolation et l'espérance d'un état béni après cette vie. St Paul a souhaité aux Éphésiens « que Dieu le Père de gloire leur donne l'esprit de sagesse et de révélation, afin que les yeux de leur cœur puissent voir la lumière afin de Le connaître », et de percevoir la grandeur des choses auxquelles Il les a appelés, et la richesse de l'héritage qu'Il a préparé après cette vie pour ceux qui Lui appartiennent. Et St Paul lui-même a déclaré que le désir de son cœur, qui était destiné à se dissoudre et être délié de son corps pour être avec Christ, ce qui, à ce qu'il a dit, était « bien mieux pour lui, bien qu'il leur soit plus nécessaire qu'il vive », et qu'il na pas refusé par amour pour eux. Même St Martin a dit : « Bon Seigneur, je suis nécessaire à Ton peuple, pour leur faire du bien, je ne refuse aucun travail ; mais sinon, quant à moi, je Te supplie de prendre mon âme ».

Maintenant les saints Pères de l'ancienne Loi, et tous les hommes fidèles et droits qui sont morts avant l'ascension de Christ notre Sauveur dans le ciel, ont quitté tous leurs soucis en mourant pour entrer dans le repos, passant des mains de leurs ennemis dans les mains de Dieu, des chagrins et des maladies à une joie rafraîchissante dans le sein d'Abraham, le lieu de toute les consolations ; comme les Écritures en témoignent pleinement en des paroles claires. Le livre de la Sagesse dit « que les âmes des hommes droits sont dans la main de Dieu, et qu'aucun tourment ne peut les atteindre. Ils semblent mourir aux yeux des insensés, et leur mort est vue comme une misère, et leur départ de ce monde comme un naufrage, mais ils sont dans le repos ». Et un autre passage dit « que les hommes droits vivront pour toujours et leur récompense est avec le Seigneur, et leur esprit est avec Dieu, qui est au-dessus de tous ; c'est pourquoi ils recevront des mains du Seigneur un royaume glorieux et une couronne magnifique ». Et dans un autre endroit, le même livre dit : « L'homme droit, même s'il est surpris par une mort soudaine, sera néanmoins là où il sera rafraîchi ». Les paroles de Christ au sujet du sein d'Abraham sont si claires qu'un Chrétien n'a pas besoin de preuve supplémentaire.

Maintenant, si ceci est l'état des saint Pères et des hommes droits d'avant la venue de notre Sauveur avant sa glorification, combien plus devrions-nous avoir une foi ferme et une espérance assurée de l'état béni dans lequel nous serons après notre mort, voyant que notre Sauveur a désormais accompli tout le travail de notre rédemption et qu'Il est glorieusement monté au ciel, pour préparer nos places avec Lui, après qu'Il a dit à Son Père : « Père, je veux que là où Je suis, Mes serviteurs soient avec Moi ». Et nous savons que quoique Christ veuille, Son Père veut la même chose ; d'où il suit que si nous sommes Ses fidèles serviteurs, notre âme ne peut qu'être avec Lui après notre départ de cette vie présente.

Quel était l'état d'esprit de St Étienne au milieu de ses tourments, quand il fut lapidé ? « Quand il fut rempli du Saint-Esprit », dit l'Écriture Sainte, « ayant les yeux levés au ciel, il vit la gloire de Dieu et Jésus se tenant à la droite de Dieu » ; et sur cette vérité, après qu'il a confessé avec audace devant les ennemis de Christ, « ils l'ont tiré hors de la ville et là ils l'ont lapidé ; il criait à Dieu en disant Seigneur Jésus-Christ, prends mon esprit ». Et notre Sauveur n'a-t-Il pas dit dans l'Évangile de St Jean : « En vérité, en vérité, Je vous le dis, celui qui écoute Ma Parole et croit à Celui qui M'a envoyé, a la vie éternelle, et ne vient pas en jugement, mais il passera de la mort à la vie » ? Ne penserons-nous pas que la mort est précieuse, car elle nous fait entrer dans la vie ? « La mort des hommes saints et droits est précieuse aux yeux de Dieu ». St Siméon, après avoir eu le désir de son cœur satisfait en voyant notre Sauveur qu'il a attendu toute sa vie, « il Le prit dans ses bras et dit : Maintenant, Seigneur, laisse-moi partir en paix, car mes yeux ont vu le Sauveur que Tu as préparé pour toutes les nations ». Il est donc vrai que la mort des justes est appelée la paix et une bénédiction du Seigneur, car l'Église a dit au nom des justes ayant quitté ce monde : « Mon âme, mets-toi en repos, car le Seigneur a été bon pour toi et Il t'a récompensé ». Et nous voyons dans l'Écriture Sainte et d'autres histoires anciennes de martyrs que les saints, les fidèles et les justes, depuis l'ascension de Christ, n'ont jamais douté dans leur tête qu'ils allaient être avec Christ en esprit, Lui qui est notre vie, notre santé, notre richesse et notre Salut.

Jean, dans l'Apocalypse, a vu 144.000 vierges et innocents, dont il a dit : « Ceux-ci suivent l'Agneau » Jésus-Christ, « où qu'Il aille ». Et peu après, il dit : « J'entendis une voix du ciel me disant : Écris, Heureux et bénis sont les morts qui meurent dans le Seigneur ; car désormais, dit l'Esprit, ils se reposeront à jamais de leurs peines et de leurs labeurs, car leurs œuvres les suivent ». De telle sorte qu'ils moissonneront avec joie et consolation ce qu'ils ont semé avec effort et avec peine. « Ceux qui sèment dans l'Esprit, moissonneront de l'Esprit la vie éternelle. Ne nous lassons donc jamais de faire le bien, car quand le moment » de la moisson ou la récompense « vient, nous moissonnerons sans jamais nous lasser » une joie éternelle. « C'est pourquoi, pendant que nous en avons le temps », nous exhorte St Paul, « faisons du bien à tous les hommes » ; et ne plaçons pas nos trésors sur terre, où la rouille et la teignent les corrompent » ; et cette rouille, comme St Jacques l'a dit, « témoignera contre nous » au Jugement dernier, elle nous condamnera, « et appréciera » beaucoup « de tourmenter notre chair par le feu ». Faisons donc attention, à propos de nos biens propres, de ne pas être au nombre de ces misérables, envieux et avares pour qui St Jacques supplie de pleurer et de se lamenter parce qu'ils ont amassé avaricieusement et accumulé leurs biens de façon impie. Ayons un sursaut de sagesse pendant qu'il est encore temps, et apprenons à suivre le sage exemple du mauvais serviteur. Mettons sagement nos affaires et nos biens en bon ordre, lesquels nous sont confiés par Dieu pour un temps, en écoutant et obéissant vraiment à ce Commandement de Christ notre Sauveur : « Je vous le dis, faites-vous des amis à partir du méchant Mammon afin qu'ils vous accueillent dans les demeures éternelles ». Il dit que les richesses sont méchantes parce que le monde en abuse dans tous les mauvais sens, alors qu'elles sont un don de Dieu et les instruments par lesquels les serviteurs de Dieu Le servent en les utilisant. Il leur a commandé de ne pas être amis avec les riches, ni de rechercher des dignités élevées et des possessions mondaines, ni de faire des cadeaux de prix aux riches qui n'en ont pas besoin, mais de se faire des amis parmi les pauvres et les misérables, qui, quoi qu'on leur donne, Christ l'accepte comme si c'est à Lui qu'on le donne. Et dans l'Évangile, Christ donne à ces amis-là un si grand honneur et une si grande prééminence, qu'Il dit qu'ils recevront leurs bienfaiteurs dans les demeures éternelles ; non pas tant que notre récompense pour avoir fait le bien vienne de ces hommes, mais que Christ nous récompensera et le prendra comme si c'était à Lui-même qu'on a fait du bien, quoi que nous ayons fait à de tels amis. Ainsi, en faisant nos amis de pauvres miséreux, nous faisons de Christ notre Sauveur notre ami, car ils sont Ses membres, et Il a endossé leur misère, de telle sorte que leur soulagement, leur secours et leur aide, Il les prend comme venant de Lui ; et Il nous sera aussi reconnaissant de nos bontés pour eux que s'Il les avait Lui-même reçues, les mettant à notre bénéfice ; ainsi qu'Il en témoigne dans l'Évangile, en disant : «Quoi que vous ayez fait à ces gens simples qui croient en Moi, c'est à Moi que vous l'avez fait ». Veillons donc attentivement à ce que notre foi et notre espérance, que nous portons à Dieu Tout-Puissant, ne soit pas feinte, ni que l'amour que nous prétendons avoir pour Lui ne soit pas froid; mais étudions-nous quotidiennement et soigneusement à montrer le véritable honneur et le véritable amour de Dieu en gardant Ses Commandements, en faisant le bien à notre prochain dans le besoin, soulageant sa pauvreté de notre abondance et superflu, compensant son ignorance par notre sagesse et notre instruction, et consolant sa faiblesse avec notre force et notre autorité, faisant revenir tous les hommes du mal faire par de pieux conseils et le bon exemple, persévérant dans le bien-faire aussi longtemps que nous sommes en vie. Ainsi, nous n'aurons pas besoin de craindre la mort, pour aucune des trois raisons mentionnées plus tôt, ni pour aucune autre raison imaginable. Mais au contraire, considérant les multiples maladies, troubles et chagrins de la vie présente, les dangers de ce périlleux pèlerinage et le grand encombrement de notre esprit par notre chair de péché et notre corps fragile, sujet à la mort ; considérant aussi les multiples chagrins et les tromperies dangereuses de ce monde, venant de toute part, l'intolérable orgueil, la convoitise et la luxure dans la prospérité, les récriminations impatientes de ceux qui, étant du monde, sont dans l'adversité, qui ne cessent pas de nous éloigner et de nous arracher à Dieu, à Christ notre Sauveur, qui est notre vie, notre richesse, notre joie éternelle et notre Salut ; considérant aussi les innombrables assauts de notre ennemi spirituel, le diable, avec toutes ses flèches enflammées de l'ambition, de l'orgueil, de la luxure, de la vaine gloire, de l'envie, de la malice, de la médisance, et d'autre innombrables tromperies, machinations et pièges, avec lesquels il est occupé à courir le monde pour mettre tous les hommes sous sa domination, et comme un lion rugissant, « cherche par tous les moyens qui il peut dévorer » ; le fidèle Chrétien qui considère toutes ces misères, ces périls et ces incommodités qu'il subit aussi longtemps qu'il vit sur la terre, et qui considère d'autre part l'état béni et agréable de la vie céleste à venir et la douce condition de ceux qui meurent dans le Seigneur, comment ils sont délivrés des soucis continuels de leur corps mortel et pécheur, de toute malice, machination et tromperie de ce monde, des assauts et tromperies de leur ennemi spirituel le diable, pour vivre en paix, dans le repos et dans une tranquillité perpétuelle, pour vivre dans la compagnie d'Anges innombrables et avec la société d'hommes parfaits et justes, comme les Patriarches, les prophètes, les martyrs et les confesseurs de la foi, et finalement, dans la présence de Dieu Tout-Puissant et de notre Sauveur Jésus-Christ ; celui qui considère toutes ces choses et y croit de façon assurée, comme on doit y croire, et même du fond du cœur, étant établi en Dieu dans cette vraie foi, ayant la conscience tranquille en Christ, une ferme espérance et une confiance assurée dans la miséricorde de Dieu par les mérites de Jésus-Christ pour obtenir cette tranquillité, ce repos et la joie éternelle, ne sera pas seulement sans crainte de la mort corporelle quand elle surviendra, mais certainement, comme St Paul, il sera content comme lui, en accord avec la volonté de Dieu, et quand il plaira à Dieu de le rappeler à Lui, il désirera grandement dans son cœur d'être débarrassé de toutes les occasions de malfaire et de vivre pour toujours au plaisir de Dieu, dans la parfaite obéissance à Sa volonté, avec Christ notre Sauveur ; et que Son infinie miséricorde et Sa grâce nous conduisent dans la gracieuse présence du Seigneur, pour régner avec Lui dans la vie éternelle. À qui, avec notre Père céleste et le Saint-Esprit, soit la gloire, dans les mondes sans fin. Amen.

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