LE CŒUR TRANSPERCÉ

Traduction d’une méditation biblique éditée par le Révérendissime Jerry L. OGLES,

Docteur en Théologie et évêque métropolite de l’Anglican Orthodox Church.

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« Et je répandrai sur la maison de David, et sur les habitants de Jérusalem, l'Esprit de grâce et de supplications ; et ils regarderont vers moi, qu'ils auront percé, et ils en mèneront deuil, comme quand on mène deuil d'un fils unique, et ils en seront en amertume, comme quand on est en amertume à cause d'un premier-né. » (Zacharie 12.10).

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« Après cela Jésus sachant que toutes choses étaient déjà accomplies, il dit, afin que l'Ecriture fût accomplie : J'ai soif. Et il y avait là un vase plein de vinaigre, ils emplirent donc de vinaigre une éponge, et la mirent au bout d'une branche d'hysope, et la lui présentèrent à la bouche. Et quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit : Tout est accompli ; et ayant baissé la tête, il rendit l'esprit. Alors les Juifs, afin que les corps ne demeurassent point en croix au jour du Sabbat, parce que c'était la préparation, (or c'était un grand jour du Sabbat) prièrent Pilate qu'on leur rompît les jambes, et qu'on les ôtât. Les soldats donc vinrent, et rompirent les jambes au premier, et de même à l'autre qui était crucifié avec lui. Puis étant venus à Jésus, et voyant qu'il était déjà mort, ils ne lui rompirent point les jambes ; mais un des soldats lui perça le côté avec une lance, et d'abord il en sortit du sang et de l'eau. Et celui qui l'a vu, l'a témoigné, et son témoignage est digne de foi ; et celui-là sait qu'il dit vrai, afin que vous le croyiez. Car ces choses-là sont arrivées afin que cette Ecriture fût accomplie : Pas un de ses os ne sera cassé. Et encore une autre Ecriture, qui dit : Ils verront celui qu'ils ont percé. » (Jean 19.28-37).

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Bien que le corps humain ait été conçu et réalisé par notre Créateur à Sa propre image, les hommes tentent toujours de défigurer et de distordre cette image au moyen de piercings et de tatouages. « Vous ne ferez point d'incisions dans votre chair pour un mort, et vous n'imprimerez point de caractère sur vous ; je suis l'Éternel. » (Lévitique 19.28). Mais il y a certains percements du corps qui ont été faits pour nous racheter de nos péchés : Ceux que notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ a subis au Calvaire. Nous croyons que Son corps sera le seul qui aura été imparfaitement percé, dans le Ciel. L’expression magnifique de cette perspective est dans le refrain d’un cantique « Mon Sauveur avant tout », par Fanny Crosby (1820-1915, aveugle, missionnaire, auteur de plus de 8.000 cantiques tirés à plus de cent millions d’exemplaires) :

Je le reconnaîtrai, je le reconnaîtrai

Et, racheté, je me tiendrai à son côté ;

Je le reconnaîtrai, je le reconnaîtrai

Aux traces des clous dans Ses mains.

Fanny était aveugle depuis son enfance et parlait souvent de « sentir » à la place de voir. Même si elle aura une vision parfaite quand elle rencontrera le Seigneur, elle s’exprime en fonction de sa cécité présente.

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Il S’est levé de la tombe et Il est monté au Ciel avec les cicatrices des perçages qu’Il a subis pour nous. Lorsque nous parlons des trois plaies du cœur, nous devons prendre conscience que le cœur de tout croyant devrait être transpercé, par identification à Jésus sur la Croix et à Son projet pour notre vie. Nous sommes tous coupables des blessures qui lui ont été infligées par les soldats romains et les chefs des Juifs, en perpétrant ces atrocités ; mais il y a un perçage spécifique du cœur qui doit être regardé avec une révérence particulière : celui de Marie, mère de Jésus, celui du cœur de notre Seigneur Lui-même, et celui du cœur de Dieu le Père. Nous examinerons les trois, dans l’ordre où ils ont été mentionnés :

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Le cœur de Marie, mère de Jésus :

Marie fut choisie spécialement par Dieu pour que Son Fils naisse dans ce monde. Elle fut appelée et ointe dès sa tendre jeunesse. Cet appel était une révélation écrasante pour une personne aussi jeune et si simple. Cependant, Marie écoutait les paroles de Gabriel et les cachait dans son cœur. Elle n’a peut-être pas compris toutes les implications de tout ce que Dieu lui a dit par Son Archange, Gabriel, et elles se sont sans doute estompées dans sa mémoire, avec le temps. C’est facile à comprendre, lorsque nous pensons au moment de notre propre Salut : La chaleur glorieuse de l’Esprit, le besoin de servir le Seigneur et de répandre l’Évangile au loin se sont graduellement affadis en des émotions moins revigorantes pour notre âme, le temps passant. Trente ans s’étaient écoulés depuis la naissance mémorable de son Fils, quand Son ministère a commencé. Elle le voyait grandir, étant l’apprenti de Son père putatif, Joseph (car son vrai Père était Dieu le Père). Le fait qu’Il fasse preuve d’un caractère lumineux et d’une nature préservée du péché était peut-être attribué par Sa mère à ses bons soins et à la rectitude de son éducation. Quand Il a commencé Son ministère, Il parlait de choses incompréhensibles pour une mère Juive qui se souciait plus de Son bien-être physique que de Sa sagesse spirituelle et de Son intelligence des choses divines. Elle ne parvenait pas à saisir pourquoi Il ne cessait de provoquer la colère des chefs des Juifs, en mettant la Vérité et la droiture au-dessus de Sa propre sécurité. Nulle part il n’est dit que Marie ait assisté assidûment à ces événements où Jésus opérait de nombreux miracles, jusqu’à ressusciter des morts. Elle n’a assisté qu’à un seul miracle, qui fut un miracle d’ordre matériel, quand Il a changé l’eau en vin, à Cana.

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« Et comme il parlait encore aux troupes, voici, sa mère et ses frères étaient dehors cherchant de lui parler. Et quelqu'un lui dit : Voilà, ta mère et tes frères sont là dehors, qui cherchent de te parler. Mais il répondit à celui qui lui avait dit cela : Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? Et étendant sa main sur ses Disciples, il dit : Voici ma mère et mes frères. Car quiconque fera la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère. » (Matthieu 12.46-50).

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Marie était une mère conventionnelle, tout en étant celle que Dieu avait choisie pour être la mère de Son Fils. Ses pensées étaient plus accordées au cercle familial de ce monde qu’à la grande Famille du Royaume de Dieu, parce que ce sujet dépassait sa compréhension. Elle l’aurait sans doute compris si elle avait écouté plus souvent Ses enseignements. Mais apparemment, comme Ses frères, elle pensait qu’Il faisait de l’excès de zèle en répandant Sa doctrine au détriment de Sa sécurité. Ce n’est qu’après la Résurrection que Marie a commencé à comprendre, semble-t-il, le rôle de son Fils dans la rédemption des âmes, et le projet qu’avait Dieu le Père en L’envoyant.

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Marie était attachée au pied de la Croix par les liens de l’amour d’une mère au cœur pur, pour son Fils. Elle voyait les terribles blessures qui étaient infligées au chéri de son cœur, depuis la cour de Pilate jusqu’au Golgotha. Elle voyait les flots de sang qui coulaient en cascade de Son front, à cause des épines plantées sur Sa tête. Elle Le voyait alors qu’on Le déshabillait et Le clouait sur la Croix, probablement faite du même bois que celui de sa mangeoire, à Sa naissance à Bethléem. Elle entendait le bruit sourd des clous qu’on enfonçait dans Ses mains et Ses pieds ; et elle était témoin des terribles secousses imposées à Son corps quand la croix fut levée et qu’elle retomba violemment dans le trou préparé pour la maintenir debout, sans aucune précaution. Elle entendait les commentaires malicieux de ceux qui se réjouissaient de Ses souffrances. Elle regardait avec une grande tristesse et avec larmes Sa vie s’écouler avec le sang qui s’égouttait le long du bois rustique de la croix, et elle ne pouvait rien faire pour consoler ni réconforter son enfant chéri. À la fin, elle l’a vu rendre son dernier soupir, elle l’a entendu prononcer Ses dernières paroles, et ensuite, une fois mort, le centurion romain a enfoncé une lance dans Son côté et dans Son cœur. À cet instant, Marie a dû se rappeler les paroles du vieux Siméon : « Et Siméon le bénit, et dit à Marie sa mère : Voici, celui-ci est mis pour être une occasion de chute et de relèvement de plusieurs en Israël, et pour être un signe auquel on contredira. (Et même aussi une épée percera ta propre âme) afin que les pensées de plusieurs cœurs soient découvertes. » (Luc 2.34-35). Peu à peu, sa compréhension de tout ce qui était arrivé à son Fils s’est éclaircie. Une épée a effectivement transpercé le cœur de Marie au Calvaire, aussi sûrement que le cœur de son Fils bien-aimé.

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Le cœur de notre Seigneur Jésus-Christ :

Ce cœur avait la puissance de sauver et de pardonner. C’était un cœur qui n’était pas différent des cœurs de tous les humains, mais il était plus grand que l’Univers lui-même. La mort sur une croix est décrite comme une mort lente par asphyxie, aboutissant à la congestion et à l’arrêt du cœur par les fluides qui s’amassent autour du cœur et des poumons. Quand la lance a percé le côté de notre Seigneur, du sang et de l’eau ont coulé – ces mêmes fluides qui sont impliqués dans la congestion de la région du cœur – mais ce sang et cette eau s’écoulaient de la source de l’Eau de la Vie qui lave du péché. Le cœur de Christ fut ouvert pour nous et pour tous les élus de Dieu. « … voyant qu'il était déjà mort, ils ne lui rompirent point les jambes ; mais un des soldats lui perça le côté avec une lance, et d'abord il en sortit du sang et de l'eau. » (Jean 19.33-34).

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Le cœur de Dieu le Père fut aussi transpercé :

Imaginez un père qui aurait le pouvoir de sauver son fils, assistant à un événement aussi terrible sans bouger le petit doigt ! Ce serait la pire expérience imaginable. Mais Dieu a retenu Sa puissante main et permis aux flots de la miséricorde à notre égard de couler librement, avec le sang de Son Fils unique engendré. À la sixième heure (midi), Dieu le Père a détourné son visage à cause de Sa douleur indicible, en voyant les souffrances endurées par Son Fils. Les ténèbres se sont abattues sur la scène, depuis midi jusqu’à trois heures de l’après-midi, quand notre Seigneur rendit l’Esprit. C’était alors le moment de notre Salut, et le moment où les digues de la miséricorde furent rompues, nous donnant un accès direct à Dieu le Père, par la Miséricorde de Christ. Il est devenu notre Grand Prêtre et notre Intercesseur – mais ce ne fut pas sans une douleur insupportable pour les trois cœurs que nous avons cités.