LA PATIENCE DES SAINTS

Traduction d’une méditation biblique éditée par le Révérendissime Jerry L. OGLES,

Docteur en Théologie et évêque métropolite de l’Anglican Orthodox Church.

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« Alors voici, un Docteur de la Loi s'étant levé pour l'éprouver lui dit : Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? Et il lui dit : Qu'est-il écrit dans la Loi ? Comment lis-tu ? Et il répondit, et dit : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et de toute ton âme, et de toute ta force, et de toute ta pensée ; et ton prochain comme toi-même. Et [Jésus] lui dit : Tu as bien répondu ; fais cela, et tu vivras. Mais lui se voulant justifier, dit à Jésus : Et qui est mon prochain ? Et Jésus répondant, lui dit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba entre les mains des voleurs, qui le dépouillèrent, et qui après l'avoir blessé de plusieurs coups, s'en allèrent, le laissant à demi-mort. Or par rencontre un Sacrificateur descendait par le même chemin, et quand il le vit, il passa de l'autre côté. Un Lévite aussi étant arrivé en cet endroit-là, et voyant cet homme, passa tout de même de l'autre côté. Mais un Samaritain faisant son chemin vint à lui, et le voyant il fut touché de compassion. Et s'approchant lui banda ses plaies, et y versa de l'huile et du vin ; puis le mit sur sa propre monture, et le mena dans l'hôtellerie, et eut soin de lui. Et le lendemain en partant il tira [de sa bourse] deux deniers, et les donna à l'hôte, en lui disant : Aie soin de lui ; et tout ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour. Lequel donc de ces trois te semble-t-il avoir été le prochain de celui qui était tombé entre les mains des voleurs ? Il répondit : C'est celui qui a usé de miséricorde envers lui. Jésus donc lui dit : Va, et toi aussi fais de même » (Luc 10.25-37).

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Parfois, alors que je voyageais sur les autoroutes d’un État à l’autre, il m’est arrivé de tomber dans des embouteillages et d’être contraint de patienter à l’arrêt complet pendant plusieurs heures. Puis, en approchant de la cause de l’embouteillage, je voyais les véhicules de secours, les dépanneuses et les camions de pompiers affairés à désincarcérer les victimes pour les sortir de ce qui avait été des véhicules et qui n’étaient plus que des amas de tôles tordues. On souhaite alors qu’ils se dépêchent afin de libérer la route et qu’on puisse continuer notre route vers des buts plus anodins. Mais en passant à la hauteur de l’accident, on voit les victimes en sang, et peut-être décédées, étendues sur des brancards. Une mère survivante est en larmes, hystérique et désespérée. C’est alors que nous prenons conscience de l’égoïsme de notre hâte, en ayant été impatients de voir la route enfin dégagée.

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La patience est une vertu importante dans la vie chrétienne. Mais nombre d’entre nous, moi y compris, oublions parfois d’être patients, dans la hâte du moment.

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Voyer l’histoire du Bon Samaritain, ci-dessus. Il avait des affaires qui l’attendaient à Jérusalem, mais il a pris le temps et la patience d’aider un Juif blessé, abandonné sur le bord de la route. Un Juif ne s’abaisse pas à toucher à un Samaritain, de peur de se souiller à son contact, car ils les considèrent comme un peuple impur. Comptons les différentes manières dont ce Samaritain en venu en aide au Juif blessé, avec patience. Il est facile de découvrir les nombreux actes de miséricorde du Samaritain, si nous prenons la patience d’examiner le texte :

1. « Mais un Samaritain faisant son chemin vint à lui ». Il ne s’est pas écarté en passant de l’autre côté de la route, comme le prêtre et le Lévite l’avaient fait. On se serait attendu à ce que les premiers arrivés se soient portés au secours de la victime, mais pas le Samaritain.

2. « et le voyant ». Il vit l’homme. Il ne l’a pas simplement aperçu, mais il a pris conscience de son état, de ses blessures et de son malheur. Il s’est soucié d’un homme qui lui était étranger au point de voir qu’il était dans le besoin.

3. « il fut touché de compassion. ». La compassion engage plus que la sympathie. C’est la qualité qui nous fait ressembler à Christ qui ressentait la souffrance des autres et leur détresse.

4. « Et s'approchant ». Il ne s’est pas comporté en curieux, mais il a cherché ce qu’il pouvait faire pour aider le pauvre homme.

5. « lui banda ses plaies ». La victime serait peut-être morte, si le Samaritain n’avait pansé ses blessures et stoppé l’hémorragie. Cela lui a pris du temps, mais la patience naît d’une pieuse prise de conscience du fait que nous sommes souvent les instruments de Dieu.

6. « et y versa de l'huile et du vin ». Il a utilisé de l’huile et du vin – des produits coûteux – pour soigner le Samaritain. La vie d’une créature quelle qu’elle soit est plus importante que nos possessions, même de luxe.

7. « le mit sur sa propre monture ». Il avait un animal qui le portait, mais il a laissé sa place au blessé, et il a marché à pied.

8. « et le mena dans l'hôtellerie ». Il a emmené la victime et l’a déposée en lieu sûr et abrité où il pourra reprendre des forces.

9. « et eut soin de lui ». Non seulement il lui a trouvé une chambre en pension complète, mais il a continué à le soigner.

10. « Et le lendemain en partant il tira [de sa bourse] deux deniers, et les donna à l'hôte, en lui disant : Aie soin de lui ; et tout ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour ».


N’est-ce pas là un parfait exemple de patience et de compassion ? Même s’il voyageait pour son travail, il s’est quand même donné la peine de vérifier que le blessé serait soigné pendant son absence. Dans sa compassion, il ne se souciait pas seulement du présent, mais du futur aussi.

Voici un autre exemple magnifique de patience que mon vieil ami et camarade de chambrée à West Point (Niki Sepsas), il y a bien des années de cela, m’a communiqué dernièrement : « La semaine dernière, je me trouvais sur un vol de 4 heures et demie sans escale, de Seattle à Atlanta. Durant toutes les années où j’ai voyagé en avion, j’ai appris qu’à chaque fois qu’un avion a la possibilité de s’arrêter, des événements inattendus peuvent se produire. Un retard, une mauvaise météo, ou l’équipage peuvent occasionner des mauvaises surprises, sur n’importe quel vol continental. C’est pourquoi je prends toujours des vols directs. L’avion volait depuis environ une heure, quand la voix du capitaine se fit entendre dans la cabine, par les haut-parleurs. Il demandait s’il y avait à bord un médecin ou une infirmière. Il demandait, s’il y en avait, à ce qu’il se fasse connaître en appuyant le bouton d’appel de l’hôtesse. J’écoutais attentivement, mais personne n’a appuyé sur le bouton d’appel. Je me demandais ce qui pouvait bien se passer. Quelques minutes plus tard, le capitaine nous a informés qu’il y avait une urgence médicale à bord, et il a redemandé si un médecin ou une infirmière pouvait intervenir. Comme aucune réponse ne venait, il nous a annoncé un arrêt d’urgence à Denver. Il s’est excusé et nous a dit qu’une équipe médicale d’urgentistes nous y attendrait, et que notre vol serait retardé d’environ trente minutes seulement. Bien que ce soit une urgence, nous savions tous que nous serions tous désagréablement impactés par cet arrêt impromptu. Environ une demi-heure plus tard, nous avons atterri à l’Aéroport International de Denver, et l’équipe médicale est immédiatement montée à bord. Cependant, les choses semblaient durer plus longtemps qu’annoncé au début. Un vieil homme d’environ 95 ans, avait eu une attaque. On ne savait pas précisément si c’était un malaise ou une crise cardiaque. Même après le débarquement du vieillard, nous restions assis pendant que le temps s’écoulait. Le bref arrêt qui nous avait été promis s’est révélé durer plus d’une heure et demie. Quand nous reprîmes enfin l’air, le pilote s’est abondamment excusé pour de retard, inévitable. Il dit qu’en raison de notre retard les passagers en correspondance à Atlanta allaient manquer leur vol, mais qu’ils seraient automatiquement réinscrits sur la prochaine correspondance. On pouvait entendre des grognements et des soupirs tout au long de la cabine, venant de tous ceux qui se trouvaient gênés par l’arrêt imprévu à Denver. Le pilote a alors fait un geste très classe, comme on n’en voit pas beaucoup – je n’ai jamais rien vu de tel. Il parla dans les haut-parleurs en disant : ‘Mesdames et messieurs, je pense que vous aimeriez avoir un brin d’information. Le vieil homme qui a été débarqué était un Marines durant la deuxième guerre mondiale. J’ai en main une copie de la citation lui décernant la Médaille d’Honneur du Congrès, signée du Président Harry Truman, en 1945’. Le pilote a continué en disant : « Je sais bien que nous avons tous été contrariés aujourd’hui. Cependant, étant donné que cet homme était un héros de guerre, et en a subi les désagréments durant quatre ans de sa vie afin que nous puissions jouir de la liberté que nous avons aujourd’hui, j’ai pensé que vous deviez le savoir’. L’avion fut immédiatement rempli d’applaudissements. Tous les passagers étaient ravis et se félicitaient de ce que le vieillard ait pu bénéficier de soins appropriés à son état. Alors que nous étions toujours en vol, je me disais ‘Comme c’est intéressant ! Nous avons ressenti de la gêne pendant deux heures, alors que la vie entière de cet homme avait été interrompue et contrainte pendant plus de quatre années, afin de se battre à la guerre pour protéger la liberté et les valeurs que nous aimons et chérissons aujourd’hui, dans ce pays’. J’ai exprimé une prière pour ce brave homme, en demandant à Dieu de le bénir à cause de tout ce qu’il avait fait pour nous faire comprendre en quoi consiste la liberté ».


« L’histoire ne garantit pas la liberté à ceux qui sont trop faibles ou trop timorés pour la défendre. » (Président Dwight D. Eisenhower).