MÛRS POUR LA MOISSON

SERMON pour le dimanche de Sexagésime.

Traduction d’une méditation biblique éditée par le Très Révérend Jerry L. OGLES,

Docteur en Théologie et évêque métropolite de l’Anglican Orthodox Church.

« Cependant les Disciples le priaient, disant : Maître, mange. Mais il leur dit : J'ai à manger d'une viande que vous ne savez point. Sur quoi les Disciples disaient entre eux : Quelqu'un lui aurait-il apporté à manger ? Jésus leur dit : Ma viande est que je fasse la volonté de celui qui m'a envoyé, et que j'accomplisse son œuvre. Ne dites-vous pas qu'il y a encore quatre mois, et la moisson viendra ? Voici, je vous dis, levez vos yeux, et regardez les campagnes, car elles sont déjà blanches pour moissonner. Or celui qui moissonne reçoit le salaire, et assemble le fruit en vie éternelle ; afin que celui qui sème et celui qui moissonne se réjouissent ensemble. Or ce que l'on dit d'ordinaire, que l'un sème, et l'autre moissonne, est vrai en ceci, [que] je vous ai envoyés moissonner ce en quoi vous n'avez point travaillé ; d'autres ont travaillé, et vous êtes entrés dans leur travail. » (Jean 4.31-38).

Il faut de l’eau pour faire pousser le blé, et il faut de l’Eau de la Vie pour faire grandir l’âme. Nous avons planté, et le temps de la moisson est proche.

J’ai grandi pendant la Second Guerre Mondiale et dans les années qui l’ont suivie. Nous avions encore des puits dans les jardins, à cette époque, certains donnant une moins bonne eau que d’autres. Notre puits se trouvait dans la partie rurale du Tennessee et du Nord de la Géorgie, avant que nous ne déménagions en ville, dans un monde plus ‘civilisé’. Notre eau avait deux propriétés, parmi d’autres ; elle était douce et restait fraîche, même en été, parce que notre puits était très profond, jusqu’à atteindre les sources lointaines que Dieu avait placées à cette profondeur. Les puits sont comme la Parole de Dieu : Il faut creuser de plus en plus profond pour atteindre les sources rafraîchissantes de l’Eau de la Vie.

Parfois, le désir me prend de retourner voir le vieux puits de ma grand-mère, pour en goûter l’eau fraîche. Ce n’est pas simplement une soif d’eau, mais une nostalgie de la vie innocente dans les campagnes, en ce temps-là. Je ne suis pas le seul à avoir cette nostalgie. David a éprouvé le même sentiment : « David était alors dans la forteresse, et la garnison des Philistins était en ce même temps-là à Bethléhem. Et David fit ce souhait, et dit : Qui est-ce qui me ferait boire de l'eau du puits qui est à la porte de Bethléhem ? Alors ces trois vaillants hommes passèrent au travers du camp des Philistins, et puisèrent de l'eau du puits qui est à la porte de Bethléhem, et l'ayant apportée, ils la présentèrent à David, lequel n'en voulut point boire, mais il la répandit en présence de l'Éternel. Car il dit : Qu'il ne m'arrive jamais, ô Éternel ! De faire une telle chose. N'est-ce pas là le sang de ces hommes qui ont fait ce voyage au péril de leur vie ? Il n'en voulut donc point boire. Ces trois vaillants [hommes] firent cette action-là. » (2 Samuel 23.14-17).

Dans notre passage de l’Évangile de Jean, nous voyons notre Seigneur Jésus-Christ qui se repose auprès d’un puits comme il en existe encore beaucoup au Moyen-Orient. Chaque village possède un puits proche du village où les femmes se rassemblent au coucher du soleil pour y tirer de l’eau, soit en puisant l’eau avec un seau, soit en y descendant par un chemin escarpé jusqu’à une source à ciel ouvert. J’ai souvent été le témoin de ces femmes qui flânaient autour du puits en bavardant activement (et en répandant probablement des ragots).

Ce n’était pas un hasard si notre Seigneur a rencontré une femme de petite réputation au puits de Jacob. En fait, cette rencontre en Samarie avait été décidée depuis l’éternité passée. « Or il fallait qu'il traversât par la Samarie. Il vint donc en une ville de Samarie, nommée Sichar, qui est près de la possession que Jacob donna à Joseph son fils. » (Jean 4.4). Le Seigneur avait une bonne raison pour entreprendre un voyage fatiguant à travers les collines de Samarie, et cette raison était une femme Samaritaine et les nombreux villageois qui ont cru en Lui grâce un témoignage de cette femme et à l’enseignement de Christ. Christ tire des diamants à partir des pierres brutes du monde. Le grand professeur chrétien, le professeur écossais James Stalker, illustre la rencontre de Christ et de la Samaritaine dans son livre Imago Christi :

La découverte des mines de diamant en Afrique.

« J’ai entendu dire qu’un des champs diamantifères de l’Afrique du Sud fut découvert de cette façon. Un jour, un voyageur est entré dans la vallée et s’est approché de la porte d’une maison, où un garçon s’amusait à lancer des pierres. Une de ces pierres est tombée aux pieds de l’étranger, qui l’a ramassée, et alors qu’il allait la relancer en rigolant, il fut surpris par un éclat de lumière qui en émanait, arrêtant son geste et faisant battre son cœur à grande vitesse. C’était un diamant brut. L’enfant jouait avec un diamant comme si c’était une pierre quelconque ; le paysan l’avait repoussé de son pied ; la roue de sa charrette lui était passée dessus, jusqu’à ce jour où un connaisseur l’a vu et reconnu sa valeur ». Cette histoire me revient souvent à l’esprit quand je pense à l’âme de la Samaritaine. N’était-elle pas aussi maltraitée que ce diamant sud-africain quand Jésus est arrivé dans le monde et a mis son âme à nu ? Christ a décelé un diamant dans chaque âme qu’Il a élue. Les haillons du mendiant ne pouvaient le cacher à Ses yeux, pas plus que la peau noire du possédé de Gérasa, ni même les crimes du meurtrier.

Il y a plusieurs points significatifs dans ce récit de la rencontre au puits de Jacob, près de Sychar. Le premier est la demande du Seigneur à la femme « Donne-moi à boire ». La femme était surprise par cette demande exprimée par un Juif étranger. Pourquoi ? Parce que les Juifs considéraient les Samaritains comme une race déchue et impure. Aucun Juif qui se respectait n’aurait bu dans un verre dans lequel un Samaritain avait bu. Il y a quelque chose d’autre de significatif au sujet de la demande d’eau de notre Seigneur : Il n’avait nul besoin de solliciter une telle faveur, car il n’avait qu’un mot à dire et l’eau serait venue directement dans sa bouche, comme à Cana où l’eau s’est changée en vin sur Son ordre. Mais le Seigneur sait mettre nos sens à profit quand il enseigne. Un exemple concret marque plus la mémoire qu’un long discours. Il nous aide dans notre service, et Il ne juge pas nos personnes d’après la race ou la réputation. Sa mission est de changer notre âme perdue en la sauvant, comme Il a changé l’eau en vin.

Il y a plusieurs vérités étonnantes dans l’enseignement du Seigneur à la Samaritaine.

1. Il est le Messie promis « Je le suis, moi qui te parle ».

2. Il est lui-même Dieu : En révélant à la Samaritaine les secrets de sa propre conscience, Il manifeste Son omniscience.

3. Il est plein de grâce et de vérité : L’Eau de la Vie que Jésus donne est Sa doctrine divine de la grâce – non pas l’eau puisée 30 mètre plus bas dans le puits. Sa doctrine de grâce offre à l’âme une vie surnaturelle et éternelle qui, sans cette grâce reste morte dans son péché. L’âme humaine a soif de vérité et de bonheur, et notre Seigneur étanche cette soif par Sa doctrine et Sa grâce.

4. Il aime éperdument les pécheurs : En dépit d’un voyage épuisant, Il a pris le temps de s’attarder au puits de Jacob pour sauver l’âme d’une femme méprisée par ses semblables.

5. La venue au Seigneur d’un seul pécheur peur conduire au Salut de multitudes de pécheurs.

6. Le monde est surpris par notre amour et notre souci pour les hommes déchus : « Sur cela ses Disciples vinrent, et ils s'étonnèrent de ce qu'il parlait avec une femme ; toutefois nul ne dit : Que demandes-tu ? Ou Pourquoi parles-tu avec elle ? » (Jean 4.27). Dans l’esprit des disciples, elle n’était pas digne de s’entretenir avec le Maître. Ils ne se rendaient pas compte qu’ils n’en étaient pas plus dignes qu’elle, ni personne d’autre.

Les disciples avaient l’avantage sur le Seigneur pour la nourriture qu’ils étaient allés chercher, mais Il les a encore surpris : « J'ai à manger d'une viande que vous ne savez point. ». La sagesse de Dieu est incompréhensible pour le monde. Nous ne comprenons que rarement la beauté qui transcende les lois divines et les principes célestes. Vous souvenez-vous, quand vous étiez jeune, que vous étiez tellement pris par vos jeux avec vos amis dehors, que vous en oubliiez de manger ? Maman est sortie plus d’une fois pour vous appeler à table – et à chaque appel, sa voix se faisait plus pressante. Quelle était cette viande que le Seigneur avait à manger et que les disciples n’avaient pas ? C’était cette joie du Berger qui recherche Sa brebis perdue (elle lui appartient, même si elle est perdue) et qui s’en revient, l’ayant retrouvée. Tel était la viande du Seigneur, dont Son âme et Son esprit se nourrissaient !

Les pauvres disciples étaient dans l’étonnement et se demandaient « Quelqu'un lui aurait-il apporté à manger ? Jésus leur dit : Ma viande est que je fasse la volonté de celui qui m'a envoyé, et que j'accomplisse son œuvre. Ne dites-vous pas qu'il y a encore quatre mois, et la moisson viendra? Voici, je vous dis, levez vos yeux, et regardez les campagnes, car elles sont déjà blanches pour moissonner ». Ma femme m’appelle souvent en fin d’après-midi pour me demander de rentrer pour le dîner ; cependant, je peux me trouver en plein milieu de la rédaction d’un texte sur une vérité biblique qui compte plus pour moi que mon dîner. Je ne veux pas éteindre la joie de ce moment jusqu’à ce que j’aie fini mon travail d’écriture. Certes, cet exemple est éloigné de la viande dont le Seigneur se nourrissait ; mais il est proche autant que possible de ce qu’un mortel peut saisir.

Nous pensons à la moisson à venir à chaque saison. Assurément, il faut que le sol soit retourné, planté, désherbé, arrosé, etc. ; cependant, avec le Seigneur, chaque saison est la saison de la moisson. Les grains de blé sont toujours blancs et mûrs pour la moisson. Le travail du moissonneur n’est jamais terminé alors que le temps des semailles dure encore. Paul nous conseille « Je te somme devant Dieu, et devant le Seigneur Jésus-Christ, qui doit juger les vivants et les morts, en son apparition et en son règne. Prêche la parole, insiste dans toutes les occasions ; reprends, censure, exhorte avec toute douceur d'esprit, et avec doctrine. Car le temps viendra auquel ils ne souffriront point la saine doctrine, mais aimant qu'on leur chatouille les oreilles, [par des discours agréables] ils chercheront des Docteurs qui répondent à leurs désirs. Et ils détourneront leurs oreilles de la vérité, et se tourneront aux fables » (2 Timothée 4.1-4).

Je suis quelque peu décontenancé par ce conseil de Paul, car il semble que nous sommes déjà arrivés à ce jour où l’Église elle-même ne souffre plus la saine doctrine, et que les gens recherchent les docteurs et les prédicateurs qui leur chatouillent les oreilles par des discours agréables avec un Évangile mondain, différent du véritable Évangile de Christ. Mais cela n’empêche pas qu’il reste beaucoup de fidèles au Seigneur sur la terre. Nous pourrions nous comporter avec courage comme les canonniers navals du Bismarck dont l’équipage continuait à tirer en l’air alors que ce grand navire commençait à pencher et à sombrer dans les eaux glacées de l’Atlantique-Nord.

À quelle saison de votre marche chrétienne en êtes-vous, ami ? Notez que, alors même que Christ se reposait auprès du puits, son cœur était actif, à la recherche de l’âme de cette Samaritaine, afin de Se révéler à elle ; et chaque saison est le temps de la moisson, ou peut-être le moment de témoigner, en nous reposant auprès du Puits de l’Eau de la Vie.