DU PAIN EN ABONDANCE

SERMON pour le DIMANCHE avant l’AVENT

Traduction d'une méditation biblique originale du Très Révérend Jerry L. Ogles,

Docteur en Théologie et évêque métropolite de l'Anglican Orthodox Church.

COLLECTE : « Nous te supplions, ô Seigneur, de ranimer les volontés de tes fidèles, afin que, portant en grand nombre les fruits des bonnes œuvres, ils obtiennent de toi une abondante rémunération ; par Jésus-Christ, notre Seigneur. Amen. »

ÉVANGILE : « Jésus donc ayant levé les yeux et voyant une grande foule de peuple qui venait à lui dit à Philippe : D’où achèterons-nous des pains afin que ces gens-ci aient à manger ? (Or il disait cela pour l’éprouver, car il savait bien ce qu’il devait faire.) Philippe lui répondit : deux cents deniers de pain ne suffiraient pas pour en donner un peu à chacun. Et l’un de ses disciples, savoir André, frère de Simon Pierre lui dit : Il y a ici un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de gens ? Alors Jésus dit : Faites asseoir ces gens ; et il y avait beaucoup d’herbe dans ce lieu là. Ces gens s’assirent donc au nombre d’environ cinq mille. Et Jésus prit les pains et ayant rendu grâce, il les distribua à ses disciples, et ses disciples à ceux qui étaient assis ; et il leur donna de même des poissons autant qu’ils en voulurent. Après qu’ils furent rassasiés, il dit à ses disciples : Ramassez les morceaux qui sont restés afin que rien ne se perde. Ils les ramassèrent donc et ils remplirent douze paniers des morceaux des cinq pains d’orge qui étaient restés à ceux qui avaient mangé. Et ces gens ayant vu le miracle que Jésus avait fait disaient : Celui-ci est véritablement le prophète qui devait venir au monde » (Jean 6/4-14).

Quel merveilleux temps de l’année liturgique que celui de l’Avent ! Tout ce qui est bon pour la vie des hommes – Abraham, Isaac, Jacob, les Apôtres et nous – commence avec la venue de Christ en nous, tant physiquement que spirituellement. Ayant longtemps espéré l’accomplissement de la Bonne Nouvelle de Christ issu de sa semence, selon la promesse de Dieu, Abraham reçut la bénédiction de voir Son arrivée. Christ vient à nous afin que nous puissions venir à Lui. Nous voyons cette vérité à l’œuvre dans l’Évangile d’aujourd’hui. Ceux qui cherchent Christ Le trouveront sur les hauteurs des montagnes de la côte de la Galilée. Ceux qui ont faim de Christ, 1) découvriront (par la Parole et par l’Esprit) où Il se trouve ; 2) ils quitteront l’endroit où ils se trouveront (dans le péché et l’erreur) et VIENDRONT à Lui ; 3) ils ne penseront pas à de quoi le lendemain sera fait, mais ils Lui feront confiance pour faire face à tous leurs besoins ; et 4) ils seront nourris avec le Pain du Ciel.

« Jésus donc ayant levé les yeux et voyant une grande foule de peuple qui venait à lui... ». Il y a ici une prophétie de la foule des âmes qui viendront à Lui par la foi et la confiance, dans les siècles et les millénaires suivants. Elles viendront chercher de Pain de Vie qui rassasie pour l’éternité, pas pour un moment. Au jour choisi par Dieu, et non celui supputé par des spéculateurs intéressés, elles viendront à sa rencontre dans les airs, et pas sur une montagne, lors de Sa seconde venue. « Car le Seigneur lui-même descendra du Ciel avec un grand cri, avec la voix d’un archange et avec la trompette de Dieu et ceux qui sont morts en Christ ressusciteront premièrement. Ensuite nous qui vivrons et qui seront restés sur la terre, nous serons enlevés tous ensemble avec eux dans les nuées au devant du Seigneur en l’air et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. » (1 Thessaloniciens 4/16-17).

Christ éprouve souvent la foi de Ses élus, tout comme il a testé la foi de Philippe. Sachant quelle était la foi naissante de Philippe et où il en était dans sa croissance spirituelle, Jésus demande « D’où achèterons-nous des pains afin que ces gens-ci aient à manger ? ». Un moindre prophète que Christ fit la même demande à Dieu, dans le désert : « D’où aurai-je de la chair pour en donner à tout ce peuple? Car il pleure après moi disant : Donne-nous de la chair afin que nous en mangions. » (Nombres11/13). Il est certain que Christ veut que nous sachions qu’un prophète plus grand que Moïse se tient devant nous. Sans la présence et la puissance de Christ, le monde serait dans constamment en souci au sujet de ses moyens de subsistance. Aurons-nous du pain à manger et de quoi nous vêtir ? Bien sûr, les mondains vont encore plus loin : Comment jouir de la cuisine la plus opulente et porter des vêtements les plus élégants et à la mode – des délices et des vêtements qui nous mettent au-dessus du peuple ordinaire, et qui nous exaltent dans notre orgueil ? Les enfants de la faim des ruelles de Calcutta ne souhaitent pas des délices, mais juste un morceau de pain pour apaiser la faim qui les tenaille. C’est ainsi parce que les enfants de Calcutta ignorent tout des délices culinaires ou des élégantes robes de soie, et qu’ils ne connaissent que leur BESOIN désespéré. Les pécheurs (riches ou pauvres), quand ils prennent conscience de leur dépravation, ne peuvent reconnaître aucune justice du tout dans les œuvres de leur faiblesse, et ils ont faim de la Rédemption qui est accessible en Christ. Plutôt que du pain de blé, ils ont faim du Pain du Ciel. Ce Pain ne peut s’acheter avec de l’argent, et c’est donc une leçon que Christ donne à Philippe en vue de nourrir son âme.

L’âme de Philippe n’a pas encore atteint cette parfaite intelligence qu’on pourrait attendre d’un disciple si proche de Christ ! Il est clair que selon l’esprit du monde, acheter du pain pour nourrir une foule aussi nombreuse coûterait une petite fortune. Ils étaient bien plus nombreux que cinq mille hommes, car il y avait également des femmes et des enfants. Philippe aurait-il oublié que Celui qui fournit la nourriture et le vêtement aux oiseaux des champs est là, présent en personne ? « Philippe lui répondit : deux cents deniers de pain ne suffiraient pas pour en donner un peu à chacun. ». Deux cents deniers de pain couteraient deux cents jours de salaire – « Et ayant accordé avec les ouvriers à un denier par jour, il les envoya à sa vigne » (Matthieu 20/2). Et même avec une telle dépense, il n’y aurait certainement pas eu de restes, car ils n’en auraient eu qu’« un peu chacun ». Tous nos travaux et nos salaires, depuis notre naissance jusqu’à aujourd’hui, ne suffiront pas à acquérir un seul morceau de ce Pain du Ciel. Toutes les richesses du monde n’y suffiraient pas. C’est un pur don de grâce du Seigneur Jésus-Christ.

Il y avait un disciple dans le lot qui reconnaissait qu’il y avait un mystère dans la Personne de Christ qui Lui permettait de fournir à profusion à partir de rien, ou si peu. Il ne savait pas de quelle manière Il pourrait le faire, mais il croyait néanmoins que le mystère se réaliserait, même à partir de peu de chose. Dieu prend nos talents et les multiplie quand nous acceptons de les partager. « Et l’un de ses disciples, savoir André, frère de Simon Pierre lui dit : Il y a ici un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de gens ? ». Que sont cinq petits pains d’orge pour une si grande foule, et cependant, André soupçonnait Christ de se servir de peu de pain pour satisfaire un grand besoin – et Il l’a fait ! Maintenant, nous devons reconnaître ici l’innocence de la jeunesse. Le petit garçon avait fait l’effort de porter ses deux poissons et ses cinq pains sur une grande distance, et même en grimpant les pentes de la montagne. S’il avait été un homme prudent, il aurait probablement refusé de partager si peu, en protestant que cela ne suffirait pas pour tant d’affamés ; et de plus, il avait prévu de les apporter pour lui-même et il comptait bien les manger. Mais le petit enfant avait un cœur proche du Royaume des Cieux, et il n’avait pas encore été endurci au contact du monde. L’enfant a spontanément partagé sa maigre pitance avec le Seigneur. Même si nous avons peu si nous partageons ce que nous avons, le Seigneur multipliera notre don au centuple, peut-être plus, même !

« Alors Jésus dit : Faites asseoir ces gens ». Les rubriques du Livre de la Prière Commune indiquent quand nous devons nous agenouiller, nous lever ou nous asseoir ; et nous devons exécuter chaque rubrique du Livre de la Prière Commune si nous en sommes capables. Le Seigneur s’attend à ce que tout soit fait en bon ordre, et ici, Il est sur le point de nourrir les multitudes avec Son Pain. Le Pain du Livre de la Prière Commune est le Sermon sur l’Évangile du jour, tel qu’il est indiqué. Les gens s’assoient donc pour écouter prêcher la Parole. C’est le moyen par lequel la foi est reçue et augmentée. « La foi donc vient de ce qu’on entend et ce qu’on entend vient de la parole de Dieu » (Romains 10/17). Contrairement à l’approche catholique, la prédication prend le pas sur toute autre action dans le culte, y compris la Communion car, sans la Parole, la Communion n’a pas de sens. Christ demande donc à ce que les hommes soient assis pour recevoir Son Pain de bénédiction. Quand les hommes reçoivent quelque chose du Seigneur, ils ne reçoivent pas par leur propre pouvoir, comme s’ils contribuaient à Son miracle. « Arrêtez-vous, asseyez-vous et voyez l’œuvre du Seigneur ».

Le Seigneur pourvoira toujours à nos besoins dans de vertes prairies : « Il me fait reposer dans des parcs herbus » (Psaume 23/2). Et en effet, « ... il y avait beaucoup d’herbe dans ce lieu là. Ces gens s’assirent donc au nombre d’environ cinq mille ». L’obéissance au Seigneur est beaucoup plus spontanée quand les hommes prennent conscience de leur besoin. Ces hommes avaient faim et ils s’attendaient à ce que Jésus, en fait, les nourrisse. Ils Lui ont obéi.

« Et Jésus prit les pains et ayant rendu grâce... ». Ici, Jésus nous donne un parfait exemple à suivre en rendant grâce pour les bénédictions du Ciel. Il n’a jamais manqué à remercier Son Père du Ciel pour chaque bénédiction de nourriture et de boisson. C’est bien ce que nous faisons, les amis, n’est-ce pas ? « Il les distribua à ses disciples et ses disciples à ceux qui étaient assis et il leur donna de même des poissons autant qu’ils en voulurent ». Notez bien la puissante leçon qui nous est donnée ici. Nous ne nous servons pas nous-mêmes à la table de Communion, mais nous nous agenouillons révérencieusement (selon la forme imposée par le Livre de la Prière Commune – et par la Sainte Bible) pour être servis de la Coupe et du Pain. Nous n’innovons pas et nous n’agissons pas selon ce qui paraît juste à nos propres yeux, mais nous servons selon le bon ordre requis. Le Seigneur permet à Ses serviteurs de mettre la main pour L’assister dans Son œuvre, qui est importante. Ils servent le pain, mais le Pain est donné par Christ – ce n’est pas le leur. Nous, en tant que ministres du culte, nous prêchons la Parole, mais cette Parole est la Sienne et pas la NÔTRE ! Notez aussi que chaque personne, assise sur les pentes herbeuses, a reçu autant de pain et de poisson qu’elle en voulait. Le placard aux bénédictions du Seigneur n’a pas de fond. Il y en aura toujours plus qu’assez pour satisfaire notre faim. Nous devons revenir à la Table du Pain tous les jours, pour y recevoir notre « Pain quotidien ».

« Après qu’ils furent rassasiés, il dit à ses disciples : Ramassez les morceaux qui sont restés afin que rien ne se perde ». Remarquez qu’il étaient tous RASSASIÉS ! On ne vient jamais au Seigneur en ayant faim pour repartir en ayant encore faim. Il comble les besoins désespérés de notre cœur. Une autre leçon importante dans ce verset est celle du service. Nous devons êtres de bons et fidèles serviteurs en économisant les ressources avec lesquelles Dieu nous a bénis. Nous devons utiliser Ses bénédictions et les talents reçus pour combler la faim de ceux que Dieu place sur notre chemin (y compris la famille), et nous ne devons rien gaspiller ! Quand nous parcourons les plaines et les forêts pour gagner des âmes à Christ, nos efforts ne finissent pas avec une confession de foi hâtive – nous devons continuer à enseigner et à nourrir les âmes dans la Parole, de sorte que le converti développe des os et des muscles spirituels solides. Nous ne devons pas laisser se perdre une seule fleur du bouquet... « afin que rien ne se perde » !

« Ils les ramassèrent donc et ils remplirent douze paniers des morceaux des cinq pains d’orge qui étaient restés à ceux qui avaient mangé ». Examinons ici le bilan comptable du Seigneur : il y avait à peine cinq pains au départ. Maintenant, les restes remplissent DOUZE PANIERS ! Vous pensez que c’est trop beau pour être vrai ? Pensez-vous que la Création des étoiles dans toute l’étendue de l’espace est trop difficile à croire, ou que la Terre, avec toutes ses beautés merveilleuses est trop difficile à croire, ou que des milliards de gens – tous avec des caractères et des physiques différents – soient trop difficiles à croire ? Qu’est-ce qui est si difficile à croire ? Que la Parole qui a créé tout cela soit capable de multiplier quelques morceaux de pain et puisse atteindre une telle profusion ? Il est aussi capable de multiplier le plus petit fragment du cœur d’une veuve quand le besoin de ce cœur est confié à Christ ! Il est capable de multiplier cet amour pour en faire un cœur débordant de l’amour de Dieu, au point que les restes sont toujours énormes.

Quel est le résultat, quand on reçoit le Pain béni du Ciel ? Comment notre cœur devrait-il réagir à un si puissant miracle de Salut, de pardon, de grâce et de foi ? « Et ces gens ayant vu le miracle que Jésus avait fait disaient : Celui-ci est véritablement le prophète qui devait venir au monde ». La foi est confirmée pleinement quand nous goûtons le Pain du Ciel. La foule a reconnu que Christ était un prophète beaucoup plus puissant en miracles et en vertu que Moïse – qui était leur plus grand prophète jusque-là. « L’Éternel ton Dieu te suscitera un prophète comme moi d’entre tes frères, vous l’écouterez » (Deutéronome 18/15). Christ est réellement de Prophète ! « La parole était au commencement et la parole était avec Dieu et cette parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle. C’est en elle qu’était la vie et la vie était la lumière des hommes, et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point reçue. Il y eut un homme appelé Jean qui fut envoyé de Dieu. Il vint pour être témoin et pour rendre témoignage de la lumière afin que tous crûssent par lui. Il n’était pas lui-même la lumière, mais il était envoyé pour rendre témoignage à la lumière. C’était la véritable lumière qui éclaire tous les hommes en venant au monde. Elle était dans le monde et le monde a été fait par elle, mais le monde ne l’a pas connue. Il est venu chez soi et les siens ne l’ont point reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné le droit d’être faits enfants de Dieu, savoir à ceux qui croient en son nom, qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais qui sont nés de Dieu. Et la parole a été faite chair et a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité et nous avons vu sa gloire telle qu’est celle du Fils unique venu du Père. » (Jean 1/1-14). Ami, « Crois-tu cela ? ».