La grâce suffisante

La grâce suffisante

« Ma grâce te suffit : car ma vertu manifeste sa force dans l'infirmité » (2 Corinthiens 12/9).

Je crois qu’il y a aujourd’hui beaucoup de chrétiens qui con-fondent la foi et la grâce. Sans la grâce de Dieu, il n’y aurait pas de foi – car la foi est un don de la grâce de Dieu. La vraie croyance et la foi sont créées dans nos cœurs par la grâce de Dieu et son Saint-Esprit qui travaille à nous attirer à Dieu. Comme la grâce est un don gratuit, la disposition du cœur humain ne peut pas agir seule pour se tourner vers Dieu – la foi doit être attirée par la grâce. « ... car si par l'offense d'un seul plusieurs sont morts, beaucoup plutôt la grâce de Dieu, et le don par la grâce, qui est d'un seul homme, [savoir] de Jésus-Christ, a abondé sur plusieurs. (Romains 5/15). Le dixième de nos 39 Articles de Religion de l’Église anglaise de la Réformation porte cette vérité biblique dans son affirmation doctrinale : « La condition de l'homme, après la chute d'Adam, est telle qu'il ne peut par ses propres forces naturelles, et par ses propres bonnes œuvres, ni se convertir ni se préparer lui-même à la foi et à l'invocation de Dieu. C'est pourquoi nous n'avons point le pouvoir de faire de bonnes œuvres qui soient agréables à Dieu et acceptées par Lui sans que la grâce de Dieu par Jésus-Christ nous prévienne, afin que nous ayons une bonne volonté, et sans qu'elle opère avec nous, quand nous avons cette bonne volonté. » (Livre de la Prière Commune ancien).

Le grand Réformateur, Martin Luther, a fait de la grâce de Dieu l’élément central de son œuvre – « Le serf-arbitre » – tel qu’exposé dans l’épître aux Éphésiens, au chapitre 2, parmi de nombreuses autres références « Car vous êtes sauvés par la grâce, par la foi ; et cela ne vient point de vous, c'est le don de Dieu. 9 Non point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. » (Éphésiens 2/8-9). Croyez-vous donc avoir fait une bonne œuvre en venant au Seigneur ? Sans l’attirance de la grâce, vous n’auriez pas pu en approcher.

Le sujet de la grâce est un des deux plus profonds aspects de la Sainte Bible, avec la Loi de Dieu. Sans la Loi morale, il ne pouvait pas y a voir de grâce car il n’y aurait pas eu de péché. Et, à l’intention des Arminiens qui sont parmi nous, qu’est-ce que le péché sinon la transgression de la Loi de Dieu « Quiconque fait un péché, agit contre la Loi ; car le péché est ce qui est contre la Loi » (1 Jean 3/4). Nier que la Loi de Dieu lie le chrétien moralement, c’est nier la grâce rendue accessible par Christ qui nous rachète par le moyen de [l’obéissance à] cette même Loi.

Nous informer sur tous les aspects de la grâce prendrait plus que le gros livre de Luther. En fait, il y faudrait les 66 livres que nous avons dans la Bible. Ce chapitre ne saurait couvrir qu’un tout petit aspect de la grâce, et nous continuons notre commentaire sur la grâce suffisante pour les seuls chrétiens.

Croyant en Christ, vous devez savoir que la grâce de Dieu est toujours et éternellement suffisante pour vous, dans toutes les circonstances de la vie et elle est aussi suffisante au moment de l’endormissement dans la mort qui sépare l’élu du paradis céleste de Dieu. La mort est une porte qui s’ouvre pour les élus, et un une porte de prison qui se ferme sur les méchants.

Comment la grâce est-elle suffisante pour nous ?

1) Quand nous sommes faibles et que les épreuves de la vie nous paraissent insurmontables, nous avons un Ami que nous pouvons appeler à l’aide. Dans les paroles du vieux cantique de l’Allemand Edmund Lorenz, « Êtes-vous fatigués, avez-vous le cœur lourd ? Dites-le à Jésus, dites-le à Jésus. Êtes-vous triste que la joie vous ait quitté ? Dites-le à Jésus seul ». Jésus ne nous évitera pas chaque fois les épreuves, mais il nous rend capables de les surmonter. « Ne sais-tu pas et n'as-tu pas entendu que le Dieu d'éternité, l'Éternel, a créé les bornes de la terre ? Il ne se lasse point, et ne se travaille point, et il n'y a pas moyen de sonder son intelligence. 29 C'est lui qui donne de la force à celui qui est las, et qui multiplie la force de celui qui n'a aucune vigueur » (Ésaïe 40/28-29).

2) Sommes-nous ballotés sur l’océan des soucis, perdus et sans étoile pour nous guider ? Nous avons la brillante étoile du matin pour nous orienter dans notre course. « Car le Fils de l'homme est venu pour sauver ce qui était perdu. » (Matthieu 18/11).

3) Êtes-vous nauséeux et atteint par la maladie ou la misère ? « Y a-t-il quelqu'un parmi vous qui soit malade ? Qu’il appelle les Anciens de l'Église, et qu'ils prient pour lui, et qu'ils l’oignent d'huile au Nom du Seigneur. 15 Et la prière faite avec foi sauvera le malade, et le Seigneur le relèvera ; et s'il a commis des péchés, ils lui seront pardonnés. 16 Confessez vos fautes l'un à l'autre, et priez l'un pour l'autre ; afin que vous soyez guéris ; car la prière du juste faite avec véhémence est de grande efficace. » (Jacques 5/14-16). Ayant été attirés à Jésus par un tout petit savoir sur qui il était, la femme hémorroïsse fut guérie par la petite étincelle de foi qui lui fut octroyée par la grâce de Dieu (cf. Matthieu 9/20 s.).

4) Êtes-vous désespérément pauvre ? Il n’y a pas de pire pauvreté que celle de l’âme. « Je te conseille d'acheter de moi de l'or éprouvé par le feu, afin que tu deviennes riche ; et des vêtements blancs, afin que tu sois vêtu, et que la honte de ta nudité ne paraisse point ; et d'oindre tes yeux de collyre, afin que tu voies. » (Apocalypse 3/18). Cet or éprouvé au feu est la Parole de Dieu. Quiconque acquiert la Parole de Dieu moyennant la foi octroyée par grâce sera vraiment riche. Pas seulement extérieurement riche, mais intérieurement aussi. « Achète la vérité, et ne la vends point ; achète la sagesse, l'instruction et la prudence » (Proverbes 23/23). Quel est la contrepartie de notre achat ? C’est l’étude continuelle et exhaustive de la Parole de Dieu dans son saint Livre.

5) Sommes-nous aveugles, ne voyant pas la lumière de la Parole de Dieu ? « ... Je te conseille... d'oindre tes yeux de collyre, afin que tu voies. » (Apocalypse 3/18). Comme nous l’avons déjà dit, il y a aujourd’hui beaucoup de gens qui marchent, mais qui sont morts (cf. Éphésiens 2). Il y en a également beaucoup qui ont des yeux pour voir et des oreilles pour entendre mais qui ne voient et n’entendent pas. « Ayant des yeux, ne voyez-vous point ? Ayant des oreilles, n'entendez-vous point ? Et n'avez-vous point de mémoire ? » (Marc 8/18 ; cf. aussi Psaumes 115/5 ; 135/16 et Matthieu 13/15). Si Dieu a semé une étincelle de foi dans notre cœur par grâce, notre intelligence sera élevée jusqu’à comprendre ce que la Parole de Dieu veut nous dire, et nos yeux s’ouvriront aussi sûrement que ceux des deux compagnons d’Emmaüs à la fraction du pain (cf. Matthieu 9/30).

6) Souffrons-nous plus que de raison des troubles de l’existence ou de notre entourage ? Souvenons-nous de Jaïrus dont la fille était mourante ? « Et voici un des Principaux de la Synagogue nommé Jaïrus, vint à lui, et le voyant, il se jeta à ses pieds. 23 Et il le priait instamment, en disant : ma petite fille est à l'extrémité ; [je te prie] de venir, et de lui imposer les mains, afin qu'elle soit guérie, et qu'elle vive. » (Marc 5/22-23). Mais héla, il semble que Jaïrus ait perdu trop de temps à trouver Jésus, car alors que Jésus discourait, « Comme il parlait encore, il vint des gens de chez le Principal de la Synagogue, qui lui dirent : ta fille est morte, pourquoi donnes-tu encore de la peine au Maître ? » (Marc 5/35). Mais puis-je faire aimablement remarquer ceci au lecteur : il n’est jamais trop tard pour rechercher la miséricorde et la grâce de Jésus ! Le regard compatissant de notre Seigneur a surpris la tristesse et le désespoir dans les yeux de Jaïrus. « Mais Jésus ayant aussitôt entendu ce qu'on disait, dit au Principal de la Synagogue : ne crains point ; crois seulement » (Marc 5/36). Nous connaissons tous la fin de cette histoire. Les larmes de tristesse de Jaïrus peuvent bien avoir duré toute une nuit, mais la joie est venue au matin, quand Jésus s’adressa à la fillette de douze ans : « Talitha cumi, qui étant expliqué, veut dire : petite fille (je te dis) lève-toi. » (Marc 5/41).

7) Êtes-vous affamé ? Notre Seigneur Jésus-Christ peut vous nourrir avec une abondance excédant largement votre faim. « Et Jésus prit les pains ; et après avoir rendu grâces, il les distribua aux Disciples, et les Disciples à ceux qui étaient assis, et de même des poissons, autant qu'ils en voulaient. 12 Et après qu'ils furent rassasiés, il dit à ses Disciples : amassez les pièces qui sont de reste, afin que rien ne soit perdu. » (Jean 6/11-12). Mais quelle sorte d’appétit avez-vous ? Un appétit pour les choses du monde, ou du Ciel ? Il vous procurera toujours ce dont vous avez besoin dans cette vie, mais il pourvoira encore plus en vue de nos bénédictions dans la gloire.

8) Votre cœur est-il accablé de tristesse ? Il viendra à vous et changera vos larmes de tristesse en larmes de joie, juste comme il l’a fait pour Marie-Madeleine au tombeau du jardin (cf. Jean 20). « Que votre cœur ne soit point alarmé ; vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. 2 Il y a plusieurs demeures dans la Maison de mon Père ; s'il était autrement, je vous l'eusse dit : je vais vous préparer le lieu. 3 Et quand je m'en serai allé, et que je vous aurai préparé le lieu, je retournerai, et je vous prendrai avec moi ; afin que là où je suis, vous y soyez aussi. » (Jean 14/1-3). Je ne vous laisserai point orphelins ; je viendrai vers vous. » (Jean 14/18).

9) Votre route est-elle rendue difficile par le brouillard du doute et la perplexité ? Le Seigneur nous a équipés avec une gamme étonnante de facultés pour guider le vaisseau de notre âme à travers toutes les sortes de tempêtes, mais la meilleure boussole que nous puissions posséder est celle d’une conscience droite, dûment éclairée par la Parole de Dieu. C’est cette petite voix tranquille qui vint à Élie dans le creux du rocher (cf. 1 Rois 19/12 : « Après le feu venait un son doux et subtil »). Rappelez-vous, je vous prie, que les grands rochers et les déluges de la vie sont le lot des chrétiens comme des païens, mais nous avons cette voix derrière nous, qui nous chuchote doucement « Le Seigneur vous donnera du pain de détresse, et de l'eau d'angoisse, mais tes Docteurs ne s'envoleront plus, et tes yeux verront tes Docteurs. 21 Et tes oreilles entendront la parole de celui qui sera derrière toi, disant ; c'est ici le chemin, marchez-y ; soit que vous tiriez à droite, soit que vous tiriez à gauche. » (Ésaïe 30/20-21).

Nous n’avons abordé qu’une maigre portion des manières par lesquelles la grâce de Dieu est suffisante pour nous tous. Sa grâce est si abondante et vaste que notre navire n’arrive jamais à traverser en totalité le vaste océan de la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ ; mais n’est-ce pas une grande joie que de naviguer sur cette mer, dans la foi ?

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